| Auteur: |
Henri Sy |
| Chapitre: |
8 - Les AMBASSADES SIAMOISES |
| Article: |
11 |
ANTOINE PINTO
Ce jeune séminariste, acolyte âgé de 20 ans qui, au jugement de M. de Brisacier, avait "de l'esprit, de l'étude, de la douceur et tout ce qui forme un bon ecclésiastique", avait l'année précédente, à Ajuthia le 3 novembre 1685, soutenu devant les membres de l'ambassade française une thèse de théologie. On y avait invité les religieux dominicains, augustins, franciscains et jésuites.
"Le Père prieur dominicain qui était, raconte Vachet, meilleur philosophe que théologien, entama, le premier de tous les religieux, un argument qu'il adressa au répondant siamois qu'il prétendait embarrasser. Les trois premiers arguments se passèrent de la manière ordinaire, mais le quatrième finit la dispute, car M. Antoine le rétorqua avec tant de présence d'esprit et des raisons si pressantes que le jacobin avoua de bonne foi qu'il ne croyait pas avoir affaire à un si habile théologien."
À Paris les directeurs du Séminaire voulurent vérifier si la science théologique d'Antoine Pinto correspondait à la réputation qu'on lui avait faite. Après un premier examen, ils n'hésitèrent pas à le présenter aux plus réputés des docteurs de Sorbonne pour l'interroger et voir si on le trouverait capable de soutenir une thèse publique. Pendant plus de deux heures ils le questionnèrent sur les traités les plus difficiles et les plus embarrassants, surtout celui de l'Incarnation. Ils en furent si satisfaits qu'ils écrivirent à messieurs du Séminaire qu'on pouvait hardiment produire ce jeune homme et que la Sorbonne s'en ferait un honneur. La thèse dédiée au roi, fut soutenue en séance publique le 30 décembre 1686.
"Tout Paris y accourut, écrit Vachet, les prélats y assistèrent en grand nombre et nous avouèrent qu'on ne pouvait pas mieux satisfaire que ce Siamois venait de s'en acquitter."
L'éloge de M. de Brisacier est moins enthousiaste : "l'acte, dans le fond, s'est heureusement fait, M. Antoine Pinto y a fort bien répondu".
Le 31 décembre, autre soutenance de thèse à l'église Notre-Dame dans la salle de l'officialité.
Antoine Pinto fut par la suite envoyé à Rome au collège de la Propagande. Il argumenta devant le Pape, les cardinaux et les prélats romains. Ordonné prêtre, il retourna au Siam en 1695 et mourut en 1696.
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