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Publication : MISSIONS ÉTRANGÈRES 1663-1700

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 1 - AU FAUBOURG SAINT-GERMAIN
Article: 1

L'ABBAYE de SAINT-GERMAIN DES PRÉS

Elle constitue le noyau du bourg, puis du faubourg du même nom. Son origine remonte au milieu du VIème siècle. Le roi Childebert, fils et successeur de Clovis, avait rapporté d'Espagne où il était allé guerroyer contre les Wisigoths, la tunique du diacre-martyr Saint-Vincent et une grande croix d'or enrichie de pierres précieuses. Pour abriter ces reliques, il fit édifier une église sous le vocable de Sainte-Croix Saint-Vincent; près d'elle, il fonda un monastère qui suivit d'abord la règle de Saint-Antoine et de Saint-Basile. Saint-Germain, Évêque de Paris, avait consacré l'église et voulut y être enterré. Bientôt, au vocable de Sainte-Croix Saint-Vincent se substitue celui de l'Évêque; c'est pendant quelque temps Saint-Germain-le-Doré, ainsi dénommé parce que l'église était couverte de lames de cuivre doré, ensuite Saint-Germain des Prés, à cause de sa situation au milieu des prairies de la rive gauche du fleuve.
Dans la seconde moitié du VIIème siècle, les religieux adoptèrent la règle monastique de Saint-Benoît. Réformés à plusieurs reprises, notamment en 1337 et 1513; ils se rallièrent en 1634 à la nouvelle congrégation bénédictine dite de Saint Maur.
Pillé et détruit par les Normands au IXème siècle, le monastère fut reconstruit, agrandi et embelli d'année en année. Des vastes édifices qui le composaient, il ne reste aujourd'hui que l'église et le palais abbatial construit au XVIIème siècle.
L'abbaye était devenue, peu après sa fondation, le centre d'une agglomération suburbaine. Les premières maisons s'étaient groupées au pied des murs, ensuite le long de la "chaussée du Roy", qui prit plus tard le nom de la rue du Four.
Au XIIIème siècle, le bourg est peu étendu, habité seulement par des vassaux de l'abbaye adonnés surtout aux travaux agricoles. On n'y voit guère que des chaumières, des granges, des étables; sa pointe extrême, au sud, ne dépasse pas le carrefour de la Croix-Rouge.
Au XIVème siècle, les nobles et les bourgeois de Paris prennent goût à la villégiature, des maisons de plaisance s'élèvent au bourg Saint-Germain, mais le mouvement sera bientôt enrayé par la guerre et l'occupation anglaise. Il reprend au siècle suivant pour se développer surtout au XVIème siècle. En 1529 le bourg comprend l'ensemble des bâtiments de l'abbaye, l'église paroissiale de Saint-Sulpice, la chapelle Saint-Père, les halles de la Foire Saint-Germain, environ 260 maisons ou hôtels, trente quatre rues. Le bourg Saint-Germain perd alors sa physionomie de village champêtre pour devenir une ville élégante. Il est de bon ton d'y posséder un hôtel. Mais les guerres de Religion causent de nouveaux désastres. La confiance renaît au cours des dernières années de Henri IV, et dès lors le développement ne s'arrêtera plus.
À la fin du XVIème siècle, le bourg est limité : à l'est par le quartier de l'Université, au nord de la Seine, à l'ouest et au sud par une tranchée, franchie à son tour au début du XVIIème siècle . De même que l'abbaye a été le noyau autour duquel s'est formé le bourg Saint-Germain, ainsi la Croix-Rouge sera le point de départ des routes qui, s'allongeant vers l'ouest, favoriseront l'extension du faubourg. Déjà trois rues venant du bourg se sont réunies à ce carrefour : rue du Sépulcre (actuellement rue du Dragon), rue du Four, rue du Vieux-Colombier. Trois autres s'en sont détachées et ont progressé vers la vaste plaine de Grenelle : rues de Grenelle, de Sèvres, des Vieilles Thuilleries; cette dernière prolongée par la rue du Cherche-Midi ira rejoindre la rue de Vaugirard et se confondre avec elle. Entre la rue de Grenelle et la Seine, deux voies issues des abords de l'abbaye, la rue Saint-Dominique et la rue de l'Université, complètent le réseau qui enserre le faubourg, tels les cinq doigts d'une vaste main.
