| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
4 - CONGREGATION APOSTOLIQUE ET VOEUX |
| Article: |
5 |
GAZIL à ROME
Le 10 novembre Pallu était à Rome. Quelle ne sera pas sa surprise d'y être peu de jours après, rejoint par Gazil, mandaté par ses collègues, pour soutenir leur point de vue. En décembre 1657, il avait vu Lambert de la Motte lui apporter le concours de son habile ténacité. Cette fois, la venue de Gazil avait pour objet de s'opposer à ses desseins.
"Gazil, observe justement Launay, était le compatriote et l'ami particulier de Monseigneur Pallu; sous un air de bonhommie parfaite, il cachait un sens fin et aiguisé, une étonnante souplesse d'esprit, il jugeait les hommes très bien et très vite, les caractérisait de même et les maniait avec une rare dextérité."
Vachet note de son côté : "M. Gazil étoit l'un des hommes les plus éclairés de son siècle, sa vertu surpassoit encore sa science, car quoyqu'opposé aux desseins de M. d'Héliopolis il se logea avec lui et jamais il n'y eut entre eux aucune parolle d'altercation. Sans rien se cacher ils se communiquèrent mutuellement le succez de leurs negotiations et, ce qui faisoit un sensible plaisir au Pape et aux Cardinaux, estoit de voir si souvent ces hommes si opposez de sentiments venir ensemble comme les meilleurs amys du monde, solliciter à qui l'emporteroit sur la partie adverse."
Compte tenu de la fertile imagination de Vachet, il faut reconnaître que les deux amis tourangeaux, décidés à l'avance à s'incliner devant les décisions du Saint-Siège, usèrent l'un envers l'autre, de la plus entière loyauté.
Une commission de Cardinaux avait été désignée pour examiner les requêtes présentées l'année précédente. À l'égard du projet de Congrégation apostolique, ils soumirent la question à plusieurs consulteurs, dont les réponses nous sont parvenues, au moins quelques unes. Elles portent surtout sur l'esprit de l'interprétation des voeux que l'on se proposait d'émettre "le détachement complet de l'âme et de ses puissances, le renoncement absolu à leur libre usage ainsi qu'à toute jouissance qui peut venir d'une chose créée ou même des dons célestres, enfin et tant qu'il nous sera donné d'En-haut, une soumission entière à l'inspiration et à la direction du Saint-Esprit."
Le Père Michel-Ange Ricci, consulteur du Saint-Office et Secrétaire de la S. Congrégation des Indulgences, approuve les voeux, pourvu que leur transgression ne constitue une faute que dans les cas de pleine advertance. Il cite en exemple sainte Thérèse et la fondatrice de la Visitation sainte Jeanne-Françoise Frémiot de Chantal, qui avaient émis le voeu de ne faire que ce qui leur semblait le plus parfait.
Le P. Bona, Abbé général de Saint-Bernard aux Thermes, qui devait en cette année 1669 être promu au Cardinalat, adopte les conclusions du P. Ricci : les voeux ne contiennent rien de blâmable qui puisse être frappé de censure théologique, mais il ne croit pas qu'on doit conseiller à quelqu'un de les émettre; par ailleurs, l'Eglise ne peut approuver des voeux purement intérieurs, dont la transgression échapperait à toute sanction. Si de pareils voeux étaient émis, ils seraient valides, mais celà ne paraît pas expédient, parce qu'ils dépassent les forces ordinaires de l'homme. Il les admet seulement dans le cas où il serait prouvé qu'ils sont faits sous l'inspiration du Saint-Esprit, chose difficile à établir.
Le P. Dominique de la Sainte-Trinité, général de l'Ordre des Carmes et qualificateur du Saint-Office, adopte à peu près les mêmes conclusions. Sa consultation est du 5 avril 1669.
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