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Rapport annuel des évêques

Année: 1908
Pays: Inde
Mission: Maïssour
Rédacteur:Mgr Baslé

II. – Maïssour

Population catholique 47.314
Baptêmes de païens 1.053
Conversion d’hérétiques 105
Baptêmes d’enfants de païens 1.572



« Depuis quelque temps, écrit Mgr Baslé, évêque de Mysore, il n’est pas une année où les récoltes n’aient été mauvaises dans une partie ou l’autre de la mission. Aussi les denrées alimentaires se vendent à un prix exorbitant. Le peu de ressources dont nous disposons nous rend bien difficile, sinon impossible, le progrès de nos œuvres. Comment pourrons-nous maintenir nos institutions, nos orphelinatsen particulier, et même notre séminaire si absolument nécessaire au recrutement du clergé indigène ?
« D’un autre côté, plusieurs confrères sont tombés malades et ont été contraints de passer une grade partie de l’année en dehors de leurs districts. Deux postes sont encore aujourd’hui privés de leurs titulaires.
« La mort est venue nous ravir un de nos vétérans de l’apostolat qui, jusque dans ces derniers temps, s’était distingué par son travail, son énergie et zèle inlassable.
Le cher M.Barré nous a quittés pour un monde meilleur, le 18 juillet dernier. Déjà en mars, une attaque d’apoplexie l’avait terrassé au moment où il préparait les enfant à la confirmation. Comme il était d’un tempérament vigoureux, il avait pu se remettre assez vite et reprendre sa vie ordinaire.
Mais il restait évident qu’un seconde attaque, à un intervalle plus ou moins rapproché, le ravirait à notre affection. Elle est venue plus tôt que nous ne pensions, et elle a été foudroyante.
« Frappé dans l’après-midi du 17 juillet, la nuit suivante M.Barré rendait son âme à Dieu. Cette mort, à laquelle il fallait s’attendre depuis le premier accident, laisse un grand vide dans la mission. »
Après cet exposé, Mgr Baslé nous fait parcourir rapidement les districts visités lors de sa tournée pastorale.
Une première constatation a grandement réjoui son cœur d’évêque.«Partout, les instructions du souverain Pontife sur la communion fréquente commencent à porter d’heureux fruits. Les chrétiens les moins habitués à cette pieuse pratique s’approchent plus souvent de la sainte Table. L’année dernière, le chiffre des communions était monté de 175.000 à 215.000. Cette année, il a atteint celui de 237.000. Pour le juger, il faut tenir compte du nombre de nos chrétiens qui sont perdus au fond des bois. Le missionnaire les visite une fois l’an. Ils ne peuvent participer plus souvent au pain des forts, dont ils auraient pourtant si besoin pour se maintenir dans la foi et la pratique des vertus chrétiennes.
« Sattihally, le village des Shattis ou marchands, donne son nom au district ecclésiastique, dont il était le chef-lieu, il y a quarante ans. Plus tard, il fut divisé en trois. Il est difficile d’en retrouver et tracer l’origine.
« Les compagnons et successeurs du P.Nobili semblent avoir remonté le Cavery, et, en logeant ses rives, être entrés dans la province du Collégal, autrefois comme aujourd’hui, de la mission du Maïssour. Ils s’avancèrent vers Gamjam et Seringapatam, puis, se dirigeant vers le nord-ouest, fondèrent les chrétientés de Sattihally, Gadanhally et Dasapoora.
« Il est probable également qu’une partie des chrétiens, celle qui compose la caste des Bandjigarus, tire son origine des pays télégous. Car, dans toute la contrée, on ne rencontre aucun païen de cette caste. Ce seront sans doute des victimes des différentes persécutions, dirigées contre eux parles païens et les musulmans. Ceux-ci, aux dix-septième et dix-huitième siècle, ont occupé en effet, tour à tour, les régions du sud de l’Inde, selon les changements de leurs armes.
« Ces pauvres chrétiens venus chercher la paix et la liberté religieuse dans ces régions éloignées du passage des conquérants. Quant aux Mahrattes, ils remontent seulement à la troisième génération pour retrouver l’origine de leur entrée dans l’Église. Le grand-père du catéchiste actuel de Magghe serait le premier converti de leur tribu.
