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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 6 - Formation des catéchumènes
Article: 6

Chapitre 6

Formation des catéchumènes

ARTICLE 6

Règles à observer en prêchant
la vie et la mort de Notre-Seigneur

Provoquer l’admiration et l’affection des catéchumènes pour Notre-Seigneur, tel doit être le but principal du missionnaire dans tout ce qu’il dira de lui. Sa souveraine puissance, sa sublime sagesse, son incomparable sainteté excitent l’admiration; sa douleur étonnante, sa bonté sans limites, l’excès incroyable des peines et des tourments qu’il a endurés pour nous: voilà certes de quoi mettre au cœur la blessure de l’amour. Le missionnaire ne saurait en parler trop abondamment.
Sa puissance toute divine, il la fit éclater en chassant une foule de démons du corps des possédés, en touchant et fléchissant les cœurs à son gré, en gouvernant les éléments et les créatures inertes qui prêtaient à ses ordres une obéissance immédiate, en guérissant d’un simple mot, d’un seul acte de sa volonté, toutes sortes de maladies, et après avoir rappelé tant de morts à la vie, en triomphant finalement de la mort par une magnifique victoire.
Sa sagesse faisait l’admiration des Docteurs de la loi: à douze ans, il répondait en Dieu aux questions qu’ils lui posaient sur les passages les plus difficiles de l’Ecriture-Sainte. Les Pharisiens, les Saducéens et les Hérodiens furent étonnés des réponses aussi adroites que dignes qu’il faisait aux questions insidieuses qu’ils lui posaient pour mettre sa parole en défaut et le confondre. Découvrant le fond de leurs pensées les plus secrètes, il les faisait rougir de honte en dévoilant leurs desseins pervers et leurs sinistres projets, et en les leur reprochant publiquement. Leur étonnement fut et sera partagé par tous ceux qui lurent l’Évangile ou qui le liront dans la suite; tant sont frappantes les preuves qu’on y trouve de sa sagesse!
Que dire de sa sainteté? Il était la sainteté même: tous les actes de sainteté imaginables, il les posa, si bien qu’il nous a laissé l’enseignement non seulement de ses paroles, mais encore de ses exemples: la fuite des honneurs, le renoncement à tout plaisir sensible, le culte de la pauvreté, le choix volontaire d’une vie obscure et laborieuse, le support des travaux et des souffrances dans une patience inaltérable, l’accomplissement parfait de la volonté du Père éternel, le sacrifice complet de sa vie qu’il consacra jusqu’à son dernier souffle à proclamer la gloire de son Père.
Autant ces vertus de Notre-Seigneur lui attirent d’estime, autant son incroyable mansuétude et sa bonté envers les hommes lui ont concilié l’amour de tous, même des plus insensibles. Doux envers tous, il était à l’égard de ses Apôtres d’une patience imperturbable et constante, supportant leur grossièreté, leur ignorance, leurs manières vulgaires; toujours accessible aux enfants, il allait jusqu’à les embrasser; plein de charité, il prenait la défense des pêcheurs contre leurs accusateurs; il les accueillait avec bienveillance quand ils s’adressaient à lui; sa sollicitude le poussait à se mettre lui-même à leur recherche, à les prendre sur ses épaules comme un bon pasteur pour les reporter au bercail; sa patience eut raison de l’envie des Pharisiens, l’empêcha de faire la moindre réponse à ses accusateurs: muet comme un agneau devant celui qui le tond, il se laissa conduire à la mort.
Où trouver des mots pour exprimer sa charité? Elle fut sans mesure. Pour nous il naquit, pour nous il vécut, pour nous il passa bien des nuits en prière et bien des jours dans le jeûne, pour nous il s’exposa volontairement à une foule de dangers; pour nous sauver, il versa sur la croix son sang jusqu’à la dernière goutte et donna sa vie en rançon de notre salut éternel.
N’oublions pas que les païens ne connaissent d’autres biens que les honneurs, les richesses et les plaisirs des sens. Aussi, chaque fois que le missionnaire traitera de la pauvreté de Notre-Seigneur, de l’obscurité de sa vie, de ses souffrances, il s’efforcera de le montrer naissant transi de froid dans une crèche, au cœur de l’hiver, poursuivi par Hérode qui en voulait à sa vie, et cherchant son salut dans la fuite, passant inconnu trente années dans l’obscure et modeste demeure d’un charpentier et s’y appliquant à des besognes sans éclat. Tout aussitôt, il fera remarquer pourquoi, dans quel but, un Dieu a adopté un genre de vie si extraordinaire: en se privant volontairement de ces biens, Notre-Seigneur a voulu satisfaire à la justice divine pour tous ceux que leurs abus avait rendus coupables et dignes de châtiment; bien plus, en les méprisant lui-même, il a voulu nous convaincre de leur vanité et de leur caducité, et les opposer à ces biens impérissables qui seuls méritent nos aspirations.
Quand il devra parler de la passion du Sauveur, de sa croix et de ses cruelles souffrances, il s’appliquera à montrer que Notre-Seigneur souffrit tout cela spontanément et de bon cœur, afin d’augmenter la gloire qui devait en revenir à Dieu, de couvrir de confusion les démons, ses ennemis jurés, d’augmenter leurs supplices et d’être pour le genre humain comme une source intarissable de grâces d’où découleraient des bienfaits presque infinis.
Que le Sauveur n’a pas souffert contre son gré, voilà qui est plus clair que le jour. Que d’inutiles tentatives faites par les Juifs pour le mettre à mort, avant le moment fixé par Dieu! lui-même prédit sa mort longtemps d’avance, en parle fréquemment à ses Apôtres et fait connaître celui qui devait le trahir. Son heure venue, il va au devant de ses ennemis, d’un mot il les renverse et ne peut être arrêté que quand il leur en a donné la permission; allant volontairement à la mort, il ne veut pas être défendu; enfin, mourant sur la croix il rend son âme à Dieu son Père, car c’est en toute liberté qu’il est mort.
Le missionnaire pourra compléter cet exposé par les nombreux et éclatants prodiges qui mirent en relief la mort du Sauveur: le soleil s’obscurcit, la terre trembla, les rochers se fendirent, les morts ressuscitèrent, et les soldats qui l’avaient crucifié se frappèrent la poitrine, et pris de remords finirent par s’écrier: « Celui-ci était vraiment Fils de Dieu. » (Matth, XXVII, 54.)
Jamais Notre-Seigneur ne parla aux Apôtres de sa mort et de sa passion sans ajouter immédiatement qu’il ressusciterait le troisième jour. Le missionnaire, lui aussi, ne terminera jamais son exposé de l’ignominieuse passion du Sauveur du monde sans montrer l’éblouissant éclat de sa Résurrection.


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