| Année: |
1904 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Pondichéry |
| Rédacteur: | Mgr Morel |
CHAPITRE VIII
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDE
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I. — Pondichéry
Population catholique 141.841
Baptêmes d’adultes 801
Conversions d’hérétiques 33
Baptêmes d’enfants de païens 886
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« Durant l’année qui vient de s’écouler, écrit M. Morel, vicaire général, la mort a frappé à coups redoublés dans les rangs des ouvriers apostoliques du diocèse de Pondichéry : six missionnaires et un prêtre indigène sont allés recevoir la récompense promise au fidèle serviteur.
« D’un autre côté, M. Morin a été rappelé au séminaire de Paris, comme directeur, et M. Loyon a dû nous quitter, pour aller demander au climat d’Europe une guérison que le soleil brûlant de l’Inde ne peut lui donner. Plusieurs autres missionnaires, minés par l’âge ou la maladie, incapables de tout travail, attendent, victimes résignées, l’heure de l’appel définitif.
« Ces quelques lignes, tableau trop fidèle, hélas ! de notre situation au point de vue du personnel, disent « la grande pitié » qui règne dans la mission de Pondichéry ; elles se résument en ce cri du cœur : Au secours !
« Tout en nous inclinant sous la main de Dieu qui nous éprouve, nous devons au bon Maître de grandes actions de grâces pour le bien qui s’est accompli pendant l’exercice qui vient de finir. L’an dernier, nous étions arrivés au beau chiffre de 323.692 communions ; cette année, nous avons fait mieux encore notre total s’élève à 330.766. La dévotion au Sacré-Cœur, qui se répand de plus en plus, augmentant sensiblement le nombre des communions mensuelles ; le jubilé accompagné d’une petite retraite dans la plupart des districts ; les efforts incessants de nos confrères abondamment bénis du Très-Haut : telles sont les causes de ce progrès vraiment consolant.
« Les baptêmes d’adultes n’atteignent pas un chiffre bien élevé ; mais, comme l’écrivent plusieurs confrères, cette halte dans les conversions est peut-être un bien, parce qu’ainsi les néophytes sont visités plus souvent et mieux formés à la vie chrétienne.
« L’an dernier, à Noël, des pluies torrentielles ont été cause que nombre d’étangs ont rompu leurs digues, emportant des villages entiers ; première cause de misère. En juillet et août, la pluie a fait défaut et les menus grains, semés en juin, ont germé, levé un peu, et puis séché complètement ; deuxième cause de misère, et celle-ci générale.
« Le 1er juillet, les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny ont dû quitter l’hôpital et la léproserie laïcisés. En neuf mois, elles avaient eu 75 baptêmes de païens, dont 40 d’enfants in articulo mortis et 35 d’adultes. Le vent de la persécution, qui souffle ici comme dans la mère-patrie, accumule bien des ruines et occasionne bien des misères.
« Les mêmes Sœurs de Saint-Joseph ont vu leur pensionnat laïcisé, comme l’hôpital et la léproserie ; aujourd’hui, elles n’ont plus qu’une école, où les parents ne sont pas même libres d’envoyer leurs enfants.
« Les écoles communales, tenues jusqu’en 1902 par les Sœurs indigènes du Saint-Cœur de Marie, ont été aussi laïcisées, et Dieu sait la valeur du personnel qui a pris la place des religieuses ! Aujourd’hui, ces dernières n’ont plus que l’école qu’elles ont ouverte dans leur maison-mère. Elles sont restées dans la plupart des villages où elles étaient établies, mais elles n’ont guère comme élèves que des petites filles au-dessous de sept ans. Il faudrait qu’elles fussent brevetées pour ouvrir des écoles libres.
« Pour les garçons, il y a le petit séminaire avec plus de 1.000 élèves ; c’est-à-dire que le petit séminaire, à lui seul, a plusd’élèves que les cinq ou six écoles laïques, tant secondaires que primaires. Le supérieur, M. P. Escande, sans se laisser émouvoir par les bruits de fermeture, lancés périodiquement contre son établissement, est en quête « d’un peu plus de place » pour loger son monde. L’avenir n’en apparaît pas moins gros de menaces.