Toutes ces routes sont reliées entre elles par des voies transversales; la principale est la rue du Bac. Avant de nous y arrêter disons quelques mots du domaine rural de l'Abbaye de Saint-Germain et des modes successifs de son exploitation.
Tout ce qui se trouvait dans le vaste domaine concédé à l'Abbaye : champs, vignes, forêts, devenait par l'acte de fondation de Childebert, sa propriété, ainsi que le personnel, libre ou serf, employé à la culture.
Au XIIIè siècle, les religieux organisèrent, en vue d'obtenir un meilleur rendement, un système d'exploitation par bail à cens, avec redevances en argent ou en nature, sans préjudice d'autres redevances comme celles du four banal ou du pressoir à vin.
Dès le XVème siècle, sous le régime des abbés commendataires nommés par le roi, le domaine est géré par l'un de leurs officiers, puis par un mandataire laïque, enfin par un fermier général.
En 1529, le domaine rural de l'abbaye fut mesuré par un arpenteur juré pour faciliter le lotissement des "places à bâtir" dans le voisinage de Paris. Il n'était toutefois permis d'élever des constructions que sur certains îlots nettement déterminés. Les immeubles pourraient faire l'objet de transactions entre particuliers, mais toujours avec charge de cens et de rentes à payer à l'abbaye, qui restait propriétaire du sol.
Enfin au XVIIème siècle, pour faire face aux dépenses de plus en plus lourdes, on fut amené à aliéner des terrains, soit à des établissements religieux, soit à des particuliers, pour la plupart gens de robe. Les grands seigneurs et les riches financiers entrèrent dans le mouvement au milieu du XVIIème siècle.
Nombreux sont les couvents d'hommes et de femmes qui vinrent alors se fixer, tant au Bourg qu'au Faubourg, avec l'autorisation de l'Abbé de Saint-Germain, dont la juridiction temporelle et spirituelle s'étendait sur tout le domaine de l'Abbaye.
En 1602, Marie de Médicis installa les Frères de Saint-Jean-de-Dieu à l'hôpital de la Charité, rue des Saints-Pères. Il n'en subsiste que la chapelle, en bordure du Boulevard Saint-Germain.
En 1608, Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, donna aux Augustins Déchaussés une chapelle dite "Autel de Jacob", non loin de la rue qui a gardé le nom. Elle les congédia en 1612 pour prendre des moines du même ordre "qui chantaient mieux"; c'étaient des Augustins réformés ou Petits-Augustins; elle leur fit construire une maison et une église sur l'emplacement actuel du palais des Beaux-Arts. Les déchaussés, appelés Petits-Pères, s'en allèrent sur la rive droite; leur église est devenue Notre-Dame des Victoires.
Les Carmes Déchaussés, autorisés en 1610, établirent leur couvent au Chemin de Vaugirard. Le peu qui reste de leur vaste enclos, est maintenant le Séminaire des Carmes, annexé à l'Institut Catholique.
Sur la même rue de Vaugirard, près du Luxembourg, les Bénédictines du Calvaire furent, à partir de 1622, bénéficiaires de la sollicitude du P. Joseph du Tremblay, conseiller de Richelieu.
En 1626, une maison d'éducation s'était fondée au lieu dit "Le Jardin d'Olivet", rue de Sèvres; elle fut cédée en 1644 aux Bénédictines de Notre-Dame de Liesse, chassées par la guerre de leur couvent de Rethel. L'hôpital Necker en occupe l'emplacement.
En 1632, les Frères Prêcheurs, communément appelés Jacobins, obtinrent l'autorisation de faire bâtir "un noviciat et un séminaire général pour tout ledit Ordre". Leur chapelle est actuellement l'église paroissiale de Saint-Thomas d'Aquin, les bâtiments conventuels ayant été convertis en dépôt d'artillerie.
En 1633, les Augustines de Laon, après bien des vicissitudes, purent s'installer rue du Cherche-Midi.
