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Rapport établissement

Année: 1890
Pays: France
Ville: MARSEILLE, PARIS, SAINT-RAPHAEL, ROME

PROCURE DE MARSEILLE.


Rien de particulier à signaler à la procure de Marseille si ce n’est la mort de M. Dourisboure qui, huit jours après son débarquement, y a saintement terminé sa longue et héroïque carrière apostolique.




II.  Séminaire de Paris et autres établissements communs en Europe.


SÉMINAIRE DE PARIS.


En constatant, l’année dernière, une légère diminution du nombre de nos aspirants nous vous laissions entrevoir nos appréhensions pour l’avenir. Grâce à Dieu, cette année nos appréhensions ne se sont pas réalisées, le nombre des aspirants au Séminaire a dépassé le chiffre ordinaire. Au commencement d’octobre, nous comptions 176 aspirants à Paris et 82 à Meudon, soit un total de 258.
Mais ce chiffre, que nous n’avions jamais atteint, a été bientôt réduit, non seulement par les départs pour les missions, mais encore par l’application de la loi militaire qui atteignait trente de nos aspirants. Depuis leur incorporation, deux seulement ont été réformés, et nous ont été rendus. Ce n’a pas été sans une douloureuse anxiété que nous les avons vus s’éloigner de nous, et aller subir une épreuve si pénible et si périlleuse. Nous les recommandons particulièrement aux prières de tous les membres de la Société.
La nomination de Mgr Mutel devenu évêque titulaire de Milo et vicaire apostolique de la Corée, a nécessité le rappel d’un nouveau directeur pour représenter le groupe des missions du Nord. Le choix de Nosseigneurs les Vicaires apostoliques du groupe s’est fixé sur M.Hinard, ancien provicaire de la Mandchourie dont nous attendons la prochaine arrivée (1). Qu’il nous soit permis de renouveler au cher prélat qui, pendant cinq ans, a partagé nos travaux, l’expression des regrets que son départ nous a causés et des vœux que nous formons pour le succès de son ministère en Corée.
Par suite de l’épidémie d’influenza qui a visité nos deux communautés de Paris et de Meudon durant le cours de l’hiver dernier, les santés ont été plus chancelantes qu’à l’ordinaire ; et nous nous sommes trouvés dans la nécessité de prolonger de huit jours la durée des vacances et d’accorder à plusieurs de nos aspirants la permission de les passer dans leurs familles. Grâce à ces mesures, les santés étaient, à la fin de septembre , revenues à l’état normal.
Le principal événement de l’année a été la bénédiction du séminaire élevé à la gloire de Marie Immaculée par M. le baron et Mme la baronne de Gargan, et destiné par les généreux fondateurs à abriter la communauté provisoirement établie à Meudon, depuis son origine.
On lira avec intérêt le récit qu’un ami de la famille de Gargan et des missions, M. l’abbé Thilmont, du diocèse de Metz, a fait de cette cérémonie à laquelle il assistait, et qui a été publié dans le Bulletin de l’Œuvre des Partants .
« Le 22 octobre a eu lieu à Bièvres, village des environs de Versailles, la bénédiction du nouveau séminaire de philosophie de la Société des Missions-Étrangères de Paris. Il est dû tout entier à la munificence de M. le baron et de Mme la baronne de Gargan. Notre Lorraine avait donc à cette fête une très belle et très grande part.
« Dès le matin, les deux communautés de Paris et de Meudon avaient pris le chemin de Bel-Air : c’est ainsi que s’appelle la propriété acquise pour cette fondation. Elle est située sur une de ces jolies collines qui rendent si pittoresque le trajet de Paris à Versailles. Elle contient près de quarante hectares et réunit tous les agréments.



(1) Notre confrère et nouveau collaborateur est, en effet, arrivé à Paris le 11 janvier 1891.


