Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Publication : Missions Etrangères 1653-1663

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 7 - Fin d'un rêve
Article: 8

Missions Etrangères 1653-1663
Henry Sy

CH.7 - Fin d'un rêve

8. Départ de Mgr Pallu

Une dizaine de missionnaires restaient, prêts à prendre la route d’Extrême-Orient. Ils devaient former deux groupes, mais les premiers arrivés à Marseille n’y ayant point trouvé de bateau en partance, durent y attendre Mgr Pallu qui les emmena tous avec lui.

En septembre, deux prêtres quittèrent Paris : Pierre de Saisseval-Danville, du diocèse d’Amiens, était âgé de 40 ans. D’abord marié, il était entré, après la mort de sa femme, au séminaire du Père Eudes à Rouen. Quand il eut pris le parti de suivre Mgr Pallu il confia son fils de 14 ans à la tutelle de MM. Fermanel père et fils. Louis Laneau, né au diocèse de Chartres, venu à Paris pour faire ses études en Sorbonne, n’avait que 24 ans d’âge.Le 1er octobre, avec Philippe de Chamesson-Foissy, partit François Périgaud, de Rennes en Bretagne, âgé de 45 ans. Le 4 novembre, René Brunel, prêtre de 41 ans, natif de Lisieux.

Le 8 novembre Pallu pouvait enfin s’éloigner de la capitale, avec deux prêtres : Jean Chereau, d’Orléans, Pierre Brindeau, de Rennes, et un auxiliaire laïque : Michel Swertz, né à Bruxelles, «excellent peintre». Deux autres laïques : Guinoisran et de l’Isle, n’iront pas au-delà de Marseille. Dans cette ville, le groupe sera rejoint par Jean-Claude Robert, du diocèse de Sisteron, à qui la maladie avait fait manquer successivement les rendez-vous avec Lambert de la Motte et Cotolendi. Passant à Lyon, Pallu resta quelques jours au séminaire de Saint-Irénée, où il fit l’édification de M. Hurtevent, disciple de M. Olier. Il s’arrêta à Aix-en-Provence et parvint à Marseille à la fin de novembre. Pendant tout un mois, il reçut l’hospitalité offerte par M. Get, supérieur en cette ville des Prêtres de la Mission. «Je tiens à grande grâce, écrit-il, l’avantage que nous avons d’estre logés avec Messieurs de la Mission. En vérité, il y a icy un esprit qu’on ne respire pas ailleurs.»415

Dans cette paisible résidence, il rédigea ses dernières instructions, adressa ses adieux à ses amis et bienfaiteurs : MM. Fermanel et Pajot de la Chapelle, la duchesse d’Aiguillon, Madame de Miramion et bien d’autres, regrettant de ne pouvoir écrire à tous :

«Je vous prie, recommande-t-il à Pajot de la Chapelle, de faire mes excuses à Messieurs de Garibal, d’Argenson et Duplessis. Si je ne me suis pas encore donné l’honneur de leur escrire, je le ferai d’Alep, car, je l’espere, vous leur presenterés mes respects comme à Messieurs de Morangis, de Moroy, Bouleau, et generalement à tous les amis aux prieres desquels vous aurés soin, s’il vous plaît, de recommander nostre voiage.»416

En leur personne, il exprimait sa gratitude à cette France catholique dont l’action, après avoir contribué au relèvement spirituel de la mère-patrie, s’étendait au-delà des mers. Pallu tint à le faire savoir à Rome. Le 30 décembre 1661, il écrivit aux Cardinaux de la Propagande :

«Ce fut pour nous une bien vive satisfaction que de voir en la ville de Paris, avant notre départ, les hommes les plus considérés et les plus doctes se réunir chaque mois en conférence publique pour y traiter de la nécessité et de l’utilité des Missions, des vertus et des qualités nécessaires aux ouvriers apostoliques; il en résultera pour plusieurs le désir et la volonté de se dévouer à cette oeuvre. Nous avons laissé à Paris de nombreuses personnes, hommes et femmes, de tout rang et de toute condition adonnées au soin et au progrès de la propagation de la foi dans les pays étrangers. Il faut surtout louer en elles le zèle de la religion, le respect qu’elles témoignent à ses prescriptions et à ses conseils.

«Nous n’hésitons pas à en donner à Vos Eminences le témoignage : ces personnes avaient contribué de leurs biens à la construction du navire qui devait nous transporter en Chine, et dont la perte nous cause un préjudice de plus de cent mille livres. Grâce à elles, nous avons pu recueillir les sommes indispensables pour les frais de notre voyage et de notre entretien en ces pays, jusqu’à ce que des subsides nous soient envoyés de France.»417

À l’aube du 3 janvier 1662, le vaisseau qui emportait l’évêque d’Héliopolis, embarqué la veille avec le troisième groupe de missionnaires, avait quitté Marseille pour la traversée de la Méditerranée.

