| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
5 - AUTOUR D'UNE SUCCESSION |
| Article: |
1 |
MORT de BERNARD de SAINTE THÉRÈSE
Depuis que le 27 octobre 1663, l'évêque de Babylone avait procédé à la bénédiction de la chapelle provisoire du Séminaire, il s'était retiré dans l'un des trois petits pavillons dont il s'était réservé la jouissance. Il vivait là avec trois personnes à son service : un chapelain, l'abbé Sylvestre Cazedeval, une gouvernante, demoiselle Luce Chérot et un laquais.
Par testament du 14 décembre 1663, il avait, entre autres clauses, confirmé le contrat de donation du 16 mars précédent.
On se rappelle que parmi les biens cédés figuraient "la maison et emplacement sis en la ville d'Hispahan, capitale de la Perse, consistante en trois corps de logis, dont l'un contient l'église et les deux autres les logements, avec deux grans jardins" que, le 18 août 1662, donc antérieurement au contrat de vente de ses biens, l'évêque de Babylone avait fait de ceux d'Hispahan une vente fictive au sieur des Rousseaux, bourgeois de Paris, lequel avait donné au sieur Lemaire, marchand à Amsterdam, une procuration pour en prendre possession.
Les acheteurs du 16 mars 1663 n'ignoraient pas la position aventurée des propriétés d'Hispahan ni les actes passés à leur sujet par Bernard de Sainte-Thérèse. La bonne foi de ce dernier a été mise en doute, notamment par Mgr Pallu qui, le 19 juin 1667, écrivait de Rome à Fermanel :"Mandés moi si vous seriez bien aise de rompre avec Monsieur de Babylone. La mauvaise foi dont il a esté, en alienant ce qu'il avoit promis, vous en donne ouverture. Voiés si vous ne devés pas vous indemniser, au moins en mettant en main neutre quelques années de sa pension, jusqu'a ce qu'on en ait nouvelle certaine de sa condition et quoyque je vous puisse assurer de sa liberté. Il me parle dans sa lettre de ses biens comme s'ils estoient encore en sa possession. Je me reserve au prochain ordinaire a luy faire reponse, je ne luy parleré point de cela, ce sera seullement un mot de civilité."
À la décharge de Bernard de Sainte-Thérèse, on remarquera qu'il fut constamment tourmenté par des embarras d'argent et plus d'une fois victime d'hommes d'affaires peu scrupuleux. À ces difficultés s'ajoutèrent ses démêlés avec son coadjuteur, Mgr Duchemin qui, nous le verrons plus loin contestait la légitimité du contrat de cession.
Les dernières années furent pénibles. Son médecin, Millelot, le venait voir assidument pour panser "ses playes et excoriations gangrenées en toutes les parties de son corps". Le 25 septembre 1668, il manda les notaires pour faire ajouter un codicille à son testament. Ils le trouvèrent "gisant au lict, malade de corps en une chambre au premier étage ayant vue sur la rue (de la Fresnaie), sain toutefois d'esprit, mémoire et entendement."
Le mercredi 10 avril, vers 10 heures du soir, il rendit le dernier soupir, assisté de Sylvestre Cazedeval son aumônier et du P. Anselme du Saint-Sacrement son confesseur.
Une demi-heure après le décès, à la requête de François Besard, directeur du Séminaire, Charles Gazon, enquêteur et examinateur au Châtelet de Paris, se présenta au domicile du défunt pour apposer les scellés sur les "coffres, armoires, bibliothèque et autres fermetures dans lesquels il peut y avoir des effects de la succession dudit deffunt."
Bernard de Sainte-Thérèse avait ordonné que "son corps soit enterré au couvent des RR. PP. Carmes deschaussez qui se trouvera ou qui sera le plus proche du lieu auquel il plaira à mon Dieu de m'appeller, auquel je veux que mondit corps, après avoir esté et reposé selon la saincte coutume de l'Eglise le temps ordinaire dans celle de la paroisse dudit lieu, soit porté."
La dépouille du prélat, mise dans un double cercueil de plomb et de bois de noyer , fut donc exposée dans l'église Saint-Sulpice, puis inhumée au couvent des Carmes de la rue de Vaugirard.
L'apposition des scellés le jour même du décès , et leur reconnaissance un mois plus tard donnèrent lieu à un double inventaire, grâce auquel il nous est donné d'assister à des revendications d'intérêts, parfois minimes, et de parcourir les diverses pièces du modeste logis d'un évêque du XVIIème siècle.
Me Gazon, assisté de Besard et Cazedeval, dut consacrer une partie de la nuit à la vérification et "description sommaire des meubles estant en evidence, et le tout mettre en bonne et sûre garde." Cela fait, il désigna comme gardiens des scellés Jean-Marie Odam, économe du Séminaire et demoiselle Luce Chérot, "lesquels s'en vont vollontairement chargés et promis le tout representer solidairement, comme depositaires de biens de justice."
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