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Publication : MISSIONS ÉTRANGÈRES 1663-1700

Auteur: Henri Sy
Chapitre: 9 - PERSONNEL du SEMINAIRE - REGLEMENT
Article: 1

Les DIRECTEURS

Le corps des directeurs forme l'armature principale de la maison. On ne les confondra pas avec les procureurs des Vicaires apostoliques, bien que, au début surtout, les mêmes personnes remplissent les deux fonctions. Si les procureurs doivent être accrédités par les Vicaires apostoliques qui les constituent leurs mandataires, les directeurs, par contre, sont nommés sans intervention des évêques. Cette distinction n'a pas été suffisamment établie par Launay qui donne une liste unique , comprenant, de 1663 à 1694, 24 noms. Nous la transcrivons ci-dessous, en marquant l'année de leur agrégation.
1. Michel GAZIL 1663 4. Luc FERMANEL 1664
2. Armand POITEVIN 1663 5. François BESARD 1664
3. Vincent de MEUR 1664 6. Nicolas LAMBERT 1664
7. Laurent de BRISACIER 1668 16. Pierre DUCHESNE 1677
8. Louis HERISSON-DESPORTES 1670 17. Etienne PALLU 1679
9. Alexandre DUFRESNE 1670 18. Charles SEVIN 1680
10. Robert d'EU 1670 19. Louis TIBERGE 1681
11. Antoine CORNET 1670 20. Jean DUDOUYT 1681
12. Louis BARAT 1673 21. Louis MILON 1688
13. J.Ch. de BRISACIER, vers 1675 22. Salomon PRIOUX 1690
14. Pierre CHOMEL 1676 23. LE FEUVE 1690
15. Pierre de PONS 1677 24. Henri-Jean TREMBLAY 1694

Nous avons déjà signalé les plus marquants; quelques autres méritent une mention spéciale :
Pierre CHOMEL, associé vers 1676 à la direction du Séminaire. Mgr. Pallu lui écrit le 16 février 1678 pour le remercier d'avoir accepté cette charge.
Launay hésite à l'identifier avec Pierre Chomel, Visiteur général et perpétuel des Carmélites de France, mort à Paris le 18 mars 1681, lequel fit le 2 janvier 1676 une donation de 1.492 livres de rente, avec réserve d'usufruit sa vie durant, "pour subvenir à l'entretien et subsistance de deux ecclésiastiques missionnaires dans les Missions des Evesques françois en pays estrangers."
Par le fait que Pallu, dans la lettre précitée, marque à M. Chomel "l'estime que je fais de votre personne et ma recognoissance pour le don que vous faites de vous-même après nous avoir enrichis de vos biens", il semble bien qu'il s'agit là du même personnage.

Pierre de PONS, docteur en théologie, abbé de Sainte Marie-Madeleine de Lacroix, était pensionnaire du Séminaire lorsqu'il fonda cinq bourses en faveur d'ecclésiastiques destinés aux Missions. Peu après, il fut admis au nombre des directeurs et le 19 mars 1680 fonda sept nouvelles bourses. Les cinq premières l'avaient été en l'honneur des cinq plaies de Notre-Seigneur, les sept autres en souvenir des sept paroles de Jésus en croix, pour atteindre le nombre de douze qui est celui des douze apôtres. Il avait formé le projet, qui ne fut pas exécuté, d'acquérir une maison à Rome, pour les Missions.

Pierre-Joseph DUCHESNE, de Périgueux, reçu directeur vers 1677, partit en 1678 pour la Mission du Siam. Mgr Pallu le considérait comme son successeur éventuel; il en fit la proposition à Rome le 3 septembre 1680 , écrivant de lui : "C'est un docteur de Sorbonne de très grand mérite, homme de qualité, riche, très sage, fort entendu dans nos affaires et capable de gouvernement."
En 1682, il est nommé par le Séminaire de Paris supérieur du Collège général, et par Rome évêque de Bérythe. Son état de santé ne lui permettant pas d'accepter l'une ou l'autre de ces charges, il écrivit en 1684 au Pape pour refuser l'épiscopat. Le Saint-Siège passa outre, lui ordonnant de se faire sacrer, mais quand la lettre parvint au Siam, Duchesne était mort depuis quelque temps, le 17 juin 1684.