« Aujourd’hui, la chrétienté se compose de fidèles appartenant à quatre castes principales. Chacune d’elles a ses usages traditionnels, aussi invariables que la loi des Mèdes et des Perses. Il n’y a donc pas d’unions conjugales entre elles. Leurs rivalités d’influence, en temps ordinaire, ressemblent un peu à celles rencontrées autrefois presque dans toute l’Europe, entre les différentes corporation, qui se disputaient partout la préséance.
« Séparé des deux autres districts, Sattihaly forme encore une belle chrétienté de 1.300 âmes, sous la direction du zélé M.Combret. L’église est l’une des plus vastes de la mission. Les processions faites dans cette paroisse attirent par leur solennité et leur éclat les païens des environs.
« Un petit couvent de religieuses indigènes, un hôpital desservi par elles, deux écoles, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles, un orphelinat, un marché, un bureau de poste font de Sattihally chrétien un centre de civilisation assez remarquable pour le pays.
« Les chrétiens en général sont bons, et tous s’approchent des sacrements. Ils se distinguent des autres fidèles des en virons par une tendre dévotion envers la sainte Vierge. Chaque jour, le chapelet est récité en commun dans presque toutes les maisons. On pourrait citer ou tel chrétien, qui manquera la messe du dimanche sans scrupule, mains n’oubliera pas de réciter son rosaire à la fin de la journée. Quand les femmes reviennent du marché d’Alur, village situé à 3 lieues de distance, à peine aperçoivent-elles le clocher de leur église, qu’elles commencent le chapelet et le récitent à haute voix, sans aucune crainte ni respect humain. Elles ne font nulle attention ni aux musulmans qu’elles rencontrent sur leur chemin.
« Cependant les conversions sont rares dans ce pays. Il y a eu peu de baptêmes jusqu’à présent. L’avenir, nous l’espérons, apportera de plus grandes consolations au missionnaire. Car ce champ a été labouré péniblement par de rudes ouvriers apostoliques, comme M.Dubois, Mgr Charbonnier et leurs successeurs.
« A 13 milles de Sattihally, nous rencontrons Hassan, chef-lieu du district, avec les cours de justice et les administrations ordinaires d’une sous-préfecture de France. Les protestants, hélas! En on fait une de places fortes, non par le nombre de leurs adeptes, mais par les nombreuses écoles qu’ils y ont établies, et le vaste orphelinat de filles qu’ils y entretiennent.
« Nous avons à Hassan une petite chapelle gothique très propre et un presbytère dans un vaste enclos. Les chrétiens y sont peu nombreux encore, une centaine environ, tous Paréas, Tamouls et soldats du roi de Maïssour. Ces braves gens n’ont jamais versé leur sang sur aucun champ de bataille. Ils ne portent pas l’uniforme pour aller au combat Toute leur bravoure, comme leurs armes, est consacrée à la grade du trésor public. Il ne faut pas omettre de le noter : ils sont bons chrétiens. Mais il ne faut pas être trop sévère à leur égard.
Détachés, en raison de leurs fonctions, par petites escouades et envoyés au chef-lieu de chaque ils sont privés pendant de longs mois des secours de la religion, par défaut de prêtre et de catéchiste dans quelques-unes de ces localités ; il ne faut pas s’étonner s’il se trouve quelque irrégularité dans leur vie. Ils se surveillent les uns les autres assez strictement, et toute faute un peu notable est rapportée au prêtre, qui peut ainsi y porter remède avant que le mal n’ait pris de trop profondes racines.
