| Auteur: |
Pallu Lambert de la Motte |
| Chapitre: |
5 - Conversion des infidèles |
| Article: |
4 |
ARTICLE 4
Contre le culte idolâtrique
Ces vérités sont si claires et tellement en harmonie avec les lumières de la raison que celui qui a été instruit et les a comprises, sort comme d’un long rêve et ne peut que s’étonner d’être resté si longtemps plongé dans les ténèbres d’erreurs aussi absurdes. Et pourtant il n’est pas rare de rencontrer des payens qui, remplis d’admiration pour la sublimité de ces dogmes et parfaitement convaincus de leur vérité, n’en restent pas moins attachés au culte des idoles. Il leur est difficile de laisser les cérémonies ancestrales, et d’abandonner les mauvaises habitudes contractées dans leur enfance pour de meilleures.Il faut donc imiter l’exemple de S. Paul à Athènes: plus haut il plaçait Dieu dans ses discours, plus il mettait de véhémence à attaquer les idoles. De même le missionnaire ne traitera pas la question en passant et par manière d’acquit, mais il portera toute son attention et tous ses soins à déraciner de l’âme des infidèles ce déplorable attachement au culte des idoles.
Comme il suffit de faire voir la source de l’idolâtrie pour en rendre la vanité évidente, il sera parfois utile d’en rechercher les origines et de les mettre sous les yeux des infidèles.
Or quatre causes principales sont comme les sources de l’idolâtrie.La première est la faiblesse de l’esprit humain vivant dans l’ignorance de Dieu.Incapable de se dégager de la matière et de s’élever jusqu’au principe spirituel de toutes choses, il décerne les honneurs divins aux créatures dans lesquelles il rencontre quelque excellence ou desquelles doit rejaillir sur lui quelque avantage.
La deuxième a été l’ambition des rois et des princes. En élevant leurs statues et en exposant de vains simulacres, ils se sont indûment attribué les honneurs divins, grâce à la flatterie de leurs courtisans. « On prétend, dit S. Augustin, que les dieux ont été des hommes, et l’on consacre à chacun d’eux des solennités particulières, selon le génie, les habitudes, les actes ou les aventures de chacun d’eux, alors que tous doivent leur déification à l’arbitrage de leurs courtisans.Et ce culte, ils l’ont répandu partout eux-mêmes en le glissant subrepticement dans des âmes semblables à celles des démons, toujours avides de vains spectacles. Les poètes y ont ajouté les fleurs de leurs mensonges, et les esprits trompeurs l’appât de leurs sollicitations. » (De Civit. Dei, lib. 7, c. 18.)
La troisième a été l’excès de l’amour, soit paternel, soit filial, poussé jusqu’à l’aveuglement.Le livre de la Sagesse dit à ce propos: « Un père avait perdu son fils; dans l’amertume de sa douleur il le fit représenter en image, et celui qui était mort, il se mit à l’honorer comme dieu et lui fit des cérémonies et des sacrifices parmi ses serviteurs. Ensuite, cette coutume impie s’affermissant avec le temps fut observée comme une loi. » (Sap., XIV, 15, 16.)
La quatrième cause et la principale a été la malice des démons.Singes de Dieu, ou plutôt ses ennemis jurés, jaloux aussi du bonheur des mortels, ils poussèrent insidieusement les hommes attirés par des avantages matériels à se détourner du culte d’un Dieu invisible pour se tourner vers des idoles inertes, organes de leurs réponses, de leurs prédictions et de leurs conseils.
Telles furent les causes de l’idolâtrie.Nous dirions plus exactement: le péché fut vraiment la racine d’où elles naquirent. Il a tellement obscurci l’esprit des hommes qu’ils sont tombés dans un déplorable aveuglement concernant l’Auteur de leurs jours, dont cependant les cieux chantent la gloire.
Priver ainsi Dieu de l’honneur qui lui est dû, pour l’attribuer à une créature, c’est là un péché dont le missionnaire a le pressant devoir de dénoncer la gravité et l’énormité.Eh quoi? Si des sujets qui détrônent leur roi par la violence, si des fils qui chassent leur père ou le mettent à mort, sont coupables de lèse-majesté ou considérés comme parricides, quel crime ne commettra-t-il pas celui qui déclare la guerre à Dieu, au seul Roi de l’univers, à celui qui pourvoit paternellement aux besoins de tous? Il le prive de son domaine, méconnait sa nature ou même en supprime toute idée, et quitte la source de tout bien pour se donner au démon de toute impureté et de toute infamie.
