| Année: |
1887 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Coïmbatour |
| Rédacteur: | Mgr de Coïmbatour |
III. ― Coïmbatour.
Population catholique 28.040
Conversions d’inƒidèles et de protestants 397
Baptêmes d’enƒants de païens 521
Le dernier recensement de la population catholique du Coïmbatour datait de 1879, il donnait un total de 24,027 chrétiens ; celui de cette année porte le chiffre de cette population à 28,040.
« C’est donc, écrit Mgr de Coïmbatour, en huit années, une augmentation de 4,013 âmes, soit en moyenne 500 âmes par an. C’est peu sans doute, cependant nous n’avons qu’à remercier le bon Dieu du progrès continu de notre sainte religion, au milieu des populations infidèles de l’Inde.
« Dans un des précédents comptes rendus, je vous faisais connaître les différents districts dont se compose la mission du Coïmbatour. Cette année, je me contenterai de vous faire un aperçu rapide du progrès de nos œuvres, que vous connaissez déjà.
« Tout d’abord, laissez-moi vous dire qu’Oottacamund a eu, cette année, l’honneur insigne de devener la résidence de S. Exc. le Délégné apostolique Mgr Ajuti. Nos chrétiens sont fiers et heureux de posséder au milieu d’eux le représentant du Souverain Pontife, prélat distingué, autant par ses vertus et qualités personnelles que par sa haute dignité, tous ceux qui ont eu l’honneur de le visiter ont été frappés de trouver tant de bonté et de charité dans un si haut dignitaire. Ils ont eu aussi le bonheur de le voir pontifier le 15 août, jour de le fête patronale. Il n’y a pas de doute que la présence de Son Excellence ne fasse beaucoup de bien, en rehaussant notre sainte Religion aux yeux de toute la population.
« Je dois dire aussi que Wellington est témoin cette année d’une grande œuvre, qui a demandé toute la ténacité et l’énergie du P. Foubert pour pouvoir réussir ; c’est la construction d’une grande et belle église en style gothique. Le cher confrère a eu à lutter contre toutes les autorités civiles et militaires, et il a remporté la victoire. Avec 23,000 roupies, il a pu, dans l’espace de 10 mois, commencer et achever une église que le gouvernement, de l’avis même de ces officiers, n’aurait pu bâtir à moins de 50,000 roupies. Jusqu’ici, on n’avait pour les soldats catholiques qu’une simple salle transformée en chapelle, mais désormais, ils auront la plus belle église de la mission.
ÉVANGÉLISATION.― « La petite moisson recueillie cette année surpasse de 88 celle de l’année précédente ; le nombre de païens baptisés s’élève à 372. Que d’obstacles nos confrères ont eus à surmonter pour faire fructifier la bonne semence ! Coïmbatour a été visité par une avalanche de 60 offciers, hommes ou femmes, de la fameuse armée du salut. Ils parcourent les rues avec musique, tambours et trompettes, les pieds nus, la tête rasée à l’indienne, le front marqué des emblèmes païens, vêtus à la mode des religieux indiens. Ils vont mendiant de porte en porte, prêchant partout, et répandant à foison toute espèce de tracts. Sans doute, leurs efforts seront vains, mais, hélas ! cette mascarade du christianisme a pour résultat de soulever le mépris de l’Indien pour l’Européen, d’exciter certains érudits païens à s’installer aussi « prêcheurs, disent-ils, de la vraie religion. » Ils prêchent une espèce de déisme, ils vont de village en village, de rue en rue, excitant leurs concitoyens à ne pas se laisser corrompre par les prédicateurs européens, à rester fidèles aux traditions religieuses de leurs ancêtres, et bien souvent, hélas ! ils ne réussissent que trop à faire écouter par leurs frères du paganisme.
« Nos confrères ont souvent la douleur de ne pouvoir s’opposer assez efficacement à ces agissements diaboliques des diverses sectes protestantes qui nous entourent. De bons et zélés catéchistes seraient d’un grand secours au missionnaire, pour réfuter les uns et les autres. Cette œuvre des catéchistes est devenue pour nous d’autant plus nécessaire, que les ennemis de notre sainte Religion semblent redoubler d’efforts et de zèle pour l’entraver. Puisse le bon Dieu nous venir en aide, pour fonder cette œuvre, qui ne manquerait pas de produire les meilleurs résultats !
