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Rapport annuel des évêques

Année: 1898
Pays: Inde
Mission: Coïmbatour
Rédacteur:Mgr Bardou

III. — Coïmbatour.


Population catholique 35.064
Baptêmes d’adultes 605
Conversions d’hérétiques 44
Baptêmes d’enfants de païens 985
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Le nombre des centres d’action s’est augmenté en ces derniers temps dans le diocèse de Coïmbatour. « Grâce à cet accroissemnent, écrit Mgr Bardou, la vie de la foi a fait de réels progrès dans l’âme de nos catholiques. C’est là une bénédiction de Dieu pour laquelle nous devons lui être reconnaissants.
« Le chiffre des baptêmes de païens et des conversions d’hérétiques, continue Sa Grandeur, est au-dessus de notre moyenne ordinaire, mais encore bien humble, si nous le comparons à ceux qu’on obtient dans des Missions où il plaît au divin Maître de faire tomber en abondance la rosée de sa grâce. Ce mouvement si consolant des peuples vers notre sainte religion, nous l’appelons de tous nos vœux pour notre chère Mission de Coïmbatour, mais nous ne pouvons pas encore espérer le voir se produire de si tôt. Généralement, surtout dans les villages éloignés des grands centres, les païens sont respectueux envers le prêtre, reconnaissent sa mission divine et admettent la beauté et la vérité de notre doctrine. Cependant, si on les presse d’entrer au bercail du Sauveur, ils s’éloignent tristement, sans mot dire, comme ce jeune homme que Notre-Seigneur invitait à suivre les voies de la perfection.
« Notre pauvre peuple ne semble pas avoir l’énergie suffisante pour rompre les liens qui le retiennent dans le paganisme. Nos chrétiens se conforment avec un soin jaloux aux multiples exigences de la caste, base de la société hindoue ; n’importe, lorsqu’un païen se convertit, il n’en est pas moins rejeté et considéré comme déchu par sa parenté ; il n’est pas jusqu’aux parias qui parfois ne s’imaginent tomber en se faisant chrétiens. »
Nons allons voir que, malgré tant d’obstacles, Dieu accorde à ses ouvriers la joie de lui gagner de nouveaux adorateurs.

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Dans la partie du Wynaad rattachée aux Nilghiris, le missionnaire du Gudalur, M. Gudin, a enregistré 82 baptêmes de païens et 2 conversions de protestants. Il écrit à propos d’un village de son district : « Saint Antoine a converti tous les païens de Dévala, et je compte ces « néophytes parmi les meilleurs du Wynaad. Mais, hélas ! Dévala s’appauvrit de jour en jour, « et j’ai la douleur de voir beaucoup de mes néophytes se disperser. J’espère néanmoins qu’ils « resteront fidèles au Dieu de leur baptême. »
A Ootacamund, à la paroisse Sainte-Marie, M. Biolley a eu 37 baptêmes. M. Roy administre la paroisse du Sacré-Cœur, dans la même ville ; il s’est appliqué principalement à organiser sa nouvelle chrétienté composée, en grande partie, d’une population flottante, disséminée dans les quartiers païens et qui avait échappé jusqu’ici à l’action du missionnaire.
Un peu plus bas, sur le versant des mêmes montagnes, nous rencontrons MM. Foubert et Robin : le premier, chargé de Wellington et de l’aumônerie militaire ; le second, de la chrétienté de Kotaghiri. Les difficultés et les contrariétés n’ont pas manqué à ces deux confrères ; mais Dieu a béni leurs travaux et leurs peines, et 40 nouveaux baptisés sont venus augmenter leur troupeau.
« Les Nilghiris, écrit ici Mgr de Coïmbatore, ont l’honneur de posséder actuellement Mgr Tylee, prélat anglais, autrefois membre de l’église anglicane. Durant son séjour sur les montagnes, il a mis généreusement au service des âmes son éloquence et le prestige de son nom. Ses sermons dans les églises d’Ootacamund ont été bien suivis ; il a même eu plusieurs fois le Gouverneur de Madras parmi ses auditeurs. Son séjour dans le diocèse n’eût-il eu pour résultat que de faire tomber beaucoup de préjugés chez nos frères égarés, ce serait déjà pour nous un grand bienfait. »