« Au sommet de la colline, là où l’air est plus pur, la vue plus belle et le ciel plus près, se dresse plein de majesté le nouveau Séminaire. Une statue de la sainte Vierge domine le bâtiment, et une inscription en brillants caractères annonce au visiteur que c’est le « Séminaire de l’Immaculée Conception. » Honorer la sainte Vierge dans son plus beau privilège, par une œuvre contribuant le plus à la gloire de Dieu et au salut des âmes, est, en effet, la pensée qui a inspiré les pieux et généreux fondateurs.
« La cérémonie commença à dix heures. Elle fut présidée par Monseigneur l’évêque de Versailles, assisté de deux évêques missionnaires : Mgr Kleiner, enfant de Thion-ville, et Mgr Mutel, les deux évêques récemment consacrés pour les missions d’Asie ; le premier pour le Mayssour, le second pour la Corée. Immédiatement après le clergé, venait, en grand deuil, Mme la baronne de Gargan avec quelques membres de sa famille, marchaient à la suite les 250 Aspirants missionnaires.
« La procession parcourut dans toute leur longueur les corridors du rez-de-chaussée et des trois étages de la maison. Cette première cérémonie fut suivie de la bénédiction de la chapelle. Elle est grande et imposante, dans le style roman. La première messe y fut dite aussitôt par Mgr Mutel.
« A l’issue de la messe, Mgr, l’évêque de Versailles se fit l’interprète des sentiments de l’assistance. Il exprima d’abord ses regrets de ne point voir à cette fête celui-là même qui en était l’auteur, et qui aurait dû en être le héros. Mais cette peine trouve quelque adoucissement dans la pensée que M.de Gargan a déjà recu, auprès de Dieu, la récompense de la magnifique hospitalité qu’il a su donner ici-bas aux apôtres de Jésus-Christ.
« Sa Grandeur reporte toute sa reconnaissance sur celle qui a été la compagne fidèle de la vie du noble défunt, la coopératrice de toutes ses bonnes œuvres. Il rappelle ensuite aux Aspirants les sentiments qui doivent les animer envers Dieu : la reconnaissance pour ses bienfaits et la fidélité à ses grâces, surtout à la grâce de leur vocation. Il les félicite de cette vocation, la plus belle de toutes, leur montrant avec le P. Lacordaire que l’apostolat, une des principales gloires de la France, est aussi une marque toujours visible de la divinité de l’Eglise. Monseigneur se félicite lui-même d’avoir dans son diocèse une école de cet apostolat, et il émet l’espoir que, de ce foyer tout brûlant de zèle et d’amour de Dieu, s’échappera une étincelle qui finira par réchauffer quelque peu les populations si indifférentes de ce pays. Il termine en invitant ses deux confrères dans l’épiscopat, successeurs des Apôtres dans toute l’acception du mot, à bénir l’assistance avec lui. Le salut du Très-Saint-Sacrement avec le Te Deum couronne la fête.
« Le séminaire était installé et les élèves pouvaient prendre possession de la maison.
« Le soir, ils exprimèrent leur joie par une illumination splendide, par un feu d’artifice très bien réussi et surtout par des chants et des cantiques à Marie, entrecoupés des cris de : « Vive l’Immaculée Conception ! » auxquels se joignaient ceux de : « Vive la baronne de Gargan ! » Le lendemain matin ils firent tous la sainte communion à un service solennel chanté pour le repos de l’âme de M. de Gargan ; ensuite Mgr Kleiner donna l’absoute.
« Il est donc à jamais béni, au Séminaire des Missions-Étrangères, le nom lorrain des Gargan. Par une attention très délicate, le vénérable M. Delpech, supérieur des Missions-Étrangères, pour perpétuer le souvenir de ce don vraiment royal, a fait ériger dans la chapelle un autel dédié à saint Théodore et à sainte Alice, patrons des fondateurs. Au-dessus de l’autel, un vitrail, dont l’exécution est parfaite, les représente tous les deux, à genoux, offrant la maison à la Vierge Immaculée. »
Depuis le 22 octobre nos plus jeunes aspirants sont donc installés au séminaire de l’Immaculée Conception dans les conditions les plus satisfaisantes au double point de vue de la commodité et la salubrité. Avec l’aide de Marie ils réaliseront, nous en avons la confiance, les desseins de nos insignes bienfaiteurs, en s’efforcant tous les jours de se rendre dignes de leur sainte vocation.
Quelques semaines auparavant, le 21 septembre, Nosseigneurs Kleiner, évêque de Mayssour, et Mutel, évêque titulaire de Milo et vicaire apostolique de la Corée, avaient reçu la consécration épiscopale des mains de S. E. le cardinal archevêque de Paris assisté de Mgr l’évêque de Langres et de Mgr Vic, évêque titulaire de Metellopolis et vicaire apostolique du Kiang-si oriental. Cette imposante cérémonie a eu lieu avec tout l’éclat possible dans l’église du séminaire, trop petite pour contenir les nombreux amis des prélats et des missions. Au dîner de la communauté, Son Eminence, dans une charmante improvisation, exprima en des termes d’une délicatesse exquise sa paternelle affection pour l’œuvre, la société et le séminaire des Missions-Étrangères, puis s’adressant à chacun des deux nouveaux évêques, aux membes présents de la famille de Mgr Mutel, aux prélats assistants et à M. le Supérieur, eut pour chacun un mot gracieux et de circonstance.




