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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 6 - Formation des catéchumènes
Article: 7

Chapitre 6

Formation des catéchumènes

ARTICLE 7

De la Loi Évangélique

Jésus-Christ n’est pas seulement le Sauveur du genre humain: il en est encore le Roi et le Législateur. Il est donc nécessaire que les catéchumènes soient bien instruits des divins préceptes de la loi qu’il a promulguée: c’est elle qu’ils doivent suivre pour mériter l’éternelle béatitude que le Sauveur a payée de son sang. Aussi le missionnaire mettra-t-il autant de soin à la bien connaître qu’il en aura mis à étudier la loi de religion dont elle n’est après tout que l’achèvement et le complément.
S. Thomas (1, 2, q. 106, a. 1.) prouve que la loi de l’Évangile n’est autre, pour ainsi dire, que la grâce du Saint-Esprit répandue dans les cœurs des fidèles. Elle contient pourtant plusieurs autres choses: les fidèles ont eu besoin d’instructions verbales et écrites, à cause de l’étroite connexion de ces vérités avec la grâce. De là vient qu’elle peut porter secondairement le nom de loi écrite. Vu que la foi et l’espérance ouvrent l’âme à la grâce et que les œuvres de charité en marquent le bon usage; vu que les Sacrifices et les Sacrements sont des moyens de grâce et de sainteté, les enseignements de la loi évangélique peuvent se ramener à cinq chefs.
Vient d’abord la foi: les principales vérités à croire sont renfermées dans le Symbole des Apôtres, tandis que les autres nous ont été transmises par la tradition. En second lieu, l’espérance: son objet se trouve exprimé dans l’Oraison Dominicale. En troisième lieu, les préceptes moraux: le Décalogue nous les fournit; on peut y rattacher les Conseils évangéliques. Quatrièmement, le Sacrifice non sanglant du Corps et du Sang de Notre-Seigneur. Cinquièmement enfin, les Sacrements.
En examinant de plus près la dignité et la perfection de tous ces points, on verra clairement que la loi de religion donnée à nos premiers parents et transmise par eux à leurs descendants, a été, par la loi évangélique, portée à un tel degré de perfection que plus rien en elle ne peut laisser à désirer.
I. Quant aux vertus théologales, soit que nous examinions l’objet que la loi évangélique nous propose, soit que nous pesions les motifs par lesquels elle nous excite à les pratiquer, nous ne saurions rien inventer de plus sublime ni de plus divin.
Que de lumières nous apporta la loi évangélique, au sujet de Dieu et de tout ce qui le concerne, alors qu’auparavant nous n’en avions qu’une connaissance vague et imparfaite! Autant les données précises qu’elle nous en a fournies illuminent notre intelligence, autant elles stimulent et enflamment notre volonté. Peut-il être fourni motifs de foi plus puissants que ceux qu’elle nous suggère? Pas un seul article de notre foi qui ne soit basé sur le témoignage absolument évident de l’Église; il ne peut subsister aucun doute, pas plus que si Dieu venait de nous faire entendre sa révélation.

II. Le principal objet de la vertu théologale d’espérance, c’est l’éternelle félicité. L’Évangile nous en parle dans un langage élevé, clair et limpide; sa possession, il nous la fait attendre, non pas dans le recul des siècles à venir, comme c’était le cas avant la venue du Sauveur, mais immédiatement après notre mort. Cette perspective exerce sur nous un attrait si puissant que non seulement notre âme en est ravie, mais que nos sens eux-mêmes en sont affectés. Les exemples du Sauveur et des Saints que nous propose l’Évangile, sont bien puissants pour détourner notre attention des biens périssables de cette terre et la reporter vers l’acquisition des biens célestes; les promesses du Christ, sa mort et son intercession n’ont pas moins d’influence pour relever et affermir le courage des découragés et des pusillanimes.

III. La même loi évangélique donne à notre amour pour Dieu des proportions toujours plus vastes et lui fournit continuellement un admirable stimulant en nous faisant voir dans la Très Sainte Trinité: le Père qui nous aime au point de donner son Fils unique, le Fils qui de son plein gré donne sa vie pour nos âmes, le Saint-Esprit qui descend en nos cœurs pour nous sanctifier, nous rendre enfants de Dieu et héritiers du ciel, et nous combler des trésors de sa bonté. Pour aider à notre amour pour Dieu, — vu que l’amour se prouve par les œuvres, — elle ne s’est pas contentée de rappeler et d’expliquer les préceptes divins que l’habitude du péché avait fait perdre de vue; elle y a ajouté les sublimes conseils de perfection, et surtout elle y a ajouté de nouveaux stimulants pour nous les faire pratiquer: elle met en avant les récompenses accordées à ceux qui l’aiment; elle nous fait voir en Notre-Seigneur crucifié le modèle de l’amour, nous inspire le mépris de nous-mêmes, nous convie au renoncement à toutes choses, nous donne un désir ardent du martyre et des croix; elle nous suggère mille façons de manifester notre amour envers Dieu: la seule façon de l’aimer, c’est de l’aimer sans mesure.

