| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
3 - VINCENT de MEUR, SUPÉRIEUR (1664 - 1668) |
| Article: |
6 |
Mort de VINCENT de MEUR
Le Supériorat de Vincent de Meur, élu pour trois ans le 11 juin 1664 devait normalement prendre fin en 1667. En fait, la seconde élection n'eut lieu qu'en septembre 1668, après la mort de de Meur.
Nous savons le rôle décisif qu'il joua en 1656 lorsqu'il prit l'initiative d'un voyage à Rome, d'où sortirait la nomination des premiers Vicaires Apostoliques. Dès qu'il en entrevit le succès, il laissa Pallu et Lambert de la Motte poursuivre les démarches, et revint en France. En janvier 1658, il était à Aix-en-Provence, où il rencontra Cotolendi; en mai à Toulouse. Mandaté par l'Aa de Paris, dont Poitevin était alors commis et Gazil substitut, il fonda dans cette ville une association du même genre au sein dela congrégation des théologiens du collège des Jésuites; une autre à Bordeaux, peut-être une troisième à Poitiers.
En juin 1659 on le trouve investi de la charge -renouvelée chaque semestre- de commis de l'Aa de Paris.
Vincent de Meur s'adonna tout spécialement aux missions des campagnes en France, qu'il considérait comme une préparation nécessaire aux missions à l'étranger. De fortes études au collège de Navarre l'avaient préparé à ce ministère; cependant il ne passa ses examens de licence et de doctorat en théologie qu'après son retour de Rome. L'une de ses thèses affirmait que "ceux qui niaient que les cinq propositions condamnées se trouvassent dans Jansenius étaient schismatiques". La thèse lui valut un Bref élogieux du Pape Alexandre VII, à qui il l'avait dédiée.
Le choix qui fut fait de sa personne le 11 juin 1664 pour être le premier Supérieur du Séminaire n'arrêta pas son zèle pour les missions de campagnes. Les Annales de la Compagnie du Saint-Sacrement notent que le 22 août 1664 il fut rapporté à l'assemblée des officiers, tenue chez Pajot de la Chapelle, "que M. de Meur étoit parti avec 30 Missionnaires pour aller faire une mission en Poitou, dont on avoit souvent parlé dans les assemblées, et à laquelle la Compagnie avoit beaucoup contribué. C'est une des plus éclatantes missions qui se soient faites en ce temps-là."
En 1665, il se distingua en Bretagne où il était connu sous le nom de Prieur de Saint-André . La mission de Tonquedec, sous la direction du Père Maunoir, fut très remarquée. Succès non moins grand en Normandie, en Berry, en Touraine.
En 1667 il est dans le diocèse d'Autun dont l'Évêque, Gabriel de Roquette s'applique à la réformation de son diocèse. Durant ses prédications dans la ville d'Autun, il eut le pressentiment d'une fin prochaine, et pour se préparer à la mort il alla au cours du carême de 1668, faire une retraite de cinquante jours à la chartreuse de Dijon.
Sur ces entrefaites Mgr Pallu était arrivé à Paris. Vincent de Meur ne pouvait se dispenser de venir conférer avec lui. La rencontre des deux amis eut lieu à Paris selon les uns, à dix lieues de la capitale selon les autres.
Il reprit le chemin de la Bourgogne. Atteint à Auxerre d'un malaise subit, il se rendit à Vieux-Château en Brie et fut l'hôte de Madame d'Aligre .
Se rendant compte que sa carrière était terminée, il en témoigna de la joie et voulut qu'on récitât le Te Deum. Il ne parla ni de sa famille, ni de son pays; n'avait-il pas pris pour devise "prier Dieu, parler de Dieu, ou se taire). Il s'était fait lire les quatre oraisons des saints patrons de l'Aa : Jésus, Marie, Joseph, les Saints Anges. Il rendit le dernier soupir le 26 juin 1668 pendant qu'on terminait la lecture de la passion de Notre-Seigneur. Son corps fut inhumé au milieu du choeur de l'église de Vieux-Château. Sur sa tombe une pierre porta l'inscription suivante, composée, croit-on, par Jacques de Brisacier.
D.O.M.
