Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Publication : Missions Étrangères 1663-1700

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 1 - REGLEMENT DE 1700
Article: REGLEMENT DE 1700

REGLEMENT DE 1700


En 1700, quarante-deux ans se sont écoulés depuis la nomination des premiers vicaires apostoliques parle Pape Alexandre VII, trente-sept ans depuis l'obtention des Lettres patentes accordées par Louis XIV.

Coup d'oeil rétrospectif depuis l'origine de la Société.

Pour se rendre un compte exact de la manière dont le règlement s'élabora, il faut se rappeler que la Société des Missions-Étrangères n'a pas de fondateur unique, qu’elle n'a pas de supérieur général, qu’elle est formée du Séminaire de Paris et d'autant de Corps qu'il y a de Missions. En 1700, elle comptait quatre Missions placées sous l'autorité d'évêques vicaires apostoliques. Les directeurs du Séminaire et les vicaires apostoliques ne sont unis que par la communauté du but.

Les Lettres patentes ont donné un caractère légal à leur association, elles n'ont pas spécifié leurs droits et leurs devoirs respectifs. C'est cette question qui se posa la première; Mgr Pallu y répondit dans une lettre de 1673, qui se peut résumer en trois idées principales : le gouvernement des Missions appartient aux vicaires apostoliques; le gouvernement du Séminaire aux directeurs; les uns et les autres doivent se consulter sur toutes les choses de grave importance.

Les deux premiers points étaient précis et facilement applicables; le troisième laissait à la bonne volonté et au jugement des deux parties un champ indéterminé. L'administration générale des Missions eut son tour: en 1674, Mgr Pallu et Mgr de la Motte Lambert établissent à Siam un mission-naire avec le titre de procureur général, chargé d'assigner les destinations aux nouveaux prêtres et de partager les ressources entre les vicariats apostoliques.

En 1682, Pallu et Laneau, au lieu d'un procureur, en momment quatre, qui seront les agents des quatre missions de Chine, du Tonkin, de Cochinchine et de Siam et formeront un conseil, centre de l'administration des Missions.

En 1684, du vivant de Mgr Pallu, Mgr Laneau transfère au Séminaire de Paris les pouvoirs du conseil composé des quatre procureurs.

En 1686, le Séminaire essaie de s'entendre avec les vicaires apostoliques sur les principaux points d'un règlement, il envoie à Siam Etienne Pallu, neveu de l'administrateur général, afin de traiter cette grave affaire, Mais le négociateur meurt presque à son arrivée. L'année suivante, lorsque M. de Lionne repart avec l'ambassade siamoise, il emporte un projet de règlement, mais la révolution de Siam empêchent de faire une étude approfondie.


En 1689, un autre projet est élaboré par les directeurs et envoyé aux missionnaires. Ces différentes propositions donnèrent lieu à un échange d'idées entre tous les membres de la Société; les points les plus difficiles furent examinés, et, en 1694, Mgr Laneau invita les vicaires apostoliques à venir à Siam ou à y députer un représentant pour obtenir un accord complet. Mais les invités ne purente venir.

Mgr Laneau prit alors la résolution d'envoyer en France quatre missionnai-res munis de sa procuration, pour gérer, conjointement avec les directeurs du Séminaire, les intérêts des vicariats. Cette mesure avait été réclamée à plusieurs reprises; les missionnaires en effet s'accordaient à penser que malgré leurs qualités et leur bon vouloir, les directeurs ne pouvaient s'oc-cuper seuls avec succès de l'administration de la Société. « Il fallait placer au milieu d'eux des hommes connaissant les missions, non point seulement par oui-dire, mais par pratique et par une expérience personnelle. » (vol. 168 p. 91-92)

Le 30 décembre 1694, Mgr Laneau écrivait à M. Delavigne : « C'est une des vues que nous avons ici et au Tong-King si je ne me trompe, qu'il est nécessaire que dans le Séminaire de Paris il y ait pour directeurs des gens qui aient passé un temps considérable dans les missions et qui aient été choisis par la plus grande voix pour cet effet. » Aussi désigna-t-il, le 25 octobre 1695, de Lionne, Martineau, Labbé et Delavigne pour être procureurs des Missions à Paris.

Les rédacteurs du règlement

Les quatre missions de la Société étaient de fait représentées par quatre de leurs membres : la Chine par Louis de Cicé, le Tonkin par Gabriel Delavigne, la Cochinchine par Marin Labbé et le Siam par Alexandre Pocquet, ancien supérieur du Collège général.