SANATORIUM DE SAINT-RAPHAEL.



Le nombre des confrères qui ont reçu au sanatorium de Saint-Raphaël les soins qu’exigeait leur santé, a été de 21 durant le cours de l’année. Au mois de décembre ils étaient 14 réunis ; c’est le chiffre le plus élevé qui ait été atteint depuis la fondation de l’établissement.




PROCURE DE ROME.


Dans le compte-rendu annuel du 31 décembre 1889, nous avons indiqué clairement ce qui a été fait à Rome jusqu’à ce jour, pour les causes de béatification de nos Vénérables Martyrs. Mais nous avons marqué d’une manière trop sommaire les choses qui restent encore à faire, et nous tenons à combler cette lacune aujourd’hui, en donnant à ce sujet des renseignements aussi complets que possible. Depuis le dernier compte-rendu la Sacrée Congrégation des Rites a porté, le 17 mai 1890, un jugement favorable sur les écrits des vénérables serviteurs de Dieu.
Par un autre Décret du 31 mai, la même Congrégation a reconnu la parfaite observation des Décrets d’Urbain VIII qui défendent de rendre un culte aux vénérables serviteurs de Dieu avant leur Béatification ; puis, ratifiant le jugement favorable du Promoteur de la foi, elle a déclaré valides et recevables tous les procès instruits dans nos missions, lesquels comprennent 51 Martyrs de notre première cause. Nous répondrons certainement au vœu de tous les membres de la société en insérant ici la liste intégrale de ces 51 vénérables serviteurs de Dieu, laquelle n’a pas encore été donnée d’une manière complète. Nous inscrivons leurs noms selon les dates des Décrets par lesquels leur cause de Béatification a été introduite.


Décret du 19 juin 1840

Les vénérables serviteurs de Dieu :
Pierre DUMOULIN-BORIE (du diocèse de Tulle), évêque élu d’Acanthe, décapité au Tonkin.
François JACCARD (Annecy), étranglé en Cochinchine.
François-Isidore GAGELIN (Besançon), étranglé en Cochinchine.
Joseph MARCHAND (Besançon), condamné au supplice des cent plaies et exécuté en Cochinchine.
Jean-Charles CORNAY (Poitiers), décapité et coupé en morceaux au Tonkin.
Pierre TUY, prêtre, du Tonkin occidental (né à Tuong-tin).
Paul DOI-BUONG, mandarin, de la Cochinchine septentrionale.
Adauctus ou bien André TRONY ou LONG, catéchiste de la Cochinchine septentrionale.
François-Xavier CAN, catéchiste du Tonkin occidental.
Pierre Koa, prêtre, du Tonkin méridional.
Vincent DIEM, originaire de la Cochinchine septentrionale, prêtre dans le Tonkin occidental.
Thomas ou bien Dominiqe THIEN, de la Cochinchine septentrionale.


