| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
4 - Formation des Missionnaires |
| Article: |
5.3 |
Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy
CH. 4 - Formation des Missionnaires
5.3. Les Instructions de 1659
Dans la mission
On ne cherchera pas, dans cette troisième partie, un code détaillé de discipline sacerdotale, ni de règles relatives à l’administration des sacrements, mais seulement quelques principes généraux visant, d’une part, l’institution d’un clergé indigène, d’autre part, la conduite à tenir vis-à-vis de certaines catégories de personnes.
Le but primordial de l’envoi des Vicaires apostoliques est fortement souligné263 : «La principale raison qui a déterminé la Sacrée Congrégation de la Propagande à vous envoyer comme évêques dans ces régions a été que, par tous les moyens et méthodiquement, vous vous efforciez d’instruire des jeunes gens pour les rendre aptes au sacerdoce, que vous leur confériez les saints ordres, que vous les établissiez en ces vastes régions, apportant vous-mêmes le soin le plus diligent à y organiser la discipline chrétienne. Ainsi donc ayez toujours devant les yeux ce but qui consiste à entraîner, à former et à promouvoir aux saints ordres le plus grand nombre possible de jeunes gens doués des aptitudes désirables. (n.1)
«Si, parmi ceux que vous aurez promus au sacerdoce, il s’en trouve quelques-uns dignes de l’épiscopat, gardez-vous bien (et ceci vous est très expressément défendu) de les investir du caractère d’une si haute dignité; mais au préalable, faites connaître par écrit à la Sacrée Congrégation leurs noms, leurs aptitudes, leur âge, et tout ce qu’il sera utile de savoir, par exemple le lieu où ils pourraient être sacrés, les diocèses qu’il conviendrait de leur confier, etc.» (n.2)264
Si des réserves sont apportées aux propositions à l’épiscopat, aucune limitation n’est imposée en ce qui concerne le nombre de prêtres à ordonner, sans préjudice toutefois d’une formation sérieuse. Les Instructions y reviennent à propos des écoles :
«Si vous découvrez dans ces écoles des jeunes gens bien doués, pieux, dévoués, généreux, aptes aux études littéraires et présentant des signes de vocation à l’état ecclésiastique, encouragez leur zèle, aidez-les à poursuivre leurs études littéraires sans se laisser distraire par d’autres préoccupations, et lorsqu’ils seront suffisamment formés à la science et à la piété, vous pourrez les admettre au nombre des clercs et, en temps opportun, les promouvoir aux ordres sacrés, après les avoir éprouvés par de nombreux exercices spirituels, examiné la droiture de leurs intentions et leur vocation à l’état ecclésiastique.» (n.36)
À l’égard du Saint-Siège, non seulement vous manifesterez une totale soumission au Pontife Romain, mais vous apprendrez à vos fidèles à le respecter comme le dépositaire de la vraie foi et l’organe du Saint-Esprit, à se plier à ses ordres, à le consulter dans leurs difficultés. (n.3) Rien d’important ne sera entrepris sans l’ordre de la Sacrée Congrégation, et vous lui rendrez compte des initiatives prises par vous. Vous enseignerez aux Chinois l’obligation de solliciter les décisions du Saint-Siège dans les affaires graves, et d’attendre sa réponse. (n.4)
Mais, objecteront-ils, la distance qui nous sépare de Rome est bien grande, ses ordres parviennent à peine jusqu’à nous. - Dites leur que la sollicitude du Pontife Romain supplée en certains cas à l’obstacle de la distance par les pouvoirs très étendus accordés aux évêques, et au besoin par l’envoi de délégués apostoliques. (n.6)
Il sera parfois nécessaire de ne pas vous montrer intransigeants dans l’exécution des ordres de la Propagande. Sachez, quand il le faudra, et pour éviter le trouble des esprits, gagner du temps en tenant compte de la faiblesse de vos néophytes, mettant à profit ce délai pour en instruire la Sacrée Congrégation et obtenir une ligne de conduite. (n.7)
«Prenez vos dispositions pour écrire ici le plus souvent possible, et pour vous mettre à même de vous acquitter de ce devoir, nous vous en imposons, au nom du Seigneur, l’obligation formelle(n.8).Quand même il n’y aurait que peu de nouvelles, ne laissez pas d’écrire régulièrement, nous saurons au moins que la situation reste normale. (n.9)
Vos lettres seront expédiées par des voies diverses et en plusieurs copies.