ŒUVRE DE LA SAINTE-ENFANCE.― « Je regrette d’avoir à constater une certaine diminution dans le nombre des baptêmes d’enfants in articulo mortis. Un vieillard, qui, depuis de longues années, s’était voué à cette œuvre, ayant perdu la vue cette année, ne peut plus désormais s’occuper de cette chère œuvre, et nous n’avons pu encore le remplacer. Par contre, nos orphelinats de garçons et de filles continuent à nous donner les meilleurs résultats. Le nombre des orphelins augmente toujours. Cette année, au Shennapellam, où était le regretté P. Filère, il y a eu 25 nouveaux mariages. Voici que notre ferme n’est plus assez grande, il nous faut chercher ailleurs d’autres terres à défricher, pour pouvoir placer ces nouvelles familles et leur donner un moyen de subsistance pour l’avenir. Ce fut dispendieux pour la mission, mais nous ne pouvons pas ne pas seconder cette œuvre, qui nous donne de si beaux résultats.
ENSEIGNEMENT.― « Nos écoles font de véritables progrès. Les locaux ne sont plus suffisants pour contenir les élèves. A Coïmbatour, un étage sur l’école actuelle est devenu indispensable. A Oottacamund, le P. Biolley se voit aussi dans la nécessité d’agrandir son école. Ce sera sans doute une charge bien lourde pour la mission, mais ces dépenses sont tout à fait indispensables. Les pensionnat de Coïmbatour compte 41 élèves, au lieu de 26 l’an dernier. S’il continue à augmenter ainsi, les bâtiments actuels ne seront plus suffisants, et par là aussi, de nouvelle dépenses s’imposeront d’elles-mêmes à la mission. Mais le bien qui doit en résulter compensera, nous n’en doutons pas, les dépenses que ces divers établissements nous occasionnent.
« Les écoles de filles européennes et eurasiennes, sous la direction des religieuses européennes, ainsi que celles des filles indigènes, tenues par des religieuses indigènes, continuent à prospérer et à faire un grand bien. Le pensionnat des eurasiennes à Coïmbatour n’est achevé que depuis quelques mois, et il se trouve déjà occupé par vingt-neuf élèves pauvres ou abandonnées pour la plupart. Elles seraient devenues presque infailliblement la proie des sectes protestantes, si nous n’avions pu leur offrir un asile, où elles trouvent les moyens de s’instruire en gardant leur foi, et en se perfectionnant dans les vertus propres à leur âge.
HOPITAL.― « Sous la direction des religieuses européenes, l’hôpital continue à nous donner la plus grande satisfaction. Durant l’année qui vient de s’écouler, en moyenne, tous les jours 200 externes et 33 internes ont été soignés ; aussi le nombre des baptêmes donnés à l’hôpital seulement s’élève à 143. Trois religieuses sont presque exclusivement occupées à cette grande œuvre de charité. De plus, elles sont secondées par des tertiaires indigènes qu’elles ont formées, et qui sont actuellement au nombre de 20. Aussi, vu le nombreux personnel intérieur du couvent qui s’élève à 150, nous nous sommes vus dans la nécessité de bâtir une chapelle. Jusqu’à présent, nos bonnes religieuses n’avaient qu’une simple chambre de leur couvent pour chapelle ; mais, les œuvres augmentant, ce local était devenu tout à fait insuffisant.
« Si nous sommes obligés de dépenser ainsi de grandes sommes pour ces bâtisses et le maintien de l’hôpital, nous voyons que le bien se fait d’une manière sensible, et le bon Dieu, par des faits vraiment édifiants, où sa grâce paraît visiblement, veut bien nous montrer que cette œuvre lui est chère.