« A Pondichéry, outre un couvent de Carmélites et les maisons-mères des Sœurs du Saint-Cœur de Marie et des Sœurs de Saint-Louis de Gonzague, nous avons un hospice confié aux Sœurs de Saint-Joseph ; il donne asile à une cinquantaine de vieux et de vieilles, pauvres épaves, qui ont le suprême bonheur de trouver là, avec un peu de bien-être pour leur corps, le salut de leur âme, car on recueille surtout des païens. Ce que l’hospice fait pour les malheureux au déclin de la vie, les asiles de la Sainte-Enfance le font pour les petites filles abandonnées. C’est un merci bien cordial que j’adresse ici à MM. les Directeurs de l’Œuvre, et à tous les chers enfants de France, qui donnent leur sou mensuel pour leurs petites sœurs de l’Inde.
« Je dois mentionner aussi les deux ateliers dirigés par les Sœurs de Saint-Joseph : dans l’un, les jeunes filles créoles, pauvres ou orphelines, au nombre de soixante-dix, font des travaux de couture ; dans l’autre, une soixantaine de jeunes filles pariates travaillent à la dentelle. Elles sont ainsi sous traites à la rue et gagnent quelque argent, qui sert soit à entretenir leurs familles, soit à leur constituer une petite dot pour l’époque de leur mariage.
« La paroisse indigène compte plus de 8.000 chrétiens. La majorité est certainement bonne ; le dimanche, aux messes de 5, 6 et 7 heures, la cathédrale est remplie ; tous les jours, l’assistance à la sainte messe est nombreuse : le soir, à partir de 3 heures, les femmes viennent en grand nombre prier à l’église ; de 5 h. ½ à 7 h. ½ , deux à trois cents hommes se succèdent dans la visite au Saint-Sacrement ; à certaines grandes fêtes, il y a plus de 3.000 communions.
« Bien qu’ils ne soient pas riches, les chrétiens sont généreux, et, pour célébrer les nombreuses fêtes, établies soit à la cathédrale, soit dans les chapelles environnantes, ils donnent volontiers leur obole.
« Ce beau tableau a malheureusement un revers ; il y a, en effet, un certain nombre d’hommes que l’on ne voit jamais à l’église, ni au confessionnal. Plusieurs, ceux surtout qui ont fait quelques études, pensent ainsi se grandir et passer pour des esprits forts ; d’autres songent avant tout à gagner les bonnes grâces de leurs chefs, et, comme ceux-ci s’abstiennent de toute pratique religieuse, ils se croient obligés de les imiter. Il y a aussi un bon nombre de nouveaux chrétiens, domestiques, ouvriers dans les usines, etc., qui sont complètement inconnus aux prêtres chargés de la paroisse. Le regretté M. Fourcade, qui les a baptisés, qui les connaissait, étant mort, ces pauvres chrétiens sont comme des brebis sans pasteur ; personne ne les appelle et ils se gardent bien de venir d’eux-mêmes. Mais patience et courage : que les PP. Rassendiram et Clément, si pleins de zèle, restent longtemps à leur poste, et ils finiront par connaître et attirer tous ces malheureux.
« M. Deniau (du Coïmbatour) et M. Guiraud, directeurs du grand séminaire, se sont chargés, le premier de Krouscoupam, le second de Dupuypet. Dans ces deux misérables quartiers, ils font beaucoup de bien ; qu’ils me permettent de les en remercier et de les en féliciter.
« Après avoir parlé si longuement de Pondichéry, faisons une excursion à travers le diocèse. En allant à la gare, nous pouvons jeter un coup d’œil sur la future église du SacréCœur : ce monument de la piété de notre archevêque sera le Montmartre de l’Inde, mais ce sera aussi le centre d’une nouvelle paroisse. Et maintenant, un billet pour Villupuram, à 28 milles ouest de Pondichéry. En route, saluons Villenour, le premier sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes dans l’Inde. A Kaudamaugalam, douane anglaise, une heure d’arrêt ; puis nous arrivons à Villupuram.
