| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
2 - Alexandre de Rhodes |
| Article: |
7 |
Les Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy
Ch. 2 Alexandre de Rhodes
7. Opposition de la famille
Ce n’est pas sans raison que Pallu recommandait la discrétion vis-à-vis de sa famille, dont il appréhendait les résistances. En effet son père lui écrira de Tours, le 18 octobre 1653, pour exprimer sa douloureuse surprise de n’avoir pas été consulté sur une affaire aussi grave, dont la nouvelle lui parvenue par la rumeur publique126.
Tout en protestant qu’il ne s’opposerait jamais aux volontés de Dieu, il représentait à son fils les motifs capables de le détourner d’une entreprise si hasardeuse : l’état précaire d’une constitution sujette à de grandes et fréquentes maladies, les risques d’un si long voyage, les besoins pressants des chrétiens de France au service desquels il pouvait se dévouer , la situation fausse où il se trouverait si, en cas d’échec de ses projets, il se voyait forcé de rentrer en Europe, revêtu de la dignité épiscopale.
«C’est pourquoi, concluait-il, je ne puis vous donner mon approbation en cette entreprise, et au contraire y répugne et la désapprouve autant que je puis et vous exhorte de vous en tirer et nous venir voir au plus tôt, pour vous établir avec nous et nous aider à bien finir et contribuer à notre salut, pour quoi je prie Dieu avec instance de continuer par sa bonté de verser ses grâces sur vous et sur nous.»
François Pallu, dont le dessein, mûrement réfléchi, était fermement arrêté, ne voulut cependant pas répondre aux objurgations de son père avant que Mère Marie de Saint-Bernard n’eût préparé les voies en écrivant à Madame Pallu. Elle s’y prêta volontiers, usant d’une liberté de langage où les vues de l’humaine prudence n’ont aucune part : «Je vous avoue, note-t-elle dans son Mémoire, que Dieu me donna de l’esprit et des raisons assez puissantes pour les toucher... je me souviens qu’il y avait dans ma lettre : c’est un arrêt donné non en robes rouges au Parlement de Paris, mais c’est un dessein arrêté dans le conseil éternel de Dieu que Monsieur votre fils soit évêque du Tonquin; voulez-le ou ne le voulez pas, cela sera, je vous en assure de la part de Dieu; ne vous opposez pas à sa volonté, il vous le ferait bien sentir, votre fils est plus à Dieu qu’à vous, il faut qu’il obéisse à la voix qui l’appelle, au lieu et en la condition où il le veut.»
À son tour, Pallu donna à son père l’assurance que l’appel se faisait sentir depuis longtemps, qu’il n’y pouvait résister sans manquer à sa conscience et engager son salut, qu’il n’avait rien fait à la légère, que toutes les personnes éminentes en doctrine et en piété, consultées par lui, l’avaient confirmé dans ses desseins.
Pareil langage devait être compris de chrétiens de leur trempe; résignés, ils mandèrent à leur fils que, malgré leur douleur, ils donnaient , le conjurant du moins de ne pas les quitter sans leur donner la consolation de les revoir.
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