| Année: |
1909 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Pondichéry |
| Rédacteur: | Mgr Morel |
CHAPITRE VIII
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GROUPE DES MISSIONS DE L’INDE
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I. ─ Pondichéry
Population catholique 142.118
Baptêmes d’adultes 549
Baptêmes d’enfants de païens 2.076
Conversions d’hérétiques 118
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« En commençant ce compte rendu, écrit Mgr Morel, la pensée se reporte d’elle-même vers ceux qui nous ont quittés au cours de l’année : M. Faure, un vétéran de l’apostolat, qui a consacré sa vie à la formation du clergé indigène ; M. Poirier, un aimable confrère enlevé à la fleur de l’âge, M. Welter, le grand architecte et bâtisseur de la mission ; enfin et surtout, le supérieur vénéré que nous pleurerons longtemps, Mgr Gandy. Dix-sept ans missionnaire en plein pays païen, vingt-cinq ans évêque, Mgr Gandy, durant ses quarante-deux années de mission, a toujours été sur la brèche, toujours au travail ; n’ayant en vue que le bien des âmes et la sainte volonté de Dieu, se mortifiant, jeûnant, travaillant sans cesse à sa sanctification pour être de plus en plus le forma gregis, il nous a laissé l’exemple des plus belles vertus. Tel est le témoignage unanime de tous ceux qui l’ont connu. Que ce bon Père nous obtienne de Dieu la grâce de l’imiter ! que son intercession fasse descendre sur tout l’archidiocèse des grâces de persévérance, de paix et d’union pour tous les chrétiens, de conversion pour les païens !
« Après ce souvenir donné à nos chers défunts, voici quelques considérations sur l’état général de la mission.
« Nous n’inscrivons, cette année, que le modeste chiffre de 549 baptêmes d’adultes. Nous sommes loin des trois et quatre mille baptêmes que nous enregistrions jadis, dans un passé qui n’est pas encore bien éloigné de nous. Autrefois, les secours plus abondants que nous recevions de la Propagation de la Foi, certaines ressources que nous trouvions sur place, nous permettaient de consacrer des sommes plus importantes à l’œuvre des catéchumènes. Ces ressources ont considérablement diminué et, de ce chef, l’action des ouvriers apostoliques s’est vue amoindrie et entravée, parmi des populations généralement très pauvres.
« D’autre part, il n’était pas possible de s’étendre indéfiniment. A l’époque des mouvements de conversions, nous avons eu un grand nombre de baptêmes disséminés dans une multitude de villages. Il eût fallu aussitôt fonder des districts nouveaux, les multiplier de manière qu’un missionnaire n’eût qu’un nombre assez limité de villages, 12 ou 15 au plus, à administrer. Il aurait bâti une église et une résidence dans l’endroit le plus central, et quelques chapelles qui lui auraient permis de rayonner partout, d’avoir tout son monde sous la main, de continuer et de perfectionner l’instruction donnée avant le baptême, de préparer la conversion totale de chacune de ses stations. Malheureusement, le manque de missionnaires ne permit pas de s’établir aussi solidement que nous l’aurions désiré sur les positions occupées. Il fallut courir au plus pressé, profiter des bonnes dispositions ou des circonstances favorables, et c’est ainsi que souvent un seul missionnaire s’est vu obligé de s’occuper de plus de 200 villages où il y avait des groupes de catéchumènes. Aujourd’hui encore, nos districts du nord comptent, en moyenne, plus de 50 villages chacun. On a donc dû recommander aux ouvriers apostoliques de ne plus chercher à s’étendre, mais de se fortifier sur leurs positions et de s’attacher à la formation chrétienne des nouveaux baptisés.
« Nous souffrons également d’une situation déjà signalée dans le précédent compte rendu, de l’état d’agitation qui est répandu dans tout le pays.
« Les Hindous, instruits à grands frais par le gouvernement anglais, trouvent qu’ils n’ont pas une part assez large dans l’administration du pays. « L’Inde aux Indiens », telle semble être leur devise, et ils ont organisé une croisade contre l’étranger, contre l’Européen. A ce titre, les missionnaires sont englobés dans la réprobation générale.
« A Cuddalore, en dépit des nouveaux règlements de l’université anglaise sur les études scolaires, qui menaçaient l’existence même de notre collège Saint-Joseph, les confrères en charge de l’institution n’ont pas perdu un élève, et cet établissement est aussi florissant que jamais.