« Si d’Hassan nous allons à Gadanhally, nous y rencontrons les cousins des chrétiens de Sattihally, tous laboureurs et marchands de « poori ». Qu’est-ce donc que le « poopri »? C’est tout simplement du riz confit dans l’eau salée, gonflé et rôti à un feu très vif. Faute de châtaignes, nos Indiens grignotent du poori, et nos chrétiens laboureurs en font un commerce qui leur assure quelques ressources pour vivre. Ceux de Gadanhally, du reste, sont dans une certaine aisance, comme le prouvent leurs belles maisons couvertes de tuiles et les nombreux silos que l’on peut voir dans la grande rue de leur village. Pour faire un silo, on creuse dans le sol une petite ouverture, capable de laisser passer un homme, et , à 60 centimètres de profondeur, elle va en s’élargissant en forme d’une énorme poire, pouvant contenir plusieurs voitures de grain. Une simple pierre plate couvre l’ouverture. Comme ces puits sont en pleine rue, les voleurs ne pourraient les ouvrir de jour sans être remarqués. A la nuit, l’acide carbonique, que le grain dégage abondamment, les asphyxierait. Ce n’est qu’après plusieurs heures d’un soleil brûlant dardant ses rayons sur l’ouverture, que l’on peut y descendre sans danger. Voilà un genre de magasin, très commode, très sûr, où ni l’humidité, ni les insectes ne peuvent pénétrer, et où le grain se conserve intact plusieurs années.
« Sans connaître d’une manière exacte la date de la fondation de cette chrétienté, d’après les anciens du village, on peut la fixer à la deuxième partie du dix-huitième siècle. Elle aurait environ 150 ans d’existence. La première église remonte à l’année 1768, et a été reconstruite sur les mêmes fondements par M.Boyer en 1867. L’église actuelle, un édifice vraiment solide, a été bâtie en 1885.
« A vingt-cinq minutes de chemin de Gadanhally, s’élève le village de Tchavericopaloo, composé de 16 familles. Il possède une chapelle dédiée à Notre-dame de Lourdes ; néanmoins les fidèles se rendent ordinairement à Gadanhally pour les offices. Ils sont originaires de Melgodou, centre tout païen. Très attachés à leurs devoirs religieux, ils ne manquent jamais de s’approcher de la sainte Table, quand le missionnaire vient célébrer la messe dans leur chapelle. On leur a construit une petite école dans le cors de l’année dernière.
« A une journée de marche plus loin, on fait halte à Dasapoora. C’est un autre village tout chrétien. Tous les habitants, parents de ceux de Gadanhally, appartiennent à la même caste. Ils sont bons, mais un peu turbulents. Quand le missionnaire y vient faire l’administration, il trouve presque toujours quelque querelle ou dispute à examiner et juger. Là aussi on vient de construire une église avec une chambre pour le prêtre en visite.
« Voici, à cinq milles de Dasapoora, le petit village de Samanhally. Son histoire est intéressante. Il y a quarante ans, il n’y avait en ce lieu qu’une seule famille, dont le chef nouveau baptisé, appelé Radjappa, avait été élevé à Sattihally. Mû par le désir secourir sa mère devenue veuve, il était allé chercher fortune à Samanhally. Il y est reçu par un bon vieux païen, très honnête homme, qui lui donne des terres et l’aide à s’établir. Le chrétien prospère, et chaque jour durant toute sa vie rend visite à son ancien protecteur. Ils s’aiment comme deux frères. Le grand chagrin de Radjappa est de voir, malgré ses sollicitations pressantes, son vieil ami continuer à vivre en païen et s’avancer vers son éternité sans le baptême.
« Aujourd’hui, les enfants de Radjappa, quatre garçons vaillants comme leur père, donnent l’image la plus parfaite de la famille chrétienne.
« Sans aucun doute, ce village prendra un sérieux développement, vu l’abondance du bois, des pâturages et la qualité des terres cultivables ; mais il faudrait une chapelle pour ses cent fidèles, qui n’ont qu’une misérable cabane sans fenêtre pour le service religieux.
« Tous ces pays du vieux Maïssour que nous venons de visiter offrent le plus grand intérêt. Les chrétiens Canaras n’ont pas les dehors brillant du Tamoul. Ils sont frustes. Quand ils se sentent aimés du prêtre, ils sont prêts à lui obéir et à le suivre en tout. Ce sont de grands enfants, parfois capables de faire de la peine ; mais ils ne sont pas obstinés. Ils reviennent toujours à de bons sentiments. Ils sont foncièrement catholiques et n’ont aucune inclination vers le protestantisme. Comme ils demeurent loin des villes, et mènent une vie laborieuse, leurs mœurs en général sont assez pures. Les cas d’inconduite publique sont rares.
