| Année: |
1898 |
| Pays: |
France |
| Ville: |
Marseille, Montbeton, Paris, Rome |
II — ÉTABLISSMENTS COMMUNS EN EUROPE
(Séminaire de Paris. — Sanatorium Saint-Raphaël de Montbeton — Procure de Marseille. — Procure de Rome.)
Le 27 juin dernier, à l’issue de la retraite annuelle des directeurs, ont eu lieu, selon les prescriptions du règlement, les élections triennales du supérieur et des autres officiers du séminaire de Paris. En voici le résultat qui n’a, du reste, rien changé à ce qui existait, et a laissé chacun des directeurs dans la charge qu’il occupait.
Dans une première réunion, ont été élus au scrutin secret et sans aucune proposition préalable: M. Delpech, supérieur ; M. Fleury, assistant ; M. Chibaudel, supérieur du séminaire de l’Immaculée-Conception à Bièvres.
Dans une seconde réunion, ont été nommés, aussi au scrutin secret, mais sur la proposition de la commission prescrite par notre règlement général : M. Barillon, directeur des aspirants ; M. Cazenave, procureur général de la Société, à Rome ; M. Grosjean, procureur du séminaire ; M. Chirou, économe ; M. Mathon, procureur des commissions ; M. Hinard, secrétaire du Conseil. M. Rousseille demeure chargé de la direction de la maison de Nazareth, à Hong-kong.
MM. les professeurs conservent leurs cours respectifs, savoir :
Pour la communauté de Paris : M. Lesserteur, le grand cours de morale ; MM. Hinard et Barillon, les deux cours de théologie morale ; MM. Mollard et Delmas, les deux cours de théologie dogmatique ; M. Cottin, le droit canonique ; M. Fleury, l’écriture sainte ; M. Mollard, la liturgie. — Le soin des archives, de la bibliothèque et des affaires militaires reste confié à M. Lesserteur.
Pour la comnunauté de Bièvres : MM. Boyet, la philosophie (1re année) et les sciences ; M. Bouchut, la philosophie (2e année) ; M. Seguin, la théologie morale ; M. Compagnon, la théologie dogmatique et l’écriture sainte ; M. Chibaudel, la liturgie et l’histoire ecclésiastique. — M. Bouchut est chargé de l’économat.
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L’année dernière avait été marquée, pour notre séminaire, par un joyeux événement : le 50e anniversaire de prêtrise de notre cher et vénéré confrère, M. Pernot. L’année présente nous a apporté une grave épreuve par la maladie du cher M. Chibaudel, supérieur de notre communauté de l’Immaculée-Conception à Bièvres. Depuis plusieurs mois, la santé de notre confrère était un peu ébranlée, tantôt du côté du cœur, tantôt du côté de la tête. De là résultait pour lui un état de lassitude et de prostration qui lui rendait le travail difficile, et gênait parfois le jeu de son esprit et de sa mémoire. Mais, dans la seconde quinzaine d’octobre, cette situation s’est subitemnent aggravée ; un commencement de paralysie paraissait se produire, et les médecins redoutaient quelque crise subite qui pourrait être fatale. La prudence chrétienne conseillait donc de proposer au malade la réception des derniers sacrements. Le 24 octobre, en présence de toute la communauté réunie, notre cher malade, agenouillé sur son prie-Dieu, a reçu le saint viatique avec les sentiments de foi et de piété qui lui étaient habituels. Puis, assis sur son fauteuil, il a reçu le sacrement de l’extrême-onction. A partir de ce moment, notre cher confrère, tout en restant dans un état très précaire, a eu des alternatives de mieux qui lui ont permis de célébrer la sainte messe. Les médecins ayant conseillé un changement d’air, M. Chibaudel a été conduit le 2 novembre, à notre sanatorium de Montbeton.
Nous voudrions pouvoir dire que l’amélioration espérée s’est réalisée ; mais toutes les lettres qui nous arrivent de Saint-Raphaël, témoignent, hélas ! que l’état du cher malade va plutôt s’affaiblissant.
Nous avons encore eu le regret de perdre cette année un de nos aspirants de la communauté de Paris. M. Anatole Butin, du diocèse d’Autun, enlevé, après quelques jours de maladie, par une méningite, dans la nuit qui a suivi la fête de l’Assomption. C’était un pieux aspirant, très attaché à sa vocation. Dieu a voulu lui donner la couronne des saints désirs avant les labeurs du ministère apostolique.
Tout en permettant ces épreuves, très sensibles pour nous, Dieu n’a pas cessé de bénir notre communauté, et le chiffre de nos aspirants a atteint, vers le milieu d’octobre, le maximum de 334, dont 173 à Paris, et 161 à Bièvres. Au 31 décembre, après tous les départs, nous avions encore 276 aspirants, dont 137 à Paris, et 139 à Bièvres, plus 41 absents à cause du service militaire.
