| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
4 - CONGREGATION APOSTOLIQUE ET VOEUX |
| Article: |
6 |
DÉCISION de la PROPAGANDE
Munie de ces avis motivés, la Sacrée Congrégation de la Propagande donna sa décision sous forme de décret.
Congrégation particulière tenue le 13 août 1669.
"L'Evêque de Berythe, Vicaire apostolique de la Chine, l'Evêque d'Héliopolis, Vicaire apostolique du Tonquin et d'autres Missionnaires de la Chine et de l'Inde orientale, ayant soumis au jugement de la Sacrée Congrégation les voeux émis par eux , cette même Congrégation, après audition de théologiens spécialement convoqués, a loué leur zèle et leur désir d'une perfection plus haute. Quant aux voeux eux-mêmes, (quoique l'on en puisse penser de chacun d'eux pris séparément et dans leurs rapports avec les personnes particulières) considérés dans leur ensemble et à l'égard de ceux qui sont destinés aux Missions, la Sacrée Congrégation a jugé, pour de justes raisons, qu'ils doivent être désapprouvés et déclarés nuls, et de fait les désapprouve et déclare nuls, et ordonne que ce décret soit observé par ceux qui les ont émis.
Le rapport ayant été fait à Notre Très Saint-Père par le Secrétaire de la Sacrée-Congrégation, Sa Sainteté a approuvé et confirmé la décision dans l'audience du 6 septembre 1669."
Par déférence pour Monseigneur Pallu, la décision ne fit pas l'objet d'un décret public qui aurait eu les apparences d'une condamnation; elle lui fut communiquée de vive voix.
Le 24 août, le Cardinal Barberini en informa par lettre Monseigneur Lambert de la Motte :
"Illustrissime et Révérendissime Seigneur,
Parmi les questions que l'Evêque d'Héliopolis a proposées à cette Sacrée-Congrégation, la moindre ne fut pas l'exposé complet et clair des voeux émis par Votre Grandeur et quelques uns de vos Missionnaires pour lesquels il demanda par de multiples instances, l'approbation de la Sacrée-Congrégation.
Les Eminentissimes Seigneurs, après mûre délibération sur un sujet de si grande importance, après avoir entendu les avis de très savants théologiens au service du Saint-Siège, ont décidé de rédiger la sentence qui a été communiquée à l'Evêque d'Héliopolis avec ordre d'en informer Votre Grandeur, pour que, dès qu'elle sera parvenue à votre connaissance, vous vous y conformiez entièrement.
Les Eminentissimes Seigneurs, sachant le zèle, la prudence, le respect envers le Saint-Siège dont vous êtes tous doués, espèrent que vous ne vous départirez pas de cette ligne de conduite et que votre obéissance sera prompte et joyeuse.
Je prie Dieu de vous accorder l'abondance de Ses Grâces."
Monseigneur Pallu montra en cette circonstance la simplicité de sa soumission. De son propre aveu, il ne croyait pas qu'on puisse davantage travailler et agir, qu'il ne l'avait fait pour la défense des voeux.
Au dire de Vachet, "M. d'Héliopolis, pour marque de sa prompte obéissance et d'une soumission entière, mangea dès le lendemain de la viande et but du vin, ce qui fit une joye extreme au Pape, aux Cardinaux, à M. Gazil et à ses bons amys de Paris."
Dans une lettre adressée de Paris, le 6 décembre 1669 à Lambert de la Motte, Pallu consacre tout juste trois lignes à la question :
"Les voeux ont esté extremement discutés, on les a tous consideres ensemble et à nostre esgard jugés nuls, et en tant que besoing est, on les annule."
Sur le chemin de retour au Siam, écrivant du Cap de Bonne-Espérance le 28 décembre 1670, à Deydier, il exprimera tout le fond de sa pensée :
"Il n'y a que l'ydée de nostre Congrégation apostolique qui n'a pu avoir aucun approbateur ny à Rome ny en France, quoyqu'elle aye esté veüe et examinée par plusieurs personnes de grand mérite, fort doctes, spirituelles et intérieures. Elle a esté absolument rejettée de la Sacrée Congrégation de la Propagation de la Foy, où tous nos voeux ont esté tous ensemble déclarés nuls et annullés par divers respects, sans néantmoins qu'on en aye voulu en noter aucun en particulier, tant pour nous mesnager que pour eviter le travail de la discussion qu'il en eust fallu faire.
"Quoiqu'il soit indubitable que la matiere des trois premiers, bien expliquée et entendue, et non pas comme porte la lettre qui a donné lieu à plusieurs explications fort esloignées de nos pensées, est d'une grande perfection, on n'en peut néantmoins jamais faire des voeux que dans des hypothèses fort rares, et nullement pour servir de fondement à une Congrégation publique.
"Pour les autres qui regardent les observances extérieures, on a cru, veu les modifications que j'y ay apportées, qu'ils ne doivent estre considérés que comme de bonnes resolutions; et encore que ce n'estoit nullement convenable à des Missionnaires apostoliques de former de telles resolutions, principalement en commun.
"Je ne crois pas qu'on puisse plus travailler et agir que j'ay fait pour la deffence de tous les voeux, cella m'a fait tort en France et a Rome. J'ay avec moy tout ce que j'ay escrit sur touttes ces matières, et tous les sentiments des plus doctes et spirituels qui soient à Rome, que j'ay consultés en particulier, et que j'ay dû depuis nommé au Pape pour leur commettre l'examen desdits voeux.
