| Année: |
1906 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Coïmbatour |
| Rédacteur: | Mgr Roy |
III. ─ Coïmbatour
Population catholique 37.080
Baptêmes d’adultes 418
Conversions d’hérétiques 36
Baptêmes d’enfants de païens 1.106
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« J’ai parcouru, en tournée de confirmation, écrit Mgr Roy, le nord, le sud et l’est du diocèse, et partout j’ai entendu les mêmes plaintes, les mêmes gémissements occasionnés par la même cause. Les petits enfants, d’ordinaire si gais et si rieurs, parce qu’ils sont sans soucis et n’ont pas encore eu le temps de tremper leurs lèvres innocentes à la coupe souvent amère de la vie, ces chers petits, dis-je, je les ai trouvés, en grand nombre, sans joie, l’œil hagard, le visage émacié et triste, et ce spectacle navrant me causait une peine indicible.
« Mais pourquoi ces lamentations ? Pourquoi cette tristesse générale ? C’est que depuis plusieurs années la pluie du ciel n’est tombée ni en quantité suffisante, ni au moment voulu ; de là, une cherté extraordinaire des grains qui les maintenait hors de la portée du journalier, du laboureur, des artisans et des petits marchands. Le missionnaire lui-même, assailli par des bandes de miséreux, se trouvait souvent dans la gêne : ce qui l’obligeait d’abréger ses repas d’une façon désastreuse pour sa santé. Au milieu de tant de souffrances, peu de païens pensaient à s’humilier et à élever leurs cœurs vers Celui qui seul est la puissance, la miséricorde et la charité infinies. Pauvres gens ! occupés toute leur vie de choses matérielles, nourris de fables ridicules, trompés par une foule de charlatans, ils restent dans une ignorance profonde de tout ce qui est surnaturel.
« Malgré cette calamité, presque générale dans notre diocèse, l’administration des districts s’est faite comme d’ordinaire. Les comptes rendus particuliers accusent près de 100.000 communions ; ce qui prouve que si, parmi nos chrétiens, quelques-uns succombent aux influences malsaines, le très grand nombre reste fidèle à sa foi et aux pratiques religieuses.
« Le chiffre des baptêmes d’adultes est, à une unité près, celui de l’année précédente ; celui des baptêmes d’enfants de païens a augmenté de quelques centaines. En quelques endroits néanmoins, la moisson s’annonce plus luxuriante et plusieurs missionnaires me la font espérer plus abondante pour l’année prochaine. J’aime à croire que leurs prévisions ne seront pas déçues.
« Quelques-uns de nos confrères ont payé leur tribut à la maladie, et la mort nous a ravi, dans la fleur de l’âge, notre cher et regretté M. Lefrançois. C’est pendant une épidémie de petite vérole que le cher Père est tombé victime de son zèle. Ayant changé récemment de poste, il s’était débarrassé de la fièvre et avait repris ses bonnes couleurs d’antan. Déjà il avait su gagner tous les cœurs : catholiques et non-catholiques l’ont vivement regretté. Personne ne l’a tant regretté que son évêque, dont il avait été l’ami intime, depuis le séminaire de Paris.
« Pour ne pas faire un compte rendu trop long, je vais maintenant, et très succinctement, vous parler de nos écoles, hôpitaux, orphelinats et districts.
Écoles. ─ « Le vent est à l’instruction, et nous devons avoir des écoles pour l’éducation profane et religieuse de nos enfants catholiques.
