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Publication : Monita

Auteur: Pallu Lambert de la Motte
Chapitre: 6 - Formation des catéchumènes
Article: 9

Chapitre 6

Formation des catéchumènes

ARTICLE 9

Des motifs et des preuves que la loi évangélique a été donnée
par Dieu, et qu’il y a obligation pour tous de l’embrasser

S. Thomas, dans son traité Contre les Gentils (lib. I, c. 9), nous a indiqué le double but que doit poursuivre dans son enseignement le ministre de l’Évangile: l’apôtre doit d’abord mettre à néant les erreurs des adversaires et défendre la thèse que la foi ne nous enseigne rien d’impossible ni rien de déraisonnable: « Nous devons, dit S. Pierre (I Pet. III, 15), être en état de rendre raison de l’espérance qui est en nous ». Le prédicateur doit ensuite montrer que les mystères de la foi méritent évidemment notre croyance et qu’il suffit d’avoir entendu exposer les motifs qui lui servent de preuve pour les juger aptes à entraîner l’assentiment de tous. Il ne suffit donc pas de passer des fondements de la vraie religion, plutôt indiqués qu’établis, à la réfutation des erreurs des infidèles; il ne suffit pas d’avoir fait connaître toute l’économie de la loi évangélique et la méthode à suivre pour l’enseigner. Il faut de plus faire admettre les motifs et les raisons qui militent en faveur de leur admission nécessaire et produisent l’adhésion aux dogmes sublimes. Ces dogmes sont de ceux auxquels les lumières naturelles de l’intelligence humaine ne sauraient atteindre, tant à cause de sa faiblesse que de la sublime majesté de Dieu.
Pour quiconque est dans de bonnes dispositions, le simple exposé de la loi évangélique suffit à la faire accepter, tant est grande la vertu qu’elle porte en elle-même. Néanmoins, pour la faire recevoir par les païens, on doit aujourd’hui encore recourir aux moyens dont Notre-Seigneur a lui-même fait choix.
Le missionnaire qui veut faire la démonstration de l’origine divine de la religion chrétienne et de sa vérité, doit être armé de deux espèces d’arguments, les uns tirés de sa nature intime, les autres plus externes. La foi s’enracinera ainsi dans un terrain ferme; et par le fait même, il y aura moins lieu de craindre que les secousses des tentations ne portent les catéchumènes à penser qu’ils ont peut-être agi avec témérité en embrassant la religion chrétienne. Ajoutez à cela que lorsque l’on a affaire avec des gens instruits et avec des esprits philosophiques qui passent tout au crible de la raison, c’est surtout d’arguments qu’il faut faire usage. Il nous paraît donc utile d’en donner ici les principaux.
De ce que nous avons dit plus haut, il résulte à l’évidence qu’il est de l’essence même de la religion que l’on se fasse une haute idée de Dieu, que l’on en parle comme de l’Être par excellence, ineffable et dépassant les limites de notre intelligence; qu’on le proclame le Bien suprême, étant le seul de qui proviennent tous les biens: de la nature, de la grâce et de la gloire. Il appartient donc à la religion de prescrire le culte divin, tant intérieur qu’extérieur, tant privé que public; de proposer avec certitude et clarté le but que Dieu s’est proposé en créant le monde; d’indiquer ce qui constitue pour l’homme son souverain bien et les moyens d’atteindre cette fin. Elle nous apprend aussi que Dieu n’est l’auteur d’aucun péché, mais que la créature en est responsable puisqu’elle le commet en vertu du libre arbitre qu’elle possède. Rien donc dans son enseignement qui soit contraire à la raison; pas un seul point qui ne respire la piété et la sainteté; tout, au contraire, elle conduit les fidèles vers la perfection, en tenant à leur disposition des moyens auxquels ils peuvent aisément recourir pour dominer l’effervescence de leurs passions, acquérir la justice, et recouvrer la grâce qu’ils auraient perdue.
Ces diverses fonctions, dont la religion chrétienne s’acquitte avec tant de dignité, mettent sa vérité dans une vive lumière. Celle-ci ressort encore mieux si l’on établit la comparaison avec les diverses sectes du paganisme ou autres, lesquelles restent muettes ou ne disent là-dessus que des absurdités.
D’autres motifs, pour être extérieurs, n’en sont pas moins démonstratifs de la vérité de la loi évangélique: à tout homme sensé, ils apportent, sans réplique possible, la conviction que cette loi vient de Dieu. Voyez plutôt: celui qui en est l’auteur et le consommateur, Jésus-Christ, était la sagesse même de Dieu, la sainteté et la vérité en personne. La religion fut annoncée longtemps d’avance par de saints prophètes; Dieu l’appuya par de nombreux miracles qui facilitèrent singulièrement sa propagation; malgré les plus cruelles persécutions de la part des Juifs et des gentils, elle se maintint et gagna merveilleusement en extension: pour la confesser une foule presque innombrable de martyrs de tout âge, de tout sexe et de toute condition, eurent l’héroïque courage de braver la mort; la plupart de ceux qui s’en prirent à elle pour la persécuter finirent, après avoir subi de terribles châtiments, par rendre, malgré eux, témoignage à sa sainteté immaculée; enfin la foule, par les inspirations du Ciel, se sentit doucement sollicitée et attirée vers elle; des personnages savants, extraordinairement bien doués par la nature et pleins de génie, l’embrassèrent résolument et de tout cœur.