A Matoor, M. Lefrançois doit joindre à l’administration d’un district très étendu, la direction de la ferme du Pallam. Tout en luttant contre la fièvre si fréquente en ces parages, il a eu la consolation de ramener dans le droit chemin un certain nombre de chrétiens baptisés, il y a vingt ans, lors de la grande famine et depuis trop longtemps oublieux de leurs devoirs.
M. Rogues, qui a succédé à M. Vieillard dans le poste de Naglour, a su maintenir le petit mouvement de conversion qui existe depuis quelque temps en ce district : 25 baptêmes ont été la récompense de son zèle. Pour former plus facilement les nouveaux convertis aux pratiques d’une vie véritablement chrétienne et leur faire contracter des habitudes de travail et d’épargne, la Mission s’est imposé la charge de fonder un village au milieu de la forêt. Malheureusement, l’expérience l’a montré déjà, il faudra compter avec la fièvre. En outre, il y a pour le moment, retranché dans les antres de la montagne voisine, un chef de voleurs qui, à la tête d’une bande armée, rançonne la contrée. Telle est la terreur inspirée par son nom seul que la police elle-même n’ose se lancer à sa poursuite.
A Pallapaléam, M. Castanié a été assez heureux pour rétablir la paix dans ce village et mettre fin aux disputes de caste qui divisaient les chrétiens depuis plusieurs années. Puisse cette paix être durable, et la paroisse de Pallapaléam redevenir ce qu’elle était autrefois, la plus édifiante et la meilleure du diocèse !

M. Tour, à Palghat, a su mener de front les réparations de son église et l’installation d’une école pour les filles east-indiennes confiée aux Franciscaines missionnaires de Marie.
La patience de M. Bachelard à Atticodou, son énergie et l’expérience de dix années passées dans ce district n’ont pu dompter complètement l’orgueil et l’esprit chicaneur de ses vanniers.
« Ils ont continué, écrit-il, comme par le passé, à courir toutes les cours du royaume de « Cochin. Ces pauvres gens, depuis bientôt une quarantaine d’années, semblent n’avoir « d’autre but que de dilapider, dans d’interminables procès, les biens acquis par leurs pères. « Ruiner son voisin et par là-même se ruiner plus ou moins soi-même, telle est la plus chère « de leurs occupations. De là est venue la gêne où se trouvent beaucoup de familles qui « cependant devraient être prospères. Ils ne s’arrêteront dans cette voie que lorsque tous « seront au même niveau, c’est-à-dire ayant à peine de quoi vivre. Comme cause de cette « misère, aux tenaces jalousies qui divisent les familles il faut ajouter le défaut de partage « régulier entre membres d’une même maison, et aussi le manque d’un cadastre exact dans « cette partie du royaume de Cochin, la dernière livrée à la culture. »
« La paroisse de Melarkadou, jadis appartenant au Vicariat apostolique de Tritchur et incorporée l’an passé au diocèse de Coïmbatore, continuait néanmoins à être desservie par un prêtre syriaque. Se voyant seul de ce rite dans notre Mission, il a préféré rentrer dans son pays d’origine. Je lui ai donné comme successeur un de nos prêtres indigènes de la dernière ordination, le P. Paul. Il a appris le maléalam, seul dialecte parlé dans ces parages, et n’a eu jusqu’ici qu’à se louer de ses chrétiens. Il vient de faire une petite excursion sur les montagnes avoisinantes, où il a visité environ 150 fidèles disséminés dans les plantations de café.

« La paroisse de Coïmbatore nous console du peu de résultats que donne, dans plusieurs districts, l’œuvre de la conversion des païens.
« M. Guerpillon, curé de la cathédrale, a été obligé, cette année, de quitter deux fois sa paroisse pour refaire sa santé chancelante. Heureusement, il avait pour assistant l’intrépide M. Deniau dont le zèle et la patience ne font que grandir avec les difficultés. Spécialement chargé de l’œuvre des catéchumènes, il s’y est donné avec tout le dévouement que lui légua son ancien curé, le regretté M. Baldeyrou. Jugeant avec raison qu’au lieu d’attirer les coureurs dont la persévérance n’offre pas assez de garantie, il serait plus profitable de baptiser des familles établies à Coïmbatore même, il s’est tourné vers les parias cantonnés dans différents quartiers de la ville. Cette année encore, Dieu a béni ses efforts et lui a donné la consolation d’enregistrer 253 baptêmes de païens et 18 conversions d’hérétiques.
« Lorsqu’une demi-douzaine de païens instruits, baptisés et ayant reçu la première communion, s’en sont retournés à leurs occupations, M. Deniau ne songe plus qu’à une chose : combler, le plus tôt possible, les vides faits par leur départ. On voit à son air préoccupé qu’il médite un nouveau coup, et bientôt, le bâton à la main, son large et antique chapeau sur la tête, il part en expédition ; sainte expédition à laquelle se joignent les anges du bon Dieu pour lui donner la victoire.
« Il s’attaque à quelque chef de famille, le poursuit et ne le laisse qu’après acceptation, de la part de ce dernier, d’un rendez-vous pour le lendemain sous la vérandah du Père. Arrivé là, le païen est toujours obligé d’en venir à une capitulation. Mais si le zèle de M. Deniau est inépuisable, il n’en est pas de même de sa pauvre bourse, et parfois il se voit obligé de limiter, sinon de suspendre ses conquêtes, parce qu’il lui manque le nerf de la guerre.