Les directeurs du Séminaire, rédacteurs du règlement avec les députés des Missions, furent : Jean Tremblay, ancien missionnaire au Canada, Salomon Prioux, docteur en Sorbonne, Charles de Brisacier et Louis Tiberge. Ces deux derniers dirigeaient presque exclusivement la maison. On leur avait offert l'épiscopat; tous les deux avaient refusé. Tels étaient les hommes qui furent appelés à rédiger le règlement de la Société. Les uns avaient l'expérience des besoins des Missions, les autres une pleine et entière connaissance de tout ce qui concernait le Séminaire et des questions d'administration générale.

Les caractères distinctifs de la Société

Avant de commencer la rédaction des articles du règlement, ils étudièrent l'essence, ou, si l’on veut, les caractères distinctifs de la Société. Ces caractères sont au nombre de deux :

1. La Société est une association séculière, et elle n'a pas de supérieur général. Dès ses débuts, en effet, elle n'imposa à ses membres aucune obli-gation de pauvreté et d'obéissance. Les premiers vicaires apostoliques, Pallu et de la Motte Lambert, leurs missionnaires et leurs procureurs ne pro-noncèrent pas de voeux ; lorsqu'en 1665, les évêques et quelques-uns de leurs prêtres voulurent en faire, ils rencontrèrent l'opposition du Séminaire, et au-dessus, celle de Rome qui refusa d'autoriser le changement proposé.

Pourquoi donc, dans la Société des Missions Etrangères, ne faisait-on pas et ne fait-on pas, de voeux ? La Société des Missions Étrangères a pour but de fonder des églises gouvernées par des évêques et des prêtres séculiers, de former un clergé indigène séculier, elle ressemble par sa constitution au clergé ordinaire des diocèses; chargée de diriger des prêtres séculiers, elle est une association séculière; créée pour fonder et gouverner des églises, elle a des prêtres et des évêques tels que ceux qui fondent et gouvernent les églises dans le monde.
________

Promesses des futurs missionnaires

À leur départ, prosternés aux pieds de l'autel, les nouveaux missionnaires pro-nonçaient alors les paroles suivantes, (à peu près les mêmes que celles qu'ils prononcent aujourd'hui) :

Moi, N., touché par la miséricorde de Dieu et désirant uniquement me consacrer au service de Dieu et propager sa gloire en procurant le salut des âmes abandonnées et surtout des infidèles, selon la mesure des grâces qui m'ont été données; touché aussi par l'exemple de Notre-Seigneur Jésus-Christ et dé ses saints disciples, après avoir mûrement réfléchi et imploré la lumière divine; confiant dans la protection de la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, de saint Joseph, de mon saint ange gardien, des bienheureux Apôtres et disciples de Notre-Seigneur Jésus-Christ que je révère comme mes patrons, je prends la résolution d'unir irrévocablement ma vie à celle des missionnaires qui ont déjà été reçus dans la Société au Séminaire des Missions-Étrangères, établi à Paris par l'autorité du Saint-Siège et du Roi, et de suivre toujours les règles instituées dans ce Séminaire, autant que faire se pourra, touchant la manière de vivre, les vêtements et le reste. Je prie donc le Dieu de mon cœur lui que j'ai choisi pour mon partage éternel, de conserver et d'augmenter en moi l'esprit de charité dont il s'est servi pour m'inspirer ce dessein! Qu'il dai-gne aussi après m'avoir donné de vouloir, m'accorder de mener à bonne fin cette entreprise. Amen.

————

2. Le second caractère est l'absence de supérieur général. Formée du Sémi-naire de Paris et d'autant de Corps différents qu'il y a de Missions, la So-ciété ressemble à une sorte de confédération sans président. Cette organi-sation est singulière, elle est même unique. Pour bien la comprendre, il faut toujours en revenir au but de la Société : établir des Églises. Or, dans une Église régulièrement constituée, il n'y a aucun pouvoir entre l'évêque et ses prêtres; le Pape seul peut intervenir. Le supérieur général ne trouve donc pas sa Place dans la Société.

Le pouvoir du supérieur général ne diminuerait-il pas l'autorité des vicaires apostoliques, et, par là même, n'affaiblirait-il pas la vitalité de la mission?
Si l'évêque a besoin de la plénitude de son autorité sur ses missionnaires, Rome doit aussi avoir la plénitude de son autorité sur les évêques : si Rome fait passer ses ordres par l'intermédiaire d'un supérieur général, celui-ci peut modérer ou activer le mouvement du mécanisme, et éventuellement entraver son action.

