Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 5 - Conversion des Infidèles
Article: 5

CHAPITRE 5

Conversion des Infidèles


ARTICLE 5

De la prudence avec laquelle il faut tenir compte
des dispositions des infidèles

L’exemple de saint Paul à Athènes prouve bien que d’ordinaire la prédication évangélique n’est pas accueillie par tous de la même façon, mais dépend des sentiments et des dispositions de chacun. S. Luc nous dit qu’après son admirable discours, « les uns se moquaient de lui, les autres lui disaient: nous vous entendrons là-dessus une autre fois; quelques-uns cependant se firent ses disciples et crurent à sa parole. » (Act. XVII, 32, 34.) Le prédicateur, lui aussi, doit varier ses méthodes.Pour nous faire mieux comprendre, nous partagerons les auditeurs en différentes catégories, d’après leurs dispositions à l’égard de la religion. Nous avons cru devoir ajouter ce bref exposé et le faire suivre de quelques règles positives dont une expérience de tous les jours a prouvé la très grande utilité pour les missionnaires. (Becanus, in praefatione manual. controvers.)
Il y a les opiniâtres: ils savent que leur religion n’est pas la vraie, ou du moins ils ont des raisons bien fondées de s’en douter. Mais, par pur orgueil, ils restent obstinément attachés à leur secte; ils craignent d’être taxés, s’ils la quittaient, d’inconstance et de légèreté, ou de voir leur conversion envisagée comme une défaite.De tels hommes se convertissent fort rarement: ils ont le cœur endurci, et leur esprit est trop altier.Ils ressemblent aux Pharisiens dont il est dit: « Car le cœur de ce peuple s’est appesanti; ils se sont bouché les oreilles et ont fermé les yeux: de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que le cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent et que je ne les guérisse. » (Matth., XIII, 15.)
Avec de tels hommes, il ne faut ni provoquer ni accepter des discussions; il faut avant tout chercher à leur inspirer une sainte terreur des jugements de Dieu.
Que si parfois on juge expédient de répondre à leurs provocations ou de se mesurer avec eux, il y a deux précautions à prendre: celles que l’on prend d’ordinaire avec les hérétiques.D’abord, il faut les maintenir dans le cercle d’une matière bien déterminée et les empêcher de se réfugier dans une autre question, dès qu’ils se sentent pressés dans une première; en second lieu, les confondre de temps en temps et leur faire les reproches que Notre Seigneur adressait aux Saducéens: « Vous êtes dans l’erreur: vous ne comprenez pas les Écritures et vous ignorez la puissance de Dieu. » (Matth., XXII, 29). On aura là un excellent moyen d’amoindrir considérablement leur autorité auprès du peuple. Celui-ci, ayant pour eux moins de considération, prêtera une oreille plus docile à la vérité et mettra plus d’ardeur à l’embrasser.
On se gardera néanmoins de toute imprudence dans les reproches et la confusion devra provenir du raisonnement: elle ne doit pas être provoquée par des malédictions mais par des reproches mérités et un avantage évident dans la discussion. La colère est facile envers les obstinés et les irréductibles, mais elle a de très graves conséquences.Il faut au missionnaire une patience plus qu’ordinaire: jamais il ne témoignera la moindre apparence de haine contre la personne des indidèles; mais il la réservera tout entière à leurs erreurs et à leurs vices.
Une deuxième classe: celle des enthousiastes. Ce n’est plus l’orgueil ou l’obstination qui les animent mais plutôt l’ignorance et la simplicité.A tort persuadés de la vérité de leur secte, ils mettent une telle ardeur, un tel zèle à la défendre qu’on les croirait prêts à sacrifier leur vie plutôt que d’y renoncer. S. Paul était dans ce cas avant sa conversion; il nous le dit lui-même: « Vous avez entendu parler de ma conduite quand j’étais dans le judaïsme.Vous savez que je persécutais à outrance et ravageais l’Église de Dieu.En fait de zèle pour le judaïsme, je surpassais beaucoup de ceux de mon âge et de ma nation, étant à l’excès partisan jaloux des traditions de mes ancêtres. » (Galat., I, 13, 14).
De tels hommes, péchant non par malice mais par ignorance, sont souvent l’objet des divines miséricordes.Le même S. Paul le reconnaît, en disant de lui-même: « J’ai obtenu miséricorde de Dieu, parce que j’ai agi par ignorance au temps où je ne croyais pas. » (I Tim. I, 13). Il faut les traiter avec indulgence, éviter de les pousser à bout, se les attacher par tous les bons offices de la charité et de la bienveillance, et les recommander à Dieu dans ses prières, plutôt que de les accabler de raisonnements et de subtilités.C’est la prière de S. Etienne qui enfanta S. Paul à l’Église, et les larmes de Ste Monique qui lui donnèrent S. Augustin.
D’autres sont apathiques.Leur obstination dans l’erreur ne provient ni de leur orgueil, ni de leur ignorance, mais d’une certaine torpeur et d’autres prétextes qu’ils mettent en avant.Ils commencent à la vérité par reconnaître la religion chrétienne comme vraie; mais qu’on les presse de l’embrasser, ils objectent la crainte de leurs parents, les menaces des magistrats, ils redoutent le mépris de leurs proches, la perte de leurs biens ou de leur réputation. Ils invoquent aussi d’autres motifs plus particuliers, comme leur répulsion pour la viande de bœuf ou la certitude que leurs cadavres ne seraient pas incinérés après leur mort. Enfin, disent-ils, leur secte a reçu la consécration de la coutume ancrée dans leur patrie depuis nombre de siècles.
Etant donné que de tels caractères ne sont pas rares, surtout parmi les infidèles, le missionnaire doit s’ingénier à remédier à leur manque d’énergie et chercher à leur donner la force de vaincre tous ces obstacles. A cet effet, il consacrera une partie de ses soins à s’enquérir des coutumes des indigènes, à en discerner clairement le caractère: civil, polique ou superstitieux.Il apportera toute sa sollicitude à tenir le S. Siège au courant de tout; il Lui demandera de lui faire savoir lesquelles il faudra réprouver, approuver ou tolérer, et surtout de lui faire connaître les moyens à employer pour se concilier les esprits.Ainsi, se faisant tout à tous, il les gagnera tous à Jésus-Christ.
Au reste, il les traitera avec sérieux et sévérité, sans toutefois dépasser les limites de la mansuétude chrétienne; il leur montrera l’inanité des excuses qu’ils apportent; il leur fera fréquemment sentir le besoin de s’occuper de l’affaire de leur salut maintenant qu’ils en ont le temps, et de ne pas compromettre l’acquisition de la gloire éternelle du paradis, soit sous l’influence du respect humain, soit par la perspective des dignités du siècle, soit par égard pour leur famille ou par une piété filiale qui serait plutôt de l’impiété.
En dernier lieu viennent les hésitants. Un doute leur est venu sur la vérité de leur religion; ils ont le sincère désir de sauver leur âme; ils cherchent, et viennent spontanément se présenter dans le but de se faire instruire.
Il faut les recevoir comme des frères, les traiter selon les capacités de chacun, d’une façon les savants et les gens d’esprit, d’une autre manière les hommes grossiers et ignorants. Le missionnaire ne laissera échapper aucune occasion de les instruire; il répondra avec calme et amabilité aux objections qu’ils lui présenteraient.Il les exhortera surtout à demander à Dieu, bien humblement et très instamment, la lumière céleste qui leur fasse connaître la voie qu’ils auront à suivre.


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 1 pays : France