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Publication : MISSIONS ÉTRANGÈRES 1663-1700

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 3 - VINCENT de MEUR, SUPÉRIEUR (1664 - 1668)
Article: 2

CONFIRMATION de L'ÉTABLISSEMENT du SÉMINAIRE par le CARDINAL CHIGI, légat du Pape (11 août 1664)

En 1658, on se le rappelle, François de Montmorency-Laval, Pierre Lambert de la Motte, François Pallu et autres prêtres Français avaient sollicité de la S.C. de la Propagande, la faveur d'établir à Paris un Séminaire "qui ait pour unique fin la propagation de la Foi chez les infidèles". La réponse avait été dilatoire. Si la Propagande acceptait de prendre l'affaire en considération, elle réclamait des précisions : exposé du statut et des exercices de ce séminaire, détails sur les revenus et sur la situation de la maison.
Il était maintenant facile de répondre à toutes ces questions. Sans doute Lesley fut-il prié d'entreprendre des démarches, car le 15 mai 1663, deux mois après la conclusion du contrat d'achat, il répond que "si l'on établit un séminaire à Paris, il n'est point nécessaire d'en donner avis à Rome". Manifestement il est influencé par la brouille survenue entre le Saint-Siège et le gouvernement de Louis XIV. À la suite d'une rixe entre la garde pontificale corse et les gens de l'ambassade de France, Créquy s'était éloigné de Rome ; le roi de France avait congédié le Nonce Piccolomini, fait occuper Avignon, puis exigé des excuses.
Le Pape Alexandre VII dut se résigner à une humiliante démarche, et députer à Paris le Cardinal Flavius Chigi , son neveu, qui quitta Rome le 3 mai 1664 et débarqua à Marseille le 14.
L'occasion n'est-elle pas favorable de profiter de son séjour en France pour obtenir la reconnaissance du Saint-Siège ? Lesley n'est pas de cet avis. Dans une lettre non datée, reçue au Séminaire le 12 mai, il déclare qu'il vaut mieux remettre à plus tard et attendre que le Séminaire ait fait ses preuves :
"Vous demandez quelles demandes et quels articles vous pouvez présenter au Cardinal Légat quand il viendra en France. Franchement, pas une. Je veux bien que vous l'alliez voir, présenter vos services, faire vos compliments et l'aider en ce que vous pourrez, mais vous abstenir du détail et des affaires particulières, car tout celà irait en longueur et il vous remettrait jusqu'à ce qu'il retourne à Rome."... "Faites en sorte que dans votre séminaire et communauté la discipline soit bonne et bien observée, que vous n'ayiez point des esprits brouillons parmi vous, que vous soyiez éloignés de l'intérêt... "Dressez des règles pour une discipline et pour bien instruire vos nourrissons et vos nouvelles plantes, et il vous sera facile, mais avec du temps, de faire goûter tout cela à Rome, après que l'expérience aura fait voir que vous ne visez point à leur ôter leur juridiction, ni répugner à leurs ordonnances, et qu'au contraire vous ne cherchez que la gloire de Dieu.
"Quand il retournera à Rome, qu'il puisse dire avec toute sa suite qu'il y a une belle communauté à Paris, de bons prêtres, qui n'attendent autre chose qu'à se rendre habiles pour servir l'Eglise, offrir à icelle leurs travaux, recevoir les ordres de Rome, aller par toute la terre et prêcher l'Evangile sous sa direction et protection...
Je me persuade aisément que Rome ne fera point de difficulté de vous embrasser à bras ouverts, et de vous chérir très tendrement, mais laissez les choses rouler d'elles-mêmes."
Le Saint-Siège d'ailleurs a ses raisons pour n'aller pas trop vite en besogne :
"Ils commencèrent ici à Rome de dresser un séminaire de prêtres séculiers pour les envoyer en après aux Missions, mais tout celà s'évanouit en moins d'une seule année, et la raison a été parce qu'ils ne purent jamais trouver des prêtres désintéressés, et dans l'Italie ils auront toujours de la peine, car on ne s'engage ici dans l'état ecclésiastique que pour des fins mondaines. Ils mesurent tout le reste du monde à leur aune, si ce n'est qu'une longue expérience leur fera conster autrement le contraite, de sorte que vous serez contraints de leur faire changer leur opinion par quelque suite d'années, dans lesquelles vous suivrez les traces de ces braves héros des Evêques chinois, étendant vos travaux et devers l'Orient et devers l'Occident, et du côté du Midi et du Septentrion."...
Lesley reprend ensuite une idée qu'il avait déjà développée lors des tractations qui précédèrent l'envoi des Instructions de 1659 :
"Pour arriver à tout ceci, je vous supplie de prendre bien garde à une chose qu'on a toujours dans la bouche à Rome, savoir que si dans la France il y avait la prudence italienne ou dans l'Italie le zèle de la France tout le monde se pourrait convertir. Ceux qui s'engagent dans ces hautes entreprises sont fort zélés, et par conséquent fort sanguinei et chauds, et par conséquent n'ont pas ce flegme italien et espagnol, et de celà vient que leur ardeur dans les opérations ne semble pas jointe avec la sagesse et la prudence."