Etienne PALLU, neveu de l'évêque d'Héliopolis, avait rempli les fonctions de procureur à Rome de 1674 à 1677. Reçu directeur du Séminaire en 1679, il partit en 1686 pour le Siam où il devait diriger le Collège. À peine arrivé, il y mourut en 1687.

Charles SEVIN appartenait à une famille parisienne de magistrats et de militaires. Engagé pendant quelque temps dans le corps nouvellement créé des Mousquetaires du Roy, il se retira près de son oncle évêque de Cahors qui lui accorda un canonicat et l'ordonna prêtre. Charles Sevin partit en 1670 avec Mgr Pallu qui, en cours de route l'envoya de Surate à Rome pour traiter les affaires des Missions. En 1674, il repart pour le Siam où il est de nouveau envoyé à Rome; il y gère les affaires de la procure jusqu'en 1680. Reçu à cette époque directeur du Séminaire, il ira pour la troisième fois résider à Rome de 1681 à 1683.
En 1689 il fut élu second assistant et procureur de la maison. Son mandat venait de lui être renouvelé en 1694 lorsque le 3 août de la même année, le Supérieur et les directeurs crurent "devoir exclure du nombre des directeurs du Séminaire des Missions-Etrangères de Paris et procureurs de nos Missions, Messire Charles Sevin, et en conséquence de ne plus l'appeler désormais à aucune de nos Assemblées, le déclarer incapable de toutes les charges de la maison et le priver des droits de signer aucun des actes tant dudit Séminaire que des dites Missions."
Des crises de neurasthénie, jointes à des dissentiments assez graves entre lui et ses confrères avaient motivé la sentence d'exclusion. Sevin se retira à Paris au Séminaire Saint-François de Sales; il y mourut le 20 janvier 1707.

Louis TIBERGE était né aux Andelys, au diocèse de Rouen (act. diocèse d'Evreux). Second assistant de 1681 à 1683, premier assistant de 1689 à 1694, supérieur de 1694 à 1700.
Sous son supériorat, le Séminaire prit position sur la question des Rites chinois. Tiberge fut un des rédacteurs du projet de règlement général connu sous le nom de règlement de 1700.
L'oraison funèbre de Melle de Bouillon, prononcée en 1683, avait fait à Tiberge une réputation d'orateur. L'année suivante, il fut appelé à la Cour pour prêcher la Passion le Jeudi-Saint. Lorsque Madame de Maintenon fonda, en 1685, la Maison de Saint-Cyr pour les jeunes filles nobles mais dépourvues de fortune, Tiberge fut fréquemment consulté ainsi que Godet des Marais, évêque de Chartres, et Ch. de Brisacier. On relève dans les Mémoires sur Mme de Maintenon, recueillies par les Dames de Saint-Cyr , les lignes suivantes :
"MM. de Brisacier et Tiberge venaient assez souvent, non seulement pour le bien des consciences, mais aussi pour travailler à de nouvelles constitutions; on ne trouvait pas celles de Mme de Brinon ni assez parfaites ni assez bien faites. M. Tiberge fut particulièrement chargé de ce travail, et pour y mieux réussir il alla à Chartres quelque temps pour y être plus tranquille et à portée de communiquer son ouvrage à Monseigneur l'évêque de Chartres. Il revint à Paris le continuer et vit les Règles et Constitutions de plusieurs Ordres dont il prit ce qui lui parut bon et convenable à cet Institut. Il venait souvent consulter Mme de Maintenon, il en conférait avec Mgr l'évêque de Chartres lorsqu'il était à Paris ou à Saint-Cyr, et selon les résolutions qui étaient prises dans ces communications, il composa le livre de nos Constitutions, qui a été revu et corrigé bien des fois, en plusieurs années, avant de nous le donner tel qu'il est aujourd'hui."
Citons encore un passage d'une lettre où Ch. de Brisacier relate une visite faite en compagnie de Tiberge le 20 janvier 1697 :
"Nous étions hier à Saint-Cyr où Madame de Maintenon nous avait invités à nous trouver avec Mgr l'évêque de Chartres pour y recevoir Mgr le Nonce que nous promenâmes dans toute la maison et qui parut fort édifié du chant et de la modestie des Dames et des Demoiselles à Vêpres. Dans l'entretien qu'il eut avec Mme de Maintenon, elle lui parla fort avantageusement de notre oeuvre et de ceux qui la conduisent, et surtout de Mr notre Supérieur qu'elle dit avoir la meilleure part dans le bon ordre de Saint-Cyr."
Les religieuses de Saint-Cyr étaient les Dames de Saint-Louis. Pour les former, Madame de Maintenon avait obtenu du P. Barré, fondateur en 1662 de l'Institut des Maîtresses charitables du Saint Enfant-Jésus, dites Dames de Saint-Maur , qu'il envoyât à Saint-Cyr douze de ses filles; elles y restèrent huit ans.
En même temps qu'il donnait ses soins à la Maison de Saint-Cyr, ce qui l'obligeait à de fréquents déplacements, Tiberge s'occupait avec sollicitude du couvent tout proche des Dames de Saint-Maur. Deux de ses soeurs y avaient pris l'habit religieux; l'une d'elles, Mère Tiberge se vit confier la charge de supérieure générale de 1710 à 1716. Lui-même en fut le supérieur ecclésiastique de 1699 à 1730. Depuis lors et jusqu'en 1823, les supérieurs ecclésiastiques furent toujours choisis parmi les directeurs du Séminaire.
Tiberge et de Brisacier vécurent toujours dans l'entente la plus parfaite. "La Gallia Christiana" ne leur ménage pas ses éloges , reconnaissant à de Brisacier la maturité de l'esprit, la facilité d'élocution aussi bien dans le ministère de la prédication que dans les conversations privées, la maîtrise dans la direction spirituelle des âmes.
Pour Tiberge, ses sermons, ses lettres, ses oraisons funèbres, ses ouvrages de piété, et ses écrits sur les Rites chinois portent la marque de son érudition, de la finesse et pénétration de son esprit.
Et tous deux, par leur refus constant des évêchés qui leur furent proposés jugèrent qu'ils rendraient plus de service à l'Eglise dans l'oeuvre des Missions que dans le gouvernement d'un diocèse.