Dans cet ordre d’idées Richard de Saint-Victor nous fournit les justes réflexions suivantes: « Si nous sommes de vrais fidèles, rien ne sera plus certain, plus inébranlable pour nous que ce que la foi nous apprend. Je voudrais attirer sur ce point l’attention des Juifs, aussi bien que celle des païens: la conscience peut être en parfait repos et nous n’avons sous ce rapport nullement à craindre le jugement de Dieu; ne pourrons-nous pas lui dire en toute confiance: Seigneur, s’il y a erreur, elle vient de vous? » (De Trinit., lib. I, cap. 2.)
Quelle que soit la valeur de ces motifs pour émouvoir les infidèles, le missionnaire ne doit pas croire trop facilement qu’ils changeront pour cela les dispositions du cœur et donneront immédiatement l’amour infus de la religion, car la foi est l’œuvre de Dieu seul. Seulement, quand il devra expliquer l’Évangile, il mettra uniquement sa confiance dans la grâce de Notre-Seigneur, et il l’exposera en toute simplicité, demeurant assuré que la facilité qu’il tient d’En-haut de toucher les âmes et d’opérer en elles de véritables merveilles, ne sera pas une grâce stérile.
Parmi ceux qui sont soumis à sa conduite, il peut se trouver des esprits supérieurs pour qui les arguments de raison ont seuls de la valeur. Il leur prouvera, par les motifs énoncés plus haut, la crédibilité de la loi de l’Évangile, et il leur fera incontinent remarquer que cela ne suffit pas à faire d’eux de vrais disciples du Christ: chez les démons eux-mêmes l’évidence des miracles suffit à produire la capitulation de l’esprit, à les faire croire et trembler. Mais de plus les catéchumènes doivent s’adonner à l’oraison, afin d’obtenir de Dieu le don de la foi.
Lorsqu’il aura affaire avec des gens plus simples, il ne négligera pas ce point; seulement il exposera ces motifs comme s’il faisait des récits anecdotiques. Ces gens, il est vrai, sont incapables de peser les arguments; mais, le moment venu, le bon sens parlera, ou plutôt Dieu les éclairera, et ces arguments leur revenant en mémoire donneront à leurs connaissances religieuses toute la solidité désirable, et ne manqueront jamais de leur inspirer une haute estime pour la loi évangélique qui aura ainsi gagné beaucoup d’autorité à leurs yeux.
Il en verra qui sont travaillés par ces motifs dans leur enquête sur la vérité de la religion. Ceux-là surtout, comme aussi les commençants, il les pressera par des arguments tirés de l’essence de la religion; on passera ensuite aux motifs externes, sans jamais oublier de discourir sur la manière étonnante dont Dieu promulgua la loi de l’Évangile. Nous lisons, en effet, qu’elle fut annoncée par un petit nombre d’apôtres, gens grossiers et illettrés, de naissance obscure, ne possédant rien. La plupart des vérités qu’ils prêchaient dépassaient de loin la portée des sens et étaient difficiles à comprendre; bien plus, elles heurtaient de front et au plus haut point les idées courantes et les propensions du cœur humain. Les Apôtres firent les conversions à la foi, non par l’appât du gain ou d’un avantage temporel, mais par la promesse des biens éternels et invisibles. Enfin nombre de sages, de nobles et de riches abandonnèrent biens, parents, patrie même, sous l’influence de leur prédication, et embrassèrent la foi. Quelle ne serait pas la force de cette argumentation auprès des païens, si tous les missionnaires ressemblaient aux Apôtres?
Toutefois, pour toucher vivement les auditeurs, la plus belle éloquence employée à mettre en relief les exemples d’hommes illustres n’est pas encore l’argument qui a le plus de poids. Le missionnaire ne prendra donc pas des exemples quelconques, mais il les choisira avec soin, les fera valoir en y montrant des circonstances particulières, faute desquelles ils seraient presque sans valeur chez les païens aussi bien que chez les hérétiques: car eux aussi prétendent avoir leurs martyrs. On proposera donc de préférence les exemples que signalent à notre attention le sexe, l’âge ou la condition des martyrs; leur constance jusqu’à l’héroïsme, leur patience remarquable, leur parfaite résignation à la volonté de Dieu; les miracles ou les prodiges qui ont précédé ou suivi immédiatement leur mort; la conversion, produite instantanément, soit des spectateurs, soit des tyrans, pris d’admiration devant le courage incroyable des martyrs à se montrer plus forts que toutes les tortures. Autant de circonstances qu’on ne trouve jamais réunies dans la mort des hérétiques et des païens.


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