Devant le peu d'empressement de leur correspondant romain, les directeurs du Séminaire prirent le parti de se mettre en relations avec le Cardinal-Légat dès son arrivée à Paris, où il parvint à la mi-juillet. Le Château de Vincennes lui fut désigné pour résidence, en attendant l'entrée solennelle qui suivrait l'audience royale au palais de Fontainebleau. Le Père Rapin, dans ses Mémoires, lui assigne la date du 9 août . C'est donc vraisemblablement le lendemain ou le surlendemain que le Cardinal-Légat fut reçu dans la capitale.
"Le clergé et tous les corps de la ville, relate Dom Bouillart, eurent l'ordre du Roy d'aller saluer le Légat avec les cérémonies observées à l'entrée du Cardinal Barberin en 1625. Le Prieur, grand Vicaire de l'abbaye, ordonna par un mandement au clergé régulier et séculier du faux-bourg de se trouver à l'église de Saint-Germain au jour et heure marqués, pour aller tous ensemble saluer processionnellement le Cardinal-Légat dans la cour des religieuses de l'abbaye de Saint-Antoine, où tout était préparé pour cette cérémonie.
"Le mandement, note avec satisfaction le chroniqueur, fut exécuté, mais M. L'Archevêque de Paris n'en fut pas content, parce qu'il voulait obliger les églises du faux-bourg de venir à la cathédrale pour se joindre au clergé de Paris, ce qui ne s'était jamais pratiqué."
Le 11 août, le Cardinal apposa sa signature à l'acte préparé d'avance et dont voici la traduction :
"Flavius Chigi, par la miséricorde divine, Cardinal prêtre de la sainte Eglise Romaine du titre de Sancta Maria de Populo, Légat a latere de Notre Très Saint Père et Seigneur dans le Christ, Alexandre par la divine Providence Pape septième du nom, et du Siège Apostolique auprès du sérénissime Prince Louis, Roi très chrétien de France et de Navarre et son royaume tout entier avec ses provinces, domaines, villes, places fortes, terres et lieux soumis au même Roi et rattachés audit Royaume.
"A nos bien-aimés dans le Christ, Vincent de Meur, François Besard, Luc Fermanel, Michel Gazil et Armand de Poitevin, prêtres de Paris ou d'autres villes ou diocèses, docteurs en théologie, salut éternel dans le Seigneur.
"La charge de Légat Apostolique dont nous sommes investi nous met dans l'obligation de témoigner une sollicitude attentive à toutes les mesures prises par décret royal et par autorité des Ordinaires pour le progrès du Culte divin et la propagation de la Religion, l'heureux développement des Communautés ou Séminaires de personnes ecclésiastiques fondés dans ce but, et d'apporter notre concours effectif, autant que nous le pouvons avec l'aide du Seigneur, à les maintenir dans leur stabilité et intégrité. "Or, en ce qui vous concerne, il nous a été récemment exposé que vous avez reçu de la Sacrée-Congrégation de la Propagande, à la demande des Révérendissimes Evêques envoyés aux populations du Canada, du Tonquin et de la Chine pour travailler à leur conversion, le mandat d'instruire et de former les clercs qui, devant partir dans ces régions infidèles, deviendront plus tard de bons et fervents ouvriers dans les Missions, pour prêcher l'Evangile et aider ces mêmes Evêques; qu'à cet effet, inspirés par l'Esprit de Dieu et afin de faire produire à la vigne du Seigneur des fruits de plus en plus abondants vous avez, munis de Lettres du sérénissime Roi très chrétien et par l'autorité de l'Ordinaire, érigé, fondé et institué au faubourg Saint-Germain près Paris, un Séminaire pour la formation de ces ouvriers, auquel a été donné le nom de Séminaire pour la conversion des Infidèles.
"Bien que, aux termes de cet exposé, ce Séminaire ait été établi par l'autorité royale et celle de l'Ordinaire, cependant pour assurer l'intégrité des clauses contenues dans les Lettres précitées, vous désirez placer sous notre patronage tous ces actes et tout ce qui concerne l'érection du Séminaire; pour celà une humble supplique émanée de vous nous a demandé d'y pourvoir.
"De notre côté, ardemment désireux de contribuer au progrès du Culte divin et de la Religion dans les pays infidèles et d'encourager les pieux desseins de personnes ecclésiastiques, nous absolvons et regardons comme absous chacun d'entre vous de toute excommunication, suspens, interdit et toutes autres sentences, censures et peines ecclésiastiques que vous pourriez avoir encouru, mais seulement pour assurer l'effet des présentes, et donnant suite à votre supplique, par l'autorité du Siège Apostolique dont nous sommes suffisamment munis par écrit, en vertu des présentes et sans porter préjudice à qui que ce soit, nous confirmons et approuvons, en y ajoutant la force d'une inviolable stabilité, l'érection, fondation et institution dudit Séminaire, ainsi que les actes écrits s'y rapportant, leur contenu et leurs conséquences, pourvu qu'ils soient licites et honnêtes et non contraires aux saints Canons et aux décrets du Concile de Trente; nous suppléons dans ces actes tous et chacun des défauts de droit ou de fait qui pourraient s'y trouver, nous déclarons nul et non avenu tout ce qui viendrait sciemment ou par ignorance, à être tenté en sens contraire par qui que ce soit et en vertu de quelque autorité que ce soit nonobstant les Constitutions et Ordonnances Apostoliques et toutes autres choses contraires."
Donné à Paris, l'an de l'Incarnation du Seigneur mil six cent soixante-quatre, le troisième jour avant les Ides du mois d'août, en la dixième année du Pontificat de notre très saint Père le Pape.