La Société des Missions-Etrangères n'a pas eu de fondateur unique, pas de législateur unique. Pourquoi aurait-elle un supérieur unique pour la diriger et la conserver? La Providence ne voulait-elle pas que cette oeuvre continue à vivre non sur une seule intelligence et une seule volonté, mais sur l'union de plusieurs intelligences et de plusieurs volontés.

Nécessité d’un pouvoir exécutif

Cependant il fallait qu'il existât quelque part une sorte de pouvoir exécutif, mandataire des supérieurs, lien commun de tous les membres de la Société, gardien de ses lois et de ses intérêts. C'est pour répondre à cette nécessité que Mgr Pallu et Mgr de la Motte Lambert avaient créé à Siam un conseil composé de quatre missionnaires représentant les quatre missions et dont nous avons parlé plus haut, c'est également dans ce but que Mgr Laneau avait transféré les pouvoirs de ce conseil au Séminaire de Paris. Les rédacteurs du règlement de 1700 gardèrent cette décision.

Les raisons en sont faciles à saisir : le Séminaire, en effet, est en rapports fréquents avec Rome, centre de la doctrine, il est établi en France, centre des ressources, il a la stabilité qui manque aux vicaires apostoliques révocables selon la volonté des Souverains Pontifes; c'est par le Séminaire que l'on entre dans la Société, et que les Missions entretiennent entre elles toutes les relations nécessitées par les questions d'intérêt général; il est donc le point où viennent aboutir toutes les lignes de la circonférence. Au-dessus des vicaires apostoliques et au-dessus du Séminaire, comme la clef de voûte de cet édifice religieux est placée la Sacrée Congrégation de la Propagande, et par elle le Souverain Pontife.

Contenu du règlement

Après avoir reconnu les deux caractères essentiels des Missions-Étrangères et les avoir posés comme principes générateurs du règlement qu'ils voulaient faire, après avoir accepté de prendre le Séminaire comme centre de la Société, les rédacteurs commencèrent leurs travaux.

Le règlement de 1700 (vol. 169 p. 247-289) était divisé divisé en 14 chapitres, qui peuvent être réduits à cinq principaux : Du but de la Société et des personnes qui la composent; de son gouvernement en général; du choix et de la préparation des ouvriers apostoliques; des institutions nécessaires aux travaux et au fonctionnement de la Société : Séminaire et procures; de l'administration des biens.

Les dispositions du règlement ont entre elles une conformité d'action et de vues dont la conséquence est d'arriver au but des Missions Étrangères :

« 1. Former à la cléricature les sujets qui en seront trouvés capables ; 2. Prendre soin des nouveaux chrétiens ; 3. Travailler à la conversion des infidèles, en sorte que le premier emploi soit toujours préféré au second et le second au troisième. » (vol. 169 p. 248, art. 3)

Cet article est fondamental, il a pour corollaire celui-ci, qui ordonne à la Société de quitter les missions capables de se suffire. « Quand le clergé sera formé et que les Églises seront au degré de se conduire ellesmêmes, et de se passer de la présence et des soins des missionnaires étrangers, ceux-ci con-sentiront avec joie à abandonner tous leurs établissements et à se retirer avec la permission du Saint-Siège pour aller travailler ailleurs. »

C'est ce qui permettra à Mgr Luquet de dire un siècle et demi plus tard : « La Société n'est donc appelée qu'à une existence transitoire, et ce n'est pas à sa propre perpétuité, mais à son heureuse destruction qu'elle doit tendre . »

Les membres de la Société sont les Supérieurs et ceux qui travaillent sous leurs ordres et qu’on nomme missionnaires (vol. 169, p. 248. Ch. 2, art. 2).

Les Supérieurs sont : 1° les évêques et les vicaires apostoliques français qui conservent l'union avec le Séminaire de Paris dont ils sont directeurs-nés et qui voudront bien observer les présents règlements; 2° le Supérieur et les directeurs du Séminaire de Paris et les procureurs envoyés des missions particulières de Chine, Tonkin, Cochinchine et Siam au Séminaire, tant que les uns et les autres y demeureront, lesquels néanmoins, en quelque nombre qu'ils soient, ne feront tous qu'une seule voix, dans les cas dont la décision est réservée par les règlements à la personne des Supérieurs; 3° le Supérieur de chaque mission où il n'y aura pas de Vicaire apostolique français uni au Séminaire.