« Nous arrivons à Magghé, chrétienté située à sept milles à l’ouest de Sattihally. Elle comprend huit cents fidèles, répartis en plusieurs villages, semés autour d’une gentille église tout nouvellement bâtie. Comme ils ont peiné pour la construire, et comme ils sont fiers de leur clocher, percé à jour comme ceux de la Bretagne, avec une vraie flèche! Et la cloche donc! une Savoyarde, à côté de celles de Sattihally. Et comme ces chrétiens sont des parias canaras, ils sont tout heureux d’être mieux servis que leurs voisins de Sattihally.
« Ah! les braves gens! Ils sont bien un peu primitifs. Leurs habits ont des trous. Ils ne pas l’ambre. Ils logent dans l’unique pièce de la maison, avec la vache et la paire de bœufs. Ajoutez-y les provisions, les semences, les filets de chasse, le feu et la fumée du foyer. Quand il faut entrer dans ce taudis pour y administrer les sacrements, on suffoque et les larmes viennent aux yeux. Ces braves gens sont tout flattés de voir l’émotion de leur missionnaire.
« Il va sans dire que tous ces rudes chrétiens viennent à l’église régulièrement et s’approchent des sacrements. Les païens et les nobles les regardent avec dédain, car ils mangent bien les bœufs vivants ou crevés des environs. Ils boivent aussi coup le jour du marché, pour se consoler de leurs misères. Mais pour eux, la viande est de la viande, n’importe d’où elle vienne. Et puis les bœufs crevés, cane coûte rien. Et quand on apporte au marché du jus de palmier, comment faire pour résister à la tentation de le goûter?
« Un beau presbytère tout neuf, le plus beau peut-être de tous ceux des districts, un jardin de café, une école, des forêts de bambous, les montagnes font de Magghé un séjour charmant. Mais ne parlons pas de la fièvre ; car c’est la reine des bambous. Il faut lui payer un tribut de temps à autre.
« Pour terminer avec les chrétiens canaras de cette contrée, disons un mot d’un dernier village situé à 35 kilomètres. Sur le chemin, nous rencontrons une large rivière qui nous ferme le passage. Après avoir monté et descendu durant cinq ou six heures une route assez bien entretenue, nous arrivons enfin à Nandigonda. Il y a là une population de 80 chrétiens parias, répartis dans deux ou trois petits hameaux au milieu des rizières et des bambous. L’église est neuve ; à côté, il y a une petite chambre pour le missionnaire au temps de l’administration. Ces pauvres gens sont parent des fidèles de Magghé, mais ne leur ressemblent pas. Miné par la maladie, arrêtés dans leur croissance par les fièvres qui désolent toute la contrée, des garçons et des filles de dix-huit à vingt ans paraissent en avoir douze à quatorze. Leur intelligence est en rapport avec leur état physique.
« Le missionnaire les visite régulièrement. Mais ne peut y séjourner quelques jours, sans gagner lui-même la fièvre. Cependant, ces chrétiens grossiers, sans éducation, sans grande instruction religieuse, montrent une certaine bonne volonté, et une grande reconnaissance pour les services que le prêtre leur rend. Il faudrait au milieu d’eux en permanence un bon catéchiste, pour les instruire et les former à la vie chrétienne parfaite. »
Mgr Baslé salue, en quittant ce district de Sattihally-Hassan-Magghé, « M.Bonnétraien, qui, pendant près de vingt ans, a arrosé de ses sueurs ce champ du père de famille et l’a couvert de monuments, qui resteront comme autant de témoins de son activité et de zète infatigable, Sans parler de la jolie chapelle gothique de Hassan, restaurée par ses soins, il a construit successivement le nouveau couvent et le nouvel hôpital de Sattihally, les presbytères de Hassan, et de Gandanhally, les presbytères et les église de Magghé, de Darapoora, et de Nandigonda. Si on ne l’avait point ravi à notre mission, nous aurions aujourd’hui une église et une maison à Sannanhally, et peut-être une chapelle à Saklapur.
« Du haut des montagnes Bleues où il soigne ses chers confrères malades, il continuera, nous en avons la certitude, de prier pour ses chrétiens et les missionnaires ses compagnons d’armes.»



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