"Bref, il faut nous tenir à tout ce qui a esté resglé, sans donner liberté à nos esprits de faire la moindre reflexion sur le passé, demeurer dans l'estat et dans les dispositions où nous estions avant que de penser à faire tous ces voeux, tendre de touttes nos forces à la perfection, et nous employer entierement à la sanctification des peuples dont nous sommes chargés. Pour le surplus, taschons de vivre dans une grande indifférence, et dans une sainte liberté qui establisse nos âmes dans la paix, et qui les tienne soumises au Saint-Esprit, et qui les rende toujours susceptibles des plus purs mouvements de Sa Grâce.
"Cependant, mon tres cher Frere, il ne faut point regretter ce que nous avons fait dans ce rencontre, puisque nous avons agi simplement et sincérement, ne recherchant que Dieu seul et Sa Sainte Volonté dans la perfection de nostre estat. Je vous confesse, pour mon particulier, que je n'ai jamais esprouvé plus de grâce et de miséricorde, et une protection de Dieu plus sensible que depuis le moment que je me suis engagé dans ces voeux. A Dieu ne plaise que je veuille par là justifier nostre conduitte et maintenir ce qui a esté justement censuré. Je vois fort bien en quoi nous avons excedé, et ce qu'il y a à retenir et à rejetter. J'aimerois mieux mourir que de m'escarter d'un yota des bornes qui nous ont esté prescrites, et quand ce ne seroit que pour marquer le respect et l'obéissance que je dois et veux rendre toutte ma vie au Saint-Siège, et mesme aux Docteurs dont il luy plaist quelquefois de prendre les advis. Si je me sens jamais porté à me mortifier par l'observance des choses extérieures que nous avions vouées, j'affecteray toujours, au moins au dehors, de faire le contraire; non enim est regnum Dei esca et potus. Je vous envoye une copie de la censure de nos voeux et de la lettre de la Sacrée Congrégation escrit à Monseigneur de Berythe sur ce sujet."
Le refus du Saint-Siège d'autoriser le projet de Congrégation apostolique et les voeux qui en sont la base, suggère à Launay la très juste remarque que voici : "C'est à cet arrêt du Pape et de la Propagande qui une fois de plus affirmait son autorité sur les Missions-Etrangères, que la Société doit être restée ce qu'elle fut à son origine : une association de prêtres séculiers, réunis entre eux et consacrés aux Missions par l'acte unique et continuel d'une volonté libre".
Gazil n'était pas homme à triompher du succès de ses démarches. Écrivant le 27 janvier à Brindeau, il note simplement :
"Les causes de cette illusion viennent pour avoir manqué de discernement théologique, pour s'estre accoutumé de longue main à juger de toutes choses par l'inspiration intérieure et pour se plaire à ce qui est extraordinaire et singulier, ce qui estant rare peut causer de l'admiration, qu'il est doux d'estre admirable, puisque c'est posseder une excellence singulière. Saint Augustin dit : Amamus esse soli. Il y a eu aussy de bonne foy et d'un certain zele dont les personnes dévotes sont quelquefois saisies et presque transportées, de sorte que rien ne leur plaist s'il n'est hors du commun..."
Il ajoute, dans la même lettre : "La Congrégation des Cardinaux a fait examiner tout cecy et a voulu, pour l'honneur des Vicaires apostoliques, que tout fust ensevely dans un eternel silence."
Toutes les autres demandes de Monseigneur Pallu furent approuvées.
Les Instructions, rédigées au Siam en 1665, et qui seront plus tard désignées sous le titre de Monita ad Missionarioo furent, avec quelques légères corrections, imprimées aux frais de la S.C. de la Propagande. C'est du moins ce qui semble ressortir de ce passage d'une lettre de Pallu à Besard le 30 juillet 1669 : "On a ordonné qu'on me donneroit 150 exemplaires du livre de nos Instructions, qui est achevé d'imprimer."
L'année suivante, le prélat s'aperçoit en cours de route que le ballot contenant les Instructions pourrait bien avoir été égaré. Du Cap Vert, il mande à Gazil le 25 juin 1670 : "Je vous prie de nous en faire avoir de la Sacrée-Congrégation, ou de grâce ou par achat."
Le R.P. Bona les avait déclarées "remplies de l'esprit apostolique conformes à la foi orthodoxe et nécessaires aux prêtres occupés à la conversion des infidèles."
Quant à Gazil, il estime que les corrections apportées par la Propagande sont encore insuffisantes. "Le livre des Instructions dressées à Siam, écrit-il à Brindeau , a esté imprimé. L'on y a retranché beaucoup de choses qui decouvraient assez l'aigreur avec laquelle on a insere plusieurs choses pour noter certains Religieux avec qui on pouvait user d'une prudente dissimulation pour ne les pas aliener et effaroucher comme l'on a creu devoir faire. L'on a laissé encore bien des choses encore peu utiles et capables de produire de mauvais effets."
Ayant réglé les affaires les plus importantes, Pallu revint en France en septembre 1669, laissant à Gazil le soin de mener à bonne fin quelques questions restées en suspens. La mort de Clément IX, survenue le 9 décembre, y apporta de nouveaux retards, et Gazil ne rentrera à Paris que dans les premiers mois de 1671.
C'est pendant son absence que Bernard de Sainte-Thérèse décéda, le 10 avril 1669.
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