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Publication : Missions Etrangères 1653-1663

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 5 - Compagnie de commerce
Article: 4

Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy

CH.5 - Compagnie de commerce

4. La Compagnie de Chine s’organise

Munis de ces renseignements, les promoteurs de l’entreprise pouvaient aller de l’avant. L’automne et l’hiver de 1659-1660 furent employés à mettre sur pied les statuts, et le 15 avril 1660, «les Associés pour la propagation de la foy et l’establissement du commerce dans l’empire de la Chine, du Tonquin, Cochinchine et Isles adjacentes» mettaient la dernière main aux articles convenus entre eux.298

À cette date, trente huit actionnaires ont répondu à l’appel lancé par les confrères de la Compagnie du Saint-Sacrement, et ont souscrit une somme globale de 140.000 livres, soit le tiers des 420.000 estimées nécessaires pour la construction de deux vaisseaux. En tête de la liste, avec un apport de 49.000 livres, vient Lucas Fermanel, riche armateur de Rouen, père de l’un des commensaux de la «Rose Blanche». Arnauld de Pomponne souscrit 10.000 livres; Jean Le Comte, gouverneur et administrateur de l’Hôtel-Dieu, 7.000; Duplessis-Montbard, 4.000; la Duchesse d’Aiguillon, Jean de Garibal, François Pingré, chacun 3.000. Parmi les souscripteurs de 2.000 livres, relevons les noms de Jean-Marie Lhoste, avocat au Parlement et Bonneau, probablement Thomas Bonneau, oncle de Madame de Miramion et (par alliance) de Mgr Pallu.René de Voyer d’Argenson et une dizaine d’autres fournissent chacun 1.000 livres. À ces sommes s’ajouteront 10.000 écus versés par les trois évêques (Pallu, Lambert de la Motte, Cotolendi)299, et les 40.000 livres d’argent «mis au commerce de la Chine» par l’abbé Basile Fouquet.300

Le but essentiel à atteindre étant la propagation de la foi, les organisateurs tiennent à déclarer que «la principalle vue de cette société est de faciliter par son establissement le passage de Messeigneurs les Evesques nommés par Sa Sainteté pour aller travailler a la gloire de Dieu et a la conversion des ames dans l’Empire et les Royaumes cy-dessus denommés», il n’en reste pas moins que le but secondaire, c’est-à-dire la rémunération légitime des capitaux engagés, requiert l’adoption de mesures appropriées.

«Pour l’execution de ce dessein l’on a faict eslection de la personne du sieur Lucas Fermanel, marchand bourgeois demeurant a Rouen, auquel est donné pouvoir de faire construire et bastir en Hollande ou ailleurs deux vaisseaux du port, l’un de trois a quatre cents tonneaux et l’autre de deux a trois cents, et pour cet effect de faire eslection de personnes capables pour la conduite d’iceux, et de tel nombre d’officiers et mariniers qu’il jugera estre necessaire, les faire armer et equiper en la maniere des Hollandois pour de pareils voyages et comme il jugera estre propre pour le bien de la société, sans neantmoins pouvoir prendre en iceux plus de douze ou quinze estrangers.(art.1)

«Comme aussy de faire eslection d’une ou deux personnes estrangeres expertes du commerce de la Chine, auxquelles sera donné pouvoir de vendre et debiter les marchandises qui y seront portées et d’achepter dans les paÿs celles qui seront propres d’estre rapportées pour le bien et proffit de la société.(art.3)

«Il sera fait choix de quatre personnes françois pour tenir registre fidele de touttes les marchandises qui seront mises dans les vaisseaux, et dès qu’elles seront vendues, acheptées ou eschangées sur les lieux par les deux estrangers experts au commerce cy-dessus mentionnez pour en donner a leur retour un fidele estat et compte a la société...(art.7)

«A l’effect que dessus, sera fait fond de quatre cent vingt mil livres pour estre emploiez tant a la fabrique et construction des navires, munitions, victuailles, qu’a l’avance aux mariniers et a l’employ des marchandises...(art.8)

«Lequel fond sera mis, sçavoir pour Paris entre les mains de M. Lhoste l’aisné et Le Comte, et pour Rouen en celles du dict sieur Fermanel, auquel les dicts sieurs Lhoste et Le Comte remettront les deniers qu’ils auront reçus a l’effect cy-dessus...(art.9)

«Les navires seront amenés au Havre de Grâce, lieu destiné par la société comme le plus propre pour l’armement et embarquement des marchandises.(art.10)

«Il a esté arresté qu’on recevra Messeigneurs les Evesques dans les navires avec leurs missionnaires, domestiques et equipages, sans prendre rien pour le fret de leurs hardes ny pour leurs nourritures, et qu’on les debarquera en un ou plusieurs ports du Tonquin, de la Cochinchine ou de la Chine, a leur choix.(art.13)

Suivent d’autres dispositions, stipulant que les marchandises rapportées ne seront point partagées en nature, mais vendues, et le produit de leur vente distribué aux associés au prorata de leurs apports; que des arbitres seront désignés pour régler les différends,

«a peine contre les contrevenants aux jugements des dicts sieurs arbitres de la somme de dix mil livres qui sera payée, en vertu des presentes, sçavoir : un tiers a l’Hostel-Dieu de Paris, l’aultre a l’Hospital general de la ditte ville et l’aultre a l’hospital des Incurables de la mesme ville.(art.18)

«Si Dieu benist cette entreprise, qui a pour principal objet sa gloire, et qu’il se fasse un second voiage, il sera continué de donner le secours spirituel pour la conversion des Infideles, et les Ecclesiastiques ayant mission legitime qui voudront s’embarquer seront reçus dans les navires sans que l’on puisse rien demander pour le fret de leurs hardes ny pour leur nourriture, apres touttefois qu’ils auront esté esprouvez et jugez dignes et capables de cet employ par les personnes que Messeigneurs les Evesques auront commises pour cet effect.(art.19)

Lucas Fermanel sera tenu de faire examiner et approuver sa gestion par les directeurs du comité de Paris. Il les leur enverra et ne les présentera personnellement que s’il le juge à propos; dans ce cas, les frais de son voyage et de son séjour à Paris seront supportés par la société, et il ne pourra être retenu au delà de huit jours. Telle est, dans ses grandes lignes, la convention établie le 15 avril 1660. L’acte en sera déposé, le 25 septembre suivant, en l’étude de Thomas, notaire.

En possession du mandat qui lui est confié, Lucas Fermanel va sans tarder s’occuper de faire équiper en Hollande un premier navire, qui eût été prêt à prendre la mer en octobre si, comme nous aurons à le relater, après avoir été retenu plusieurs mois à Amsterdam par les autorités de cette ville, il n’avait péri, brisé par la tempête, avant même de quitter les eaux hollandaises.


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