De temps à autre, il sera utile de montrer par de solides arguments la fausseté de l’idolâtrie.Le prophète Baruch l’a fait fort adroitement dans son chapitre VI.
D’autre part il ne faut pas tolérer la jactance des païens. Ils se vantent parfois des résultats obtenus par leurs sacrifices aux idoles, et des avantages qui en seraient résultés pour eux.Mais il faut leur répéter souvent avec S. Augustin: « Bien des gens sont exaucés, mais de diverses manières: non seulement des chrétiens superstitieux, mais même des païens, des juifs, des hérétiques, adeptes d’erreurs diverses et esclaves de superstitions de toute sorte.Ils sont exaucés même par les esprits séducteurs, impuissants sans la permission divine.C’est à Dieu de juger dans ses desseins sublimes et impénétrables ce qu’il convient d’accorder à chacun.Ou bien il les exauce lui-même, ou bien il permet qu’ils soient exaucés soit pour punir leur fourberie, soit pour soulager leur misère, soit pour leur rappeler la nécessité de se préoccuper de leur salut éternel. » (De Unit.Eccl., l. 7 c. 16).
Les exhortations du missionnaire aux infidèles les porteront donc uniquement à laver leur crime dans l’abondance de leurs larmes. Quand il aura eu l’air de les excuser en cachant leurs fautes sous le voile de leur ignorance, comme fit S. Paul devant les Athéniens (Act., XVII, 23), il s’empressera de les stimuler énergiquement, mais sans trop le laisser voir, au repentir et à la pénitence.Il les mettra en garde contre ces pénitences stériles qui manquent leur but; il fera remarquer que même les aumônes, les jeûnes, les offrandes et les soupirs ne servent de rien, si Dieu n’y trouve la sincère expression de la douleur d’un cœur vraiment repenant; il leur rappellera que leur mort n’est pas loin et qu’elle peut arriver chaque jour, que le jugement de Dieu est terrible et que les peines de l’enfer seront éternelles.
Ceux qui, tout en n’étant pas encore entièrement convaincus, se montreraient hésitants, il les engagera vivement à implorer plus instamment le secours divin, qui les dirigera dans la recherche de la vraie foi et les aidera à l’obtenir. Dieu est fidèle: celui qu’il appelle et qu’il attire, il ne le laissera pas s’égarer, s’il le voit obéissant, mais il lui montrera la voie qu’il doit prendre et l’aidera par ses bonnes inspirations à la suivre sans broncher.
Il exhortera tout le monde à réciter, avec dévotion, trois fois chaque matin, la prière suivante.Eusèbe rapporte qu’elle fut autrefois approuvée par décret de Constantin, comme devant être adressée au seul Dieu immortel par les païens qui se réuniraient chaque dimanche. « Nous avons appris à vous connaître, vous le seul Dieu; nous implorons votre secours.C’est grâce à vous que nous avons remporté la victoire, que nous avons vaincu nos ennemis.Nous vous rendons grâce des bienfaits reçus et nous espérons en vos bienfaits futurs. » (Euseb. Pamphil., de vita Constantini, lib. 4, c. 20.)
Chaque fois que le missionnaire devra parler religion avec des infidèles, soit en privé, soit en public, il évitera d’exposer son opinion avant de les avoir adroitement obligés, eux ou leurs prêtres, à lui faire connaître leur concept de la divinité et du culte qui lui est dû, du bonheur suprême de l’homme et des moyens d’y atteindre, de l’origine de leur secte particulière et de l’ensemble de leurs dieux. Leurs réponses lui fourniront ainsi l’occasion d’une instruction et une entrée en matière. Agir de la sorte sera certainement plus efficace que d’exposer d’emblée la doctrine de la foi: les nombreuses absurdités auxquelles ils se buteront lui permettront de les convaincre d’ignorance, tandis que s’il avait pris les devants dans la discussion, il lui aurait été impossible de les accuser d’erreur après avoir pris position d’instructeur. L’histoire nous apprend que pareille méthode fut fréquemment employée par S. François-Xavier, et l’expérience nous a fait voir que c’est la bonne.
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