L'année suivante vit la création, rue de Sèvres d'un important établissement hospitalier appelé Hospice des Incurables, présentement Hôpital Laënnec.
En 1635, les Bernardines de Sainte-Cécile ou du Précieux-Sang s'établirent rue du Pot-de-Fer (actuellement rue Bonaparte).
En 1637, les religieuses de Saint-Nicolas de Tulle, de l'ordre de Sainte-Claire, plus connues sous le nom de Récollettes, trouvèrent asile rue du Bac, entre les rues de Varenne et de Grenelle. De leur couvent, il reste une chapelle désaffectée (rue du Bac, n° 85). La fontaine de Grenelle a été édifiée, en 1719, sur un terrain donné gracieusement par les Récollettes.
En 1639, fondation, au coin de la rue de Sèvres et de la rue de la Chaise, des Annonciades des Dix-Vertus; elles cédèrent, en 1654, leur maison aux Cisterciennes de l'Abbaye-aux-Bois, venues du Soissonnais. Le percement du Boulevard Raspail en a supprimé la plus grande partie. En 1639 également, les Filles de la Providence de Saint-Joseph, fondées à Bordeaux par Marie Delpech de Lestang, eurent permission d'établir une maison rue Saint-Dominique, sur l'emplacement actuel du Ministère de la Guerre.
En 1643, les Religieuses du Verbe Incarné, avaient obtenu des Lettres patentes pour se fixer rue de Grenelle. Supprimées en 1871, elles y furent remplacées par les Bernardines de Pentemont-lès-Beauvais. Leur église est maintenant affectée au culte protestant et le couvent occupé par la caserne de la rue de Bellechasse.
Pendant les troubles de la Fronde (1648-1653) on ne signale que l'établissement des Théatins, entre la rue des Saints-Pères et la rue de Beaune, puis l'Hôpital des Convalescents, fondé en 1652 par le chanoine Gervaise, mandataire de Madame de Bullion. Les immeubles des numéros 104 à 108 de la rue du Bac en marquent l'emplacement.
En 1653, les religieuses du monastère de la Conception de Notre-Dame de Rambervillers, réfugiées de Lorraine, furent accueillies par Anne d'Autriche. C'est à l'une d'elles, Catherine de Bar, dite du Saint-Sacrement, que la reine se confia pour l'exécution d'un voeu. Ainsi prit naissance, rue Cassette, le couvent des Bénédictines du Saint-Sacrement.
En 1622, les Prémontrés de la Congrégation de Saint-Norbert obtinrent de l'Abbé de Saint-Germain des lettres les autorisant à s'établir sur un terrain qu'ils avaient acheté au carrefour de la Croix-Rouge, à l'angle des rues de Sèvres et du Cherche-Midi.
En 1663, les Missions-Étrangères prirent possession des immeubles qu'elles avaient acquis de Bernard de Sainte-Thérèse, Évêque de Babylone.
Signalons encore dans le dernier quart du XVIIème siècle, en 1673, la fondation du deuxième Monastère de la Visitation. L'ouverture des rues Paul-Louis Courier et Saint-Simon l'a presque totalement supprimé. En 1687, le Carmel de la rue de Grenelle (sur l'emplacement duquel l'église Sainte-Clotilde a été édifiée). En 1698, une maison de Filles repenties ou du Bon-Pasteur (prison militaire du Cherche-Midi). En 1700, rue de Sèvres, les Religieuses Hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, expropriées par le percement du Boulevard Raspail; les Maîtresses Charitables du Saint-Enfant Jésus, dites Dames de Saint-Maur, leur couvent ayant son entrée principale sur la rue du même nom (actuellement rue de l'Abbé Grégoire).
Enfin, une mention doit être donnée à l'hôpital des Petites-Maisons, élevé en 1557 sur les terrains d'une ancienne maladrerie. Il fut, en 1653, considérablement augmenté. En 1801, les Petites-Maisons prirent le nom de Petits-Ménages, transférés à Issy en 1864. La plus grande partie de l'ancien hospice a fourni le square Boucicaut.





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