La fréquence des lettres n’exclut pas la discrétion et la prudence; n’écrivez rien ici qui soit susceptible d’indisposer contre vous les Princes et les chefs de gouvernements. (n.11)
Des rapports confidentiels seront parfois nécessaires :
«Pour que le secret soit gardé au cas où vos lettres seraient interceptées, nous vous envoyons un code de correspondance secrète265 pour faire connaître à la Sacrée Congrégation ce qui doit rester inconnu des autres. Vous n’en userez cependant qu’en cas d’urgente nécessité, et lorsque vous aurez l’assurance de ne pas risquer, dans l’hypothèse où vos lettres écrites en caractères secrets seraient saisies, que des hommes malveillants n’en prennent occasion de soulever contre vous les soupçons des Princes, en vous accusant d’ourdir des complots contre leur gouvernement.» Une autre ressource vous est offerte : c’est de confier le soin de nous écrire à l’un de vos missionnaires momentanément éloigné de la Province. (n.12)
Les missionnaires auront eux-mêmes toute liberté d’écrire à Rome, et vous ne chercherez pas à savoir ce que leurs lettres contiennent. (n.13)
Un questionnaire ci-annexé précise les points sur lesquels la Sacrée Congrégation désire être renseignée. (n.15)
Passant aux relations avec les autorités civiles, la Propagande envisage le cas où celles-ci seraient favorablement disposées à l’égard de la religion chrétienne. Il faudra se garder , afin d’écarter (n.16)
«Restez à ce point à l’écart de la politique et des affaires de l’État que, même priés et suppliés, vous n’acceptiez pas de charge publique. La Sacrée Congrégation l’a toujours gravement et absolument prohibé et maintiendra sa défense. Soyez donc, vous et les vôtres, soigneusement sur vos gardes et persuadez-vous bien que rien ne sera plus désagréable à la Sacrée Congrégation que de voir quiconque s’immiscer dans des affaires de ce genre, ou accepter d’y être impliqué. Et cela, non seulement lorsque pareille conduite entraînera un dommage à la religion ou détournera les missionnaires de leur devoir, mais même lorsque brillera un espoir certain d’accroître la religion et de propager notablement la foi.» (n.17)
«La parole de Dieu doit être propagée, non par ces moyens-là, mais par la charité, le détachement des choses du monde, la modestie, la frugalité, la patience et les autres vertus apostoliques. «Bien plus, mettez tous vos soins à faire comprendre à tous combien tout cela déplaît à la Sacrée Congrégation, combien elle le prohibe absolument et gravement à ses ministres, et combien est vif son mécontentement lorsqu’il en est fait mention dans les relations des missionnaires. (n.18)
«Que tous sachent et affirment que vous et les vôtres avez ces pratiques en aversion, que vous ne cherchez rien en dehors des biens spirituels et du salut des âmes, que vos actes, vos désirs, vos intentions sont dirigés uniquement vers les intérêts du ciel, à l’exclusion de tous les autres. (n.19)
«Si vous vous apercevez que quelqu’un des vôtres est tombé dans un désordre de ce genre, éloignez-le de la mission, renvoyez-le, car on ne peut rien imaginer de plus propre à causer votre perte, de plus pernicieux à la cause de Dieu qui vous est confiée. (n.20)
Faut-il aller jusqu’à refuser aux Princes des conseils qui seraient spontanément sollicités ? - Non, mais il y faut user d’une extrême réserve : «Vous appuyant sur notre défense, donnez des conseils inspirés par la loyauté, la justice, et qui aient une saveur d’éternité. Quittez aussitôt la Cour et le palais et rentrez dans votre district pour vous adonner au saint ministère. Et plutôt que d’y séjourner, prétextez votre peu de goût pour les affaires politiques, votre manque d’aptitudes à l’administration civile, pour que, avec l’agrément du Prince, vous sortiez le plus vite possible de ce lieu plein de périls.» (n.21)
Le loyalisme envers les pouvoirs établis ne souffre pas d’exceptions : «Prêchez aux peuples l’obéissance à leurs Princes, même s’ils sont difficiles; priez Dieu, en particulier comme en public, pour leur bonheur et prospérité. Ne censurez pas leurs actes, même ceux des persécuteurs; ne les accusez pas de sévérité, ne les critiquez en rien, mais attendez de Dieu, patiemment et en silence, le temps de la consolation.» (n.22)
Il serait encore plus fâcheux de se mêler à des coteries :
l’un de vos missionnaires, informé de tout ceci, ne s’abstient pas de pareils procédés, renvoyez-le sans délai en Europe, de peur que par son imprudence il ne mette en péril les intérêts si importants de la religion. (n.24)
L’obligation de se faire tout à tous implique le respect des coutumes locales, lorsqu’elles ne sont pas en contradiction avec le dogme ou la morale : «Ni par vos actes, ni par vos paroles n’essayez de porter ces peuples à changer leurs cérémonies, leurs coutumes, leurs habitudes, pourvu qu’elles ne soient pas ouvertement opposées à la religion et aux bonnes moeurs. Quoi de plus absurde que d’importer en Chine la France, l’Espagne, l’Italie ou une partie quelconque de l’Europe ? Introduisez, non tout cela, mais la Foi, qui ne rejette ni ne blâme les cérémonies et coutumes d’aucune nation, si elles ne sont pas perverses, mais veut au contraire qu’elles soient gardées intactes.» (n.25)
