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Rapport annuel des évêques

Année: 1921
Pays: Inde
Mission: Kumbakonam
Rédacteur:Mgr Chapuis

IV. – Kumbakonam.

Population catholique 103.118
Baptêmes d’adultes 454
Baptêmes d’enfants de païens 3.202
Conversions d’hérétiques 38


Après quinze mois d’absence j’étais de retour à Kumbakonam le 12 mai 1921, écrit Mgr Chapuis, et je constatais avec plaisir que tous, missionnaires et prêtres indigènes avaient continué à porter courageusement le poids du jour et de la chaleur. Mais si les courages n’avaient pas fléchi, de précieuses santés s’étaient compromises, MM. Cabiran et Chassain avaient dû quitter leurs districts pour l’hôpital de Bangalore et M. Sovignet, Vicaire Général, vient de partir demander au pays natal une vigueur nouvelle.
Me voilà donc avec 34 prêtres pour 40 paroisses et 103.000 chrétiens. La situation devient extrêmement pénible : le travail de ceux qui restent s’augmente du labeur de ceux qui tombent, il cesse d’y avoir équilibre entre la somme de travail et la force de résistance, le front de combat devient trop étendu pour le nombre des soldats.
Pendant la guerre, j’avais dû m’occuper de la paroisse de la cathédrale. Le départ de mon Vicaire général m’oblige à recommencer, si bien que je n’entrevois pas le moment où je pourrai reprendre mes visites pastorales, pour lesquelles je suis déjà bien en retard. Il nous faut donc des ouvriers apostoliques, et il nous les faut le plus tôt possible.

Le gros événement catholique de cette année est le Congrès Marial qui s’est tenu à Madras au commencement de janvier. Il a été présidé par Son Excellence Mgr Pisani, délégué apostolique des Indes, Birmanie et Ceylan. Les évêques étaient au nombre de 23 et ceux qui n’avaient pu venir avaient envoyé leur vicaire général pour les représenter. On a estimé qu’il y avait entre 30 et 40.000 catholiques et 300 prêtres. Durant trois jours, la ville de Madras a pu admirer nos belles cérémonies et surtout la grande procession qui les clôtura. On n’avait jamais vu dans l’Inde une manifestation catholique d’une pareille envergure. Tous, païens et protestants, demeurèrent frappés par ce spectacle unique qui leur montrait l’Eglise catholique si magnifiquement ordonnée, si majestueuse et si pieuse dans les cérémonies de son culte.
Il faut bien reconnaître toutefois que, pour le moment, l’orientation des idées est du côté de la politique. Des monts Himalaya au cap Comorin, les journaux, les réunions publiques multipliées à plaisir, ne traitent que de questions politiques, sociales ou économiques. Pour la politique, deux principales écoles sont en présence : les extrêmistes et les modérés. Les premiers veulent l’autonomie absolue et tout de suite ; libre à eux par après, s’ils le jugent à propos, de faire partie de l’empire anglais ; ils ne veulent pas y être maintenus de force. Les seconds pensent que le moment n’est pas encore venu où l’Inde pourra se passer de la tutelle anglaise. Où est sa marine ? où seraient ses troupes si l’Angleterre s’en allait ? Comment se défendre contre une attaque japonaise ou une invasion afghane qui aurait pour elle les sympathies, peut-être le concours de 70.000.000 de musulmans vivant dans la péninsule ! C’est vrai que certains « leaders » hindous et musulmans préconisent beaucoup depuis deux ou trois ans une entente fraternelle ; mais il n’est pas besoin d’être grand prophète pour prédire que cette union sacrée serait compromise le jour où elle n’aurait plus pour la cimenter le désir commun de se débarrasser de l’Angleterre. Sous la direction des arabes d’abord, sous celle des Turcs ensuite, le monde musulman a essayé de subjuguer l’Europe. Mais l’Europe chrétienne a réussi, après des luttes formidables, à rejeter hors de ses rivages les fils du prophète. Repoussés de l’Europe, les musulmans se voient même attaqués et dépossédés dans l’Asie occidentale. Aussi, que l’Angleterre quitte l’Inde, et on verra toutes les ambitions musulmanes se tourner de ce côté : le Turc d’Angora, le Persan, l’Afghan, l’Arabe fondraient sur le pays, désirés, appelés par les frères qui y sont déjà, et dont quelques-uns, les Moplahs, nous ont donné cette année une concluante leçon de choses sur la façon dont ils conduiraient la guerre sainte à l’égard des hindous.

