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Publication : Missions Etrangères 1653-1663

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 6 - Fin d'un rêve
Article: 2

Missions Etrangères 1653-1663
Henri Sy

CH.6 - Fin d'un rêve

2. Le déclin de la Compagnie du Saint-Sacrement

337

Le 29 juillet précédent, la Compagnie avait fait 338, et le 20 septembre, 339

Une crise grave, prélude de la disparition prochaine, s’accentue de jour en jour; l’annaliste relate avec tristesse les événements qui se déroulèrent en cette année 1660; au moment où il écrit, ils sont restés gravés dans sa mémoire, car ses confrères lui avaient fait l’honneur de le choisir pour Supérieur.

Les premières attaques étaient venues de Caen par la publication d’un libelle intitulé : Son auteur était Charles du Four, abbé d’Auna, ancien curé de Saint-Maclou de Rouen, fortement suspect de jansénisme. Déjà il avait eu maille à partir avec les Ursulines de Caen dont la fondatrice, Jourdaine de Bernières, était la soeur du fondateur de l’Hermitage. Le conflit avait tourné à sa confusion.340 Il s’en prit alors à l’Hermitage et dénonça certaines excentricités qui s’étaient produites, après la mort du fondateur, à Caen, à Argentan, à Séez.341

L’archevêque de Rouen, François de Harlay de Champvallon, dénonça la Compagnie à Mazarin. «Il est vrai que la reine Anne d’Autriche ne pouvoit donner les mains à sa destruction. Cette pieuse Princesse en connoissait les plus considérables, et elle savoit à quel point on pouvoit se fier à eux. De sorte qu’elle en parla au cardinal Mazarin assez fortement. «Pourquoi, lui dit-elle, voulez-vous pousser à bout des gens qui sont si bons serviteurs du Roi, qui ont toujours soutenu ses intérêts contre la Fronde, et même les vôtres contre tous vos ennemis ? - Il est vrai, Madame, lui répondit le Cardinal, mais quoiqu’ils n’aient rien fait de mauvais jusqu’à présent, ils en peuvent faire par leurs grandes intrigues et les correspondances qu’ils ont par tout le Royaume et, en bonne politique, chose pareille ne doit point se souffrir dans un Etat.»342
L’intervention du prince de Conti, marié à une nièce de Mazarin n’eut pas plus de succès que celle de la reine-mère.343 La Compagnie, à qui la loi du secret interdisait de se défendre ouvertement, devenait, aux yeux des profanes qui n’en connaissaient pas les membres et soupçonnaient seulement son action mystérieuse, une manière de cabale, la Cabale des Dévots.

Pour comble d’infortune, inutile de compter sur l’appui des évêques «On a dit, note amèrement l’annaliste, que quelques prélats, auxquels on donnoit une libre entrée dans la Compagnie, avoient été choqués de ce qu’on y savoit plus de nouvelles qu’eux-mêmes de ce qui se passoit dans leurs diocèses, pour y faire le bien et pour y empêcher le mal, et que leur mauvaise humeur les avoit portés à dire qu’il ne falloit plus souffrir de telles Assemblées, qui ne servoient qu’à censurer tout le monde et particulièrement le clergé. Il se rencontra entre autres un archevêque (celui de Rouen) qui rendit à la Compagnie toutes sortes de mauvais offices auprès du Ministère, et l’on croit que lui et ceux de sa sorte furent la principale cause de sa destruction.»



L’assemblée, prévue pour le 16 septembre rue d’Anjou, se réunit le 20 rue de l’Université. Les membres venus plus nombreux que jamais furent informés de ce qui se tramait, et il fut résolu :

«Que l’on differeroit les assemblées du jeudi jusqu’à ce que l’on vît jour à pouvoir les faire avec liberté et sûreté... que l’on changeroit le jour de l’assemblée et de lieu toutes les fois qu’elle se tiendroit; que le Secrétaire n’y porteroit point de registres, mais seulement une feuille volante... que MM. les Prélats qui honoroient ce jour-là de leur présence la Compagnie lui feroient la grâce, s’il leur plaisoit, de ne parler à qui que ce fût de l’état présent de ses affaires... que les registres seroient changés de lieu et seroient mis en quelque endroit qui ne seroit connu que du Supérieur, du Directeur et du Secrétaire, et que tous ceux qui auroient des papiers ou des mémoires de la Compagnie étoient priés de les remettre entre les mains du Secrétaire... que les lettres ne seroient plus signées du Supérieur ni cachetées du cachet de la Compagnie...

«Ce fut ce qui se fit et se dit de plus considérable dans cette Assemblée; j’y étois présent, on n’y vit jamais tant de zèle pour le bien, tant d’embrassades, ni tant de pleurs répandus; il sembloit qu’on se dît adieu pour ne plus se revoir et que l’on en prévoyoit la totale désolation. Elle peut se nommer la dernière assemblée générale de la Compagnie, car depuis ce temps-là l’on ne s’est réuni que par les officiers et par pelotons dans les divers cantons qui furent formés... mais qui peu à peu se sont dissipés.»

En conséquence de ces mesures de prudence, la réunion du 27 septembre ne comprit que les officiers et quelques anciens; ils résolurent de ne laisser périr aucune des grandes oeuvres de la Compagnie; c’est ainsi que l’Assemblée des Missions se tiendrait le premier dimanche de chaque mois. À ces comités restreints on relève la présence de l’abbé Bossuet et de deux personnages que nous retrouverons lors de la fondation du Séminaire en 1663 : Armand Poitevin, ecclésiastique et Antoine Pajot, sieur de la Chapelle, laïque. Le jour où fut reçu Mgr Cotolendi (12 novembre)


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