« En France, qui ne désire pas, dans une certaine classe de citoyens, avoir sa boutonnière fleurie d’une décoration quelconque ? Ici chaque papa veut, pour son rejeton, un bout de papier par lequel les autorités, chargées de l’éducation, attestent qu’il sait quelque chose. Rien ne rend un père plus fier que de voir son fils lire dans les gros livres. A cette vue, la mère, même la plus modeste, n’est pas loin de croire que ce cher fils en sait plus long que son curé. Nous avons donc des écoles à nous, elles sont prospères : 68 écoles et 4.239 élèves. Malheureusement, la civilisation n’a pas encore fait entrer dans la tête des parents, que ce serait un acte de simple justice de payer pour l’éducation de leurs enfants. Quelques-uns ne sont pas loin de croire nous faire un grand honneur, voire même une aumône, en nous chargeant d’éduquer leur progéniture, sans qu’ils aient à délier les cordons de leur bourse.
« Ces écoles doivent être approuvées par l’Educational Department et nous devons suivre son programme et ses exigences, pour que nos enfants puissent passer des examens et recevoir le précieux petit bout de papier dont j’ai parlé plus haut.
« Les écoles sont neutres, et l’esprit de l’Educational Department est qu’elles le deviennent de plus en plus. Cependant, nous avons encore la faculté, en dehors des heures de classe, de donner une bonne et solide instruction religieuse, et nous en usons largement. Cette instruction est d’autant plus profitable aux enfants, que leur intelligence est plus développée par l’école que celle des enfants tout à fait incultes. Ils comprennent mieux et plus vite le sens des mots de religion.
« Toutes nos écoles sont sous la direction des missionnaires, des Frères et des Sœurs. Je puis dire, avec fierté et reconnaissance, que toutes vont bien et méritent des éloges. Si certaines écoles de filles laissent à désirer, il faut en chercher la cause dans la négligence des parents, qui ne comprennent pas encore suffisamment l’utilité de l’instruction pour leurs filles.
« Afin de faciliter à tous nos catholiques la haute éducation, nous avons, attenant au collège Saint-Michel, un pensionnat de garçons. Il y en a là une centaine, sous la direction du principal du collège, assisté d’un missionnaire et de deux prêtres indigènes. Rien ne manque, sous le rapport de la surveillance et sous celui de l’instruction religieuse, qui est régulièrement donnée aux enfants, divisés en quatre sections. « Tous ces enfants apprennent à servir la « messe, et quelques-uns s’exercent au chant ecclésiastique », m’écrit M. Béchu qui, de fait, dirige la maison en lieu et place de M. Boulanger, le principal, trop absorbé par son travail de classe et de direction, au collège. L’Apostolat de la prière, qui est établi dans le pensionnat, opère un grand bien parmi les étudiants.
« En quittant la maison, les jeunes catholiques qui, en général, appartiennent aux meilleures familles, peuvent rendre de grands services dans les districts et en être l’édification : mais pour cela, ils ont besoin de soins particuliers de la part du missionnaire, car, s’ils sont abandonnés à eux-mêmes, comment ne succomberaient-ils pas ? Les tentations sont d’autant plus dangereuses et nombreuses, pour eux, qu’ils ont acquis, avec l’éducation, des manières plus civilisées et connaissent moins les pièges du monde. Des œuvres de jeunesse, qui grouperaient autour du prêtre ces adolescents avec leurs camarades du district, seraient grandement à désirer. Pour beaucoup, elles seraient un abri sûr en face de l’orage, une planche de salut au moment du naufrage ; et ces adolescents, ainsi préservés des dangers du monde, deviendraient de précieux auxiliaires pour nous. D’aucuns penseront qu’il est plus facile d’écrire ce que je dis que de le mettre en pratique. Je ne nie pas qu’ils aient raison : toutefois, ne pourrait-on pas l’essayer, au moins dans les centres catholiques où le prêtre a sa résidence ordinaire ?
Hôpitaux. Dispensaires. ─ « Nous avons deux hôpitaux et quatre dispensaires tenus par les zélées Religieuses Franciscaines Missionnaires de Marie. Ce sont des œuvres de charité, qui coûtent beaucoup sans doute, mais donnent des résultats très encourageants. Elles sont l’honneur de la charité catholique, qui continue la mission de miséricorde du divin Maître : Beati misericordes.