« M. Maurice, titulaire de ce district, nous dit ceci : « Le nombre des confessions et « communions à Villupuram est sensiblement le même que l’année dernière. Je remarque « toutefois, avec infiniment de plaisir, que la Confrérie du Sacré-Cœur, établie spécialement « pour les jeunes gens, produit chez eux d’excellents fruits. Je me propose d’admettre un plus « grand nombre d’associés à la communion mensuelle. Beaucoup m’ont déjà donné leurs « noms ; mais, avant de les compter réellement parmi les associés du Sacré-Cœur, je tiens à « leur faire faire un noviciat d’un an. Je n’admets que ceux qui, pendant ces douze mois, ont « eu une conduite irréprochable et qui promettent de persévérer.
« Le nombre des conversions de païens pourrait être plus considérable. J’ai reçu en effet « bon nombre de demandes. Mais l’expérience m’a appris que, sur ce chapitre, il faut « procéder avec une sage lenteur, et n’admettre au baptême que ceux qui offrent de sérieuses « garanties. A titre d’essai, j’ai fait étudier plusieurs familles, que je baptiserai plus tard.
« L’école établie à Villupuram pour les chrétiens parias a été reconnue par le « gouvernement. Quarante enfants ont fréquenté l’école, pendant l’année, et ont subi l’examen « avec succès. Cette école est appelée à faire un très grand bien ici, où les protestants ont une « certaine influence.
« La population eurasienne, qui était de 130 au commencement de l’année, a beaucoup « diminué : dix ou douze familles ont été envoyées dans d’autres stations. Par contre, la « population catholique indigène a augmenté et s’élève aujourd’hui, pour Villupuram « seulement, à près de 550. »
« De Villupuram, si nous avançons vers l’ouest, nous trouvons Mogayur, confié aux bons soins du P. Antoine ; puis Hély, district détaché du précédent, il y a quelques années, et où travaille le P. Selvanader. Nous arrivons ensuite à Attipakam, dont le titulaire est M. Grosborne.
« Cette année, nous dit-il, j’ai établi l’adoration en union avec Montmartre. Je l’ai fixée au « deuxième dimanche du mois de juin. Pour une première fois, les chrétiens sont venus « nombreux. A l’avenir, ils viendront plus nombreux encore, je l’espère ; je pourrai alors « établir la procession du Saint-Sacrement pour clôturer la journée d’adoration. »
« Marchons directement à l’ouest, traversons le fleuve Pennar, et nous rencontrons Irudayampatty, nouveau district, détaché en grande partie de celui de Viriyur. Cette année, M. Huguet a bâti le dôme de l’église commencée par le vénérable M. Féron. En redescendant vers le sud, à une dizaine de milles, nous sommes à Viriyur. Le district qui compte encore plus de 3.000 chrétiens est confié à M. Renoux. Ce zélé confrère a eu 7.500 confessions, 100 extrêmes-onctions, etc. Il doit faire l’administration des chrétiens dans six chapelles, outre l’église de son chef-lieu.
« Les épreuves ne nous ont pas manqué, raconte-t-il. Pendant tout le mois de janvier, le « choléra a fait rage : A Viriyur, Seruvelur et dans les villages vannars, plus de 30 chrétiens « sont morts victimes de la terrible maladie. L’épidémie a contribué au réveil de la foi et de la « piété ; des familles, depuis longtemps divisées, se sont réconciliées et sont venues recevoir « les sacrements. Chaque soir, on entendait faire des lectures pieuses et réciter les prières en « commun, dans chaque maison. Le bon Maître a dû avoir ces supplications pour agréables, « car le fléau a fait infiniment plus de victimes parmi les païens que parmi les chrétiens.
