| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
8 - Les AMBASSADES SIAMOISES |
| Article: |
4 |
SÉJOUR à PARIS
Un logement avait été préparé à l'hôtel de Taranne : salon, chambres élégamment meublées et un nombreux personnel domestique.
La Cour royale était à Fontainebleau. Vachet s'y rendit pour voir M. de Seignelay et M. de Croissy son oncle, ministre des Affaires Étrangères. Avec le premier il fallut d'abord résoudre le doute répandu par les Hollandais sur la réalité de la première ambassade. Vachet fit à M. de Seignelay une réponse péremptoire : "Puisque, lui dit-il, en votre qualité de Secrétaire d'Etat à la Marine, vous êtes à la tête de la Compagnie royale des Indes, demandez à voir les livres des dépenses qu'on a faites à Bantam pendant le séjour des ambassadeurs; interrogez le chef de l'agence de la Compagnie, il s'appelle Guilhem , et il est actuellement à Paris à l'auberge du Lion... Il vous dira comme il les a embarqués sur le navire "le Soleil d'Orient" pour la France... De plus la même Compagnie a reçu des nouvelles des affaires qu'elle entretient dans l'île de Bourbon, que les ambassadeurs y ont mis pied à terre et qu'ils se sont rafraîchis durant plusieurs semaines, et qu'on les a vus partir faisant la route du Cap de Bonne-Espérance; que si, par une tempête furieuse ils ont fait naufrage et qu'on n'a plus ouï parler d'eux, la faute en doit-elle être imputée au roi du Siam ?"
Vachet eut à Versailles une audience du Roi et une conversation avec le P. de la Chaise.
À l'hôtel de Taranne, il y eut toujours table ouverte pour douze personnes; on invitait des princes, ducs, Maréchaux de France, des évêques, des abbés. Les dames étaient admises à venir pendant les repas pour voir manger les Siamois. Mais tout cela n'était guère de leur goût et souvent ils refusaient, à l'heure du dîner, de sortir de leurs chambres. "Je sais bien qu'à ce sujet-là j'ai été plusieurs fois en grosse colère, leurs excuses n'étaient autres que des brutalités, alléguant pour prétexte que le Roi de Siam ne leur avait pas ordonné de se trouver dans les compagnies."
On crut leur être agréable en leur proposant un voyage dans les Flandres; ils cherchèrent tant d'anicroches qu'on se vit obligé d'y renoncer.
Ils n'étaient pas davantage empressés à visiter les curiosités de la capitale et des environs. "Oh ! que ces gens-là sont propres à faire des fainéants ! Je présume qu'il n'y a pas tant de difficultés à entrer chez les Capucins qu'à les faire sortir de leurs chambres."
Les audiences où ils furent présentés aux ministres de Seignelay et de Croissy se déroulèrent sans incident. Il fut convenu qu'on les placerait sur le passage du roi et qu'ils auraient l'honneur d'assister à son dîner, deux faveurs très appréciées dans le monde des courtisans.
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