Le gouvernement général de la Société est donc entre les mains des évêques vicaires apostoliques, des supérieurs de Missions et des directeurs du Sémi-naire réunis en conseil. Il a son centre au Séminaire, que le règlement ap-pelle “lien qui unit les Missions, fondement qui les soutient, seul établissement légitime et permanent qui leur permet. de recevoir des dons et legs d'immeubles et de posséder des fonds en Europe” (ch. 4, art. 1)

Le Séminaire de Paris était gouverné par des directeurs. Il nommait les uns et recevait les autres des Missions. Ces derniers étaient choisis par les Supé-rieurs de chaque mission et par les missionnaires à la pluralité des voix.

Du Séminaire dépendent tous les établissements communs : séminaires généraux et maisons de correspondance appelées procures, ainsi que tous les missionnaires qui sont hors de la juridiction des vicaires apostoliques. Les directeurs préparent les futurs prédicateurs de l'Évangile et leur dé-signent la mission dont ils doivent faire partie.

La règle qu'ils sont obligés de suivre dans la distribution des missionnaires, c'est de les envoyer où il y en aura un plus grand besoin, et où ils paraîtront être plus propres par rapport à leurs talents (ch. 6, art. 1).




admission des nouveaux missionnaires

Les conditions d'admission des nouveaux missionnaires dans la Société ne sont pas énumérées, il n'est pas question d'âge, pas davantage d'un temps fixe de noviciat; on jugea plus à propos d'insérer ces articles dans le règle-ment du Séminaire, puisque la probation se faisait dans cette maison et que les directeurs donnaient à ceux qu'ils jugeaient propres à l'apostolat la patente d'agrégation suivante :

Nous soussignés, Supérieur et directeurs du Séminaire des Missions-Étrangères établi à Paris par l'autorité du Saint-Siège et du Roi, faisons connaître et attestons à qui il appartiendra par les présentes lettres, que M..., prêtre du dio-cèse de : ..., après avoir fait sa probation dans notre Séminaire, a été reconnu doué de bonnes moeurs, capable, habile, non suspect d'erreur, très obéissant au Pape et au Saint-Siège apostolique. Accédant à ses désirs, nous l'avons envoyé en vertu des pouvoirs qui nous ont été accordés, et par les présentes, nous l'envoyons exercer le ministère apostolique chez les nations étrangères. En vertu de quoi nous prions très humblement Nosseigneurs les Archevêques, Évêques et Vicaires apostoliques et tous ses Supérieurs chrétiens pour le spirituel et pour le temporel, de vouloir bien l'aider de leur protection, lui accorder le pouvoir de prêcher et d'exercer les fonctions sacrées dans les limites de leur juridiction: nous exhortons et, par les présentes, nous requérons que tous les missionnaires de notre Société, en quelque lieu qu'ils soient, le reçoivent avec une grande charité comme un frère et qu'ils l'associent à leurs travaux apostoliques.

gouvernement des missions

Le gouvernement de chaque mission relève d'un évêque ou d'un simple prêtre ayant la qualité de vicaire apostolique ou de supérieur. La nomination des évêques se faisait par le Souverain Pontife, d'après les renseignements que, les évêques eh charge envoyaient, au Séminaire sur ceux qu'ils croyaient ca-pables de leur succéder. Le Séminaire transmettait ces notes à Rome; si les évêques mouraient sans donner aucun renseignement et sans avoir de pro-vicaire, les missionnaires désignaient eux-mêmes leur supérieur. (Ch. 4)

Les supérieurs des missions, et le Séminaire de Paris décidaient à la plu-ralité des voix la fondation de tous les établissements d'intérêt commun.

