| Année: |
1872 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Japon |
| Rédacteur: | Mgr Petitjean |
Mission du Japon.
1872
Les lettres publiées depuis quelque temps, sur les événements du Japon, soit par les annales de la Propagation de la Foi, soit par le Bulletin des missions catholiques, ont dû paraître bien sobres de renseignements. La raison de cette réserve était la crainte de compromettre, par des nouvelles, qui, d’une manière ou d’une autre, finissent par retourner au Japon, les chrétiens fidèles avec lesquels nos confrères ont conservé de fréquents rapports.
C’est ainsi que, depuis les malheureux événements de Nagasaki, et le premier enlèvement consommé par les autorités japonaises, d’une foule de familles fidèles, nos confrères avaient pu renouer et entretenir, avec une extrême prudence, les relations d’autrefois. Les autorités même avaient paru se départir de leur première sévérité, et fermer les yeux sur cet état de choses.
Déjà l’on pouvait espérer que l’aurore de jours meilleurs allait se lever pour la malheureuse église du Japon. Divers indices recueillis, soit à Nagasaki, soit dans les lieux mêmes où sont déportés les courageux confesseurs de la foi, confirmaient cette espérance . Malheureusement, vers la fin de décembre 1871, un nouvel enlèvement de 60 chefs de familles chrétiennes eut lieu à Nagasaki. Cet acte, aussi inattendu, aussi inique que le premier, s’accomplissait à l’époque des fêtes de Noël, et presque sous les yeux de Mgr Petitjean.
L’indignation fut grande parmi les résidents européens de Nagasaki ; et jusqu’à Sang Haï, les journaux protestants se sont faits les interprètes des sentiments de la population européenne pour flétrir cette indigne conduite. Tous les chrétiens, non encore exilés, attendaient naturellement avec anxiété les mesures que peut-être le gouvernement japonais prendrait à leur égard. Nos confrères de leur côté ne savaient, dans leur impuissance, que recommander à la miséricorde divine le soin de tant d’âmes auxquelles ils se dévouent et que l’ennemi de tout bien persécute d’une si cruelle façon.
Les choses sont demeurées en cet état jusqu’au mois de février suivant, époque à laquelle tous les déportés du mois de décembre furent mis en liberté. « Ce consolant dénouement, écrit « Mgr Petitjean, doit être évidemment rapporté à Dieu : mais des causes secondaires ont pu le « préparer. Dès les premiers jours qui ont suivi cette dernière arrestation, l’opinion publique « s’est émue ; les journaux anglais ont flagellé les persécuteurs ; et les représentants de toutes « les puissances européennes, à l’exception toutefois du ministre d’Italie, ont fait des « observations au gouvernement japonais. Par dessus tout, il y a eu, pour ce gouvernement, la « crainte de voir échouer son ambassade en Amérique et en Europe. Tout cela réuni a pu « déterminer la solution, cause de notre joie présente, et dont nous ne cessons de rendre grâces « à Dieu. Nous osons même espérer que nos chers déportés de janvier 1870 pourront , eux « aussi, nous être bientôt rendus. Que Notre-Seigneur nous accorde cette nouvelle faveur, et « alors nos voeux seront comblés ! »
Le personnel du vicariat compte 1 évêque et 14 missionnaires européens disséminés dans tous les ports ouverts au commerce. Peu à peu des églises et des écoles s’élèvent dans ces ports, et serviront de centres de rayonnement pour les missionnaires, lorsqu’il leur sera permis enfin de pénétrer dans l’intérieur des provinces.
Une perte bien douloureuse pour la mission du Japon, a été la mort de son provicaire, M. Mounicou, qui s’est endormi dans le Seigneur le 16 octobre dernier. Aucun éloge ne peut mieux peindre la vie de ce digne missionnaire que les lignes suivantes, extraites d’une lettre de M. Marin : « J’ai eu le bonheur de commencer près de lui ma carrière apostolique et je puis « dire que comme sainteté sacerdotale, il est difficile de rencontrer une plus belle âme. Il « semble que sa mort, arrivée si subitement, ait été une faveur spéciale de Notre-Seigneur, qui « a voulu lui accorder, jusqu’à sa dernière heure, la force nécessaire pour suivre son « règlement, dont il ne s’est jamais départi, un seul instant, dans tout le cours de sa vie. Aussi, « sa mort, nous n’en doutons pas, a été précieuse devant Dieu. Et puissions-nous en suivant « ses exemples, nous trouver, à notre dernier jour, aussi grands en mérites ! »
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