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Publication : Missions Etrangères 1653-1663

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 2 - Alexandre de Rhodes
Article: 4

Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy

Ch.2 - Alexandre de Rhodes

4. Le Père de Rhodes à Paris

Arrivé à Paris le 27 janvier 1653, le P. de Rhodes est reçu par les Pères de Lingendes, provincial de France, Charles Lalemant, supérieur de la maison professe, Charles Paulin, confesseur du jeune roi Louis XIV et Jean Bagot, directeur de la grande Congrégation du collège de Clermont. Trois jours après, il a la satisfaction d’écrire au P. Général qu’il est allé au palais du Roi très chrétien et reçu par lui avec la plus grande bienveillance, ainsi que par la Reine mère Anne d’Autriche; de son mieux il a répondu à leurs nombreuses questions.91

Il lui est arrivé «un nombre infini de lettres de nos Peres qui me demandoient d’estre enrollez en cette glorieuse milice, toutes nos cinq Provinces de France on été remplies de ces genereus pretendants, ils ont écrit à Rome, prié Dieu, solicité nos Supérieurs.92 Sans doute il serait heureux d’emmener avec lui un grand nombre de ses confrères, mais son but - il l’a déjà déclaré - ne serait atteint qu’en partie. Ce qu’il veut, c’est l’établissement d’une hiérarchie complète, il lui faut des évêques et des prêtres séculiers. Il s’est ouvert de ses projets à plusieurs ecclésiastiques qui semblent répondre à ses avances, mais leur enthousiasme n’est que passager.

Auprès des du P. Bagot, le succès sera plus durable. Les hôtes de la rue Coupeau virent un jour arriver les deux jésuites. Il est facile de se représenter à quel point les récits de ce vétéran de l’apostolat, confesseur de la Foi, enflammèrent les jeunes gens; tous se déclaraient prêts à le suivre. En sortant de l’entretien, le P. de Rhodes dit à son confrère : Et le 14 février il s’empresse d’annoncer la bonne nouvelle au P. Général : 93 Le P. Bagot voulut s’assurer qu’il y avait là autre chose qu’une émotion passagère et leur fit une longue conférence sans rien dissimuler de tout ce qu’il avait appris du P. de Rhodes. François Pallu répondit au nom de tous :

94 Il fut décidé qu’on ferait une retraite de dix jours, - Ils en sortirent plus fervents et plus décidés que jamais.

Le 7 mars, après en avoir conféré avec Mgr Bagni,95 nonce du Pape à Paris, le P. de Rhodes estime pouvoir porter à la connaissance de la Propagande les premiers résultats de ses démarches. «Je me permets de faire la proposition suivante à Vos Eminences pour le bien de la Chrétienté du Tonkin et de la Cochinchine... la proposition consiste en deux choses : la première est qu’il se trouve en cette cour des prêtres séculiers de beaucoup de zèle et de sainteté unis à la prudence et à la science, qui sont disposés à s’en aller jusqu’à ces régions des extrémités du monde pour le salut des âmes et qui, au jugement dudit nonce, sont très aptes à être envoyés en ces pays... l’autre chose est qu’il se trouve encore des personnes zélées qui donneront une rente perpétuelle de six cents écus par an pour entretenir dans ces régions reculées deux ou trois évêques, selon que le jugera bon la Sacrée Congrégation pour ces nouvelles églises.»

Le même jour, Mgr Bagni écrit au Cardinal Pamphili pour la Sacrée Congrégation de la Propagande : «Au nom de beaucoup des principaux seigneurs de cette ville, la duchesse d’Aiguillon m’a dit que les Relations du P. Alexandre de Rhodes leur avaient appris le besoin pour les royaumes du Tonkin et de la Cochinchine de trois évêques... Aussi quelques-unes de ces pieuses personnes ont décidé entre elles de fonder une rente annuelle de deux cents écus pour chaque évêque. Il y a ici des prêtres sëculiers de grand mérite, possédant d’autres revenus particuliers, qui se dévoueraient volontiers à ces missions... Je supplie très humblement Votre Eminence... de nous obtenir cette faveur du Saint Père; s’il y donne son approbation, on enverra d’ici tous les certificats témoignant de ce que j’ai dit ci-dessus.»96
Voilà donc, cinq semaines après l’arrivée du P. de Rhodes à Paris, deux résultats acquis : les hommes sont trouvés et les ressources assurées. Et déjà, de puissants appuis : la Cour royale, le nonce du Pape, les principaux seigneurs de la ville, les Dames de charité, en tête desquelles s’inscrit la duchesse d’Aiguillon.

Marie-Magdelaine de Vignerod, devenue par son mariage Madame de Combalet et à partir de 1638 duchesse d’Aiguillon, était la nièce du défunt cardinal de Richelieu. On la trouve mêlée à toutes les bonnes oeuvres de cette époque si fertile en institutions de bienfaisance.97 À ses côtés se distinguent Madame de Miramion et Mlle de Bouillon98, aussi empressées qu’elle-même à se dévouer partout où il y a du bien à faire.


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