| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
5 - AUTOUR D'UNE SUCCESSION |
| Article: |
4 |
MONSEIGNEUR PLACIDE DUCHEMIN
On sait peu de choses sur les premières années de Placide-Louis Duchemin. Né vers 1607, il entra dans l'Ordre des Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur. Il aurait un moment exercé les fonctions d'aumônier militaire en Catalogne. Entra-t-il à cette occasion en relations avec Bernard de Sainte-Thérèse qui, nous l'avons dit, fut envoyé en mission diplomatique dans cette province de 1647 à 1654. Ce n'est pas impossible. Il était prieur commendataire du prieuré de Charentenay, au diocèse de La Rochelle.
Le 30 mai 1661, Duchemin fut nommé évêque de Néocésarée et coadjuteur avec future succession de l'évêque de Babylone, fortement appuyé en l'occurence par Mgr de Marca, archevêque de Toulouse qui devait l'année suivante être promu à l'archevêché de Paris et mourut le jour même où il recevait ses Bulles d'institution.
La Propagande assigna au coadjuteur une pension de 300 écus sur les revenus de la dotation de l'évêché de Babylone, à la condition de résider en Perse. Sacré à Rome en l'église Saint-Louis des Français par le cardinal Antoine Barberini, il revint en France à l'automne de 1661.
En 1663, il essaya sans succès de détourner Bernard de Sainte-Thérèse de ses projets de cession, et lorsque les actes en eurent été établis, il protesta contre leur légitimité, assurant que les propriétés d'Ispahan étaient bien ecclésiastique, donc inaliénables, et étendant ses prétentions sur le Séminaire de Paris à cause de la clause du contrat stipulant un droit de préférence sur la Perse.
Le 26 juillet 1666, il proposa aux Directeurs une transaction sous le titre de "Projet d'articles d'accomodement entre Monsieur l'évêque de Néocésarée, coadjuteur avec future succession de Monseigneur l'évesque de Babylone et d'Ispahan, et Messieurs Gazil, Poictevin et leurs associés ."
Des 22 points de ce long mémoire, nous ne citerons que l'article 7.
"M. l'eveque de Neocesarée, coadjuteur avec future succession de M. l'evesque de Babylone et ses successeurs françois audit evesché de Babylone, MM. les evesques d'Héliopolis, de Berithe et de Metellopolis et leurs successeurs les evesques françois aux Missions de la Chine, du Tonquin, de la Cochinchine, et tous les autres evesques françois qui seront institués dans les pays estrangers pour la conversion des infidelles, seront les chefs et les Supérieurs dudit Séminaire. Ils en auront toujours la supériorité et la conduite avec le droit et l'authorité d'y demeurer, s'ils l'ont agreable, pendant qu'ils séjournent à Paris, et d'y faire demeurer avec eux lorsqu'ils y seront presents et en leur absence, outre leurs domestiques, au moins deux prestres qui seront leurs vicaires generaux et leurs agents audit Seminaire, lequel sera des a present et a toujours le seminaire de tous les seigneurs evesques et sera pour cet effet appelle doresnavant et a perpetuité Le Seminaire ecclésiastique de Monsieur l'evesque de Babylone et de tous Messieurs les evesques françois institués par Nostre St Père le Pape dans les pays estrangers pour la conversion des Infideles, et sera dedié à la tres sainte et tres sacrée Vierge Marie Mere de Dieu, Reyne des Anges et des hommes sous l'invocation de Notre-Dame des Gentils.
"Et on mettra au premier jour une inscription sur la principale porte dudit Seminaire, qui sera conceuë en susdits termes, ce qui n'empeschera pas que si lesdits seigneurs evesques ou leurs vicaires généraux et leur conseil de leur dit seminaire juge à propos de vendre ou eschanger les maisons susdites où sera presentement ledit seminaire, qu'ils ne le puissent faire pour l'establir ailleurs, ou dans Paris ou en un lieu plus commode."
Les directeurs du Séminaire ne pouvaient, bien entendu, donner suite à de pareilles propositions. Bernard de Sainte-Thérèse lui-même n'entrait nullement dans les vues de son coadjuteur : peu de jours avant sa mort, il donnera par acte notarié en date du 23 février 1669 aux directeurs du Séminaire, les arrérages des revenus qui lui sont dûs "par la S.C. de la Propagande ou par les Monts-de-Piété où l'on a placé à rente les deniers de la dotation de l'évêché" ; donation purement illusoire d'ailleurs, la Propagande gardant ces arrérages sous sequestre et ne voulant les verser qu'à un évêque résidant effectivement en Perse.
L'opposition de Duchemin s'affirma de nouveau après la mort de Bernard de Sainte-Thérèse. N'ayant aucune chance de faire admettre ses réclamations en France, il se rendit à Rome pour porter son cas devant la Sacrée Congrégation. Mgr Pallu et Gazil surveillaient ses démarches, sans toutefois trop les heurter de front, car les cardinaux de la Propagande, surtout Piccolomini , semblaient admettre le bien fondé d'une partie des revendications.
