| Année: |
1917 |
| Pays: |
Inde |
| Mission: |
Coïmbatour |
| Rédacteur: | Mgr Roy |
III. — Coïmbatour
Population catholique 42.225
Baptêmes d’adultes 268
Baptêmes d’enfants de païens 619
Conversions d’hérétiques 34
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Par suite de la perte de l’Arabia, le compte renlu de la mission de Coïmbatore pour l’exercice 1916 ne nous était pas parvenu. Avec le compte rendu ont été perdues les notices biographiques de trois missionnaires : MM. Villien, Gudin et Pageault. Pour conserver le souvenir de ces trois excellents ouvriers, Mgr Roy résume en quelques mots la carrière apostolique de chacun deux.
« M. Charles Villien, pendant près d’un demi-siècle, avait usé ses forces au service de Dieu et des âmes dans différents districts d’abord, puis durant les 25 dernières années de sa vie il avait été employé à la formation de nos séminaristes et des religieuses indiennes de la Présentation. Souvent aussi à ces travaux délicats il avait ajouté ceux de la procure, avait bâti couvent, séminaire, églises, presbytères et même le sanatorium de Saint-Théodore à Wellington ; il bâtissait solide. D’un jugement très droit, d’une discrétion parfaite, il ne se mêlait jamais de ce qui ne le regardait pas ; d’une foi robuste, d’une piété forte mais sans ostentation, d’une bonté simple et universelle, toujours joyeux, sans bruit il rendait par ses conseils, toujours marqués au coin d’un sens pratique peu ordinaire, des services à tous, évêques, prêtres et laïques. Sous des dehors plutôt froids, il cachait un cœur extrêmement sensible ; il était aimé et vénéré de tous.
M. Jules Gudin, enlevé deux jours après M. Villien, était plus jeune ; il n’avait que 66 ans. D’un caractère tout différent du premier, un peu susceptible, beaucoup moins calme, il avait un très grand zèle pour le salut des âmes, zèle très extérieur comme sa piété, souvent enfantin, mais néanmoins toujours solide. Il s’adaptait d’une façon étonnante au caractère des Indiens qui l’aimaient et se disputaient sa compagnie. Il avait le talent de découvrir les païens de bonne volonté, et une fois découverts, il ne les lâchait plus jusqu’au baptême. Il a baptisé beaucoup de païens dans sa vie. On lui reprochait de ne pas les instruire assez et de laisser cette besogne à ses confrères voisins, il mourut dans son travail de prédilection, ad paganos.
M. Sylvain Pageault nous quitta trois semaines plus tard. Agé de 84 ans il était notre doyen. Après avoir travaillé jusqu’à 64 ans dans différents postes, et enduré les affres de la grande famine, fatigué, usé, presque aveugle, croyant sa fin prochaine, il demanda et obtint de se retirer pour se préparer à la mort. M. Pageault était l’homme du devoir, un peu rigide peut-être, mais plus pour lui que pour les autres, exemplaire en tout. Depuis sa retraite, il vivait comme un ascète ; malade, il ne voulait jamais voir les médecins, et il ne mangeait qu’une fois par jour. A ce régime pourtant la mort qu’il attendait impatiemment se fit attendre 20 ans « Tiens, Père Pageault, ne manquaient pas de lui dire les confrères en arrivant au sanatorium, vous n’êtes pas encore mort ? » — « Non, pas encore, » criait-il avec un grand éclat de rire, et d’un geste brusque et large : « Que voulez- vous ; j’ai été attrapé, on n’y comprend rien. »
Ces trois missionnaires ont laissé un grand vide. Par leurs travaux apostoliques, leur conduite prudente et toujours au-dessus de tout reproche, leur foi, leur zèle et leur piété, ils ont été des modèles.
Les résultats obtenus ont été sur certains chapitres très satisfaisants, sur certains autres (baptêmes de païens et de protestants par exemple) ils sont plus modestes que certaines années d’avant-guerre, et sont loin de satisfaire nos ambitions apostoliques. Il ne faut pas oublier que nous avons en France neuf missionnaires mobilisés, dont les autres se sont partagé le travail. De plus nous devons dire que dans l’œuvre des conversions, les missionnaires sont mal secondés par leurs chrétiens qui, peu nombreux dans la foule des païens, sont presque tous absorbés par un rude labeur journalier.