Décret du 9 juillet 1843.

Les vénérables serviteurs de Dieu :
Jean-Gabriel-Taurin DUFRESSE (Clermont), évêque de Tabraca, décapité au Su-tchuen (Chine).
Emmanuel TRIEU, prêtre de la Cochinchine septentrionable.
Jean DAT, prêtre du Tonkin occidental.
Pierre Ou ou bien U, catéchiste du Kouy-tchéou.
Augustin TCHAO ou CHAU, prêtre du Su-tchuen, originaire de Kouy-tchéou.
Joseph VEN ou bien YUEN, prêtre du Su-tchuen (né à Ta-tin).
Paul LIEOU, prêtre du Su-tchuen (né dans l’arrondissement de Lo-tche-hïen).
Taddée LIEOU ou bien LIOU, prêtre du Su-tchuen (né dans la préfecture de Kiong-tchéou).
Pierre LIEOU-OVEN-YEN, catéchiste du Kouy-tchéou.
Jacques NAM, prêtre du Tonkin occidental.
Michel MI, préfet de village, du Tonkin occidental.
Antoine DICH, beau-père de Michel le préfet, du Tonkin occidental.
Paul MI, catéchiste du Tonkin occidental.
Pierre DUONG, catéchiste du Tonkin occidental.
Joachin Ho, du Kouy-tchéou.
Pierre TRUAT, catéchiste du Tonkin occidental.
Pierre THI, prêtre de Tonkin occidental.
André DUNG, prêtre du Tonkin occidental.
Paul KHOAN, prêtre du Tonkin occidental.
Luc LOAN, prêtre du Tonkin occidental.
Martin THINH, prêtre du Tonkin occidental.
Joseph NGHI, prêtre du Tonkin occidental.
Paul NGAM, prêtre du Tonkin occidental (1).
Jean-Baptiste DINH, catéchiste du Tonkin occidental.
Martin THO, un des principaux de village, du Tonkin occidental.
Jean-Baptiste CON, un des principaux de village, du Tonkin occidental.
Pierre VAN-TU, catéchiste de Tonkin occidental.
Antoine QUING-NAN, médecin, de la Cochinchine septentrionale.
Simon THAY-HOA, médecin, de la Cochinchine septentrionale.


(1) Le nom de Paul Ngam ne se trouve ni dans le décret de l’introduction ni dans la Commissio, quoiqu’on le retrouve plusieurs fois dans les Lettres Rémissoriales adressées au Vicaire apostolique du Tonkin. Il pourrait donc se faire que cette omission matérielle fit renvoyer à plus tard l’examen de la cause de ce vénérable serviteur de Dieu.



Décret du 24 septembre 1857.

Gilles DELAMOTTE ( Coutances), mort en prison en Cochinchine.
Augustin SCHŒFFLER (Nancy), décapité au Tonkin.
Jean-Louis BONNARD (Lyon), décapité au Tonkin.
Auguste CHAPDELAINE (Coutances), décapité au Kouang-si (Chine).
Philippe MINH, prêtre de la Cochinchine occidentale.
Pierre DINH, catéchiste de la Cochinchine occidentale.
Mathieu GAM, de la Cochinchine occidentale.
Louis NGO, de la Cochinchine occidentale.
Laurent PE-MOU, néophyte, du Kouang-si.
Agnès TSAU-KONG, veuve, du Kouang-si.


