| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
7 - CONSTRUCTION DE LA CHAPELLE |
| Article: |
2 |
MORT de la DUCHESSE D'AIGUILLON (1675)
C'est une bienfaitrice insigne qui, sous le supériorat de Fermanel, alla recevoir au ciel la récompense d'une vie si abondante en bonnes oeuvres.
Marie-Madeleine de Wignerod de Pontcourlay, marquise de Combalet, duchesse d'Aiguillon, pair de France, naquit en 1604 au château de Glénay, près de Bressuire, dans le bocage vendéen. Elle était fille de René de Wignerod, seigneur de Pontcourlay, gentilhomme de la chambre de Henri IV, et de Françoise de Richelieu, soeur aînée du cardinal.
À 12 ans elle perdit sa mère et fut confiée à sa grand-mère qui ne tarda pas elle même à mourir.
Le cardinal, devenu son tuteur, après avoir fait rompre ses fiançailles avec M. de Béthune, la donna en mariage, contre son inclination, à M. de Combalet, neveu du duc de Luynes; la cérémonie eut lieu le 26 novembre 1620, dans la chambre de la Reine. La jeune marquise fut attachée à la Cour de la reine-mère Marie de Médicis. Six mois après, son mari trouvait la mort au siège de Montpellier, contre les huguenots.
Madame de Combalet se retira au Carmel de la rue Saint-Jacques; l'année suivante elle reçut l'habit des mains du P. de Bérulle. Son noviciat terminé elle demanda à être reçue au nombre des religieuses. Mais le P. de Bérulle et la prieure refusèrent, objectant la faiblesse de sa santé. La raison principale était l'opposition du cardinal de Richelieu devenu tout puissant et qui voulait garder sa nièce près de lui. Il la fit nommer dame d'atours de Marie de Médicis.
De nombreux prétendants se présentèrent, y compris M. de Béthune son ancien fiancé. Elle les refusa et manifesta le désir d'entrer de nouveau au Carmel. Cette fois on fit intervenir le Pape qui lui refusa l'autorisation.
Madame de Combalet fut comblée par son oncle d'honneurs et de richesses.
Le 1er janvier 1638, il lui fit conférer le titre de duchesse d'Aiguillon et pair de France.
À partir de cette époque on la verra prendre part à toutes les oeuvres de bienfaisance de la capitale et des provinces. Elle s'associe aux Dames de Charité de la paroisse Saint-Sulpice, fort décriée. Saint Vincent de Paul, on le sait, était l'âme de ces associations : elle l'aida à fonder à Paris le collège des Bons-Enfants, à Rome la maison des Lazaristes. Elle favorisa la création de la Société de Notre-Dame de Montréal, qui avait à sa tête M. Olier, et c'est elle qui le détermina à accepter la cure de Saint-Sulpice.
Après la mort du cardinal (décembre 1642) la duchesse se fixa à l'hôtel du Petit Luxembourg, rue de Vaugirard, et n'eut plus dès lors d'autres soucis que d'employer son crédit et les richesses que lui laissait son oncle à des fins charitables.
Bornons-nous à rappeler ses libéralités envers la Société naissante des Missions-Etrangères. Dès 1653, elle promet son concours pour subvenir aux frais de l'envoi de missionnaires au Tonkin et en Cochinchine.
En 1658, elle s'est engagée par acte notarié à fournir chaque année une rente de 600 livres à Mgr Pallu et une autre de la même somme à Mgr Lambert de la Motte . L'acte est confirmé, en ce qui concerne Mgr Pallu en 1664 par un autre acte qui assigne la rente sur la terre et seigneurie de Pontoise .
En 1663, on l'a vu plus haut, elle souscrit 300 livres pour la pension à payer à l'évêque de Babylone.
En 1674, elle verse à Fermanel, supérieur, Besard et Gazil, directeurs, 12.000 livres qui produiront 600 livres de rente annuelle et seront versés par leurs soins à Mgr Pallu et à ses successeurs, à la condition qu'ils soient français de naissance, qu'ils aient été présentés au Saint-Siège par les directeurs du Séminaire, qu'ils gardent une entière correspondance avec le Séminaire et choisissent un ou plusieurs directeurs qui soient leurs procureurs. Les directeurs ne sont responsables que devant l'archevêque de Paris, et pourvu qu'il soit justifié de l'emploi de la somme par leurs livres de comptes, ils sont déchargés de tous les risques et périls de mer et de terre pour l'envoi de la rente aux évêques.
La duchesse d'Aiguillon mourut le 7 avril 1675 . Le 13 mai suivant son éloge funèbre fut prononcé dans la chapelle du Séminaire par Jacques Charles de Brisacier .
Voici la traduction du Bref que le Pape Alexandre VII adressa en 1658 à la duchesse d'Aiguillon :
"Madame, notre chère fille en Jésus-Christ.
Salut et bénédiction apostolique. Entre les actions illustres de charité auxquelles Votre Excellence s'applique de tout son coeur, on peut croire avec justice que la plus relevée et préférable à toutes les autres est ce soin ardent et continuel que vous prenez de favoriser avec autant de piété que de générosité les missionnaires apostoliques qui s'emploient pour la propagation de la foi dans les pays les plus éloignés.
La connaissance qui nous est venue de toutes ces choses par la renommée nous comble d'une si singulière affection pour de si excellentes vertus, que nous avons voulu vous le témoigner par nos lettres et vous donner avec affection notre bénédiction apostolique.
Donné à Rome, à Sainte Marie-Majeure, sous l'anneau du pêcheur, le 30 septembre 1658, l'an IV de notre pontificat."
<< Retour page précédente
|