« Après le choléra est venu le feu : à Viriyur et Seruvelur, plus de quarante maisons ont été « la proie de l’incendie. Je dois dire que nos pauvres néophytes m’ont édifié par leur « résignation vraiment admirable dans sa simplicité. Aujourd’hui, les maisons sont rebâties, « mais la pluie ayant fait défaut, le cambou a séché, et l’année sera bien pénible pour un grand « nombre. »
« Parmi ses épreuves M. Renoux cite un procès qu’il a dû soutenir contre un brahme, à propos de son école de Mayamur : ce procès est aujourd’hui heureusement terminé.
« L’esprit général des chrétiens de Viriyur est bon ; ils ont pourtant un grave défaut : pour un bout de terrain, un sentier ; pour une parole injurieuse, ils s’intentent des procès. Le nombre de ces procès est incalculable, et, pour les dirimer, il faudrait être parfaitement au courant des usages indiens et du code anglais, et n’avoir pas autre chose à faire.
« Ne quittons pas ce district sans remarquer que les associés de la Confrérie du Sacré-Cœur dépassent 500.
« A une quinzaine de milles au sud-est de Viriyur, nous trouvons Eraiyur, le district modèle, organisé par le regretté M. Mury. Je me contenterai de noter que, dans ce district de 3.300 chrétiens, le nombre des confessions a dépassé 12.000. C’est M. Journoud, secondé par M. Tesson, qui continue l’œuvre de M. Mury.
« Dirigeons-nous maintenant vers l’est et nous arrivons d’abord à Irunday, district de M. Daniel ; puis à Panicancupam, district de M. Prudent. Ce dernier dépense tous les trésors de sa diplomatie (ils sont considérables) pour ramener la paix dans sa station de Satipetty : malheureusement, il se trouve toujours quelque obstacle qui empêche les négociations d’aboutir. Souhaitons-lui bon courage et arrivons à Cuddalore.
« Là, se trouve le collège Saint-Joseph. Le supérieur, M. Bertho, a pu y rentrer en février, et tout le monde y remplit son devoir avec joie et succès. La paroisse, et l’important couvent du Sacré-Coeur de Jésus sont confiés à M. Bruyère.
« De Villupuram, en suivant la ligne de Madras, nous rencontrons Vicravandi, district bien difficile à administrer, et où tout manque : chapelles dans les stations, église et presbytère au chef-lieu. C’est ensuite Tindivanam, où M. Combes a commencé la réalisation d’un projet qu’il caressait depuis longtemps ; je veux parler de la fondation d’une école industrielle. Un corps de bâtiment a été construit sous la direction du Frère Jean-Baptiste, et aujourd’hui, une dizaine d’orphelins travaillent à devenir menuisiers ou charpentiers. L’orphelinat des filles et le dispensaire continuent à prospérer sous la conduite des Sœurs de Saint-Joseph.
« Le district de Minnur a été détaché de Tindivanam. J’ai enfin pu restaurer la chapelle de « Dupleix à Merkanam, dit M. Clément. Trois mois de travaux l’ont débarrassée de la « végétation qui l’avait envahie, et lui ont redonné l’éclat des beaux jours, alors qu’elle était « ombragée par le drapeau français.
« Cette occupation toute matérielle a nécessairement nui à l’administration de mon district. « Comme l’an passé cependant, j’ai parcouru mes chrétientés en couchant sous la tente ; mais « il m’a été impossible de réunir les enfants pour l’étude des prières et du catéchisme. »
« De Minnur, allons chez M. Giraud, à Madurantakam. Notre zélé confrère a terminé la construction de son église de Valayaputur, à laquelle il travaillait depuis quatre ans. « Cette « année, dit-il, l’inondation ayant fait beaucoup de dégâts dans une bonne partie de mon « district, un certain nombre de mes chrétiens (environ 200) ont émigré de différents côtés. De « plus, à Poudour, le choléra m’en a emporté 22, en dix jours. Le nombre de mes fidèles ne va « donc pas en augmentant. J’ai eu néanmoins 3.600 confessions, chiffre supérieur de 1.200 à « celui de 1899 et de 2.300 à celui de 1893, alors que Cheyur faisait partie de Madurantakam. « Sur ces 3.600 confessions, 1900 ont été entendues à Poudour, ce qui donne une moyenne de « 4 pour chaque communiant.
