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Publication : MISSIONS ÉTRANGÈRES 1663-1700

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 1 - AU FAUBOURG SAINT-GERMAIN
Article: 7

BERNARD de SAINTE THÉRÈSE rentre en FRANCE

Toutes ses affaires réglées, Bernard de Sainte-Thérèse se mit en route accompagné de MM. Montheron et Sansorin et d'un P. Capucin, se dirigeant d'abord vers Bagdad, distant de quarante-deux jours de marche, dont l'accès lui est maintenant possible, la paix ayant été signée en 1641 entre la Turquie et la Perse.
Il se réjouit de prendre possession de son "pauvre evesché" qui depuis 900 ans n'avait pas vu d'évêque; il s'y arrête dix jours; puis marchant vers l'ouest, atteint en 9 jours l'Euphrate, et de là, après trente-deux journées de chemin à travers le désert d'Arabie, parvient à Edesse, puis à Alep, et à Tripoli; par mer, il gagne le port de Saïda, d'où il s'embarquera pour Marseille et arrivera à Paris à l'automne de 1642.
Il en était parti voici deux ans et demi, muni des encouragements de Richelieu; il espérait bien trouver en lui un appui efficace pour remédier aux difficultés rencontrées en Perse. Mais le Cardinal était mourant. Son décès survenu le 4 décembre 1642 sera bientôt suivi de celui de Louis XIII, le 14 mai suivant. Il y avait trop de graves problèmes à l'intérieur et au-delà des frontières pour qu'en haut lieu on s'intéressât au lointain Évêché de Babylone.
Sentant bien que de longtemps il n'y pourrait retourner, Bernard va s'occuper de mettre sur pieds une maison "de personnes ecclésiastiques et même laïques, lesquelles seront instruites aux études, sciences, langues et connaissances nécessaires pour les Missions."
Où trouvera-t-il des ressources ? Il ne pouvait compter sur les arrérages de la rente fondée par Mme de Ricouart. Aux termes de la fondation, la S.C. de la Propagande n'était tenue de les lui verser que pendant le temps de sa résidence effective dans son Évêché.
D'autre part Mme de Ricouart était décédée en mai 1640 . Il faut supposer qu'il bénéficia du concours d'autres personnes généreuses, car à partir de 1644 nous le voyons commencer la série de ses achats de terrains et maisons rue du Bac, à proximité de la rue de Petite Grenelle.
Le 12 juillet 1644, pardevant de Saint-Jean et Charles notaires au Châtelet, "noble homme Jean Amy avocat au Parlement, prieur de Lusignan, vend au Seigneur Evêque le fonds et propriété d'une maison sise à Saint-Germain des Prez - les - Paris, rue du Bac, et de deux allées servant d'entrée et sortie à ladite maison tant du côté de ladite rue que de la rue de la Fresnaie" à la charge du cens et moyennant la somme de six mille trois cents livres payées comptant . La contenance n'est pas indiquée.
Le 2 septembre 1644, pardevant Levesque et Boucot notaires, Antoine Petau, bourgeois de Paris, vend huit toises et demi de face de terre sur la dite rue du Bac, sur la profondeur de dix-neuf toises, close de murs, à la charge du cens et moyennant la somme de trois mil huit cents livres payées comptant.
Le 17 septembre 1644, pardevant Levesque et Boucot notaires, Charles Rigault, maître paveur à Paris et Claude Heron sa femme vendent une pièce de terre contenant quatre toises entre deux murs sur dix-neuf toises ou environ de profondeur, avec le bâtiment non parachevé . Le tout situé en icelle rue du Bac, à la charge du cens et moyennant la somme de trois mil huit cents livres, dont cinq cents furent payées comptant.
Pour l'année 1645, le Bref inventaire mentionne quelques travaux de charpenterie, couverture, plomberie, serrurerie, vitrerie, pavage, sans doute pour l'achèvement de la maison achetée à Rigault.
Le 5 avril 1646, toujours pardevant les notaires Levesque et Boucot, contrat d'achat à Georges Saint-Martin, maître charpentier et François Herbelot, maître couvreur de maisons, tant en leurs noms que s'étant faits forts de Jeanne Poitou et Françoise Gaultier leurs femmes, d'une place sise en la petite rue de Grenelle près de ladite rue du Bac, contenant sept toises de face et de profondeur, moyennant la somme de huit cent livres, dont la moitié est payée à de Saint-Martin, l'autre à un créancier d'Herbelot.
Sur cet emplacement Bernard de Ste Thérèse fera construire ultérieurement les trois petits pavillons où il établira son domicile et dont il se réservera la jouissance jusqu'à sa mort.
En cette même année, il est fait mention du paiement de travaux assez importants de maçonnerie (3.930 livres) exécutés pour l'Évêque de Babylone en "sa maison de la rue du Bac".
Mais voici que l'activité du prélat va s'exercer ailleurs. Depuis plusieurs années, les troupes royales se sont emparées du Roussillon et de la Cerdagne et ont occupé une partie de la Catalogne. Certains évêques ont quitté leur poste, d'autres sont décédés et le gouvernement royal s'est empressé de nommer de nouveaux titulaires. Tout naturellement le Saint-Siège retarde le plus possible l'envoi des Bulles d'institution canonique.
"Sur quoy, Sa Majesté ayant receu diverses remontrances et supplications de la part des députés du principal et conseillers de sa bonne et très fidelle ville de Barcelone et de diverses communautez particulières ecclesiastiques, nobles et autres, et mesme de ceux qui selon les saints canons ont la direction ordinaire desdits Eveschez en cas de vacance ou d'absence des Evesques, et se trouvant pressée par le besoin et par les instances d'y pourvoir et obligée de prendre soin qu'il ne manque rien de ce qui est nécessaire au culte et service de Dieu et au bien de son Eglise dans tous les lieux de son obéissance et mesme en ladite province de Catalogne qui s'est volontairement soubmize a cette Couronne, et s'y montre particulièrement affectionnée en toutes occasions, Sa Majesté par l'advis de la Reine régente sa mère a choisi le Sr. Evesque de Babilonne Conseiller de Sa Majesté en son Conseil d'Estat pour l'envoyer en ladite province comme une personne de singulière doctrine, capacité, vigilance et piété, et qui a toutes les autres vertueuses et bonnes qualitez requises pour faire dignement la charge et les fonctions d'Evesque, et voullant luy donner moyen de supporter les despenses qu'il aura besoin de faire dans ledit pays pour soutenir la dignité d'Evesque..."
Pour subvenir à ses dépenses, Sa Majesté lui accorde et fait don de 12.000 livres de pension à prendre "sur les plus clairs deniers provenans du revenu temporel de l'evesché de Vicq en Catalogne."
Voilà donc Bernard de Sainte-Thérèse investi d'une mission à la fois diplomatique et religieuse. Quel en fut le résultat ? En entreprendre le récit nous écarterait de notre sujet. Notons seulement que de 1647 à 1654, aucun achat de propriétés n'est signalé dans les documents, ce qui laisse supposer que la mission du prélat dut se prolonger durant six ou sept ans.
En 1654, toute une série de transactions, dans lesquelles interviennent Denise Geoffroy, femme séparée de biens d'avec Pierre Tiffaine, marchand de chevaux, Guy Fleury, compagnon charpentier et Catherine Mouton sa femme, Louis Dupont, prêtre, Louis Connin, chapelier et autres, aboutissent, le 17 décembre à l'achat, par Nicolas Catrix, maître charpentier, d'une maison sise rue de petite Grenelle, et de quatre demi-arpents de terre en quatre pièces sises aux terroirs de Saint-Germain des Prés et de Sainte-Geneviève , provenant de la succession de Louis Catrix, pour la somme de deux mille deux cent quatre-vingt trois livres, trois sols. L'acquisition ayant été faite "des deniers dudit Seigneur Evesque", c'est lui qui en devient propriétaire. Le total des sommes déboursées en achat de maisons et de terrains s'établit comme suit :