L'approbation ou le changement d'un des points du règlement général ap-partient au Séminaire et aux Missions (Ch. 4, art. 21). Dans ce cas, les évê-ques prennent l'avis de leurs missionnaires et la majorité forme une seule voix représentant la mission. Le vote joue un grand rôle dans le mé-canisme de la constitution des Missions Étrangères; on vote pour l'ad-mission ou le rejet du règlement, pour la nomination des procureurs et des directeurs du Séminaire, pour celle d'un supérieur de mission, pour la création d'éta-blis-sements communs, pour la répartition des ressources, pour la desti-nation des missionnaires, etc...



vie des missionnaires

Un chapitre entier (ch. 7) est consacré à la vie des missionnaires qui doivent prendre avant toutes choses pour fondement de leur conduite cette maxime des saints et des hommes les plus expérimentés dans la vie apostolique : de ne s'appliquer jamais tellement au salut du prochain qu'on en vienne à se négliger soi-même, et de ne pas se livrer si absolument aux goùts des exercices de la vie intérieure qu'on en abandonne les exercices de la vie extérieure.

Les principales vertus qu'on leur recommande sont la charité, la douceur, la pureté, la sobriété et la modestie. Par une pensée de foi et de charité, il est ordonné d'écrire au Séminaire de Paris, à la procure générale et dans tous les vicariats pour donner avis de la mort d'un missionnaire et y joindre le récit abrégé de ses travaux. Tous les membres de la Société étaient tenus de célébrer trois messes pour chacun de leur confrère défunt.

établissement de séminaires

La grande œuvre de la Société, les séminaires en pays de mission, était ins-tamment recommandée : Il pourra y avoir deux sortes de séminaires pour former les clercs, les uns particuliers dans chaque mission, les autres généraux et universels, dans les lieux séparés de toutes les missions ou dans une mission particulière, où l'on pourra envoyer des sujets de toutes les autres; autant qu'il sera possible, chaque mission aura son petit séminaire particulier. (ch. 9, art. 2)

procures

Les procures étaient établies dans les ports les plus fréquentés ; Mgr Pallu en avait établi une à Surate et une seconde à Bantam ; elles furent ensuite transportées à Pondichéry et à Canton. La procure de Pondichéry date de 1689; mais la première donation faite pour assurer l'existence de cet établissement est du 21 septembre 1699. On la doit à une pieuse chrétienne qui céda gratuitement, dans cette intention, un terrain sur lequel on devait élever, comme on le fit en effet, une chapelle renfermant cette inscription :

« Cette maison a été donnée par Marie Magdel Coloudeappa à Mgr l'évesque de Sure (Mgr Quéméner), et à, Messieurs les prêtres français, missionnaires apostoliques dans l'Asie, qui viendront du Sé-minaire des Missions Étrangères de Paris, avec les conditions que ledit seigneur évesque et Messieurs les missionnaires qui y demeureront se souviendront de prier Dieu pour le repos de son âme, de celle de son fils et de tous ses autres parents catholiques. »

La procure de Canton fut installée en 1697. Les procureurs devaient être au nombre de trois (ch. 10) ; le premier s'occupait des affaires du dehors, visi-tes, lettres, mémoires; le second, désigné sous le nom de premier assistant était chargé de tenir la main à l'exécution du règlement de la procure, de faire des conférences de doctrine, et devait être comme le père des missionnaires de passage. Le troisième procureur ou second assistant tenait tous les registres des comptes de dépenses et de recettes.

Deux de leurs charges les plus importantes étaient les destinations des mis-sionnaires et la répartition des revenus des vicariats lorsque, par suite des circonstances, le Séminaire avait été obligé de les omettre ou que ses dé-cisions n'étaient plus applicables. Ces destinations et ces répartitions devaient être faites à la pluralité des voix.

administration des biens

La dernière partie du règlement (ch.12) concernait l'administration des biens de la Société, qui incombait au Séminaire, sous le contrôle des vicaires apostoliques; les directeurs nommaient tous les trois ans celui d'entre eux qui devait être chargé d'exécuter les décisions qu'ils prenaient.

Les biens des Missions étaient distincts de ceux du Séminaire, cependant il était spécifié que les Missions aideraient le Séminaire, si celui-ci venait à manquer de ressources. Ils devaient être employés pour : 1° l'établissement et la subsistance des vicaires apostoliques, qui recevaient 600 fr. par an; celle de leurs missionnaires auxquels on allouait 300 fr.; 2° les frais de vo-yage; 3° les pertes et les faux frais ; 4° l'entretien du Séminaire de Paris; 5° la formation et l'entretien du clergé indigène; 6° les dépenses des procures soit à Rome, soit en Extrême-Orient.

