| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
1 - Quartier Latin |
| Article: |
6 |
Les Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy
Ch. 1 - Le Quartier Latin
6. Fondation des premières Aa.
Il semble que la première Aa25 vit le jour au Collège des Jésuites de La Flèche. Un récit composé en 1750 par M. Capmartin26, directeur du Séminaire des Missions-Étrangères et adressé à l’Aa de Toulouse dont il avait fait partie, en relate la genèse :
«L’an 1632, quelques pensionnaires de La Flèche (La Flèche est une ville d’Anjou où il y a un fameux collège des Jésuites) et qui étaient de la Congrégation, au nombre de six, donnèrent en cette sorte les premiers commencements à cette petite confédération. Dieu leur ayant inspiré un bon désir de lui plaire et de Le servir sous la conduite et protection de la Sainte-Vierge, (ils) proposèrent ensemble de rechercher quelques moyens par lesquels ils pourraient mieux pratiquer les règles de la Congrégation et éviter toutes les occasions du mal et de débauche.
«Sur cette pensée, le père qui gouvernait alors la congrégation (ce père était le fameux père Bagot, qui a dirigé longtemps l’Aa de Paris, dont il est parlé dans l’abrégé de la vie de M. de Meur27 et tous les faits se sont écrits sous ses yeux et par ceux mêmes qui en avaient été les sujets) fit à propos, sans toutefois connaître leur dessein, une exhortation sur l’utilité de la sainte amitié et du bien qu’un nombre de personnes bien unies ensemble est capable de produire, lorsque leur liaison a pour but celui de s’encourager les uns et les autres dans la poursuite de la vertu.
«Ce discours les ayant confirmés dans leurs desseins, ils proposèrent d’aller ensemble trouver le père pour lui communiquer leur résolution et consulter avec lui des moyens dont ils se serviraient. D’abord, il reçut et goûta fort leur pensée et pour mieux juger des moyens convenables, il les engagea à mettre chacun par écrit l’idée de leur dessein et ce que chacun trouverait à propos être entre eux pratiqué et gardé; ce qu’ayant soigneusement fait, il arriva que sans s’être communiqués, ainsi que le père leur avait à dessein expressément défendu et enchargé, ils se trouvèrent néanmoins presque tous conformes dans les principaux points qui composent les règles de cette sainte confédération.
«Toutefois, elle ne fut pas plutôt établie qu’elle ne reçut diverses secousses et épreuves assez difficiles, mais ordinaires dans les commencements de toutes ces choses saintement instituées, qui arrivèrent principalement de la connaissance que quelques-uns eurent de l’étroite liaison et des Aa (Assemblées) de cette nouvelle confédération qu’on crut devoir être secrètes. Mais Dieu qui bénit toujours les saintes entreprises et favorise d’une protection spéciale tous les serviteurs de sa sainte Mère a fait de sorte que, non seulement ils ont surmonté toutes les difficutés qui se présentèrent alors, mais encore plusieurs et diverses bourrasques qui se sont soulevées depuis, s’étant toujours maintenues jusqu’ici dans une sainte ferveur de dévotion et dans une étroite liaison d’amitié et de charité les uns envers les autres, nonobstant la succession, la diversité des personnes qui ont été introduites de temps en temps.
«Pour ne rien faire que par ordre, le père qui eut le premier la connaissance et la direction de cette sainte résolution, la communiqua à ses supérieurs qui tous l’approuvèrent et un d’eux lui dit qu’autrefois il s’était servi de ce moyen pour remettre en bon état une congrégation de laquelle il avait charge et qui avait bien perdu de l’esprit qu’elle devait avoir28.
«Un de cette confédération de La Flèche étant venu en cette ville de Paris pour suivre ses études et fréquentant la grande congrégation des externes du collège de Clermont (c’est le collège des Jésuites qui s’appelle aujourd’hui le collège de Louis-le-Grand), travailla en cette sorte pour y établir la même confédération dans l’année 1643 : ayant pratiqué quelque habitude avec deux des principaux officiers de cette congrégation, un jour il leur proposa le fruit et l’utilité qu’il y avait de s’unir d’une amitié sainte un certain nombre des congréganistes les plus choisis pour de fois à autre s’assembler, tant pour aviser des moyens de mieux servir la Sainte-Vierge, de bien garder les Règles de la Congrégation et de procurer qu’elles soient exactement observées que pour s’entretenir sur d’autres matières, pensées et d’édification, s’échauffant ainsi les uns et les autres à l’étude de la vertu et à toutes les oeuvres de piété qui leur seraient possibles et conformes à leur dévotion.