On ne peut nier aussi qu’il y ait eu un mouvement d’agitation et d’indépendance parmi quelques intellectuels. Ce mouvement favorisé par la longue durée de la guerre a troublé quelques cerveaux de catholiques ; mais notre diocèse n’a pas été un terrain propice au développement de ces idées. Dès que les principaux agitateurs ont voulu attirer nos prêtres indiens en leur promettant le self-government même dans l’Eglise, le clergé de Coïmbatore tout entier a relevé, vertement leur impertinence, et décliné fièrement leur patronage. Une protestation a paru dans la presse sous la signature de nos 9 prêtres indiens ; j’en ai reçu une autre plus intime, à moi adressée, qui montre le bon esprit et l’union de toute la famille sacerdotale.
Dans nos orphelinats les demandes d’admission ont été moins nombreuses ; non seulement le nombre de nos orphelins n’augmente pas, mais il diminue. Cette diminution tient à plusieurs causes. D’abord il y a plus de bien-être dans le peuple dont les salaires sont plus élevés ; puis les païens, musulmans et théosophistes, suivant notre exemple, ont ouvert quelques orphelinats, et font leur possible pour empêcher les enfants de païens de venir à nous.
Je viens de nommer les théosophistes. Ils ont à leur tête une véritable fanatique qui a fait malheureusement beaucoup trop parler d’elle dans les hautes sphères de l’administration gouvernementale et dans les journaux. C’est une vieille anglaise qui d’après elle ou ses amis aurait eu déjà plusieurs naissances sous des enveloppes humaines ou astrales, et peut-être aussi animales et végétales. Les brahmes l’appellent la mère de l’Inde, ce qui n’est pas loin de signifier la mère des dieux. Très éloquente, elle flatte leur orgueil et favorise leurs ambitions. Pendant quelques mois le gouvernement a dû l’interner ; maintenant elle est de nouveau en liberté, et s’exhibe dans le nord de l’Inde.
Toutes nos institutions : écoles primaires, secondaires, industrielles, pensionnats et orphelinats, nous donnent satisfaction : filles et garçons rivalisent pour la sagesse, la bonne tenue, l’application, la piété.
Dans les districts l’administration s’est faite aussi régulièrement que possible. Les confessions et les communions ont été plus nombreuses, les baptêmes d’enfants de chrétiens, si le chiffre de 42.225 catholiques est exact, dépasseraient 43 pour 1.000.
M. Tignous m’écrit : « Les chrétiens de Pollachi et d’Udamalpet ont été dispersés par la peste pendant six mois, ce qui a occasionné une diminution de confessions et de communions. Il est urgent de bâtir deux petites chapelles à Tenankulam et à Ammapathy pour remplacer les deux granges en ruines où on peut à peine dire la messe.
« A Udamalpet les chrétiens sont bons. Il y a une douzaine de nouveaux chrétiens qui ont persévéré jusqu’ici, mais qui me donnent beaucoup de tracas par leurs disputes. Ils ont fait cependant un sensible progrès depuis le baptême.
« Dans les plantations des Anamallais un pied-à-terre et une chapelle seraient nécessaires pour grouper les chrétiens de 15 à 20 milles à la ronde, et connaître exactement leur nombre. Les planteurs ont enfin approuvé la concession d’un terrain demandé depuis longtemps ; il n’y a plus qu’à régler quelques formalités de détail pour l’emplacement du cimetière. J’estime qu’il y a de 300 à 500 chrétiens sur ces montagnes ; mais leur nombre augmenterait rapidement si un prêtre y pouvait bientôt établir sa résidence. »
Si maintenant nous gravissons les Montagnes Bleues, nous sommes vite à Coonoor, paroisse de 3.300 catholiques, confiée à M. Béchu qui est aidé par le P. Marie-Joseph. Il enregistre cette année 29.900 communions, 23 baptêmes de païens et 7 conversions de protestants. Il m’écrit : « Le nombre toujours croissant de la congrégation anglaise, augmenté encore par les personnes que l’insécurité des mers retient dans l’Inde, a nécessité l’agrandissement immédiat de l’église.
« Le gouvernement a reconnu aussi la nécessité d’agrandir l’école anglo-indienne du couvent Saint-Joseph et a accordé une subvention couvrant la moitié des dépenses estimées à 14.000 roupies : les travaux commencent.
« L’école Saint-Antoine (garçons indiens) continue aussi à prospérer.
« Mon petit Messager fait son chemin. Les paroissiens se le disputent après la messe du premier dimanche du mois; il faut dire qu’il leur est distribué gratuitement.
« Tous ces développements matériels qui se font en vertu de la vitesse acquise, ne prouvent pas cependant que le progrès spirituel marche rapidement. Les conversions de païens ne sont ni bien remarquables, ni bien consolantes. Ce sont pour la plupart des épaves de l’humanité qui viennent échouer heureusement sur le rocher hospitalier de l’Eglise. »
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