| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
5 - Compagnie de commerce |
| Article: |
1 |
Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy
CH.5 - Compagnie de commerce
1. Projets de voyage par mer
La Sacrée Congrégation ne s’était résignée qu’à regret à autoriser le voyage par mer, tant étaient vives ses appréhensions de complications avec le Portugal. À Paris, par contre, on voyait surtout les avantages d’un transport par vaisseaux, moins dispendieux et, croyait-on, plus rapide; les craintes de trouver la route barrée passaient au second plan. Le moyen d’éviter toute surprise ne serait-il pas d’obtenir passage sur les navires portugais eux-mêmes ? La faveur aurait été, dès les premiers mois de 1659, accordée par l’entremise de Mgr Gilbert de Choiseul, évêque de Comminges, mais les pièces ayant été égarées, le gouvernement de Lisbonne aurait refusé d’en délivrer d’autres.283
Le bruit de ces tractations parvint à Rome et y provoqua un certain émoi. À cette même date, Laurent de Brisacier prônait une entente avec les jésuites portugais pour voyager avec eux; mais ni le Pape ni la Propagande n’étaient disposés à entrer dans ses vues. Lesley s’empressa d’en écrire à Pallu :
«Monsieur le Secrétaire a appris de M. le Cardinal des Ursins que vous aviez escrit et envoyé en Portugal pour traitter avec cette Cour, afin d’avoir passage aux Indes; que vous deviez tenir cela secret et caché, tant que vous pouviez, aux Portugais et que cela ferait avec le temps plus de bruit que vous ne croyez... Quand Monsieur le Secrétaire a dit ceci, je remarquai qu’il était fort ému, et il ne dissimula pas ses sentiments tels qu’ils sont, il répéta alors qu’il se fallait défier des Pères Jésuites, principalement portugais et leur cacher vos desseins jusqu’à ce que vous soyiez dans les Indes mesme, conservant pourtant une très parfaite amitié avec eux dans toutte autre chose.
«Il me dit aussi que M. l’abbé de Brisacier ayant parlé au Pape touchant quelques Jésuittes qui vous doivent accompagner, Sa Sainteté voyant qu’il ne se rendoit pas capable de la raison, l’avoit renvoyé à la Propagande, et que Monsieur le Secrétaire, dans l’audience qu’il eut du Saint-Père, ayant de nouveau proposé à Sa Sainteté les sentiments de Monsieur l’Abbé, Sa Sainteté commença d’abord à secouer la teste et à désapprouver fort cet accompagnement, disant tout net que cette grande privauté avec les Jésuittes pourroit causer quelque désordre et empeschement, qu’il estoit nécessaire de tenir bonne correspondance avec eux, mais qu’il ne leur falloit pas confier les chiffres de la secrétairerie.284
Un mois plus tard, le correspondant romain revient à la charge :
«Vous me rejouissez en ce que vous m’escrivez touchant les Pères Jésuittes. L’abbé Brisacier a faict une grandissime imprudence d’aller proposer cela au Pape, mais soiez assuré que Sa Sainteté ne fera rien et ne voudra point du tout envoyer de Jésuittes avec vous; il est certain que ce ne sont pas les sentiments de Rome qu’ils vous accompagnent. Il faut tenir correspondance avec eux, fuir par tous les moiens les ruptures et tenir pour ferme et assuré qu’ils vous pourront empescher beaucoup et le voudront faire, si vous n’êtes leurs intimes sur le commencement. S’ils vous tourmentent pour vouloir faire et dire, accordez leur tout ce que vous pourrez, en bonne conscience, pour les satisfaire, mais donnez à Rome tous les avis précis de tout ce qui se passe, et demandez pour les ordres necessaires. Cependant, taschez de vous défaire de beaucoup de leurs instances, sur ce que vous attendez des ordres du Saint-Siège.»285
D’autres que les Portugais possédaient dans les Indes orientales des comptoirs de commerce. La Compagnie des Marchands de Londres créée en 1600, la Compagnie des Indes Orientales organisée en Hollande en 1602, envoyaient chaque année leurs vaisseaux vers l’Inde et la Chine. Pouvait-on raisonnablement solliciter, pour des missionnaires catholiques, le passage à bord de navires affrétés par des hérétiques, avec, au surplus, le risque de voir ces derniers, d’un jour à l’autre, en guerre avec la France ? - On savait par ailleurs, que ces Compagnies ne prenaient comme passagers que des personnes à leur service.286
N’y avait-il donc pas de navires français allant commercer dans ces parages lointains ? - En 1529, deux bâtiments partis de Dieppe avaient visité les Comores, les Maldives, et abordé sur la côte occidentale de Sumatra. Le scorbut décima l’équipage, les frères Parmentier, capitaines, moururent tour à tour et leurs vaisseaux durent regagner la France. Près d’un siècle s’écoulerait avant que la Compagnie des Moluques, fondée par des armateurs dieppois, envoyât à plusieurs reprises, de 1616 à 1622, ses navires à Sumatra. Le succès de l’entreprise, entravée par les rivalités anglaise et hollandaise, fut médiocre.
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