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Afin de faire bien comprendre toute la reconnaissance que nous devons à Dieu pour les bénédictions qu’il a accordées à notre œuvre pendant ce siècle, nous allons marquer ici la progression qu’ont suivie, dans notre société, les vocations apostoliques, depuis la réouverture de notre séminaire en 1814 jusqu’à ce jour. Pour faire la chose aussi brièvement que clairement, nous divisons ces 84 ans en 8 périodes, en marquant le chiffre moyen des aspirants qui sont entrés par an dans notre séminaire pendant chacune de ces périodes :
De 1814 à 1830 6 entrées par an
De 1830 à 1840 10 — —
De 1840 à 1850 19 — —
De 1850 à 1860 28 — —
De 1860 à 1870 45 — —
De 1870 à 1880 51 — —
De 1880 à 1890 71 — —
De 1890 à 1899 93 — —
Après Dieu, c’est au vénéré M. Albrand, ancien directeur et supérieur de notre séminaire, que nous devons cette multiplication des vocations. Jusqu’en 1840, les études théologiques n’avaient pu être régulièrement organisées dans notre séminaire, soit par manque du personnel enseignant, soit parce que le local de notre séminaire n’était pas libre. Car, en rachetant l’immeuble après la grande révolution, les directeurs avaient dû l’accepter avec les locations qui pesaient sur lui. Il résultait de là qu’on ne pouvait recevoir au nombre des aspirants que ceux qui avaient achevé ou à peu près achevé leurs cours de théologie.
Député au séminaire de Paris, en 1839, par la Mission du Siam, comme directeur-procureur, M. Albrand comprit immédiatement qu’on ne pourrait jamais recruter le nombre de sujets indispensables à nos Missions, si l’on ne recevait pas les jeunes gens chez nous avant qu’ils eussent commencé leurs études théologiques, et il travailla avec la constance qui le caractérisait, à réaliser cette idée. Le local manquait à Paris, il proposa d’établir la jeune communauté dans notre modeste maison de campagne de Meudon. Le personnel enseignant faisant aussi défaut, M. Albrand se chargea, avec le concours de M. Jurines, de la presque totalité des cours, et c’est ainsi que fut inauguré en 1842 l’enseignement régulier de la théologie dans notre maison de Mendon et, peu d’années après, dans notre séminaire de Paris. C’est, comme on le voit par le tableau ci-dessus, à partir de cette date que le nombre des aspirants s’est augmenté d’une manière sensible et régulière. Lorsque, 15 ans plus tard, aux cours de théologie, on a ajouté ceux de philosophie, on n’a fait que compléter l’œuvre du vénéré M. Albrand. Mais c’est bien lui qui a été l’instrument choisi par la Providence pour assurer à notre Société le recrutement des ouvriers dont elle avait besoin. Le cardinal Guibert, ancien archevêque de Paris, aimait à rappeler cette œuvre de son ami M.Albrand, les difficultés qu’il y avait rencontrées au début, et les encouragements qu’il n’avait cessé de lui donner.
Puissent ces quelques lignes, consacrées à la mémoire d’un homme aussi modeste que méritant, être agréables à ceux de nos confrères qui ont été témoins de ses travaux, et faire connaître à tous le service éminent rendu par lui à notre séminaire et à notre Société !
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Tous nos confrères sont désireux de connaître où en sont les deux Causes de béatification que la Société poursuit à Rome. Nous allons donc reproduire ci-dessous les nouvelles que nous transmet M. Cazenave, procureur général de notre Société et en même temps postulateur de ces deux Causes. Mais auparavant, pour éviter toute confusion, nous rappelons que la première Cause, celle des 52 Vénérables, comprend, outre 42 martyrs indigènes de nos Missions, 10 membres de notre Société, les Vénérables Gagelin, Jaccard, Marchand, Dumoulin-Borie, Cornay, Delamotte, Schœffler, Bonnard, Dufresse et Chapdelaine. La deuxième Cause comprend, outre les martyrs indigènes, 4 membres de notre Société, les Vénérables Cuenot, Néron, Vénard et Néel. Voici maintenant les dernières nouvelles données par M. Cazenave.
Première Cause (les 52 Vénérables serviteurs de Dieu). — « Cette année encore nous avons la satisfaction de pouvoir vous annoncer la réalisation des vœux que nous formions dans notre dernier compte rendu, au sujet de la cause de nos 52 Vénérables. L’avocat, M. Minetti, ayant terminé sa réponse dont l’impression s’achevait avec l’année 1898, la Sacrée Congrégation des Rites a fixé au 18 avril 1899 la congrégation où doit être discutée, une première fois, la question du martyre de ces serviteurs de Dieu et des miracles ou signes attribués à leur intercession.