IV. Le très auguste Sacrifice de la Messe est offert, tous les jours et presque à chaque heure du jour, dans toutes les parties du monde. Pourrait-on imaginer culte plus agréable à Dieu et plus utile aux hommes que celui qui lui est ainsi rendu? Le Christ lui-même adore Dieu en notre nom, apaise sa justice par l’oblation de lui-même, expie nos crimes, rend grâces pour tous les bienfaits que nous en avons reçus et ne cesse d’en implorer pour nous de nouveaux par ses supplications.

V. Ce n’est pas que sous la loi de nature comme sous la loi écrite, il n’existât pas de sacrements institués pour la sanctification des hommes; mais ils n’étaient que des signes de la grâce, de pauvres et faibles rudiments pour parler le langage de S. Paul (Gal., IV, 9), incapables par conséquent de conférer la grâce par eux-mêmes, ainsi que l’atteste S. Thomas (P. 3, q. 72, a. 5, ad. 3; et q. 62, a. 6., ad. 3). Au contraire, les Sacrements de la loi évangélique, institués par Notre-Seigneur, outre qu’ils signifient la grâce qui nous est accordée, la produisent. Ils sont comme les canaux d’où ne cesse de découler la grâce sanctifiante: les fidèles y trouvent le principe, la sauvegarde, l’accroissement et l’achèvement de leur vie spirituelle.
Elle est, dans toute la perfection que lui a apportée le Christ, son auteur et son consommateur, le résumé de la Doctrine chrétienne, de la loi religieuse. Le missionnaire y puisera sans peine des sujets de pieuses conférences ou de méditations propres à former convenablement non seulement les catéchumènes et les candidats au baptême, mais à aider aussi les néophytes qui s’avancent déjà dans les voies du Seigneur et aspirent à une plus parfaite union avec lui. Sa prudence lui dictera ce qu’il doit en prendre pour ne pas dépasser la mesure de l’intelligence d’un chacun et pour l’adapter à ce que les circonstances réclameront.
Pour le moment, il se contentera de renouveler aux catéchumènes les exhortations données plus haut (à la fin de l’article 2 du présent chapitre) concernant la piété, la chasteté et la justice qu’ils ont à pratiquer. Il puisera dans l’amour immense du Sauveur pour nous, dans ses divins avis, dans ses exemples, de nouveaux arguments qui éclaireront leur intelligence et donneront du ressort à leur volonté: il les amènera ainsi, doucement mais sûrement, à bien se conduire.
Ensuite vient pour le missionnaire le moment de faire connaître et d’expliquer aux catéchumènes le Symbole des Apôtres. S. Augustin l’appelle à juste titre: la règle de notre foi, règle succincte mais considérable: succincte dans sa formule verbale, considérable par l’importance de sa doctrine. Venu des douze Apôtres, qui lui ont donné le nom de Symbole, il en reproduit le nombre dans les articles qui le composent; ceux qui l’adoptent sont dans la vérité catholique, et à même de démontrer la fausseté de l’hérésie. Le missionnaire leur recommandera de l’apprendre par cœur et d’y penser souvent, afin de mieux comprendre le sens profond de chacun des mystères qui y sont contenus.
Il leur fera connaître la marque distinctive des soldats du Christ, à savoir le Signe de la Croix, et leur en montrera la force et l’efficacité contre les démons. Il les exhortera à se marquer souvent et avec confiance de ce signe de salut, en particulier et en public, partout et avant chacune de leurs actions. C’est dans ce signe qu’ils doivent trouver leur plus beau titre de gloire, comme le chante la liturgie de l’Église: « Quant à nous, nous devons nous glorifier dans la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ. C’est en lui qu’est notre salut, notre vie, et notre résurrection; par lui nous fûmes sauvés et délivrés. » (Fer. V in Coena Domini, ad Introit. Missae).
Il traitera brièvement des Sacrements; mais quant au Baptême, il lui faudra en parler séparément, insister sur sa nécessité, sa dignité et ses avantages; ce sera le moyen d’animer ses catéchumènes d’un vif et sincère désir de le recevoir. Les explications subséquentes concernant ce Sacrement, comme tout ce qui a trait aux autres, trouveront mieux leur place ailleurs: le missionnaire pourra donc les tenir en réserve pour plus tard.


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