« L’administration de la paroisse continue à nous donner satisfaction : les communautés, comme les simples chrétiens, sont une source de consolations et de bons exemples. Les ennuis ne manquent pas, sans doute. Mais ils n’émeuvent guère le pasteur, M. Drouhin. Au contraire, ils l’excitent à travailler davantage, à prêcher, à catéchiser, avec un zèle infatigable.
« Une des meilleures paroisses de l’archidiocèse, c’est Eraiyur. Elle compte 4.211 chrétiens, dont 2.000 environ dans le seul village de Eraiyur. Le missionnaire en charge, M. Leroy, n’épargne aucune peine pour maintenir ses fidèles dans leur ferveur ; nulle part ailleurs, l’assistance à la sainte messe n’est aussi édifiante. Les écoles de garçons et de filles ont de nombreux élèves. Mais notre confrère regrette de n’avoir pas assez de temps pour visiter le reste de son district. Là, les chrétiens, parias en grande partie, réclament à grands cris des écoles. Ce besoin d’écoles se fait sentir partout, et les plus pauvres sont souvent ceux qui y attachent le plus de prix. M. Leroy a eu à souffrir de l’esprit d’intolérance des païens qui, dans le village chrétien de Mémalour, usèrent de violence pour arrêter la procession annuelle.
« Le district d’lrudayampattou (2.418), qui vient d’être confié au P. Raphaël, se trouve dans une plaine fertile, au pied des montagnes. L’esprit frondeur des chrétiens de ce poste est connu de tous, mais je dois ajouter qu’ils ont la foi très vive. Une école tenue par des religieuses y a été ouverte dernièrement et sera d’un grand secours pour l’instruction et l’éducation morale des jeunes filles.
« A 15 milles d’Irudayampattou se trouve le gros village de Virioor où les œuvres sont prospères, les écoles fréquentées, et les offices bien suivis. Mais les postes voisins sont d’un accès difficile et leurs habitants d’humeur peu commode, ce qui ne rend pas la tâche facile au missionnaire, M. Autemard.
« Il faut en dire autant du district de Cortampet. Les efforts et l’éloquence de M. Tranier n’arrivent pas toujours à maintenir la paix et la concorde parmi ses fidèles, qui sont cependant des chrétiens de vieille roche.
« Le district de Ellathagiri est composé de plusieurs bonnes chrétientés. A part 25 personnes, tous remplissent leur devoir pascal. Afin de les maintenir dans la bonne voie, le P. Dominique, qui en est chargé, voudrait y construire des églises et chapelles de secours.
« Les districts de nouveaux chrétiens occupent tout le nord de la mission de Pondichéry. En 1877, lorsque la famine faisait périr les Indiens par milliers, quelques missionnaires, au cœur d’apôtre, pénétrèrent au centre de la région dévastée : soutenus par le gouvernement anglais et admirablement aidés par la charité française, ils arrachèrent à la mort une foule de malheureux, qui se convertirent et formèrent les missions du nord.
« Les forces humaines ont des limites. La famine venait à peine de passer, que la petite phalange apostolique se vit cruellement éprouvée par la maladie. Tous les missionnaires disparurent, sauf leur chef, le vénérable M. Darras, celui qui leur avait donné l’exemple du dévouement. Et le voilà seul à courir de station en station, toujours à cheval, semant sur son chemin les secours spirituels et temporels, baptisant les catéchumènes et construisant chapelles et résidences. Mais il lui était matériellement impossible de supporter seul une charge aussi écrasante. De nouveaux ouvriers apostoliques furent envoyés à son secours, ce qui lui permit de diviser et de subdiviser son immense paroisse en de nombreux districts. Pour lui, il s’établit au centre, à Chetpett, où il est encore.
« Un des nouveaux districts détachés de Chetpett est Polur-martanibady, avec une population de 5.600 âmes. MM. Goarzin et Murcier en sont chargés. C’est un pays bien éprouvé par la misère et les épidémies. Chaque année, une foule de parias, abandonnant femmes et enfants, parents et famille, s’expatrient partout, au Natal, à Ceylan, en Birmanie. Ces expatriés ne trouvent pas toujours dans les pays étrangers la fortune qu’ils allaient y chercher, leurs lettres le donnent bien à entendre.
« Le fléau de l’émigration ne sévit pas qu’à Polur. M. Dequidt, à Arni, s’en plaint également. Il constate avec regret que les néophytes n’ont plus la soumission qu’ils montraient autrefois.
« A Pattiavaram, district de 2.000 fidèles, M. Chaler se demande d’où peut provenir cet esprit d’indépendance qui se propage partout. Il lui est désormais très difficile d’user de sévérité à l’égard des coupables. La patience seule a quelque chance de succès.