Les directeurs du Séminaire et les quatre missionnaires qui travaillaient avec eux pouvaient avoir des lumières suffisantes pour rédiger cette cons-titution, ils n'avaient aucun pouvoir pour l'arrêter définitivement et la faire exécuter. Il était nécessaire de la soumettre aux vicaires apostoliques et à leurs missionnaires, qui donneraient leurs votes, feraient leurs observations et jugeraient de l'opportunité de son application, c'est ce qui eut lieu ; les pourparlers furent longs, parfois difficiles ; néanmoins, même avant d'être promulgué, ce règlement fut pratiquement suivi.

Le règlement général ne s'occupe pas de l'organisation des Missions, sauf en un ou deux points importants, par exemple l'institution des grands et des petits séminaires. Les Missions, en effet, ont une vie en grande partie indé-pendante de celle de la Société, c'est pourquoi leurs règlements sont spé-ciaux tels que le comportent les peuples et les circonstances; ils se sont faits peu à peu, selon que le permettaient la tranquillité, les travaux, le nombre des prêtres, et la facilité qu'ils avaient de se réunir.

Les Monita rédigés en 1665 avaient indiqué les lignes générales de conduite.

Du synode de Dinh-lien, tenu en 1670, sortit la discipline particulière de la Cochinchine, dont les articles principaux furent adoptés au Tonkin, lors du premier voyage de Mgr de la Motte Lambert. En 1803, le synode du Su-tchuen traça aux missionnaires de la Société en Chine des règles admira-bles. En 1844, le Vicariat de pondichéry, alors uni au Coïmbatour et au Maissour tint le synode de Pondichéry, qui détermina un certain nombre de mesures administratives.


Règlement particulier du Séminaire

Le règlement du Séminaire fut rédigé de 1700 à 1720, après avoir été mis en pratique pendant près de soixante ans. Notons d'abord que l'établissement est soumis à la juridiction immédiate de l'archevêque de Paris; mais il se gouverne selon ses règles propres approuvées par le chef du diocèse

Le règlement débute ainsi: « La raison de l'institution du Séminaire est l'éta-blissement solide de la religion chrétienne parmi les nations privées de la foi. » (AME vol. 169 p. 355)

Son esprit “n'est rien moins qu'une participation à l'esprit apostolique, dont l'un des caractères est une ardente charité et un grand zèle pour le salut des âmes”

Un autre caractère de cet esprit, c'est le détachement et le désintéressement: étant impossible qu'un homme attaché aux biens, aux lieux, aux personnes, et trop touché de ses intérêts personnels soit apte au royaume de Dieu et par conséquent à une oeuvre qui est uniquement destinée à l'établir.

Le dernier caractère, c'est le courage, parce que plus l'ouvrage des mission-naires est d'une grande étendue et d'une grande excellence, plus ils doivent s'attendre d'y trouver des contradictions et des obstacles. (vol. 169 p. 352).

Les directeurs

Le gouvernement du Séminaire appartient à des prêtres de la Société appelés directeurs. Au commencement du XVIIIe siècle, leur nombre était de cinq à sept. Ils se divisaient en deux classes, auxquelles, d'après l’usage et non d'a-près le règlement, on donnait le nom de directeurs perpétuels et de direc-teurs procureurs.

Les premiers étaient choisis, soit parmi les prêtres amis de la Société, soit parmi les missionnaires, et élus par tous les directeurs réunis en conseil. Ils étaient nommés à vie, d'où leur nom de directeurs perpétuels.

Les directeurs procureurs ou députés étaient ainsi appelés, parce qu'ils étaient élus par les Missions; chaque mission avait le droit d'en envoyer un au Séminaire et de le charger de sa procuration; à ce seul titre, il était reçu au nombre des directeurs, il en avait tous les droits et en exerçait toutes les fonctions.

La nomination aux charges se faisait par l'élection qui avait lieu tous les trois ans, au scrutin secret; pour être élu, il suffisait d'avoir les deux tiers des voix.

Les directeurs peuvent être réélus quatre fois de suite à la même charge, c'est-à-dire pendant douze ans. Ils doivent ensuite rester pendant trois ans sans occuper cette fonction, dont ils peuvent de nouveau être revêtus.

Les principales charges sont celles de supérieur, d'assistant, de directeur des séminaristes et de procureur.

Le supérieur (vol. 169 p. 377) doit être d'une conduite si réglée en tout et si solidement vertueux qu'il puisse servir de modèle à tous ceux qui, par l'état qu'ils ont volontairement embrassé, sont soumis à lui, en sorte que, travaillant avec lui à l'avancement des Missions, ils y trouvent en même temps leur propre sanctification et leur paix.