Par décret de la Sacrée Congrégation des Rites, en date du 14 juillet 1890, le Saint-Père a daigné accorder une faveur qui abrègera un peu les formalités à accomplir pour l’achèvement de notre première cause. D’après la règle ordinaire, l’examen du martyre et l’examen des miracles doivent être séparés, et traités dans deux congrégations différentes. Par le décret ci-dessus rapporté, Léon XIII a accordé que ces deux examens pussent être réunis et traités simultanément. Ut Dubium super Martyrio et causa Martyrii proponi ac discuti valeat una cum altero de signis seu miraculis.
Par un autre décret de la même Congrégation, en date du 29 août 1890, Le Souverain. Pontife dispense du jugement super fama in genere. Dans une cause ordinaire de béatification, avant d’en venir à l’examen détaillé des vertus et des miracles du serviteur de Dieu, il doit y avoir un examen et un jugement préalables qui roulent sur la renommée de sainteté qui peut exister à son égard, ou sur la renommée de son martyre, s’il s’agit d’un serviteur de Dieu mis à mort pour la foi. C’est ce qu’on appelle Judicium super fama in genere. Le Saint-Siège a l’habitude de dispenser de cette procédure dans les causes de martyrs.
Maintenant, le premier travail qui s’impose est de démontrer que tous et chacun des serviteurs de Dieu, compris dans la cause, ont été réellement mis à mort en haine de la foi, et partant qu’il y a eu pour chacun véritable martyre. Il faut établir, en outre, la vérité des miracles ou signes obtenus par l’intercession des serviteurs de Dieu. Cette double démonstration, l’avocat de la cause ne peut la faire que par des preuves tirées exclusivement des procès apostoliques et des documents authentiques déjà approuvés et acceptés par la Sacrée Congrégation.
Pour cela, il doit compulser les vingt-trois volumes des procès et les documents qui ont servi à l’introduction de la cause, afin d’en extraire les témoignages sur lesquels il appuiera sa démonstration. Ce travail qui est désigné sous le nom de Sommaire, est, comme on le voit, très considérable par son étendue. Il est, en outre, d’une importance capitale ; il est comme l’arsenal d’où devront être tirées les preuves pour établir le martyre des seviteurs de Dieu, et les miracles obtenus par leur intercession. Il doit donc être fait avec un grand soin et surtout avec une exactitude absolue. Aussi nous ne pensons pas que ce Sommaire puisse être terminé et imprimé avant dix-huit mois ou deux ans.
L’avocat devra rédiger ensuite ses Informations (ou thèse) pour démontrer ex professo le martyre et les miracles, en ayant soin d’appuyer toutes ses preuves sur les témoignages réunis dans le Sommaire.
Lorsque les Informations auront été imprimées, elles seront remises avec le Sommaire et tous les procès et autres documents acceptés par la Sacrée Congrégation, entre les mains du promoteur de la Foi, qui les étudiera et présentera ses Animadversions ou objections. Celles-ci, après avoir été imprimées, sont livrées à l’avocat de la cause qui doit y répondre, et c’est là la partie la plus délicate de son travail.
Ces réponses de l’avocat sont également imprimées, et forment avec les trois autres documents (Sommaire, Informations et Animadversions) ce qu’on appelle la Position. Ces quatre parties distinctes, mais s’appelant l’une l’autre, forment ainsi un seul tout, sous ce titre commun : Positio super Dubio : An constet de Martyrio, etc. Un exemplaire de cette Position est remis, en temps, utile, à chacun de ceux qui doivent prendre part à la discussion du Doute.
Lorsque la Position de notre cause sera complète, un exemplaire en sera déposé à la secrétairerie de la Sacrée Congrégation des Rites, et la cause prendra rang sur une liste, à la suite de celles qui y sont déjà inscrites.
Après cela, et quand le tour de notre cause sera arrivé, ou par ordre de temps, ou par faveur spéciale, le Doute : An constet de Martyrio et causa Martyrii, necnon de signis seu miraculis, sera discuté dans trois congrégations successives et qui sont appelées anti-préparatoire, préparatoire et générale ou coram Sanctissimo.