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« Ce compte rendu ne serait pas complet si je n’ajoutais quelques lignes sur nos œuvres d’instruction et de charité. Plusieurs pèsent d’un poids bien lourd sur notre pauvre budget, mais toutes sont nécessaires, car sans elles, non seulement nous ne pourrions progresser, mais il nous serait impossible de soutenir le bien accompli.
« Nous avons 3.260 élèves dans nos différentes écoles, 3.674 en y joignant les enfants de nos orphelinats.
« Grâce au dévouement et au labeur incessant des missionnaires à qui est confié cet établissement, le collège Saint-Michel de Coïmbatore se maintient avec honneur au rang qu’il s’est acquis ces dernières années. Mais le local est de nouveau insuffisant ; nous allons être obligés de construire encore un étage, et nous ne savons comment faire face aux dépenses que ce travail va occasionner. Et pourtant, vu l’état actuel de la société hindoue, un collège, et un collège convenablement aménagé, est une œuvre absolument nécessaire à tout diocèse catholique dans ce pays. Sans notre collège, nous aurions bientôt la douleur de voir nos jeunes gens catholiques se perdre dans les écoles païennes ou protestantes, et nous-mêmes ne comptant pour rien dans la société, nous n’aurions plus aucune influence.
« A notre collège est annexé un pensionnat spécialement réservé aux enfants de nos familles catholiques. Ceux-ci y viennent, plus nombreux à chaque exercice, recevoir avec l’instruction, une éducation qui les préserve des égarements de la jeunesse, et les rend chrétiens solides et éclairés.

« Les Frères irlandais de Saint-Patrice comptent dans leur école Saint-Joseph, à Coonoor sur les Nilghiris, 95 élèves, dont 60 pensionnaires. Cette école a été fondée pour les enfants d’origine européenne ou eurasienne. Le missionnaire de Coonoor, M. Peyramale, réclame pour l’éducation des filles une fondation de même genre ; ses instances se comprennent d’autant mieux que, dans cette ville chaque jour plus importante, il n’y a pour cette portion de la jeunesse qu’une école protestante de la pire espèce.

« Les Franciscaines Missionnaires de Marie, en dehors de leurs œuvres particulières aussi nombreuses qu’admirables, ont la direction des hôpitaux entretenus aux frais de la Mission, à Coïmbatore et à Palghat.
« Elles ont enregistré, cette année, 490 baptêmes d’enfants in articulo mortis et 30 d’adultes moribonds. Le nombre des malades à qui elles ont prodigué leurs soins, s’est élevé, en moyenne, de 400 à 500 par jour. Ces chiffres sont leur plus bel éloge et se passent de commentaire.
« Un mot, pour terminer, sur les épreuves par lesquelles il a plu à Dieu de nous faire passer
« La fièvre typhoïde a régné à l’état épidémique, à Ootacamund ; elle y a fait de nombreuses victimes parmi nos chrétiens. Le choléra qui, l’an dernier, avait décimé la population de Coïmbatore et tant éprouvé les districts voisins, a reparu cette année encore, et le fléau obéissant aux desseins insondables de la divine Providence, s’est principalement abattu sur la population catholique et sur nos établissements. Nous avons été obligés de licencier le séminaire et le pensionnat, et de fermer pour un temps le collège Saint-Michel.
« Dieu qui afflige ceux qu’Il aime, ne s’est pas contenté de nous envoyer ces épidémies. La maladie a visité, les uns après les autres, la plupart des missionnaires résidant à Coïmbatore. Mais l’épreuve la plus pénible pour tous a été l’accident survenu à M. Rondy, accident qui l’a forcé à repasser en France pour y subir une opération, déclarée impossible ici par les docteurs. Daigne le bon Dieu nous le rendre bientôt entièrement guéri.
« Daigne aussi le divin Maître nous protéger tous contre le terrible fléau de la peste qui, en ce moment, promène ses ravages dans les Missions voisines. Je viens d’ordonner, dans tous les districts, des prières spéciales pour apaiser la colère du ciel : Parce pauperi et inopi ! »



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