« Comme dans les divers actes de la procédure antérieure, par concession spéciale du Souverain Pontife, cette question sera traitée dans une congrégation particulière, conformément au décret suivant en date du 22 novembre 1897. »
DECRETUM SUPER PARTICULARI CONGREGATIONE
Per Decretum Sacrœ Rituum Congregationis die 9 decembris 1889 indultum fuit ut Causa super validitate Processuum ac super non cultu prœfatorum Venerabilium. Servorum Dei proponeretur in peculiari Sacrœ ipsius Congregationis Cœtu, qui constitutus fuit ex Emis Cardinalibus Aloisi-Masella, tunc Prœfecto et Relatore, Ledochowski, d’Annibale, Zigliara, et Macchi necnon a Rmis DD. Prœlatis Officialibus ejusdem Sacrœ Congregationis, nempe Protonotario Apostolico, Secretario, Sanctœ Fidei Promotore et Assessore. Quum vero eadem Causa proponi debeat super martyrio, causa martyrii, signis seu miraculis, Rmus Pater Petrus Xaverius Cazenave, Procurator Generalis Parisiensis Societatis Missionum ad Exteros et hujus Causœ Postulator, Sanctissimum Dominum nostrum Leonem Papam XIII enixis precibus rogavit ut ad prœdictum dubium discutiendum ipsa particularis Congregatio, jam constituta, compleatuar aliis suffectis Cardinalibus in locum duorum, d’Annibale et Zigliara, qui obierunt. Sanctitas porro Sua, referente infrascripto Cardinali Sacrœ Rituum Congregationi Prœfecto, benigne annuit pro gratia in omnibus, et supradictam Congregationem particularem complevit eligendo ac deputando Emum Cardinalem Hieronymum Gotti et infrascriptum Cardinalem cum omnibus facultatibus necessariis et opportunis, in similibus concedi solitis. Contrariis non obstantibus quibuscumque. Die 22 novembris 1897.
† C. Card. MAZZELLA, Prœf.
Il est permis d’exprimer l’espoir que, dans un avenir assez prochain, nous aurons le bonheur de voir la fin de cette Cause par la béatification de ces Vénérables. Continuons à prier Dieu avec plus d’instance et de confiance.
Deuxième Cause (les Vénérables Cuénot et ses compagnons). — « Tous les procès faits dans les Missions pour la cause des Vénérables Étienne Cuénot et compagnons sont arrivés à Rome depuis quelques années, et la chancellerie de la Sacrée Congrégation des Rites en a fait prendre des copies publiques pour être mises à la disposition de l’avocat et autres personnes qui doivent s’occuper de la Cause. Il s’agit maintenant de faire admettre par la Sacrée Congrégation la validité ou régularité de ces procès, afin que les témoignages qui en seront tirés plus tard pour faire la preuve du martyre aient le degré d’authenticité requis par le droit.
« Pour cette question de la validité, comme pour toutes les autres, le premier travail incombe à l’avocat de la Cause. Il doit présenter les différentes pièces du procès qui montrent la régularité de la procédure et puis, par des observations particulières, faire ressortir cette régularité. Ces deux parties constituent, la première le sommaire, et la seconde les informations de la position ou dossier qui sera soumis en son temps à la Sacrée Congrégation.
« Par concession spéciale du Souverain Pontife, en même temps que la validité des procès, on traitera aussi dans la même Congrégation, la question du Non Culte qui demande un nouveau travail de l’avocat. Tous ces travaux sont maintenant terminés, et on en commencera 1’impression prochainement. »
A ces notes du postulateur, nous ajoutons une observation et une demande. D’après les règles actuelles de l’Église, pour la béatification, non seulement des confesseurs, mais encore des martyrs, on exige des miracles ou des signes surnaturels. Pour la première Cause, il y a deux guérisons miraculeuses, dûment constatées par procès apostolique. Pour la deuxième, il n’y en a pas encore qui puissent servir pour la béatification de tout ce groupe de martyrs. Il y a bien eu déjà des guérisons ou autres grâces obtenues par l’intercession de tel ou tel martyr, mais cela ne suffit pas ; il faut des miracles obtenus par l’invocation de tous les martyrs du groupe. Nous prions nos confrères et les amis de notre Œuvre qui liront cette lettre, de vouloir bien, lorsque dans les nécessités graves, ils recourront à l’intercession de ces martyrs, les invoquer collectivement. Rien n’empêche de s’adresser à celui pour lequel chacun sentira plus de dévotion, mais il faut l’invoquer avec ses compagnons de la même Cause, et alors le miracle ou la grâce obtenue servira pour la béatification de tous. Enfin nous prions ceux qui auront obtenu, par l’intercession de ces martyrs, des faveurs miraculeuses, de vouloir bien nous les faire connaître sans retard.
Jesu, tuorum Martyrum
Remunerator optime,
Quas supplices effundimus,
Preces benignus suscipe. Amen.
Veuillez agréer l’expression des sentiments de très affectueux respect avec lesquels nous avons l’honneur d’être, en union de Prières et de saints sacrifices,
Nosseigneurs et Messieurs,
Vos très humbles et très dévoués serviteurs.
Pour les Directeurs du Séminaire :
P. FLEURY.
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