Les districts de la Mission sont de 40 ; 34 seulement ont des titulaires ; six sont sans prêtre : les missionnaires voisins font leur possible pour pourvoir aux besoins de ces paroisses déshéritées, mais au prix de quelles fatigues ! Le P. Xavier a 7.211 chrétiens, M. Brun 5.516, le P. Marie-Joseph 4.267, M. Guyon un peu plus de 5.000. Survienne une épidémie – et c’est chose fréquente – choléra, variole, influenza, les journées du missionnaire ne sont qu’une suite d’extrême-onctions données dans toutes les directions. Vienne l’époque des mariages, de Pâques au 15 juillet, le travail devient alors vraiment pénible : examen des futurs époux sur les prières et le catéchisme, enquêtes sur des empêchements qu’il faut soupçonner, élucider par soi-même, discussions, procès à dirimer entre parents, entre villages, le ministère est accablant. C’est d’ailleurs à cette époque encore qu’ont lieu les premières communions ; elles demandent une préparation de longue haleine. Ajoutez à tout cela les nombreuses confessions à entendre les samedis et veilles de fêtes ; elles arrivent à un total de 15.000 par an pour certains confrères. Notre cri de détresse a-t-il besoin d’autre justification !

A Manalur, M. Prunier a fondé une école : il y a là des parias venus d’un peu partout et qui ont besoin de soins spéciaux.
A Mandai, M. Massol se plaint que les sacrements ne sont pas assez fréquentés. Je remarque cependant qu’il a eu cette année 600 confessions de plus que l’an passé. Il y a donc progrès sensible, et son zèle n’est pas resté sans effet.
M. Deltour a eu à réparer les dégâts que lui avait causés l’inondation de novembre 1920, et à venir en aide à ses chrétiens dont la moisson avait été à peu près anéantie. Son poste s’appelle Pillavadendey : c’est un des plus anciens de la Mission, puisqu’il a été fondé au XVIIe siècle par le Bienheureux de Britto.
La ville de Kumbakonam et ses alentours payèrent aussi leur tribut à l’inondation. Le fleuve Cavéri, infidèle à sa grande réputation de sainteté et au souvenir des bains purificateurs que des centaines de milliers de pieux hindoux avaient fait dans ses eaux au cours des siècles, devint étrangement furieux, sortit de son lit et promena la désolation dans tout son voisinage. Plusieurs villages chrétiens furent envahis par les flots, les huttes renversées, et les habitants obligés de s’enfuir. L’évêché recueillit huit jours durant dans ses vérandahs, ses hangars, les pauvres sinistrés avec leur contingent inévitable de vaches, de chèvres, de poules. Notre provision de riz en fut sérieusement entamée.
Mégalathore a une vieille église qui menace ruine. Le P. Xavier (junior) s’est mis courageusement à l’œuvre et a déjà préparé plusieurs centaines de milliers de briques pour la reconstruction. Sa santé laisse malheureusement à désirer.
Michelpatti est administré par le P. Gnanadicam qui a construit une nouvelle école et travaille à l’ornementation de son église .
Le district de Viragalore compte plus de 5.000 chrétiens ; il y en a au moins 1.500 au chef-lieu. M. Péter nouvellement nommé à ce poste aura fort à faire pour y maintenir la paix, soit entre les gens de caste et les parias, soit entre les chrétiens de caste eux-mêmes.
A Gabrielburam M. Brun a pu enfin rendre son habitation plus convenable, en lui donnant un petit étage.
A Prattacudi le P. Xavier (senior) rêvait depuis longtemps d’un dispensaire pour combattre l’influence protestante, particulièrement gênante dans son district. Son rêve va enfin se réaliser.
A Vadhavinkam, M. Bulliard, avec un courage inlassable a réuni les matériaux pour reprendre la construction de l’église dont les fondations avaient été posées il y a vingt ans.
Le P. Lourdes, chargé de Tennur, a eu le bonheur de recevoir dans le sein de l’Eglise plusieurs familles protestantes de Kijnéduvai. Ses prédécesseurs en avaient déjà reçu un certain nombre ; de la sorte, cette place forte du protestantisme n’aura bientôt plus un seul hérétique.
M. Rabardelle aura bientôt achevé la construction de sa belle église à Palayamcotta. L’excellent M. Mc. Glinchey de Boston en est le grand bienfaiteur.

