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Publication : Missions Etrangères 1653-1663

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 7 - Fin d'un rêve
Article: 6

Missions Etrangères 1653-1663
Henry Sy

CH.7 - Fin d'un rêve

6. Ce qu’on pensait à Rome

À Rome la Propagande s’inquiétait des nouveaux délais apportés au départ des missionnaires français. Le 3 juillet, Pallu écrivait à Lesley pour le prier de sonder les intentions du Secrétaire. En dépit de consignes très nettes, il n’avait pas, on va le voir, complètement abandonné l’idée d’une voie autre que celle de Perse.

Lesley lui répond le 9 août :
«... Je commençai de lui insinuer la résolution que vous aviez prise de suivre Monsieur Lambert par la Méditerranée, et comment M. de Métellopolis estoit desja en résolution de partir bientost pour Marseille, il loua et approuva fort cette résolution et de soy-même tomba sur vous, Monseigneur, et fit la mesme reflexion que vous faites dans votre lettre, sçavoir : que vous étiez le premier à recevoir votre mission et le dernier à vous y mettre. Je luy répliquai que vous estiez comme le chef et le pere de tous et que votre soin estoit de pourvoir à tous et de les mettre une fois en chemin, mais qu’au reste vous iriez bien et mesme au plus tost, que vous n’attendiez que ma lettre pour connoistre les intentions de Sa Seigneurie Illustrissime...

«Il ne trouva rien à redire dans votre conduite, sinon que vous vous estiez, par une trop grande bonté et facilité de votre naturel, laissé emporter en suivant les conseils d’autruy à songer au passage par l’Océan, mesme contre les intentions de la Sacrée Congrégation et les siennes; secondement à faire tant de préparatifs comme si toute la Chine estoit chrétienne, et qu’en ce pays-là on eust desiré que le Saint-Siège y envoyast une ambassade solennelle, au lieu que la Sacrée Congrégation n’a rien tant desiré sinon que votre Mission fust très obscure et très secrète au commencement, et très illustre et manifeste dans son temps et après s’estre enracinée; en troisième lieu, il exagera fort le passage : melior est obedientia quam victimae , et que le bon Dieu ne veut pas tant de nous, de nos jeûnes comme de nos volontés; et quand mesme les intentions du Saint-Siège eussent été et moins saintes et moins prudentes et moins zelées que celles de vos Messieurs, qui vous ont persuadé de différer votre départ, néanmoins vous eussiez bien mieux fait de suivre les sentiments des supérieurs, mesmes plus imparfaits, que les persuasions d’autruy, quoique pleines de zele, de piété, d’ardeur etc.

«Enfin il vous prie d’interpréter les accidents de votre vaisseau en Hollande pour un coup de la sainte providence du bon Dieu, lequel vous ayant quasi rendu impossible ou du moins très difficile le chemin de l’Océan, vous convie de suivre, sans autre réplique ou considération, les mouvements des puissances supérieures qui vous ont toujours sinon commandé, certes très instamment recommandé le chemin par terre; il adjouta une considération, à mon pauvre jugement très efficace, sçavoir : qu’en obeissant vous n’auvirez rien à répondre devant le jugement de Dieu pour la perte des âmes durant tous ces délais, vous pouvant fort bien excuser par l’obeissance rendue à vos superieurs légitimes et établis pour notre Seigneur Jésus-Christ pour gouverner son Eglise;

«au contraire, suivant vos sentiments, ou plutôt ceux d’autruy, (car il réplique fort souvent que vous vous estiez laissé emporter par le torrent des autres, qui prennent plaisir à se complaire fort dans leur zèle et bonnes intentions et à diminuer le crédit de Rome) vous estiez responsable devant Dieu de tout le mal qui cependant s’est fait, et mesme de tout le bien que vous eussiez fait en vous acheminant de suite. Il dit aussi que les plus grands saints ne sont pas toujours gouvernés par d’autres saints plus grands qu’eux; que peut-être à Rome on n’avait pas toutte cette ardeur et tout ce zèle que d’autres possèdent; mais enfin que Rome est supérieure, quoyque moins sainte, et mesme qu’elle connoist mieux que pas un autre ce qui est bon pour la conduitte de l’Eglise.»409

À une lettre du 17 août, Lesley répond le 12 septembre :

«... Je n’approuve pas du tout la voie de l’Espagne, car vous voirez qu’on vous y fera les mesmes difficultés qu’en Portugal : mais si vous la prenez, je ne manqueray pas de vous servir en vous procurant des recommandations des Jésuites espagnols qui sont icy. J’approuveray plustost la voie des Anglois, non en traittant avec la Cour, mais avec les marchands et la Compagnie des Indes Orientales; mais si on peut y engager le Roy mesme de l’Angleterre, tant mieux. Le Roy de la Pologne et de la Moscovie est fort apprécié par le P. Fabry et il m’en a souvent parlé. Vous ferez très bien d’essayer tout, car quelqu’une de ces choses reussira avec l’aide du bon Dieu.

«Le point principal est de vous bien establir à Paris, et que vous ayiez de bons procureurs de vos affaires à la Cour, car si vous ne faites cela, je ne vois point, humainement parlant, d’apparence de grand progrès, car tout cecy tarira, si vous ne laissez des racines bonnes et bien arrosées...»410 Enfin, pour répondre aux lettres des 2 et 9 septembre, Lesley reprend la plume le 4 octobre :

«... J’apprends avec une joie incroyable la résolution que vous avez prise de poursuivre votre voyage par terre, et l’ayant communiquée à Monsieur le Secrétaire, il est impossible de vous exprimer par escrit la grandeur de la satisfaction qu’il a eue. Il vous prie fort de luy escrire souvent et de lui donner de bonnes relations des pays par où vous passerez, affin que les autres qui vous suivront puissent sçavoir la route qu’il faut prendre, et il m’a dit qu’en cecy vous rendrez un service si solennel au Saint-Siège qu’il s’estimera satisfait de votre voyage en gagnant cela seulement, sçachant par experience que le plus grand empeschement du progrès est l’ignorance des chemins, des routtes et des moyens de voyager.»411


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