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Publication : INSTRUCTIONS DE 1682

Auteur: Bernard JACQUELINE
Chapitre: 2 - INSTRUCTION
Article: 1

II

Une tentation pèse lourdement sur l'esprit des missionnaires : vouloir que les néophytes, sitôt purifiés à la fontaine sacrée du baptême, se dépouillent du vieil homme avec ses agissements et se transforment en hommes parfaits. Que certains n'observent pas à la perfection tous les préceptes de la loi, tant divine que positive, voilà ces missionnaires découragés.

Persuadés de perdre leur temps, ils lâchent pied, demandent un autre poste. Ils craignent, disent-ils, en se montrant incapables de procurer le salut du peuple confié à leur soin, d'encourir eux-mêmes la colère divine et de risquer la perte de leur âme. Ou s'ils ne vont pas jusque-là, on a souvent vu des missionnaires placés devant la même situation ne pas se résoudre à agir : ils n'osent pas baptiser des gens dûment instruits des divins mystères, de crainte qu'ils n'aillent pas à la messe tous les dimanches, violent les jours de jeûne, etc.

Pour échapper à pareils scrupules, les missionnaires doivent savoir que si les lois positives s'imposent aux néophytes, comme le décret bien connu de la Sacrée Congrégation l'a rappelé pour la Chine, il ne semble pas que l'es-prit de l’Eglise, tendre Mère, soit d'exiger des missionnaires qu'ils traitent les nouveaux chrétiens avec rigueur et ne montrent aucune indulgence pour ces hommes qui, la veille encore ou l'avant-veille, ne reconnaissaient ni Dieu ni l'Eglise.

Se détourner du mal et faire le bien, c'est là sans doute le tout de la religion chrétienne. Mais que les missionnaires y prennent garde : il importe d'instruire d'abord catéchumènes et néophytes sur ce mal qu'il leur faut fuir: culte des idoles, sacrifices aux démons, superstitions sans nombre auxquelles ils se livrent dès l'enfance, puis les autres péchés contre la loi divine ou le décalogue.

Or la tâche sur ce point n'est pas tellement lourde, puisque dans nos régions - j'en puis témoigner - rares sont ceux qui, une fois convertis au Christ, retournent aux idoles, encore que pas mal d'entre eux conservent de vaines pratiques qui sentent la superstition. Quant au parjure, à l'homicide, au vol, etc., les païens eux-mêmes y sont moins portés que d'autres peuples très supérieurs à eux par le raffinement des mœurs et l'habileté technique.

Pour ce qui est d'instruire catéchumènes et néophytes du bien à faire, notre travail, et notre peine, ne consistent pas à le leur enseigner d'une façon théorique, mais à leur faire mettre en pratique ce qu'ils ont appris. N'étant astreints depuis leur jeune âge à aucune fête d'obligation, à aucun précepte de jeûne ou d'autres rites, il leur est très difficile de rompre d'emblée avec leur ancienne manière de vivre pour en adopter une nouvelle.

Ils ont appris des Missionnaires que divers motifs exemptent les fidèles d'observer les préceptes de cette sorte, sans qu'il y ait péché. Il arrive alors qu'ils se dispensent eux-mêmes de la messe, du jeûne, etc., même pour des raisons légères, souvent futiles, qu'ils présentent cependant comme excuses valables lorsqu'on les blâme.

Ainsi s'explique ce fait d'expérience que certains néophytes n'acquièrent l'habitude d'observer tous les préceptes de la loi positive que plusieurs années après leur baptême, surtout dans les endroits où les chrétiens sont rares. Car ils se conduisent tout autrement, avec plus de ferveur, là où ils sont nombreux : les tièdes suivent l'exemple des plus fervents, les nouveaux convertis, celui des plus anciens.

La remarque faite plus haut doit donc s'entendre surtout des néophytes qui habitent dans les villages où les habltants sont tous païens, à l'exception d'un ou deux fidèles. Envers ceux-là surtout, les missionnaires doivent se montrer très compréhensifs et ad-mettre leurs raisons, même légères, surtout lorsqu'ils viennent au sacrement de pénitence. Mais dès lors qu'ils se trouvent trente ou quarante dans le même village, il faut les obliger, dès le début, en toute douceur et mansuétude, à porter le joug du Christ avec plus de zèle et de diligence.

D'ailleurs telle fut bien, semble-t-il, l'attitude du Seigneur envers ses dis-ciples, à qui il déclara :

« J'ai encore beaucoup de choses à vous dire, que vous ne pouvez pas porter maintenant. » Telle aussi, l'attitude de l'Apôtre : « Comme à des petits enfants dans le Christ, je vous ai donné du lait à boire, non de la nourriture solide. »

On peut voir aussi les instructions de saint Grégoire à saint Augustin pour les Anglais récemment convertis ; et ce qu'a écrit plus tard François-Xavier au sujet des populations mêmes des Indes, nonchalantes au suprême degré.




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