« Nos hôpitaux et dispensaires sont fréquentés surtout par les pauvres, les déshérités des biens de la fortune. Avons-nous atteint la perfection dans l’art de guérir ? Non, certes. Les soins, je le sais, sont on ne peut plus maternels et donnés avec une charité que, seule, la foi peut inspirer ; mais la science médicale laisse un peu à désirer. J’espère néanmoins que, dans un avenir très prochain, la Révérende Mère Provinciale se décidera à m’accorder la religieuse, très experte en médecine, dont elle m’a parlé et qu’elle m’a promise.
« Dans ces établissements, nous avons récolté 46 baptêmes d’adultes et 734 d’enfants in articulo mortis. Dans le seul hôpital de Coïmbatore, nous avons eu, toute l’année, une moyenne de 26 malades par jour, et, au dispensaire, une moyenne de 470.
Orphelinats. ─ « Sur quatre orphelinats que nous avons, un est dirigé par les Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie, et un autre par les religieuses indigènes. Tous sont prospères, grâce à Dieu. Parmi nos orphelines, les unes sont à l’école, les autres travaillent dans les ouvroirs en attendant un fiancé. Nous avons aussi des crèches, où sont recueillis quelques bébés. Ces chers petits êtres ne sont pas malheureux ; ils font la joie de nos jeunes religieuses et réchauffent les sentiments des plus vieilles, qui les gâtent comme savent faire les grand’mères.
« Quant au grand orphelinat de garçons de Coïmbatore, il est trop peuplé, et une division prochaine s’impose. Nous serons obligés de transporter ailleurs une partie des élèves. Il est dirigé présentement par M. Villien, assisté de M. Perrière. Beaucoup d’orphelins suivent les classes du collège Saint-Michel : d’autres (68, je crois) vont à l’Ecole industrielle que nous allons confier à deux Frères de Saint-Gabriel. Ils y apprennent, selon leurs goûts et inclinations, un métier qui leur fournira le moyen de faire bonne figure dans le monde et d’entretenir une famille. D’autres enfin, encore trop faibles pour travailler (car quelques-uns ont tant souffert, avant d’entrer à l’orphelinat), se contentent de se soigner, en méditant sur leurs misères passées, et de faire de beaux rêves pour l’avenir.
« Tous ces enfants, garçons et filles, petites fleurs sauvages, rarement cueillies sur les beaux arbres de la société, mettent de la bonne volonté à se corriger de leurs défauts, mais font encore bien des sottises de temps en temps. La grâce de Dieu aidant, ils arrivent peu à peu à nous donner satisfaction. D’après M. Perrière, il y en a même qui font de l’apostolat ; c’est d’autant plus extraordinaire et encourageant que, dans le pays, l’esprit de prosélytisme germe difficilement. M. Perrière ajoute : « Est-ce à dire, Monseigneur, que nos enfants sont « sans défauts ? Non, certainement ; mais ce n’est pas en un jour que l’architecte peut « construire un palais : ce n’est pas en un jour, que, d’un petit païen, qui a été témoin de toutes « les misères, de tous les vices et de toutes les corruptions ; qui, souvent, a été corrompu lui-« même avant l’âge ; ce n’est pas en un jour, dis-je, que le missionnaire peut faire de cet « enfant un chrétien parfait. Quoi qu’il en soit, le travail de la grâce, pour être lent, n’en est « pas moins sensible et réel.
