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Publication : MISSIONS ÉTRANGÈRES 1663-1700

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 8 - Les AMBASSADES SIAMOISES
Article: 10

RÉCEPTION au SÉMINAIRE

Le 10 décembre une réception fut organisée au Séminaire. M. de Brisacier, dans une lettre à Fermanel, alors à Rome, se plaît avec une évidente satisfaction, à en conter les détails :
16 décembre 1686

"Mardy dernier, MM les ambassadeurs nous rendirent une visite de cerémonie le soir. Je les complimentay en français, M. de la Noe en hébreu, M. Pocquet en grec, M. Thiberge en latin et M. de Lionne en siamois; vous trouverez icy tous nos compliments, scavoir celui de M. Thiberge et le mien dans la même langue qu'ils ont esté prononcez et les trois autres traduits en français.
Mrs le duc-évêque de Laon , le marquis de Coeuvres , d'Aligre, l'abbé Pelletier, l'abbé de Nesmond, de Lagny, Céberet, Soullet, Desvieux, Lefebvre nostre ancien missionnaire et agent de Rome; les Pères Couplet et Spinola estoient presents, et ce se passa fort bien, grâces à Dieu.
Dès que le premier ambassadeur eut répondu, ce qu'il fit fort obligeamment, le maistre d'hôtel de Mme de Nesmond nous vint avertir que la table estoit servie : on l'avoit mise à un bout du refectoire après avoir osté toutes nos tables ordinaires. Le lieu estoit eclaire de bougies et l'autre bout du refectoire estoit préparé pour le buffet. Ce repas fut servi avec toute la propreté, toute la magnificence et toute la tranquillité possibles. Mme de Miramion en a fait la depense qui, selon le sentiment des personnes entendues ira bien à soixante ou quatre vingt pistoles, et nous eusmes toute la vaisselle, tout le linge, et tous les officiers de M. de Nesmond. Il y eut assurément un fort grand ordre; pendant que les maistres mangeoient dans le refectoire, nous fismes manger dans le petit à une table séparée dont nous prismes soin, les deux interprètes, les deux secrétaires et le chinois du Père Couplet.
Dès qu'on fut sorti de table, on prit de quoy donner à souper aux valets des ambassadeurs et aux deux suisses de leur hostel qui estoient venus garder nostre porte; et lorsque la compagnie s'en fut allée, environ vers les huit heures et demie, Mme de Miramion ayant ordonné qu'on ne reportast rien chez elle, nous nous mismes autour de la table des ambassadeurs, avec trois de nos amis de la maison de Sorbonne et il est resta encore assez après nous pour (faire) souper nos gens du Séminaire et les officiers de l'hostel de Nesmond qui estoient au nombre de quinze ou vingt, car outre les laquais de coutume qui servoient à table et les cuisiniers du rosti qui s'étoient mis dans nostre petite salle pres de la porterie, et les cuisiniers du ragoust et les patissiers qui avoient pris nostre cuisine ordinaire, et les sommeliers qui s'estoient postés pour le fruit dans nostre salle du poële, il y avoit encore quatre ou cinq valets de chambre fort bien faits qui avoient soin des trois ambassadeurs, de M. de Laon et de M. le marquis de Coeuvres, et tout ce monde estoit soubz la conduite d'un maistre d'hôtel qui, par son honnesteté, en inspirait à tous les autres. Cette honnesteté fut si grande que lorsque nous fusmes à table, les mesmes personnes qui avoient servi les ambassadeurs nous servirent aussy d'eux-mesmes sans qu'on pust les en empescher.
Tout estoit fini à dix heures et demie, la vaisselle d'argent estoit mesme lavée et portée dans ma chambre, de sorte que tous les gens de l'hostel de Nesmond furent rendus chez eux à onze heures.
M. le marquis de Coeuvres me dit en voyant le repas, qui estoit une collation lardée, qu'il y avoit beaucoup de l'air et de la délicatesse de ceux de Versailles. On leva deux fois devant les Ambassadeurs seulement quelques plats pour leur en servir d'autres par distinction, comme on fait chez le Roy quand il traite quelqu'un qu'il veut honorer.





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