«Et parce qu’il est naturel à presque tous les hommes d’estimer et d’aimer ce qui leur est propre, surtout leur patrie, plus que les autres, il n’est pas de motif plus puissant de haine et d’aliénation des esprits que la modification des habitudes nationales, celles en particulier auxquelles les hommes sont accoutumés de temps immémorial; surtout si à la place des coutumes abrogées vous introduisez et substituez celles de votre propre pays. Ainsi donc, accommodez les usages de ces peuples à ceux d’Europe, ou plutôt mettez tous vos soins à vous adapter aux leurs.» (n.26)
Louez ce qui est digne de louanges; réservez votre jugement sur les choses indifférentes; (n.27)
Pas d’immixtion de questions politiques dans les assemblées des fidèles : «Dans la prédication de la parole de Dieu, dans l’administration des sacrements, ne donnez prise à aucun désordre ou soupçon de rébellion à l’occasion de vos sermons et de la fréquence des réunions, mais veillez à ce que les chrétiens s’assemblent avec vous pour les cérémonies sacrées avec grande modestie; ne souffrez pas que dans leurs assemblées on traite des sujets profanes, prohibez sévèrement qu’à cette occasion on agite des questions qui concernent les affaires publiques.» (n.28)
Que chacun travaille dans la portion de la vigne qui lui a été confiée, ce qui n’exclut pas les services à rendre, en cas de nécessité, aux missions voisines, mais toujours pour un temps très bref et sans qu’il en résulte un préjudice pour votre propre mission. (n.29)
Sans doute des conflits sont à prévoir. «Si quelque contestation s’élève entre vous et les vôtres, évitez à tout prix les disputes, clameurs et scandales, surtout en public. Si vos dissensions ne peuvent se régler à l’amiable, soumettez-les au jugement de la Sacrée Congrégation, assurés qu’elle sera davantage portée à la sévérité et inclinée à condamner les obstinés, les opiniâtres, ceux qui revendiquent avec excès leurs droits; ceux au contraire qui sont portés à faire des concessions et préfèrent abandonner leurs droits plutôt que d’attaquer et usurper ceux des autres, la trouveront plus favorable et plus indulgente.» (n.30)
L’évêque est responsable de ses missionnaires; il lui appartient d’assigner à chacun sa tâche, de veiller à ce qu’ils s’en acquittent ponctuellement, ne se résignant qu’à regret à les renvoyer en Europe pour des motifs impérieux. (n.31 et 32)
Pour la conduite à tenir envers les Religieux, des instructions écrites et verbales ont déjà été données. Là encore, les Vicaires apostoliques se garderont de revendiquer avec trop d’intransigeance les droits qu’ils tiennent du Saint-Siège. (n.32)
À l’égard des fidèles, certains errements sont à proscrire : «Ne soyez en aucune façon à charge au peuple au point de vue temporel, vous souvenant de la pauvreté des Apôtres et de leurs disciples recourant pour leur subsistance au travail de leurs mains; contentez-vous, à leur exemple, de la nourriture et du vêtement; abstenez-vous de tout gain sordide, gardez-vous d’exiger des aumônes et d’accumuler des richesses au moyen de dons et d’offrandes. Si l’on vous oblige à en accepter, distribuez-les aux pauvres en présence des donateurs; sachez que rien n’est plus propre à exciter l’admiration du peuple et à attirer ses regards que le mépris des biens temporels et la pratique de la pauvreté évangélique qui, s’élevant au-dessus des intérêts humains et terrestres, amassent des trésors pour le ciel.» (n.33)
Un autre abus consisterait à se mettre au service particulier et exclusif de personnages influents. Les avantages dont ils vous gratifieraient ne pourraient que nuire au bien commun et vous enlèveraient toute liberté de parler ou de blâmer leurs fautes. (n.34)
L’enseignement de la doctrine doit tenir une place prépondérante dans vos préoccupations : «Pour le progrès dans ces régions des sciences sacrées, il sera nécessaire de faire traduire du latin et du grec en leur langue quelques ouvrages des saints Docteurs et d’autres écrivains. (n.35) -
La Sacrée Congrégation a une telle estime de votre zèle qu’elle ne croit pas devoir étendre davantage ses instructions, persuadée que vous y suppléerez sur la lecture d’ouvrages relatifs aux Indes et à la Chine. Il en est d’excellents, entre autres la vie de Saint-François-Xavier, surtout ses lettres.
Un souhait final : et la signature :
M. Alberici,
Secrétaire de la S.C. de la Propagande
par ordre de cette même Congrégation.
Le texte des Instructions était accompagné d’une lettre d’envoi en date du 10 novembre 1659. Le Secrétaire y renouvelait les conseils de modération dans l’application des ordres de la Sacrée Congrégation et le voeu que Dieu accordât sa bienveillante assistance à l’entreprise commencée pour sa plus grande gloire, ce que les Eminentissimes Cardinaux de la Propagande souhaitent de tout coeur.269
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