| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
7 - Face à l'épreuve |
| Article: |
1 |
Missions Etrangères 1653-1663
Henry Sy
CH.7 - Face à l'épreuve
1. Résignation et confiance
Pour les missionnaires, le naufrage du Saint-Louis était un coup rude; aux pertes matérielles s’ajoutait la ruine de leurs espoirs d’un départ tout proche.
«Dieu, écrit Cotolendi, nous a coupé les ailes lors que nous étions sur le point de voler.» Mais il s’empresse d’ajouter : «Mgr d’Héliopolis, après cet accident, ayant rassemblé tous ses missionnaires pour bénir avec eux les ordres de la Providence et voir quels effets opérait en eux cette nouvelle, les trouva tous dans des sentiments si admirables, les uns disant comme Jonas : c’est à mon occasion que cette tempête s’est levée, les autres que Dieu nous montrait par là combien il voulait que nous fussions abandonnés à sa providence, mettant uniquement notre confiance en lui, tous enfin adorant avec soumission et une merveilleuse résignation à ses desseins; pas un qui en reçût du découragement, au contraire tous portés d’une nouvelle ferveur, plus de courage, plus de confiance, de résolution que jamais; que certainement, s’il eût eu besoin de consolation, il l’eût reçue grande en cette occasion, et assura qu’il était bien payé de sa perte par cela.
«J’ai dit, s’il eût eu besoin de consolation, parce que l’expérience nous a fait voir qu’il est tellement au-dessus de tous événements, pour fâcheux qu’ils puissent être, disgrâces, torts et toutes sortes de mauvaises nouvelles et accidents, qu’on ne le voit jamais plus serein que quand il arrive quelque bourrasque et tempête en ses affaires.
«Enfin, nous espérons tous que Dieu, par sa miséricorde, donnera grande bénédiction à cette mission, puisqu’elle reçoit tant d’obstacles.»366
Le 24 janvier, il écrit à Mgr Godeau, évêque de Vence :
«... Nous étions tous prêts de partir pour le Hâvre, et néanmoins tous nos missionnaires qui depuis longtemps attendaient le jour du départ reçurent le coup avec une si admirable résignation et soumission aux ordres cachés mais très adorables de la Providence, qu’on a été ravi de voir leur disposition et on a reconnu que la main de Dieu était là, surtout en ce que pas un n’a été refroidi ou abattu par cet événement... mais ils ont tous ressenti une nouvelle ferveur, un plus grand courage, une force extraordinaire, et avec cela ils ont chanté le Te Deum, s’assurant que cette perte ne nous pourrait être que très avantageuse, pourvu que notre conscience ne fît naufrage.»367
Même note de confiance et d’invincible persévérance dans une lettre du 12 mars : «Je ne sais sur quoi se fondent ces personnes qui pensent que notre voyage soit rompu. Croient-ils que la main de Dieu soit raccourcie, ou que nous manquions de courage ? Ne sait-on pas que les desseins de Dieu s’avancent par les difficultés, comme les grands feux s’allument par les vents ?»368
Il convenait que la Sacrée Congrégation de la Propagande fût informée au plus tôt. Vincent de Meur s’en chargea : «Je ne saurais remettre à plus tard le soin de déclarer à Vos Eminences que la seule nécessité et un événement imprévu nous ont forcé de différer notre départ. Nous ne sommes pas découragés, ni écrasés par un coup si funeste du sort, nous demeurons fermes dans la poursuite de nos projets; bien plus, une volonté et une force plus grandes nous animent pour exécuter les ordres reçus. Notre résolution est prise : tant qu’il nous restera un souffle de vie, nous ne négligerons rien pour partir dans les missions qui nous ont été confiées. Certers, il nous faut tenir compte de ce que le naufrage du navire occasionne une perte de 20.000 livres, prix des provisions mises à bord et nécessaires pour deux années; que l’entretien de vingt personnes reste à notre charge; mais nous sommes grandement consolés de constater chez nos missionnaires une âme inébranlable et une constance peu commune pour des Français.