Comme le Séminaire des Missions Étrangères est composé de personnes libres, il y a encore plus de nécessité que partout ailleurs que le supérieur soit attentif à les appliquer à ce qu'ils ont à faire pour le bien commun, qu'il les anime. et qu'il leur donne pour ainsi dire, par rapport à cette fin-là, le mouvement et l'action en surveillant, en exhortant et en faisant que chacun s'acquitte fidèlement de ce qui lui est commis.

L'assistant « aide le supérieur dans toutes ses fonctions et le supplée quand il est absent ou empêché. »

Le procureur administre les biens du Séminaire, reçoit les revenus et règle les dépenses.

La charge de directeur des séminaristes est analogue à celle de maître des novices. Ce directeur s'occupe en même temps des études et de la discipline.

Les directeurs s'assemblent à des jours déterminés pour traiter des affaires du Séminaire et de celles de la Société.

Les séminaristes

Les séminaristes sont reçus, après avoir examiné « les motifs de leur voca-tion, leur piété, leur naturel, leur santé, leur caractère, leurs talents, leurs étu-des et leurs sentiments. » L'âge de leur réception est depuis 20 jusqu'à 30 ans.

Le règlement qu'ils avaient à suivre ne contenait aucune disposition aus-tère, aucune injonction sévère, il était au contraire remarquable par son esprit de modération et de simplicité.

Les études théologiques sont faites en vue des difficultés spéciales que l'on rencontre dans les Missions. Les exercices de piété : sont la méditation de trois quarts d'heure le matin et d'une demi-heure le soir, l'assistance à la messe, la lecture de piété en commun, les prières du matin et du soir.

La mortification corporelle est réduite aux limites prescrites par les règles gé-nérales de l'Église; on jeûne et on fait maigre pendant le carême, pendant l’avent, aux vigiles des fêtes désignées.




Vertus des séminaristes (vol. 169 p. 397):

La charité, d'autant plus nécessaire à ceux qui composent le Séminaire des Missions Étrangères, que c'est presque le seul lien qui les unisse les uns aux autres et que, sans cette union, ils ne pourront ni subsister entre eux, ni se soutenir contre les attaques du dehors, ni être des missionnaires en état d'édifier parmi les infidèles.

Ils auront donc pour l'acquisition, pour la conservation et pour l'augmentation de cette vertu, une véritable délicatesse de conscience, évitant tout ce qui pourrait la blesser ou la diminuer, les mépris, les hauteurs, les brusqueries, les rapports, les plaintes, les railleries, les contestations trop vives, agissant les uns envers les autres non seulement avec support mais avec honnêteté et avec respect.


Zèle pour le salut des âmes : Si quelqu'un a besoin de zèle, c'est assurément celuy qui veult entreprendre de concourir à la conversion des infidèles non seulement, parce que cette entreprise demande un grand courage, mais parce qu'elle demande un courage qui ne vienne pas uniquement du tempérament, de l'humeur et des dispositions na-turelles et humaines. On pourrait bien, avec ces dispositions, aller jusqu'aux extrémités du monde, “Mais il y a grande apparence qu'on n'y convertirait personne et qu'on s'exposerait plutôt à s'y pervertir soy-mesme”.

Résignation à la volonté divine : Les séminaristes aspireront à une sainte indifférence et à une véritable égalité pour toutes les missions, dans la persuasion que rien ne sera plus parfait pour eux, ni plus agréable à Dieu que d'aller où le plus pressant besoin des âmes se trouvera, et où les Supérieurs jugeront plus à propos de les envoyer.

activités pastorales

Les directeurs avaient eu aussi la pensée d'initier les aspirants des Missions à quelques œuvres spéciales de zèle et de charité. Chaque jour, un sémi-nariste récitait la prière avec les domestiques de la maison, leur faisait une lecture spirituelle ou un sermon. On avait abandonné les prédications dans les provinces de France, telles qu'elles se pratiquaient au début de la Société; mais on prêchait à Paris.

Tous les dimanches, plusieurs séminaristes enseignaient le catéchisme aux enfants abandonnés; chaque année, ils faisaient la retraite préparatoire à la première communion.