« Il y a quelques mois, une jeune femme de bonne caste était à l’hôpital civil de la ville, dans une salle réservée aux femmes enceintes qui sont près de leur délivrance. Cette femme, de vingt-cinq ans environ, après de grandes douleurs mit au monde un enfant qui ne devait pas vivre, et qui devait être aussi la cause de la mort de sa mère. Quinze jours après la naissance de l’enfant, la pauvre mère sentit que sa fin était proche. Quelle lumière reçut-elle d’En-Haut à ce moment ? Quel souvenir traversa son esprit ? Nut ne saurait le dire. Jamais elle n’avait approché nos missionnaires ni ne leur avait parlé. Mais elle avait entendu parler de l’hôpital des Mères, c’est-à-dire de notre hôpital des religieuses européennes. Elles s’adresse aux infirmiers et leur dit d’appeler le prêtre catholique. La sachant païenne, ces employés protestants ou païens sont tout étonnés, et ne peuvent comprendre une telle demande. Ils en avertissent le docteur protestant, qui se trouvait à ce moment à l’hôpital. Celui-ci étant venu près d’elle avec ses employés, elle réitéra sa demande avec tant d’instances, que le docteur lui-même, tout surpris, fit appeler son mari qui était un des serviteurs de l’hôpital.
« De nouveau, en présence de son mari et de toute l’assistance, elle demanda qu’on fit venir immédiatement le prêtre catholique. Son mari ne voulant pas la contrarier y consentit, et le P. Gudin chargé de la paroisse fut appelé. Tout heureuse de le voir, la pauvre malade lui dit : « Père, voici mon petit enfant, baptisez-le et baptisez-moi aussi. » Voyant tant de foi et d’ardeur dans une pauvre païenne, après lui avoir expliqué les principaux mystères de notre sainte religion, lui avoir fait produire les actes de foi, d’espérance et de charité qu’elle répétait de toute son âme, il ne crut pas devoir différer plus longtemps, et lui conféra la grâce tant désirée du saint baptême, ainsi qu’à son nouveau-né.
« Ceci se passait à neuf heures du matin environ. Vers les dix heures, la malade fait appeler son mari, et le prie de la faire transporter à l’hôpital des Mères. Voyant le dangereux état dans lequel elle se trouvait, celui-ci fit d’abord quelques difficultés et lui dit : « Ce soir nous « verrons. ― Ce soir ? dit-elle, ce soir, je ne serai plus de ce monde, et je ne veux pas mourir « ici ; je veux aller mourir près des Mères. » Son pauvre mari finit par acquiescer à la demande de cette femme qu’il aimait, et avec le plus de précautions possibles il la fit transporter à notre hôpital. Heureuse de se trouver au milieu des religieuses, elle s’écrie : « Je « viens mourir ici près de vous, je vous confie et vous donne mes enfants. » Car, en effet, elle en avait deux autres à la maison. Durant les courtes heures qu’elle eut à passer à notre hôpital, elle ne cessa de témoigner sa reconnaissance, sa foi et son amour pour le bon Dieu, en s’unissant de tout cœur à toutes les saintes aspirations qu’on lui suggérait.
« Quelques instants avant sa mort, son mari étant venu la voir, en lui exprimant le bonheur et la joie qu’elle avait de mourir catholique, elle le pria instamment de se faire baptiser et de devenir lui aussi catholique ; et , après avoir répété quelques saintes invocations, elle rendit paisiblement son âme à Dieu, comme une vraie prédestinée.
« Devant de pareils prodiges de la grâce, on ne peut que remercier Dieu de sa miséricorde infinie, et admirer les desseins insondables de sa divine Providence.
ŒUVRES DE PRIÈRE ET DE RELIGION.― « Les associations pieuses déjà signalées dans les précédents comptes rendus continuent, par le zèle des confrères, à produire un grand bien parmi nos chrétiens. A Oottacamund, l’Apostolat de la prière, la confrérie du Saint-Scapulaire ont eu une heureuse influence. Le nombre des communions mensuelles a sensiblement augmenté, et les PP. Biolley et Béroulle ont la confiance que le bien déjà commencé ira en augmentant.
« A Coïmbatour , le P. Gudin, malgré ses nombreuses occupations, s’est efforcé de raviver la confrérie du Sacré-Cœur et l’Apostolat de la prière. Ses efforts n’ont pas été stériles ; le nombre des associés s’est aussi accru. A Gudalur dans le Wynaad, le P. Baldeyrou, malgré bien des difficultés, a réussi également à établir l’Apostolat de la prière parmi ses chrétiens, répandus çà et là dans les diverses plantations de café. L’amélioration des mœurs, la fréquentation des sacrements, tels sont les premiers fruits de ses efforts et de son zèle. Dieu a béni ses travaux, et le cher Père a pu baptiser, cette année, une trentaine de catéchumènes. »
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