Le 23 juillet 1669, Pallu écrit à Besard : "Quoique nous fassions pour faire conoistre a Monseigneur de Babylone que nous n'avons aucune aversion de sa personne, nous nous donnerons de garde neantmoins de nous trop engager avec luy, surtout s'il nous propose de venir loger au Séminaire à son retour, à quoi il ne faut aucunement donner les mains, quand ce ne serait que pour quelques mois. Nous conoissons son esprit, ses intentions nous sont suspectes. Il n'est point capable de nos conduites; le seul désir que nous devons avoir de bien vivre avec luy nous oblige à vivre toujours séparés de demeure, autrement je n'apprehende rien moins que la ruine totale du Séminaire."
Quant à Gazil, il écrivait le 13 janvier 1669, Duchemin étant encore à Paris : "Il nous donnera bien de l'exercice; ce qui doit nous consoler, c'est bien qu'il nous reste encore un normand, et mesme de Rouen, à luy opposer."
À Rome, Gazil s'ingéniera à défendre de son mieux les intérêts du Séminaire. Sentant bien qu'il sera difficile de garder les propriétés d'Ispahan, il suggère à ses confrères de Paris de consentir à les rétrocéder, mais à une double condition : c'est que l'on n'aura pas à rembourser les sommes déjà reçues pour vente de meubles, et que les évêques de Babylone n'auront rien à prétendre sur les maisons de Paris."
Dans une lettre du 27 septembre 1669 , il expose toute la question avec assez d'ampleur. Il rappelle d'abord que "Messieurs de la Propagation de la foy ont toujours regardé l'aliénation des biens immeubles d'Ispahan comme une vraie aliénation d'un bien ecclésiastique" ce qu'ils ont supporté "avec bien de l'impatience". Il relate ensuite une conversation qu'il a eue avec le Secrétaire Mgr Baldeschi. .
... "M. le Secrétaire me dit qu'il croyait que nous avions grand tort d'avoir traité avec M. l'évêque de Babylone, non seulement des biens d'Ispahan, que nous ne pouvions ignorer être des biens ecclésiastiques, puisque l'inventaire qui nous fut mis en main le déclarait assez, mais aussi de ceux de Paris, puisque dès le moment de cette aliénation et vendition sacrilège de ces biens ecclésiastiques d'Ispahan, les autres biens de M. l'évêque de Babylone demeuraient hypothéqués et engagés à restituer ces biens injustement aliénés, et que l'Eglise de Babylone, dépouillée par M. Bernard de Sainte-Thérèse a droit d'être dédommagée par tous ces autres biens, et par conséquent qu'il n'était pas honnête à nous d'en avoir traité..."
"Il est vrai, répondit Gazil, que les biens de M. de Babylone devaient répondre de l'injuste aliénation par lui faite," mais il faudrait pour cela qu'il y eut une hypothèque spéciale.
- "Non pas, dit le Secrétaire, les biens ecclésiastiques sont "comme des dots de femme, que les biens du mari doivent indemniser, sans autre hypothèque spéciale."
Gazil fit alors observer que la Sacrée Congrégation n'avait communiqué aucune preuve que les biens d'Ispahan fussent un bien ecclésiastique.
- Il suffisait de "montrer que c'est une église, qu'il y a un autel et qu'elle est telle par son institution", comme un curé n'a qu'à montrer son clocher pour prouver son droit de percevoir les dîmes. La Sacrée Congrégation, poursuivit-il, "désirerait que nous entrassions en quelque accomodement, pour contribuer notre part au recouvrement de ces biens aliénés, sinon de tous, du moins en partie, comme serait encore de donner deux mille livres pour acheter une nouvelle maison en cas que l'on ne pût recouvrer l'ancienne, et que la S. Congrégation ferait le reste, à quoi elle désirait employer tous les revenant bons des revenus provenant du sequestre de feu M. l'evêque de Babylone."
"Je représentai à M. le Secrétaire, dit Gazil, que nous n'avions point profité de la donation de feu M. l'evêque de Babylone, qu'elle nous avait été très onéreuse, que nous lui avions payé six mille écus de pension, outre plus de dix mille livres de réparations, et une autre pension de mille livres qui reste à payer avec d'autres charges et que toutes les maisons de Paris à nous données, ne valaient pas quarante mille livres. Je lui dis encore qu'il restait des biens de la succession de feu M. l'evêque de Babylone, qu'on y pourrait avoir recours."
"Il me répartit que la S. Congrégation ne voudrait pas aller plaider en France, mais puisqu'elle savait que nous voulions bien vivre avec elle et être dans sa bonne correspondance, que nous devions consentir à faire quelque justice à cette pauvre église dépouillée, et seconder le zèle qu'elle a de la rétablir."
Quant à la question des meubles, Baldeschi déclara que la S. Congrégation s'en désintéresserait et qu'elle ne cherchait qu'à recouvrer la maison et l'église.
Gazil mit fin à l'entretien en disant qu'il n'avait aucun pouvoir et qu'il en écrirait à ses confrères de Paris.
Si la Sacrée Congrégation considérait les immeubles d'Ispahan comme faisant partie de la mense épiscopale de l'évêché de Babylone, ce n'était certes point par sympathie pour Mgr Duchemin, dont les réclamations intempestives n'eurent d'autre effet que d'indisposer davantage contre lui la cour romaine. "Il est à plaindre, note Gazil en 1670, et trouve ici le ciel d'airain et la terre de bronze."
En 1675 un coadjuteur lui fut donné en la personne de François Picquet, ancien consul de France à Alep. Le premier successeur de Bernard de Sainte-Thérèse mourut à Paris le 7 novembre 1682.
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