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Publication : MISSIONS ÉTRANGÈRES 1663-1700

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 2 - CONTRATS DU 16 MARS 1663
Article: 4

CONTRE-LETTRE du 18 MARS

Antoine Barillon de Morangis et Jean Garibal n'étaient, nous l'avons dit, que des prête-noms. Ils déclarèrent ne rien prétendre en tous les emplacements, maisons et héritages énumérés dans le contrat du 16 mars, disant que "le tout est au profit de vénérables et discrettes personnes, M. Michel Gazil prêtre, docteur en théologie de la Faculté de Paris, sieur de la Bernardière, et M. Armand Poitevin prêtre aussi, et docteur en théologie de ladite Faculté de Paris, demeurant au presbytère de Saint-Josse, à ce presens et acceptans, afin d'établir par eux et autres joints avec eux, un Seminaire desdits emplacements et maisons de ladite rue du Bac, à l'effet desdites Missions étrangères... et en cas que ledit Séminaire ne pût être établi... et que lesdites choses données par ledit seigneur Evêque dussent être employées en autres oeuvres pies, en ce cas, lesdits sieurs Gazil et Poitevin y apporteront leurs soins... et s'obligent, en leurs propres et privés noms, solidairement, sans division, ni discussion... d'exécuter et accomplir entièrement à la décharge desdits sieurs de Morangis et de Garibal tout ce à quoy ils sont tenus par lesdits contrats de donation et contre-lettre, sans aucune exception, ni réserve..."
Ce fut fait et passé en la maison de M. de Garibal, demeurant rue du Colombier, paroisse Saint-Sulpice, pardevant les mêmes notaires Claude de Troyes et Muret.
Dans l'acte du 18 mars, le domicile de Gazil n'est pas indiqué. Le procès verbal de son installation, le 27 octobre suivant, marque qu'il habite rue Saint-Étienne des Grès. C'est qu'en effet, au début de 1662, ceux qui "s'étaient unis pour le bien des Missions" avaient quitté le local de la rue Saint-Dominique, pour aller demeurer rue Saint-Étienne des Grès, dans une maison louée au nom de l'abbé Tiersault et de Pajot de la Chapelle. Ils y demeurèrent jusqu'en 1666, et louèrent une plus grande maison, proche les Pères de la Doctrine Chrétienne, rue des Fossés Saint-Victor (act. rue du Cardinal-Lemoine) où ils restèrent jusqu'en 1674, date à laquelle, Tiersault étant décédé, Pajot de la Chapelle vint au Séminaire de la rue du Bac rejoindre Gazil, qui s'était fixé là, en 1663 avec de Meur, Fermanel et quelques autres


En marge du contrat de donation

L'aboutissement des pourparlers engagés l'année précédente par Duplessis-Montbard et Pajot de la Chapelle constituait pour les procureurs des Vicaires apostoliques une affaire avantageuse. Cependant, ils ne tardèrent pas à essayer de se persuader que l'Évêque de Babylone avait habilement exploité, à son profit, leur désir d'aboutir très vite; "qu'il avait vendu ses propriétés à un prix très haut, pour ne pas dire excessif, comme on l'a fort bien reconnu dans la suite, et on le voyait bien, même alors, mais comme on était pressé d'achever cette affaire... on passa par dessus, quoiqu'à contre-coeur".
Ainsi s'exprime Mgr de Bourges, dans une lettre du 1er juin 1701 . Son témoignage reflète l'opinion de ses confrères, recueillie pendant son séjour en Europe de juillet 1664 à mars 1666. Launay semble avoir adopté les mêmes vues . Mais les arguments qu'il apporte ne sont guère probants. L'Évêque de Babylone avait déboursé, nous l'avons dit, pour ses propriétés du Faubourg Saint-Germain, une somme globale de 45.348 livres (les quittances remises aux acheteurs font foi de la véracité de ces dires et on ne saurait y opposer le chiffre de 30.000 livres, indiqué dans le procès-verbal d'une expertise faite en 1668 , au sujet de laquelle on fera quelques réserves à l'affirmation du "peu de valeur des bâtiments, et qu'ils sont en péril à cause de leur vieillesse et caducité". En 1735, d'autres experts viendront déclarer que ces mêmes constructions sont "en fort mauvais état et presque de nulle valeur" ce qui ne les empêche pas de rester debout en 1945. En face du chiffre de 30.000 livres qu'il tient pour exact, Launay suppute le montant des versements effectués par les directeurs du Séminaire en exécution des clauses du contrat, et il aboutit à un total de 29.000 livres, parce qu'il suppose qu'ils ont eux-mêmes acquitté toutes les charges. Cela est vrai pour les legs à l'Hôtel-Dieu et à l'Hôpital Général, pour les rentes de l'aumônier et de la gouvernante; il n'en est pas de même pour la pension de 3.000 livres. Afin d'en assurer le paiement, ils firent appel à la générosité des bienfaiteurs. C'est ainsi que Barillon de Morangis et de Garibal le 21 avril 1663, la duchesse d'Aiguillon, le 5 juin, s'inscrivirent chacun pour 300 livres; Madame de Miramion, le 24 juin, le marquis de Laval, le 12 octobre, chacun pour 100 livres; au total 1.100 livres. Ils signèrent des "contrats de donation en forme de pension viagère, durant la vie seulement de M. l'Evêque de Babilone" . D'autres sommes furent certainement versées pour alléger la charge des Directeurs du Séminaire, puisque ces derniers, du 1er avril 1663 au 10 avril 1669, n'auront déboursé que 3.535 livres pour compléter une pension de 3.000 livres par an, soit 18.000 livres que le prélat reçut pendant les six dernières années de sa vie. Des recettes viennent compenser les dépenses, par exemple : en août 1668, 4.363 livres pour vente de meubles à Ispahan en décembre 1669, 2.245 livres pour vente d'une partie du mobilier de l'Évêque défunt; en 1672, 8.343 livres pour vente des terrains de la plaine de Grenelle
Somme toute, les dépenses résultant de l'acquit des clauses du contrat du 16 mars furent à peu près couvertes par l'aliénation d'une très faible partie des bien cédés.





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