F. Cardinal Chigi, Légat V. Vicecomes, dataire
C. Drouot, écrivain

Au dos du document, il est fait mention de son entérinement dans les registres de l'Abbaye :
"Je soussigné, secrétaire du Père Prieur de l'Abbaye de Saint-Germain des Prés et Vicaire général du sérénissime Prince Henry de Bourbon, duc de Verneuil, Pair de France, Abbé commendataire perpétuel de ladite Abbaye, par ordre du susdit Père Prieur, requis par les parties, ai transcrit et enregistré ces présentes Lettres de confirmation du Séminaire pour les Missions dans les pays infidèles établi au faubourg Saint-Germain des Prés lès Paris. - Le vingt-neuf décembre de l'an du Seigneur mil six cent soixante-quatre, folio 327 du sixième registre de la juridiction spirituelle de ladite Abbaye."

F. Arsène Moriceaux,
secrétaire

Il n'est fait mention dans l'acte du Légat que des noms de cinq directeurs; une inattention du copiste aura fait omettre celui de Nicolas Lambert.
L'obtention des Lettres du Légat ne semble pas avoir modifié les idées de Lesley. Instruit de ce qui s'est passé à Paris, il écrit le 29 août 1664 : "Vous avez très bien et très sagement fait de saluer le Légat et d'établir avec lui votre Séminaire, votre communauté et vos correspondances." Cependant, il reste assez sceptique sur les conséquences qui en pourront découler.
"Je suis très aise, mande-t-il le 16 septembre, que vous avez vu Monseigneur le Légat, mais je suis d'opinion qu'il ne fera rien dans votre affaire et dans l'approbation du Séminaire... C'est à la Sacrée-Congrégation qu'il appartient de se mêler de cette affaire."
Il n'en est pas moins disposé à y travailler lorsqu'il aura reçu le texte du document signé à Paris, mais toujours persuadé qu'il est inutile de compter sur une approbation formelle, et cela pour des raisons politiques. Il écrira encore en 1666 : "Pour le Séminaire de Paris, je suis fort aise que la Sacrée-Congrégation est résolue de vous prendre sous sa protection, mais est, je crois fort en peine, parce que d'un côté on voudrait prendre une exacte connaissance de tout ce qui vous touche, et de l'autre on craint que l'État et le Parlement n'en veuille prendre connaissance et se formaliser si on voit les ministres du Saint-Siège se mêler de vos affaires, de peur qu'ils ne veuillent peu à peu introduire une espèce de juridiction dans le Royaume, à quoi on résisterait hautement. Or à Rome on craint de s'engager dans ces intrigues, et celà les fait se retirer et a été la cause qu'on n'a jamais voulu approuver, par Bulle ni par Bref, le Séminaire".
L'approbation du Légat du Saint-Siège venait, après l'autorisation du Roi et la reconnaissance de l'Abbé de Saint-Germain, compléter heureusement les assises sur lesquelles s'était établi le Séminaire.





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