« Quelques jours après mon arrivée à l’orphelinat, un de nos adolescents, baptisé depuis « deux ans à peine, demanda à retourner dans sa famille encore toute païenne. Le lui « permettre, n’était-ce pas l’exposer à l’apostasie ? Le lui refuser, n’était-ce pas l’exposer à « partir sans permission, et perdre, par le fait même, toute influence sur lui ? M. Villien me « conseilla d’accorder la permission au jeune homme, en lui faisant promettre de venir tous « les dimanches à la messe. Il a tenu parole et, depuis lors, il ne manque jamais à la messe et « remplit fidèlement ses devoirs de catholique. Il est devenu ainsi un sujet d’édification pour « tout son village païen, et il a réussi à convertir sa grand’mère. Je ne désespère pas de le voir « convertir toute sa famille, et quelques autres avec. »
Districts. ─ « M. Rondy, vicaire général et curé de la cathédrale, a eu une centaine de baptêmes de païens ou de conversions de protestants. C’est lui qui, cette année, enregistre le chiffre le plus élevé. Il est suivi par M. Gudin, avec 59 baptêmes, et par M. Vieillard, avec 50.
« M. Rondy est satisfait de ses chrétiens. Les hommes surtout ont fait un progrès sensible dans la piété et la fidélité à leurs devoirs de chrétiens. Les autres districts, appartenant au groupe de Coïmbatore, restent à peu près stationnaires. A Podanur, dont le titulaire est M. Petite, il y a eu 20 baptêmes d’adultes et les confessions ont été beaucoup plus nombreuses que précédemment.
« Le groupe du sud-ouest n’offre rien de saillant, M. Bachelard, à Palghat, a reconstruit la petite chapelle de Silouveipaléam, village de parias chrétiens.
« En visitant, cette année, le groupe du sud-est, j’ai été très édifié de tout ce qui a été fait pour le spirituel et pour le temporel. Le district de M. Guerpillon est trop étendu ; il renferme peu de chrétiens, il est vrai, mais ils sont dispersés en une quantité de villages dans la plaine et sur les montagnes des Annamaleys. Les païens de ces parages ne paraissent point nous être hostiles.
« D’ailleurs, M. Guerpillon a le talent de se faire aimer de tous. Il compte actuellement une soixantaine de païens qui étudient les prières et le catéchisme.
« M. Tour, chef du district de Dharapuram, a réveillé, par son zèle ardent, l’esprit chrétien chez beaucoup de néophytes endormis. Il a réparé sa belle église et construit, au prix de mille difficultés, deux fort belles écoles. Son vicaire, M. Michel, a, de son côté, travaillé avec un grand zèle à Madatucoolam parmi les Maravers, convertis par saint François-Xavier, dit-on, mais qui, depuis, sont redevenus à moitié païens.
« Le district de Karur, confié au P. Paul, marche bien, mais les distances entre les villages chrétiens sont considérables et l’administration en est très difficile.
« J’ai visité aussi une partie du groupe nord-est. M. Lebonzec a une belle chrétienté à Valipaléam. Les fondations de sa nouvelle église sortent à peine de terre, et si on lui demande à quelle époque il reprendra les travaux de construction : « Quand j’aurai de l’argent », répond-il.
« A Kodiveri, M. Gaucher mène de front l’administration spirituelle de ses chrétiens et l’exploitation de quelques rizières. Dernièrement, ce cher confrère a visité quelques villages d’Ouralis, tout près des montagnes ; il a été bien accueilli et ne désespère pas de les gagner à la vraie foi.
« M. Deniau a hérité du district nouvellement fondé par M. Tignous, à Kolapulur. Il s’occupe surtout de la conversion des païens et, pour se reposer de ce travail aride, il administre 7 petits villages, où il y a en tout 500 chrétiens. Pour s’attirer les bonnes grâces des païens, il s’est fait médecin. Il s’est acquis déjà une grande réputation en distribuant de la quinine et en mettant des emplâtres. Il a baptisé 16 adultes et 26 enfants de païens.
« Le groupe des montagnes Bleues a fourni 172 baptêmes d’adultes et 14 conversions de protestants. J’ai visité Wellington et Kotogéri. Au mois de janvier, je ferai une tournée dans le Whynaad, où M. Gudin travaille, depuis dix-huit ans, avec un courage et une ardeur qui ne font qu’augmenter avec l’âge. »
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