Le prélat, songeant à la succession des événements qui s’étaient déroulés depuis la première entrevue avec le Père Alexandre de Rhodes en 1652, pouvait se persuader que, en dépit de multiples obstacles, il n’avait rien négligé, et qu’il avait pleinement répondu à l’appel d’En-haut le pressant de partir au secours des chrétientés naissantes d’Extrême-Orient. Divisés en trois groupes, dix-sept missionnaires étaient partis : trois évêques, onze prêtres, trois auxiliaires laïques. Voici leurs noms, dans l’ordre de leur embarquement à Marseille :

Le 27 novembre 1660

Mgr Pierre Lambert de la Motte, né le 16 janvier 1624 à Lisieux; nommé le 29 juillet 1658 évêque de Béryte, le 9 septembre 1659 Vicaire apostolique de la Cochinchine; sacré à Paris le 11 juin 1660; nommé le 1er avril 1680 administrateur général des Missions de Siam, Cochinchine et Tonkin alors qu’à Rome on ignorait son décès survenu le 15 juin 1679 à Ajuthia (Siam).

M. Jacques de Bourges, né vers 1634 à Paris; nommé le 25 novembre 1679 évêque d’Auren et Vicaire apostolique du Tonkin occidental; sacré à Ajuthia le 17 mai 1682. Il mourut dans cette ville le 9 août 1714.

M. François Deydier, né le 28 septembre 1634 à Fréjus; nommé le 25 novembre 1679 évêque d’Ascalon et Vicaire apostolique du Tonkin oriental; sacré le 21 décembre 1682 à Hung-yen (Tonkin); mort au Tonkin le 1er juillet 1693.

Le 3 septembre 1661

Mgr Ignace Cotolendi, né le 23 mars 1630 à Brignoles (Var) mais appartenant au diocèse d’Aix-en-Provence; nommé le 20 septembre 1660 évêque de Metellopolis et Vicaire apostolique de Nankin; sacré à Paris le 7 novembre 1660; mort à Palacol (Inde) le 16 août 1662.
M. Louis Chevreuil, né vers 1627 à Rennes; missionnaire au Siam et en Cochinchine; mort le 10 novembre 1693 à Ajuthia.

M. Antoine Hainques, né le 24 janvier 1637 à Beauvais; missionnaire en Cochinchine; mort en décembre 1670 à Pho-moi (Annam).

M. Jean-François Fortis de Claps, né le 7 février 1625 à Aix-en-Provence; auxiliaire laïque; mort en décembre 1663 à Masulipatam.

Le 2 janvier 1662

Mgr François Pallu, né le 31 août 1626 à Tours; nommé le 29 juillet 1658 évêque d’Héliopolis; sacré à Rome le 17 novembre 1658; nommé le 9 septembre 1659 Vicaire apostolique du Tonkin, le 1er avril 1680 administrateur général des Missions de Chine. Mort le 29 octobre 1684 à Moyang (Chine).

M. Pierre de Saisseval de Danville, né en 1622 à Le Temple-en-Ponthieu, diocèse d’Amiens; mort le 8 décembre 1662 à Gameron (Perse).

M. Louis Laneau, né le 31 mai 1637 à Mondoubleau, diocèse de Chartres (act. Blois); nommé en 1673 évêque de Metellopolis et Vicaire apostolique de Nankin et du Siam; sacré à Ajuthia le 25 mars 1674; nommé le 24 novembre 1681 administrateur général des Missions du Siam, Tonkin, Cochinchine. Mort à Ajuthia le 16 mars 1696.

M. François Périgaud, né vers 1616 à Rennes. Mort le 13 août 1663 à Masulipatam (Inde).

M. Philippe de Chamesson-Foissy, né vers 1632, appartenant au diocèse de Reims. Auxiliaire laïque; mort le 25 août 1674 à Masulipatam.

M. Jean Chereau, né vers 1634 à Orléans; mort le 13 décembre 1662 à Gameron (Perse).

M. René Brunel, né vers 1620 à Lisieux; mort le 7 août 1663 à Masulipatam.

M. Pierre Brindeau, né vers 1636 à Rennes; missionnaire en Cochinchine; mort en janvier 1671 à Pho-moi (Annam).


M. Jean-Claude Robert, né vers 1632 à Manosque, diocèse de Sisteron (act. Digne); d’Alexandrette, il se réembarqua le 14 mars 1668 pour rentrer en France, malade.

M. Michel Swertz, né vers 1626 à Bruxelles (Belgique); auxiliaire laïque. Il se sépara de Mgr Pallu en cours de route et serait mort à Goa en 1664.

En septembre 1663, la route sera déjà jalonnée par les restes de cinq d’entre eux: un évêque, Mgr Cotolendi; quatre prêtres : MM. de Saisseval-Danville, Chereau, Brunel et Périgaud; Tant de deuils n’ont pas abattu le tranquille courage de l’évêque d’Héliopolis. Avec tristesse, certes, mais non sans fierté, il pourra écrire :

«Voilà le pont commencé, trop heureux si nos carcasses et nos os, aussi bien que ceux de nos chers frères, pouvoient servir de pilotis pour l’affermir et faire un chemin plein et ouvert à de braves missionnaires pour venir faire une ample récolte en ces champs si fertiles et qui promettent une si grande abondance.»418

Trois mois plus tard, en décembre 1663, la liste funèbre devait encore s’allonger par le décès de M. Fortis de Claps, auxiliaire laïque. Si l’on tient compte du retour de M. Robert et de la défection de Swertz, on constatera que, des 17 premiers «partants», neuf seulement seront parvenus au terme du voyage.


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 1 pays : France