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Publication : Missions Etrangères 1653-1663

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 6 - Fin d'un rêve
Article: 1

Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy

CH.6 - Fin d'un rêve

1. Sacre de Mgr Cotolendi

Mgr Pallu suivait avec une certaine anxiété les événements de Hollande et les retards apportés à la livraison du Saint-Louis. Il savait que pour profiter des vents favorables, le vaisseau devait quitter le Hâvre au plus tard le 1er décembre. En conséquence, il avait activé les préparatifs de son voyage. Il serait accompagné d’une quinzaine de missionnaires, au nombre desquels Cotolendi, désigné pour être le troisième évêque et non encore sacré.

Ignace Cotolendi était né en 1630 à Brignoles, au diocèse de Fréjus où ses parents s’étaient réfugiés pendant une épidémie de peste qui sévissait à Aix-en-Provence, leur résidence habituelle. Il était allé à Rome étudier la théologie et y avait conquis le grade de docteur; revenu à Aix il reçut le même grade à l’université de cette ville. Ordonné prêtre en 1653, il fut nommé curé de la paroisse Sainte Madeleine. D’après une attestation des prêtres attachés à cette église, il n’y avait pas de lit dans sa chambre, il couchait 325

Comment fit-il la connaissance des Bons Amis ? Vraisemblablement par les Aa de Vincent de Meur qui échangeaient d’une ville à l’autre une correspondance suivie. Lorsque quatre des Bons Amis quittèrent Rome à la fin de 1657 pour rentrer en France, ils passèrent à Aix. Dans une lettre adressée à son père le 17 juin 1658, Cotolendi raconte qu’»arrivèrent au mois de janvier en cette ville (Aix) quatre de ces Messieurs qui venaient de Rome pour demander à Sa Sainteté la mission d’aller vers la Chine... en façon que j’eus connaissance de leur dessein, Dieu me donna le mouvement de me joindre à eux.»326

En juin 1659, il se dirigea vers Paris; il arriva juste pour apprendre que Pallu et Lambert de la Motte avaient jeté les yeux sur lui pour le proposer à l’épiscopat. En effet, une lettre de Lesley, du 2 juin, informait l’évêque d’Héliopolis qu’»après beaucoup de considérations, repliques et contestations, nous avons formé le décret de la distribution de trois Vicariats. Les affaires prennent bon pli, et il ne manque que le seul nom du troisiesme evesque pour conclure le tout.»327

Sur cet avis de Lesley, Pallu remit à Mgr Piccolomini, Nonce du Pape à Paris, une note destinée à abréger les lenteurs de la Cour de Rome :

«Monseigneur le Nonce est tres humblement supplié d’escrire un mot de lettre, par le prochain ordinaire, à Monseigneur Alberici, Vice-Secrétaire de la Propagande, pour le prier de n’apporter aucune surseance à envoier les expeditions aux deux Evesques destinés pour les Missions de la Chine, estant d’une derniere consequence que leur voiage ne soit pas retardé apres le mois de septembre. Ils ont desja fait des frais considerables pour preparer leur depart et ont au moins une douzaine de sujets, qu’ils ont connus et eprouvés de longue main, tout disposés à les suivre.

«Mondit Seigneur le Nonce aura aussi la bonté de l’advertir qu’on lui a presenté un tres honneste ecclesiastique, nomme Ignace Cotolendi, prestre du diocese d’Aix en Provence, pour emplir la place du troisiesme evesque, dont on luy a fait des rapports tres avantageux, qu’on lui a montré son extrait de baptesme par lequel il conste qu’il a vingt neuf ans commencés, une dispense d’age pour le sacerdoce, et les lettres qui font foy qu’il a esté ordonne prestre treize mois avant l’age, des lettres patentes de docteur en theologie et un exeat de Mgr l’Eminentissime Cardinal Grimaldi, archevesque d’Aix, son prélat, par lequel il atteste ses bonnes moeurs, qu’il est curé en l’eglise paroissiale de Sainte Magdelaine de la ville d’Aix, qu’il n’est lié par aucune censure, et lui donne pouvoir d’habiter et de servir sous tel Ordinaire qu’il luy plaira. C’est l’evesque d’Heliopolis qui l’a connu, et qui assure s’estre exactement informé, icy et sur les lieux, de sa personne, et que par le rapport unanime de beaucoup de personnes de merite, il a touttes les qualités necessaires pour un parfait missionnaire.»328

Le 4 août, Lesley mande à nouveau : «M. le Secretaire m’a dit qu’il avoit eu des lettres de vostre part, et que nous nommiez le troisiesme evesque, de quoy il est fort aise. Tout est prêt grâces à Dieu, excepté les expeditions de cet evesque, lesquelles iront plus au long que je ne pensois, car M. le Secretaire m’a dit que Nostre Saint Pere veut absolument que Monsieur le Nonce fasse le procès pour ce troisiesme evesque et qu’on l’envoye ici, apres quoy on passera outre a le proposer dans deux consistoires... nous voilà derechef dans les longueurs329.» Et le 29 septembre : «Je n’ay pas encore les informations pour le troisiesme evesque, et je ne m’en mets pas en peine du tout, car on est resolu de vous laisser vous deux aller pour le present, et luy de l’envoyer après avec d’autres missionnaires et secours. J’approuverais fort qu’il vinst a Rome après vostre depart, pour se dresser et donner a connoistre et pour recevoir les ordres necessaires, mais qu’il vienne fort secrettement pour ce qui est de son dessein, et qu’âme vivante ne sçache qu’il est destiné pour estre evesque ni pour vous suivre. Publiez partout que vos affaires vont de mal en pire pour endormir le monde, car on faict d’etranges inquisitions sur vous, et en cecy je vois que les contradictions s’opposent de tout costé, mais le bon Dieu, qui a si heureusement conduit l’affaire jusques a present, la fera, je l’espere, arriver a bon port.»330

Cotolendi s’était résigné, sur les conseils du P. Bagot, à accepter la lourde charge. Il repartait en Provence en juillet et de là se disposait à se rendre à Rome, lorsqu’il apprit que le voyage n’était plus nécessaire331 En octobre, il regagnait Paris et La Couarde. Sa nomination allait subir de nouveaux délais. Au dernier paragraphe des Instructions on relève ces mots : et dans la lettre d’envoi (du 10 nov. 1659) Mgr Alberici ajoute : toutefois on vous en envoie un.

Dix mois s’écouleront avant que Mgr Cotolendi soit nommé, le 20 septembre 1660, évêque de Metellopolis, Vicaire Apostolique de Nankin et administrateur des provinces chinoises du Tcheli, Chen-si, Chan-si, Ho-nan, Chan-tong, de la Tartarie et de la Corée332. Il n’y avait pas de temps à perdre pour procéder à la cérémonie du sacre. «Ce fut le dimanche dans l’octave de la Toussaint, septième de ce mois, que cette cérémonie se fit en l’église de Saint-Louis, où je reçus l’imposition des mains de Monseigneur de Digne333 et de notre saint et très cher collègue Monseigneur d’Héliopolis334.» Le nom du consécrateur n’est pas ici indiqué : on sait par ailleurs, que ce fut Mgr François de Harlay de Champvallon335, archevêque de Rouen et futur archevêque de Paris, qui présidait, cette année-là, l’Assemblée générale du Clergé de France. Le choix de l’église Saint-Louis, chapelle de la maison professe des Jésuites était tout indiqué, le P. Bagot en étant le supérieur depuis 1655.336


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