1o La congrégation anti-préparatoire se réunit chez le cardinal ponent, qui préside mais ne vote pas. Elle se compose du promoteur et du sous-promoteur de la Foi, du secrétaire de la Sacrée Congrégation des Rites, du notaire apostolique de la même Congrégation, de trois auditeurs de Rote, du maître du sacré palais apostolique, du sacriste de Sa Sainteté, et de tous les consulteurs des Rites. Tous ceux que nous venons de nommer donnent leur vote, et, s’il y a lieu, le secrétaire recueille soigneusement les objections qu’ils ont à présenter, et les transmet au promoteur de la Foi, qui en tire de nouvelles animadversions auxquelles l’avocat de la cause doit répondre. Ces animadversions du promoteur avec les réponses de l’avocat forment une seconde Position.
20 Avec cette nouvelle Position, la cause est portée devant la seconde congrégation dite préparatoire, qui se tient au Vatican et est présidée par l’Eme Préfet des Rites. Elle comprend, outre les personnages mentionnés dans la précédente, tous les cardinaux de la Sacrée Congrégation des Rites. Toutefois, les cardinaux ne votent pas. Si, dans cette congrégation, il se produit encore des objections, on fait une troisième Position pour les exposer, avec les réponses de l’avocat.
30 Le doute An constet de martyrio, etc. est enfin porté devant la troisième congrégation dite générale, ou coram Sanctissimo. Elle est composée, comme la précédente, mais elle est présidée par le Pape. Dans cette congrégation, tous donnent leur vote, et le Saint-Père, sans se prononcer, se borne à demander les prières des assistants, pour obtenir les lumières de l’Esprit-Saint. Plus tard, quand il le juge opportun, il fait publier le décret établissant la réalité du martyre et des miracles : Constare de martyrio et causa martyrii, necnon de miraculis seu signis in casu et ad effectum de quo agitur.
40 Lorsque le décret a paru, on prépare une nouvelle et dernière Position, qui comprend 10 une supplique de l’avocat demandant : An stante approbatione martyrii, signis et miraculis a Deo illustrati et confirmati, tuto procedi possit ad solemnem Beatificationem. 20 Elle comprend comme Sommaire, le texte du précédent décret, c’est-à-dire qui approuve le martyre et les miracles, et 30 l’avis du Promoteur de la Foi sur le sujet. Cette Position a pour titre : Positio super dubio an tuto procedi possit ad Beatificationem.
Ordinairement, on ne réunit pas une congrégation générale, présidée par le Pape, exprès pour la discussion de ce seul Doute. Mais on l’examine dans une congrégation générale convoquée pour traiter d’un autre sujet, v. gr. des vertus ou des miracles de quelque autre serviteur de Dieu. Tous ceux qui composent cette congrégation générale donnent leur vote. Mais le Pape ne se prononce pas, et, comme dans la congrégation précédente où il s’agissait de l’approbation du martyre, il se borne à demander des prières pour implorer les lumières du Saint-Esprit, et il attend le moment qui lui paraît opportun pour manifester sa volonté, en faisant publier le Décret qui déclare qu’on peut avec assurance procéder à la Béatification. C’est ce qu’on appelle le Decretum de tuto.
Par la publiction de ce dernier Décret, la Béatification est véritablement accomplie, et il ne reste plus qu’à en célébrer la solennité. A partir du Décret de tuto, on obtient l’autorisation de donner aux vénérables serviteurs de Dieu le titre de Bienheureux dans les Vies qui sont préparées pour la solennité de la Béatification. A partir de ce même Décret, les nouveaux miracles que feraient les serviteurs de Dieu compteraient, non plus pour leur Béatification, mais pour leur Canonisation.
Quand pourrons-nous obtenir ce Decretum de tuto ? Espérons que ce sera dans un avenir assez rapproché, et hâtons l’arrivée de cet heureux jour par la ferveur de nos prières.

Veuillez agréer les sentiments de très profond et très affectueux respect avec lesquels nous avons l’honneur d’être, en union de prières et de saints sacrifices,

Nosseigneurs et Messieurs,
Vos très humbles et tout dévoués serviteurs,

Pour les directeurs du Séminaire :

H. ARMBRUSTER, Directeur.



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