6.300 livres
3.800 livres
3.800 livres
800 livres
2.283 livres
___________
16.983 livres



3 sols
______
3 sols
plus les frais de procédure, alignements, murs et pignons mitoyens..........................

416 livres


2 sols

6 deniers
___________
17.399 livres ______
5 sols _______
6 deniers

Ajoutons à cette somme le montant des débours effectués de 1645 à 1660 pour constructions et aménagements. Le Bref Inventaire les énumère en détail. En voici le résumé :

Ouvrages de maçonnerie 7.950 livres 15 sols 6 deniers
" " Charpenterie 6.068 livres
" " couverture 2.880 livres 14 sols 4 deniers
" " plomberie 714 livres 7 sols
" " menuiserie 2.599 livres 15 sols
" " serrurerie 4.069 livres 7 sols
" " peinture 1.058 livres
" " vitrerie 835 livres 19 sols
Pavage 562 livres
Carrelage 56 livres
Poteries 1.154 livres
___________
27.948 livres ______
17 sols ________
10 deniers

La plupart des quittances sont établies par actes notariés, assez compliqués parfois, certaines sommes étant payées, non aux entrepreneurs, mais à leurs créanciers. Notons que Bernard de Sainte-Thérèse ne dédaigne pas de mêler parfois l'agréable à l'utile. Le 22 janvier 1657, il passe un marché avec Alexandre de Chaufour, maître-peintre, "pour la fourniture de tableaux de paysages, avec quelque petite histoire sainte, pour servir au dessus des portes de ses maisons, à raison de sept livres dix sols piece."

L'évêque de Babylone aura ainsi dépensé :

- en achats de terrains : 17.399 livres 5 sols 6 deniers
- en constructions.....: 27.948 livres 17 sols 10 deniers
soit......................: 45.348 livres 3 sols 4 deniers
Tout cela, pensait-il, dans l'intérêt de sa mission de Perse. En fait, il préparait, sans s'en douter, l'établissement du Séminaire des Missions Étrangères.

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