| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
4 - Formation des Missionnaires |
| Article: |
4 |
Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy
CH. 4 - Formation des Missionnaires
4. Au château de la Couarde
Si l’auberge de la Rose Blanche, les maisons de la rue Coupeau et de la rue Saint-Dominique ont retenu notre attention, parce qu’elles furent témoins des premières aspirations des Bons Amis pour les Missions, nous devons une mention spéciale à cette hospitalière demeure où, pendant dix-huit mois, les vingt premiers missionnaires de la Société reçurent les instructions de leur principal fondateur.
À 50 km à l’ouest de la capitale, après avoir dépassé, sur la route de Paris à Brest, le village de La Queue-les-Yvelines, on aperçoit, près de l’embranchement du chemin qui, à gauche mène à Grosrouvres, une haute grille en fer forgé : elle donne accès au domaine de la Couarde. Enclavé dans la forêt de Montfort l’Amaury, il avait été érigé en seigneurie vers 1550 pour Étienne de Brézé, abbé commendataire de Coulombs et beau-frère de Diane de Poitiers à qui la forêt appartenait. Il avait passé en plusieurs mains avant de devenir, en 1626, propriété de la famille de Beauharnais.
Étienne de Brézé avait édifié les premières constructions dont l’ensemble comprenait, en 1614, Le château, construit en moellons recouverts de crépi et en briques apparentes encadrant les baies, était composé d’un corps de logis et deux grandes ailes en retour, terminées chacune par une tour ronde. Entre ces trois bâtiments, une cour d’honneur fermée en avant par un pont-levis; le tout entouré de larges douves maçonnées.
Au rez-de-chaussée du corps de logis, tout en longueur et peu profond, plusieurs pièces éclairées sur leurs deux façades, côté cour et côté jardin. Aux extrémités, pavillons en saillie, munis chacun d’un escalier conduisant à l’étage et aux combles. À l’angle du bâtiment central et de son aile droite, la chapelle. Au premier étage, un certain nombre de chambres prenant jour sur le jardin et desservies par le corridor qui allait d’un escalier à l’autre.
Telle était cette demeure seigneuriale, modeste sans doute, mais propice au recueillement, en raison de sa situation au milieu des bois de haute futaie et éloignée de la route de plusieurs centaines de mètres.241
Le biographe de Madame de Miramion note que, pendant près de dix-huit mois que les missionnaires passèrent chez elle, elle pourvut à tous leurs besoins,
Il est malaisé d’assigner une date précise au commencement et à la fin du séjour; ce fut vraisemblablement de juin 1659 à décembre 1660. Trois lettres de Cotolendi écrites de La Couarde les 24 nov. 1659, 3 février et 8 mars 1660, deux autres de Dreux les 25 mai et 6 juin 1660, peuvent servir de points de repère. En octobre, Chevreuil et plusieurs autres y sont encore; Lambert de la Motte adressera de Marseille ses adieux 242
D’autre part, M. de Bourges y a consacré quelques lignes : «Mr L’évêque d’Héliopolis ayant publié un écrit qui contenoit les motifs de son entreprise et les intentions du Saint-Siège, plusieurs vertueux ecclésiastiques furent excités de se présenter à luy pour une si digne occupation; ce prélat usa d’un grand discernement dans le choix qu’il en fist, et pour y mieux reussir il les retira à dix lieues de Paris, afin d’examiner leur vocation et de les preparer par les exercices de la retraite et de l’oraison, et par l’essay de quelques missions aux villages circonvoisins, aux fonctions de la vie apostolique.»243
Les mois passèrent ainsi dans le recueillement, l’étude, la prière, Pallu, qui avait suivi les célèbres conférences du mardi de Vincent de Paul, ne manqua pas de s’en inspirer pour faire passer dans l’âme de ses auditeurs les sentiments qu’il éprouvait lui-même. Il n’était pas seul à y prendre la parole. Cotolendi, recommandant à l’un de ses correspondants un genre de conférences spirituelles, le décrit en ces termes :
«C’est en se communiquant familièrement et simplement quelque chose de ce qu’on a trouvé de plus touchant, de plus remarquable et de plus profitable en sa lecture spirituelle que chacun a faite en son particulier pendant la semaine ou depuis la dernière conférence, qui en un livre, qui en un autre. Pendant les trois mois que je fus aux champs244, nous faisions des conférences de cette façon une fois la semaine, ce que je trouvai si plein d’onction qu’on ne saurait croire combien cette façon est excellente.»245
L’enseignement oral était complété par une étude plus approfondie de certains traités de théologie d’application pratique, la discussion des cas de conscience, la lecture de récits de voyages et de missions dans les pays étrangers, les lettres de Saint François Xavier, les ouvrages publiés par le P. Alexandre de Rhodes, les Relations annuelles des jésuites du Canada.
Des missions prêchées dans les localités du voisinage, il n’est guère resté que le souvenir de celle de Dreux, en mai et juin 1660, mentionnée par Cotolendi. Il écrit à son père le 6 juin :
«Je ne sais ce que vous direz, ne recevant aucune de mes lettres, quoique je vous eusse promis de vous en donner aussitôt après la mission où j’étais la dernière fois que j’eus l’honneur de vous écrire. Mais il est arrivé qu’avant de finir l’autre, j’ai été averti de me tenir prêt pour une où je suis maintenant, et où je suis si fort occupé que, avec toutes les peines du monde, puis-je dérober un moment pour vous faire ce mot, car je vous assure qu’à peine ai-je du temps pour dire mon bréviaire. C’est en cette ville, où nous faisons mission depuis la Pentecôte (16 mai), et nous y serons encore un bon mois.»246
Le 3 février précédent, il avait mandé de La Couarde : , sans préciser davantage.247 Il dut arriver aussi que pour ces saints exercices, ils se joignirent aux fils de Saint Vincent de Paul. Pallu les a vus à l’oeuvre, il souhaite que ses missionnaires soient formés à leur école. D’Alep, il écrira en mars 1662 : 248 De Ténassérim, en décembre 1663 : «Il est nécessaire que ceux qu’on nous envoira aient esté bien exercés au saint ministère dans la campagne, non pas dans les missions éclatantes, mais en des missions obscures, ingrates, difficiles où il n’y ait que le bon plaisir de Dieu qui les soubtienne. J’aimerais mieux que ce fust avec Messieurs de la Mission de Saint-Lazare qu’avec aucun autre.»249
L’évêque d’Héliopolis venait de passer dix-huit mois à Rome. Des instructions verbales lui avaient été données; il les communiqua à ses prêtres, et dès le mois de décembre 1659, il put leur faire le commentaire des Instructions écrites promises depuis longtemps et qui renfermaient les directives de la Propagande. Ce document souvent cité (pas toujours avec exactitude) mérite d’être étudié d’un peu plus près.
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