« Actuellement, sept familles païennes demandent à étudier. Mon système d’administration « est toujours le même. A moins d’un travail extraordinaire, je reste rarement plus d’une « semaine dans un poste. Je me rends au village que je dois visiter, le lundi matin. Dès le soir, « j’examine les affaires, et le lendemain, je commence à juger les petits procès. J’en ai bien « souvent pour toute la semaine ; car ici, il n’y a pas d’autre cour que le presbytère, ni d’autre « juge de paix que le missionnaire. Les chrétiens y gagnent à tout point de vue. L’après-midi « est consacré à l’audition des confessions. Quand tous les rouages sont remontés et que l’élan « est donné, je fais mes paquets et vais recommencer ailleurs.
« Je suis généralement content de mes chrétiens. Ils ont bon esprit ; ils me donnent « beaucoup de travail et, partant, beaucoup de consolation. J’ai bien quelques misères avec les « néophytes : mais n’y a-t-il pas toujours quelques épines parmi les roses ? Cependant la « plupart sont dociles. Je ferai mon possible pour arracher l’ivraie et ne laisser que le bon « grain, et alors ce sera parfait. »
« M. Grandjanny écrit de Cheyur : « A la fin de cette année, je ne puis présenter qu’une « petite gerbe de 6 baptêmes. C’est bien peu, si l’on compare ce chiffre avec ceux des années « précédentes. Les pluies étant tombées régulièrement, les parias ont trouvé du travail et n’ont « guère eu le temps de songer à la religion.
« D’ailleurs, cet arrêt dans le mouvement des conversions est un bien relatif : il me permet « de former à la vie chrétienne les néophytes de 1896, 97, 98, 99, d’organiser mon district, et « de bâtir des chapelles dans les nouveaux villages.
« Les néophytes des environs me donnent quelque consolation ; ils comprennent de mieux « en mieux l’Évangile et s’approchent assez fréquemment des sacrements. Au contraire, ceux « qui habitent les villages éloignés de toute église se montrent moins dociles. Chaque année, « plusieurs centaines de mes chrétiens quittent le district en janvier, et vont récolter les « pistaches du côté de Pondichéry. Là, éloignés de leurs parents et de leurs connaissances, ils « vivent parfois comme des païens, et les jeunes filles s’y perdent facilement.
« Les chrétiens de Palléour, qui étaient autrefois si fidèles à venir le dimanche à l’église, « n’y viennent plus qu’une ou deux fois l’an. Leur zamurdar, ennemi des chrétiens, fait son « possible pour les entraîner à l’apostasie. Jusqu’à présent, grâce à Dieu, il n’a pas réussi, « mais j’ai peur pour l’avenir.
« Les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny ont pris possession, de notre dispensaire le 24 mars. « Dès le début, elles ont su se concilier la sympathie du peuple ; en cinq mois, elles ont eu « 41.390 consultations, c’est-à-dire, de 200 à 225 par jour. Elles ont baptisé 109 enfants. »
« L’apôtre de Chetput, le vénéré M. Darras, écrit dans son compte rendu : « L’adminis-« tration du district a beaucoup souffert pour plusieurs raisons. D’abord, j’ai été malade et « obligé de m’absenter ; ensuite, mes jeunes collaborateurs ont été changés ; enfin, la peste est « arrivée et a empêché toute administration pendant quatre mois. Au commencement, les « gens, pris de panique, se sont enfuis un peu partout, occasionnant une recrudescence du « fléau. Je les ai, dans la suite, exhortés à rester chez eux, les aidant à désinfecter leurs « maisons dès qu’on y trouvait quelque rat mort, et remplissant ainsi de mon mieux les « fonctions de gardien de la santé publique.