«Sans tarder nous chercherons les moyens de tout réparer, fût-ce au prix de dépenses considérables. Bien que la mer Méditerranée soit infestée de vaisseaux turcs, que la peste et la guerre, dit-on, ravagent toute l’Asie, que les difficultés paraissent insurmontables, nous sommes cependant résolus à suivre la même route que Mgr de Béryte. En attendant nos prêtres s’emploient à prêcher des missions, tout en travaillant à leur propre perfection.»369
Est-ce pour s’adonner au ministère de la prédication que Cotolendi séjourne à Lagny de la mi-décembre aux premiers jours de mars ? - Il note simplement qu’il est «aux champs»370 et prie ses correspondants d’adresser leur réponse rue Saint-Dominique, son principal point d’attache. Pallu de son côté, mande à Mère Marie de Saint-Bernard, le 13 mars, qu’il est «à la campagne» depuis près de trois semaines, où il «goûte le repos».371
L’un et l’autre sont fidèles aux pratiques adoptées jadis par les «Bons Amis». Un ouvrage du Père Eudes : La dévotion au très saint Coeur de Marie et au très saint Nom de la Bienheureuse Vierge372, leur avait donné occasion, le 30 décembre 1660, d’affirmer leurs sentiments de vénération envers la Mère de Dieu. Ils avaient écrit au Père Eudes : 373
«Quoique la dévotion au très aimable Coeur de la Mère de belle dilection soit trop approuvée et trop recommandable d’elle-même, pour avoir besoin de nos approbations et recommandations, ce très digne Coeur étant en quelque manière infiniment au-dessus de tous les éloges des hommes et des anges, c’est néanmoins de tout notre coeur et avec grande joie que nous voulons ajouter notre approbation à celles qui sont ci-dessus et qui ont été données par plusieurs très illustres prélats, de l’Office dressé en l’honneur de ce très saint Coeur.
«Ce que nous faisons d’autant plus volontiers, qu’étant dans le dessein de partir bientôt, par l’ordre de Notre Saint Père le Pape Alexandre VII et en qualité de ses Vicaires apostoliques, aux royaumes de la Chine, de la Cochinchine et du Tonkin, pour y aller annoncer le saint Évangile, y faire connaître les mystères adorables que notre Seigneur a opérés pour le salut de tous les hommes, et y établir la foi et la religion chrétienne dans les coeurs des infidèles; et ce Coeur étant le premier de tous les coeurs qui a reçu en soi cette même foi et qui l’a conservée inviolablement, et ayant été le dépositaire et le gardien très fidèle de tous les mystères de notre Rédemption, et comme un Évangile vivant et éternel écrit de la main du Saint-Esprit; nous espérons des assistances, protections et bénédictions toutes spéciales de la divine Bonté, par l’entremise de la charité non-pareille et du zèle très ardent pour le salut des âmes, dont ce Coeur maternel de notre Mère admirable est tout embrasé.
«C’est pourquoi, ayant lu ce livre intitulé : La dévotion au très saint Coeur de la bienheureuse Vierge Marie, contenant un Office et une Messe propres à l’honneur de ce même Coeur, et plusieurs autres prières et exercices de piété sur ce sujet, Nous avons approuvé et approuvons très volontiers tout ce qui y est contenu, comme étant recueilli et composé des Écritures Saintes et des écrits des Saint Pères, et tout embaumé d’une piété et vénération singulière vers le Coeur incomparable de la très précieuse Mère de Dieu. En témoignage de quoi, nous avons signé les présentes de notre main, et y avons fait apposer nos sceaux et les contresigner par nos secrétaires... À Paris, ce 30 de décembre l’an 1660,
FRANÇOIS, évêque d’Héliopolis
par le commandement de Monseigneur,
Luc Fermanel
IGNACE, évêque de Metellopolis
par le commandement de Monseigneur,
Louis Chevreul»
La dévotion à Saint-Joseph, propagée par les Carmels de la réforme de Saint Thérèse, ne leur est pas moins chère. Dans la lettre citée plus haut, adressée à la carmélite du couvent de la rue Chapon, Pallu écrit : «Vous savez que nous avons dédié notre Mission à Saint Joseph, et que nous le reconnaissons pour Patron.» Le premier établissement fondé au Siam portera le nom de Séminaire Saint Joseph, et le 17 août 1678, une Constitution du Pape Innocent XI ratifiera le choix, fait par les Vicaires Apostoliques, du glorieux Patriarche comme Protecteur et Patron de toutes leurs Missions.
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