Tous les districts dont j’ai parlé jusqu’ici sont situés dans des régions de plaines. L’ouest et le nord-ouest du diocèse au contraire sont couverts en grande partie par deux chaînes de montagnes et leurs contreforts. La première s’appelle le Colli-Malei ou « montagne de la mort », la seconde le Patchei malei ou « montagne verte ». Dans cette région, la population chrétienne est plus clairsemée que dans la région des plaines.
Les disputes entre parias et gens de caste à Palayam, entre chrétiens et païens à Tonadorai, ont causé bien des ennuis aux PP. Michel et Ignace.
Atur est le poste le moins envié de la Mission. Les chrétiens y sont peu nombreux, et ce sont des néophytes dont la foi n’est pas encore très affermie. Leur administration réclame beaucoup de soins, de patience, d’esprit de mortification et de confiance en Dieu. M. Ligeon qui en est chargé a préparé tout ce qu’il faut pour un dispensaire qu’il veut confier aux sœurs catéchistes de Marie Immaculée. Il en espère avec raison le plus grand bien .
Konaripatti, dans un paysage de rêve, sur la rivière Sonetanadi et au pied du Collimalei est un district fondé par Mgr Gandy, de sainte mémoire. La plupart des chrétiens sont donc relativement jeunes dans la foi. De plus, on y trouve une congrégation protestante, peu nombreuse il est vrai, mais extrêmement agressive et arrogante. Tous les prêtres qui se sont succédé dans ce poste se sont efforcés de leur faire le plus de bien possible, les soignant comme les catholiques pendant les épidémies de choléra et de variole, alors que leur pasteur restait prudemment à Salem. Rien n’y a fait ; ils restent tout aussi orgueilleux et distants que par le passé. M. Palluel, par sa grande bonté envers tous, a réussi à conserver tous ses néophytes : il a même eu la joie de faire quelques baptêmes de païens et de ramener au bercail quelques apostats.
Le district de Kalkavery est, sinon le plus peuplé, du moins le plus étendu du diocèse. M. Bricaud en fut le titulaire pendant plus de quarante ans. Epuisé par l’âge et le travail, il comptait pouvoir se reposer un peu. La maladie de M. Chassain, son successeur, l’a remis sur la brêche. Malgré ses 72 ans, ses jambes enflées, couvertes de plaies, il voyage encore pour porter l’Extrême-Onction aux malades. Son endurance et son courage sont d’une grande édification pour tous.
De Kottapalayam, M. Mercier m’écrit la touchante anecdote que voici : « J’étais récemment à Sikkitambur pour donner l’extrême-onction à une bonne vieille pariate. Après l’avoir confessée, je restai un grand quart d’heure, je lui fis toutes mes commissions dont elle voulut bien se charger. Je lui dis : tu es heureuse d’aller voir le bon Dieu ; mais moi j’ai des chagrins. – Lesquels ? reprit-elle. – Voilà, bien des affaires ne vont pas dans ce district et me causent de la peine. Quand tu seras près du bon Dieu, il faut que tu travailles à me les débrouiller. Elle me répondit simplement : « Je vous le promets. » Elle mourait peu après. Quant à moi, lorsque je revins à Kottapalayam, je ne recueillis partout que de bonnes nouvelles : le procès entre rettis et naïkers était terminé à la satisfaction de tous ; une grosse affaire pendante à Perumalhpalayam avait une heureuse issue ; à Krishnopuram les chrétiens obtenaient une victoire complète sur les païens pour maintenir leur droit aux processions ; à Govindapuram, une situation délicate de famille, inextricable semblait-il, se réglait, et je pouvais conférer le baptême à une âme de plus. N’est-ce pas que la bonne vieille pariate avait bien rempli sa mission ? »
Nous n’avons pas de séminaire diocésain, préférant le système des séminaires interdiocésains qui favorise l’émulation des élèves, et permet l’économie de personnel. Le nombre de nos séminaristes augmente d’année en année. Nous avons actuellement 13 grands séminaristes, en partie à Kandy et en partie à Pondichéry, et 26 latinistes. Pour cette œuvre capitale du clergé indigène, l’Amérique reste toujours notre grande bienfaitrice.
L’école professionnelle est aussi en progrès notable. Elle abrite actuellement cinquante personnes ; le local devient insuffisant, mais nous aurons bientôt une jolie chapelle, don d’une dame anglaise, qui permettra de donner un peu plus d’éclat à nos cérémonies et rendra disponible deux vérandahs de la résidence.
La léproserie, avec une population moyenne de 42, n’a pas fait moins de 202 admissions dans l’année : douze baptêmes y ont été administrés.
L’hospice des vieillards a fourni 24 baptêmes. Nos cinq orphelinats donnent de bons résultats.
Les Sœurs Catéchistes de Marie-Immaculée, 41 européens, 11 indigènes, ont la charge de la léproserie et de l’hospice des vieillards. Dans leur crèche, elles ont pu racheter 70 enfants abandonnés : elles ont reçu 131.220 visites de malades dans leurs cinq dispensaires et baptisé plus de 3.000 enfants et de 300 adultes en danger de mort, dans les 868 villages qu’elles ont visités. Elles dirigent deux de nos orphelinats, un ouvroir à Kumbakonam et une école à Tranquebar. Belle énumération en vérité, et je crains qu’elle ne soit incomplète.
Les Sœurs indigènes du Saint et Immaculée Cœur de Marie travaillent aussi de leur mieux dans leur sphère : l’éducation des filles. Leurs 16 écoles jouissent d’une réputation bien méritée. Celle de la ville de Kumbakonam est un modèle du genre, et attire les enfants de la meilleure société.


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