Chaque année, également, pendant la quatrième semaine de carême et la première semaine de novembre. “ils donnaient des exercices spirituels aux ouvriers”. Quelques jours avant ces retraites, ils allaient “dans les ateliers, dans les jardins des environs, ordinairement dans la rue de la Plume, dans la petite rue du Bac, dans les rues Saint-Placide et du Sépulcre, et jusque dans les réduits où se retirent les pauvres pour les exhorter à assister à ces exercices”. Ils allaient encore aux fontaines des Incurables et de la rue de Grenelle, pour inviter les porteurs d'eau, sur le quai des Théatins, du collège des Quatre-Nations, “pour inviter les charbonniers, et sur 1a rivière, du côté du Gros-Caillou, où il y a beaucoup d'ouvriers qui travaillent au bois flotté”.

Instructions aux séminaristes

Le règlement était la théorie de la formation, les travaux du ministère en étaient la pratique au moins p artiellement; afin de parfaire cette éducation, on ajoutait des instructions spéciales à l'existence des missionnaires.

Ces instructions, faites avec beaucoup de soin, étaient tantôt des considé-rations générales sur la beauté et la grandeur de l'apostolat, tantôt l'énu-mération des vertus et des qualités qu'il exige, ou bien encore, l'explication des difficultés et des dangers auxquels il expose.

Résumées en partie dans un manuscrit qui porte la date de 1720, elles ne contiennent aucun aperçu nouveau, et se font l’écho de l'enseignement des premiers directeurs.


Par exemple : AME vol. 19 p. 333 sq.

Le Fils de Dieu, prévoyant la vie étroite où tous les ouvriers de son saint Evangile devront s'engager, voulut auparavant de la leur enseigner par la parole, la leur montrer par son exemple; en effet, cette vie extraordinaire aurait eu peu de sujets, si son Dieu instituteur n'eût frayé la voie et ne l'eût semée de tant de roses, qu'elles sont suffisamment capables d'empêcher d'apercevoir la pointe des épines.

Il est vrai que la nature y trouve peu son compte et que la délicatesse est maltraitée; mais aussi la plus noble partie de nous-même devient si belle et si riche qu'elle aura assez de charmes, au bout de cette dure carrière, pour être choisie la bien-aimée d'un Dieu pendant toute l'éternité.

C’est une promesse qui ne peut manquer et sur laquelle se fondent tous ceux qui, pressés de la gloire de Dieu et de la charité du prochain, suivent fidèlement la voix qui les appelle, quittent tout, renoncent à soi-même pour la croix, et marchent après Jésus-Christ conformément à son divin enseignement : “Qui vult venire post me, abneget semetipsum, tollat crucem suam et sequatur me sizani et sequatur me”.

De tous ceux qui travaillent à s'employer pour cette vie, l'on ne peut contester que les missionnaires apostoliques n'y aient la meilleure part; il faut entendre cela de ceux qui veulent s'acquitter dignement de leurs fonctions qui les engagent à tant de divers événements, qu'à moins d'être entièrement oublieux de soi-même et d'aimer beaucoup le calvaire, il est moralement impossible d'y vivre, d'où il résulte qu'il ne faut pas s'étonner si de grands personnages s'y sont trouvés fort entrepris, et que plusieurs y aient renoncé. Dans ce saint emploi, la prudence humaine est le plus souvent indiscrète et les précautions trompeuses.

L'on peut bien appeler l'ouvrier apostolique dans les missions un homme extra-ordinaire, puisqu'il est rarement en son pouvoir de pratiquer ce que les autres font extérieurement pour se perfectionner.

Tous ceux qui se sont appliqués à donner quelque règle de la perfection ont toujours puisé leurs maximes dans un ordre, qu'ils ont cru devoir être gardé avec exactitude, et de la fidélité duquel dépendait l'avancement ou le re-tardement spirituel.

En effet, dans toutes les maisons bien ordonnées et qui passent pour les écoles de la vertu, toutes choses sont bien marquées, tous les moments du jour et de la nuit sont employés et contribuent par leur diversité d'occupation à faire écouler plus agréablement la vie. Cet ordre, que l'on peut nommer la ruine du vice et l'appui de la piété, est incompatible avec la vie du missionnaire, quelque règle qu'il se prescrive, car comment déterminer l'occu-pation de chaque moment dans une carrière remplie d'événements que nulle prudence ne peut prévoir.

En étudiant les détails de cette existence, on la voit bigarrée de tant de différentes couleurs, qu'à la vérité il est bien difficile d'en faire un tableau parfait et l'on ne peut guère en donner qu'un crayon plus ou moins inexact. »




<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 1 pays : France