« Un des derniers districts détachés de Chetpett, c’est Budamangalam (2.300 chrétiens) dont M. Boyer est chargé. Certains de ses villages, dotés d’une chapelle, sont plus faciles à administrer. Son école commence à prospérer et il a créé un cours d’adultes pour les jeunes parias désireux d’apprendre à lire et à écrire.
« Le district de Mel-sittamour est confié, depuis sa fondation, à M. Chavanol. « Des 1.600 « néophytes qu’il compte, beaucoup, dit ce confrère avec tristesse, s’expatrient pour ne plus « jamais revenir, ou, s’ils reviennent, c’est trop souvent corrompus, insubordonnés et « semblables aux païens qui les entourent. »
« Ce que dit M. Chavanol du district de Sittamour est, malheureusement, aussi vrai de celui d’Alladhy. Mais le missionnaire, M. Godec, ne se tient pas pour vaincu. Après avoir terminé son couvent et achevé sa magnifique église, il vient d’entrer en campagne pour défendre ses villages chrétiens contre l’esprit de révolte qui les menace.
« Le vaste district de Tindivanam a plus de 4.000 catholiques, dont une partie sont d’anciens chrétiens généralement très bons. Les néophytes donnent moins de consolations et beaucoup plus d’ennuis à leur missionnaire.
« M. Mignery administre Wandiwash depuis la fondation de ce district. Cette vaste paroisse compte 1.680 chrétiens disséminés dans 73 villages. Et M. Mignery, qui a 57 ans, est seul. Il n’est donc pas étonnant qu’avec un pareil fardeau, sa santé chancelante ne lui ait pas permis de visiter ses chrétientés aussi assidûment qu’il l’eût désiré.
« Dans le poste de Pudur-madurantakam (2.700 catholiques), les néophytes ne sont que le petit nombre. Le missionnaire en charge, M. Giraud, est généralement très satisfait de leur ferveur et demande pour eux une chapelle. Parmi ses gens de caste, ceux de Pudur sont simples et pieux, aimant et respectant le prêtre. A Tatchoor, il y a plus de turbulence, on n’y peut vivre heureux, semble-t-il, sans querelle. Le village de Madurantakam laisse plus à désirer.
« Dans ce rapide exposé de l’état de plusieurs de nos districts de nouveaux chrétiens, j’ai signalé à dessein les difficultés contre lesquelles doivent actuellement lutter les missionnaires. Ainsi peut-on plus aisément se rendre compte de la tâche qui leur incombe. Ils ont besoin d’un grand esprit de foi et de beaucoup d’énergie pour accomplir le long et difficile travail qui est actuellement le leur.
« L’esprit général de la chrétienté de Karikal (5.500 chrétiens) est bon : « L’exercice 1908-« 1909, écrit M. Combes, s’est écoulé dans le calme le plus complet et la paix la plus « profonde : les chiffres de 19.123 confessions répétées et de 37.428 communions de dévotion « attestent qu’une abondante sève de vie chrétienne anime la chrétienté. Les fêtes, et, en « particulier, les premiers vendredis du mois, sont toujours célébrés avec une solennité et une « piété qui apportent la joie au cœur du prêtre. Le danger, dans cette belle paroisse, vient des « écoles purement laïques qui, dans un milieu indien, produisent ordinairement une morale « relâchée et le dévergondage de l’esprit. Il n’est pas rare de rencontrer de pauvres « orgueilleux, dominés par l’esprit du siècle, qui osent vous dire, sans rire, que leur foi a « disparu devant la lumière de la philosophie qu’ils croient avoir étudiée, mais qu’ils se sont « bien gardés de comprendre. »
« De Pondichéry et des populeuses paroisses environnantes, il est difficile de parler aujourd’hui. La politique a semé la discorde parmi nos chrétiens, les parias se sont soulevés contre les hautes castes, demandant l’égalité universelle. Et voilà la guerre allumée entre ces deux portions de la magnifique chrétienté de Pondichéry. Il faudra du temps pour que l’union et la paix reviennent de nouveau.
« Mon sacre, dit Mgr Morel en terminant ce rapport, a eu lieu le 21 septembre dernier. Tous les évêques de la province de Pondichéry, ceux des Birmanies méridionale et septentrionale, ainsi que les évêques de Méliapore, Madras et Trichinopoly, m’ont fait l’honneur d’assister à cette cérémonie. J’espère que leurs prières, ainsi que celles des chers confrères qui y étaient venus en grand nombre, m’aideront à porter le lourd fardeau dont le Souverain Pontife a chargé mes épaules. »
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