| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
7 - Fin d'un rêve |
| Article: |
2 |
Missions Etrangères 1653-1663
Henry Sy
CH.7 - Fin d'un rêve
2. Soucis matériels
Le complet abandon aux vues de la Providence manifesté par Pallu ne le dispensait pas de veiller à résoudre plusieurs graves problèmes, il avait, entre autres soucis, celui de se procurer des ressources; une partie lui serait fournie par les bienfaiteurs dont le généreux concours s’était déjà affirmé lors de la constitution de la Compagnie de Chine; une autre par les apports de quelques-uns de ses prêtres.
Lambert de la Motte avait, on le sait, emporté de 18 à 20.000 livres provenant de ses propres biens, et le Roi lui avait accordé une pension de 600 livres sur l’abbaye de Saint-Ouen de Rouen.374
Jacques de Bourges avait apporté une contribution de 2.000 livres et ses frères s’engageaient à lui verser sa part du patrimoine familial. Il jouissait en outre d’une pension de 200 livres promise par l’abbé d’Hillevin à qui il avait, en 1659, résigné une prébende canoniale au chapitre de Luçon.375 Quant à François Deydier, il était titulaire du prieuré de Saint Étienne de la Garde, d’un revenu annuel de 300 livres.376
Il fallait maintenant assurer à Mgr Cotolendi et aux missionnaires désignés pour l’accompagner un viatique équivalent à celui de Mgr Lambert de la Motte. On ne pouvait rien attendre de sa famille, Pallu s’engagea même à fournir aux père et mère de l’évêque de Métellopolis, leur vie durant, un subside annuel de 150 livres.
Cotolendi possédait bien trois ou quatre petits bénéfices de la valeur d’environ 400 livres, il les résigna en faveur de Gazil, ce dernier s’engageant à payer les charges dont ils étaient grevés. Les 18 à 20.000 livres qu’il emportera lui seront remises par Mgr d’Héliopolis; elles avaient été «données par personnes charitables pour la Mission.»377
Aucune contribution de la part de Hainques ni de Fortis de Claps; seul Chevreuil était en possession de 6.000 livres, avancées par sa mère sur sa part d’héritage du père défunt.
Enfin, Pallu aurait à pourvoir aux frais de son propre voyage et de celui d’environ dix missionnaires, tous dénués de ressources, à l’exception de Périgaud dont l’apport sera de 4.000 livres. Le total de la somme mise à la disposition de l’évêque d’Héliopolis n’a pas été indiqué. On sait seulement qu’il contribua de 14.000 livres de son bien propre; que ses parents lui assurèrent 1.000 livres de pension dont les six premières années (1660 à 1665) lui furent versées par anticipation. Déjà il avait reçu d’autres avances se montant à la somme de 10.670 livres.378
La duchesse d’Aiguillon assurait une rente de 600 livres : elle s’y était engagée par acte du 30 janvier 1658, ratifié le 29 décembre 1664 avec cette réserve : «pendant toutefois que ledit Sieur Pallu fera sa résidence à l’effet susdit hors de ce royaume et qu’il sera emploié aux Missions Étrangères.»379
Puis viennent les promesses, dont quelques-unes se réaliseront, celle par exemple de Madame de Miramion qui, en 1663, donnera 400 livres de rente viagère; d’autres engagements, par contre, ne seront pas tenus ou du moins ne sont pas consignés dans les registres : ceux du Prince de Conti, du Comte d’Albon, de MM. de la Boytardais, Pingré, Sanguin, des amis de Rennes et de Saint-Brieuc, promettant des rentes de 200 livres par an.380
Pallu verra également s’évanouir en partie des libéralités qui semblaient assurées: Par testament du 7 octobre 1659, un ecclésiastique, Voisin de Villebourg, avait constitué son légataire universel l’Hôpital général de Paris et stipulé qu’un legs de 12.000 livres serait versé «aux Missions des évêques français, Vicaires apostoliques de la Chine, Cochinchine et Tonquin.»
Pallu ayant reçu ces 12.000 livres pour son voyage à la Chine, reconnut, le 31 octobre 1661, les devoir à Pajot de la Chapelle, l’un des administrateurs de l’Hôpital général. Le surlendemain, 2 novembre, Pajot de la Chapelle les rétrocédait aux Missions de Chine381; puis, par acte du 16 février 1664, les donnait aux Directeurs des Missions Étrangères, procureurs des Vicaires apostoliques, «à la charge que le tout sera emploié par lesdits sieurs procureurs desdits Seigneurs évêques et de leurs missionnaires à leur entretien et subsistance.»382
Essayer de pénétrer plus avant dans les arcanes de cette procédure successorale serait risquer de nous y égarer. Constatons seulement que quinze ans plus tard l’affaire reste en suspens. En effet, le 6 janvier 1679, les Directeurs du Séminaire écrivent à Pallu : «C’est bon de vous dire que Messieurs les Directeurs de l’Hôpital général remuent l’affaire du testament de feu M. Voisin, qui vous donnait douze mil livres, et à eux le reste de ses biens qui montaient à cent mil écus, qui sont dûs par M. de la Bazinière.»383
Autre exemple d’une fondation rapidement réduite à rien ou presque :
Madame Fouquet, née de Maupeou, mère du Surintendant, avait, le 15 novembre 1657, constitué en faveur des Vicaires apostoliques une rente de 800 livres, «ladite dame ne voulant que lesdits évêques pussent jouir d’icelle rente qu’ils ne soient actuellement dans lesdits pays, afin que les peuples ne soient pas sans pasteurs».384
Le 19 mai 1659, Messire Basile Fouquet, abbé de Barbeau, avait fondé une autre rente de 1.000 livres, «l’intention dudit Sieur donateur étant que les arrérages de ladite rente soient consumés par les dits évêques français ou par iceux ecclésiastiques dans lesdits pays, et non ailleurs.» a charge de cent messes par an.385
Ces 1.800 livres devaient être prises sur les Cinq grosses fermes386. Survint la disgrâce de Fouquet. La Cour de justice instituée par Colbert pour le juger et reviser les contrats établis par lui et les membres de sa famille, décida, le 26 juin 1665, que le capital de ces deux fondations serait liquidé à 4.104 livres, produisant un revenu annuel de 186 livres, soit le dixième de la rente primitive.387
<< Retour page précédente
|