«Ces deux ayant donné volontiers les mains pour avancer un tel dessein, ils conclurent tous trois d’en parler au père de la congrégation, pour conjointement établir et commencer cette petite confédération, entre lesquels il fut arrêté d’en recevoir trois, de façon qu’étant six conjoints, on détermina et choisit le jour de la Pentecôte, 4e juin 1643, où tous ensemble s’étant rendus à la congrégation à trois heures après-midi chacun récita les oraisons et firent les autres prières désignées dans les règles, pour la réception de ceux qui sont introduits dans cette confédération. Ensuite de quoi on procéda à l’élection d’un commis 29, le tout en la présence d’un directeur de la congrégation et de deux pères jésuites qui ont été des six premiers de l’institution de La Flèche. Et voilà sommairement tant son origine à La Flèche que son établissement dans la grande congrégation des externes du collège de Clermont.»30
La grande Congrégation était alors dirigée par le P. Bourdin. Après un intérim du P. Moreau, le P. Bagot lui succéda en octobre 1646. L’institution de l’Aa de Paris n’est donc pas dûe à l’initiative du P. Bagot, mais à partir de 1646, il en sera l’âme; guidés par ses sages conseils, les «Bons Amis» verront se préciser leurs aspirations à l’apostolat des nations lointaines; c’est lui qui indiquera au Père Alexandre de Rhodes cette élite de jeunes gens capables de comprendre les appels enflammés de l’apôtre du Tonkin, lui qui établira la première liste de candidats à l’épiscopat pour les Missions-Étrangères, et quand il mourra le 23 août 1664, il aura eu la consolation de penser que les meilleurs de ses disciples, les de Laval-Montigny, Pallu, Lambert de la Motte avaient pris en main la direction des jeunes Églises de la Nouvelle-France, du Tonkin et de la Cochinchine, que d’autres : Vincent de Meur, Gazil, Poitevin, tous anciens commis de la première Aa de Paris, avaient définitivement établi le Séminaire des Missions-Étrangères.
Pour eux tous le nom du P. Bagot restait en vénération, témoin ces lignes que Pallu adressait d’Alep, le 16 mars 1662 aux amis de l’Union: «quoyqu’il arrive, entretenir touiours une tres grande intelligence avec les Jesuittes et prendre bien garde a rien faire qui leur donne suiet de se defier de nous, surtout avec le R. P. Bagot que nous devons tous regarder comme nostre tres bon pere et nous estimer heureux de l’avoir pour tel nous ne scavons pas le thresor que nous possedons en sa personne.»31Quand, le 6 janvier 1687, Fénélon prononcera dans la chapelle basse du Séminaire le discours resté célèbre sur la Vocation des Gentils32, il évoquera son souvenir :
«Il ne sera jamais effacé de la mémoire des justes le nom de cet enfant d’Ignace qui, de la même main dont il avoit rejetté l’emploi de la confiance la plus éclatante33, forma une petite société de prêtres, germes benis de cette communauté.»
Vincent de Meur, Gazil, Poitevin n’étaient plus là pour attester le bien-fondé de l’éloge. Fermanel se trouvait à Rome. Il y eut toutefois parmi les auditeurs un témoin de l’influence exercée jadis par le P. Bagot : ce fut Mgr François de Laval-Montigny, évêque de Québec, qui ce jour-là officia pontificalement34.
L’action du P. Bagot sur les futurs fondateurs de la Société et du Séminaire des Missions-Étrangères fut assez profonde pour nous imposer le devoir de tracer, au moins brièvement, les diverses étapes de son existence, en résumant les pages que lui a consacrées le P. de Rochemonteix35.
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