HIC JACET
D. VINCENTIUS DE MEUR ARMORICVS NOBILIS
DOCTOR E NAVARREA DOMO SORBONICVS
INTER APOSTOLICAE DUCES MILITIAE
ZELOTES SACERDOS
PARISIENSIS SEMINARII MISSIONVM EXTERARVM
PRAEPOSITVS PRIMVS
VIXIT INNOCENS INTER OMNES
CONVERTIT HUMILIS PLVRIMOS
TANDEM DVCTVS A SPIRITU IN DESERTVM
FORTE FATI PRAESCIVS
MORITVR SOLITARIVS POENITENS
ANNO SALVTIS 1668
AETATIS NONDVM 40
MENSIS JUNII 26
ARDORE JUVENIS
LABORE SENEX
MERITO SANCTVS
BENEDICTIO ET PAX SVPER ILLVM
Madame d'Aligre rapporta son coeur à Paris; il fut déposé plus tard à la crypte sous une plaque portant ces mots
DOMINI VINCENTII DE MEUR
COR PLANE APOSTOLICVM
Le 7 juillet, un service funèbre fut célébré pour le repos de son âme en l'église de Saint-Josse.
Par testament du 18 octobre 1666 , Vincent de Meur avait légué aux directeurs du Séminaire, outre quelques rentes, le peu de meubles et de livres qu'il possédait "en reconnaissance des bontés et affections" qu'ils avaient eues pour lui. La plupart des livres avaient été emportés par lui en Bourgogne; les caisses qui les contenaient furent renvoyées à Paris . Les scellés apposés sur les effets laissés au Séminaire ne furent levés que six ans plus tard, le 7 janvier 1675; l'inventaire qui en fut dressé mentionne : une malle carrée couverte de peau estimée 20 sols, contenant des vêtements usagés, du linge élimé et à demy usé valant ensemble 29 livres, deux paquets de livres et un paquet de manuscrits et de sermons, le tout prisé 24 livres, et un prie-Dieu en bois de chêne, estimé 30 sols .
Après tout ce que nous savons de l'activité, de l'ardeur et des vertus du premier Supérieur du Séminaire, son éloge n'est plus à faire. Cependant ses absences fréquentes et prolongées, alors que ses fonctions de Supérieur auraient dû lui imposer une résidence plus suivie, laissent supposer qu'il n'était plus en parfaite communion avec ses confrères, notamment avec Gazil qui, cinq mois après l'élection des trois officiers, note, avec semble-t-il une pointe de mélancolie : "Nous sommes, Monsieur Lambert et moy, consulteurs honoraires." Le 25 février 1669, le même Gazil écrira à Lambert de la Motte : "Vous aurez sçeu la mort de M. de Meur qui a esté le premier Supérieur. L'on l'avoit choisi pour cette charge à cause de ses talents et de sa grâce. Néantmoins il avoit eu de tout temps beaucoup d'aversion pour cet oeuvre et l'a répandue dans l'esprit de quelques uns de nos plus intimes amis."
Il n'est peut-être pas téméraire de supposer que Vincent de Meur, emportant en Bourgogne la majeure partie de ses meubles, marquait son intention de ne plus revenir au Séminaire. On s'explique alors que Pallu ait écrit le 2 décembre aux Directeurs : "Je crois que vous ne devés rien obmettre pour attirer Monsieur de Meurs et nos autres amis à Paris; je crois que le diable apprehende beaucoup nostre union, et que pour l'empescher il joue un personnage qui ne lui est pas fort agréable. Il sçait se servir de tous les moïens pour arriver à ses fins; il n'y a que l'humilité et la soumission d'esprit et de coeur où il ne trouve point de prise. C'est pourquoi j'estime que nous devons faire tous des prières extraordinaires pour obtenir de Dieu la fidélité dans notre voie, quelle qu'elle soit, sans nous départir jamais pour quoi que ce puisse être" .
Les divergences de vues entre Directeurs, pour regrettables qu'elles fussent, étaient cependant moins profondes que celles qui allaient opposer Monseigneur Pallu au Séminaire de Paris, au sujet du projet de la Congrégation apostolique que nous allons exposer.
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