Henri-Jean TREMBLAY fut le dernier directeur reçu au cours du XVIIème siècle. Originaire de Seine et Marne, il fut envoyé au Canada en 1787 par Mgr de Montmorency-Laval, évêque de Québec, alors en France. Il n'était que sous-diacre, mais Mgr de Laval qui l'appréciait beaucoup, craignant qu'on ne lui donnât une autre destination, avait tenu à le faire partir pour sa Mission du Canada. En 1692 il revint pour remplacer, en qualité de procureur du Canada, Dudouyt décédé depuis 1688. Il demeurait au Séminaire et en 1694 fut reçu directeur de cette maison. Il y remplit surtout les fonctions de procureur et de secrétaire, et vers la fin de sa vie (il mourut en 1740) celles d'assistant. Tremblay se faisait une haute idée des qualités requises pour exercer utilement les fonctions de directeur du Séminaire. Il en trace le portrait suivant :
"Un homme qui n'ait autre chose dans la tête que notre oeuvre, qui suive nos missionnaires, qui ne manque à aucun exercice, qui fouille dans nos archives, qui ramasse les papiers anciens et nouveaux, qui les mette en ordre, qui écrive tout, qui devienne un répertoire lui-même de tout ce qui regarde nos missions et qui sans se confondre arrange aujourd'hui la sacristie, demain la bibliothèque, un autre jour les comptes; après ou avant cela, les domestiques, la dépense journalière, les meubles, les loyers des maisons, les biens de campagne, nos dettes actives et passives, qui a en tout une forme régulière et constante, en sorte que ceux qui viendront après nous ou ceux qui sont obligés de nous suppléer en cas d'absence ou de maladie se mettent aisément en nos affaires et n'aient qu'à suivre ce qui a été pratiqué; un tel homme ou peut-être deux ou trois de ce caractère nous sont absolument nécessaires." (Cité par Launay. Mémorial, 2ème partie)





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