« J’ai ordonné des processions pendant neuf jours d’abord ; ensuite pendant quinze. Notre-« Dame de Lourdes nous a si bien protégés que l’épidémie a passé sans faire trop de vides « dans les rangs de mes chrétiens. Un vieillard paria, qui ne pouvait vivre en paix avec « personne, a succombé. Il s’est converti au dernier moment. Parmi les chrétiens de caste, une « jeune orpheline du couvent, qui venait de se marier, a été enlevée par le terrible mal. M. « Colas, qui l’a assistée à ses derniers moments, parle avec édification de sa piété, de sa « résignation, de la joie avec laquelle elle a reçu les derniers sacrements et accepté la mort.
« La peste a été pour nos chrétiens une excellente prédication. Du matin au soir, l’église « ne désemplissait pas. Au jour fixé pour remercier Dieu de la cessation du fléau, presque tous « les fidèles se sont approchés des sacrements. Très bien donc, pour Chetput ; mais, dans les « stations secondaires, c’était une autre histoire. Dès que nous essayions de sortir du chef-lieu, « on nous fuyait à la lettre comme des pestiférés. C’est ainsi que l’administration a été « empêchée.
« Pour la première fois depuis vingt-huit ans, le grand pèlerinage de Notre-Dame de « Lourdes, au commencement de mai, et la belle fête qui le termine, n’ont pas eu lieu ; nous « avons ainsi perdu quelques milliers de confessions.
« Les païens d’un village, situé à 14 milles d’ici, me supplient, depuis huit ou dix mois, « d’aller les instruire et les baptiser. Mais ce village est au delà de Budamangalam, que nous « avons déjà tant de peine à administrer. Oh ! que le bon Jésus nous envoie donc un ouvrier « courageux ! C’est le désir de mon cœur ; et pour qu’il se réalise j’offre volontiers ma vie. »
« A Polur M. Goarzin ; à Pattiavaram, M. Chanal, sont sans cesse en courses pour le bien de leurs ouailles. A Arni, M. Millard travaille avec le zèle le plus louable.
« Dans la partie ouest de la mission, le district de Salem est sous la direction de M. Chouvene. Akravaram est sans titulaire et c’est le missionnaire de Salem qui l’administre.
Je cite maintenant M. Bréas : « L’administration du district de Darmapury n’a présenté « aucune difficulté spéciale. Les chrétiens de toute caste accomplissent fidèlement leurs « devoirs religieux : le repos du dimanche est très bien observé. Le dimanche, il y a une « moyenne de vingt communions ; et aux moindres fêtes, surtout aux fêtes de la sainte Vierge, « il y en a un bien plus grand nombre ; les tout nouveaux chrétiens eux-mêmes suivent le « mouvement.
« Les blanchisseurs parias sont un gros souci pour le missionnaire de ce district. « Disséminés à de grandes distances dans les villages païens, ces pauvres gens ont besoin « d’être aiguillonnés pour remplir au moins leur devoir pascal ; mais leur éparpillement les « rend, pour ainsi dire, insaisissables. Il faudrait un catéchiste qui s’occupât d’eux « exclusivement, et je ne sais où le prendre.
« Covilour n’a pas encore d’église. Le sentiment de mon inexpérience et aussi, il faut le « dire, l’apathie des chrétiens, m’ont empêché jusqu’ici de mettre la main à l’œuvre. Et « cependant la maison en terre qui, jusqu’ici, a tenu lieu d’église, menace ruine. »
« A Cadagathur, l’église s’est effondrée et le P. Stanislas réclame à grands cris des fonds pour la relever.
« A Tirupatur, le besoin de deux prêtres se fait de plus en plus sentir. En effet, Jalarpet est une grande station du chemin de fer de Madras ; il y a aussi un camp pour les pestiférés. Nous avons là plus de cinquante familles d’Européens ou d’Eurasiens, et il est impossible de leur refuser la messe le dimanche.
« M. Loyon, qui était chargé de ce district, étant tombé malade, a dû retourner en France, et M. Cheilletz, qui lui avait été donné comme vicaire, reste seul, trois mois seulement après son arrivée dans l’Inde.
« Il y a en ce moment, dans notre mission, cinq districts sans titulaires. Que la Providence vienne à notre secours le plus promptement possible ! »
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