| Année: |
1883 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Japon méridional |
| Rédacteur: | Mgr Petitjean |
Japon Méridional.
1883
Il y a quelques années à peine, nos confrères étaient établis seulement sur un ou deux points du Japon ; et maintenant, si l’on jette les yeux sur la carte de ce royaume, on constate avec joie que des stations chrétiennes sont fon-dées sur presque toute la surface du pays, qui forme la Mission du Japon Méridional. On en pourra juger par la revue que nous allons faire des principaux districts.
10 Le plus rapproché du lac Biwa, qui sépare cette Mis-sion de celle du Japon Septentrional, est celui de Kioto, desservi par le P. Villion.
Ce pays peut être considéré comme le centre et le foyer du Chintoïsme, et les bonzes y ont exercé jusqu’à ce jour la plus grande influence ; aussi ne doit-on pas être surpris qu’ils fassent des efforts désespérés pour arrêter la propa-gation de l’Evangile. Dans la ville de Kioto, ils ont, à plusieurs reprises, provoqué des troubles assez graves, à l’effet d’empêcher les conférences publiques sur la religion chrétienne, qui avaient lieu successivement dans les divers quartiers de la ville ; mais leurs violences n’ont point réussi, et les païens eux-mêmes ont fini par les trouver répréhen-sibles.
De ce district dépend la province d’Isé, qui donne les plus belles espérances. C’est dans cette province que se trouve le berceau du Chintoïsme, et que l’on rencontre les plus fameux temples du Japon, le Daijingou par exemple, dans lequel on adore le Soleil, l’ancêtre du Mikado.
Grâce au zèle du juge Komada-Sam, secondé par les quelques officiers du tribunal convertis l’année dernière, des conférences publiques sur la religion ont pu avoir lieu au chef-lieu de préfecture Tsé. Chaque jour, plusieurs cen-taines de personnes vinrent y assister, et témoignèrent d’ex-cellentes dispositions en faveur de notre sainte foi. A la suite, le juge fit afficher à la porte de sa maison, en grands carac-tères, ces mots: « Propagation du Catholicisme : qui désire s’instruire, vienne ici ! ... »
Un succès encore plus important a été obtenu dans la grande ville de Yamada, qui possède le Gékou (le deuxième temple du Soleil), et le Naïkou (temple extérieur), que des milliers de pélerins viennent visiter au mois de mai, de tous les points du Japon. Sur la demande de quelques officiers de cette ville, distante de Tsé d’une dizaine de lieues, le P. Villion s’y rendit, accompagné de Komada-Sam. Des affiches annoncèrent la prédication qui devait avoir lieu, et, le soir venu, sept cents personnes remplirent la grande chambre d’hôtel, où elle devait se faire, et toute la rue à l’extérieur. Le juge expliqua avec beaucoup d’éloquence la sainteté de notre Loi, en commentant surtout les dix Com-mandements de Dieu, qui sont maintenant la base de la législation de tous les pays civilisés et du Japon en parti-culier. L’assistance écouta avec beaucoup de recueillement, et beaucoup de personnes demandèrent ensuite à s’instruire ; le premier juge de Yamada lui-même se fit remettre dans ce but un livre de doctrine, en vue de tout le monde.
En même temps, le démon a failli se venger, en portant un coup funeste à la jeune chrétienté de Matsesaka, située entre Tsé et Yamada. Cette station, qui compte environ 40 néophytes très pauvres, ne possè de pas encore de cime-tière propre. Un chrétien étant mort, le corps fut conduit à la pagode et enterré par les bonzes, malgré les récla-mations de toute la chrétienté. Ce fut pour ces néophytes, encore faibles dans la foi, une rude épreuve de se voir ainsi l’objet du mépris et de la risée de toute la ville.
Mais ce fut bien pis encore, quand les popes russes, appre-nant cette affaire, leur proposèrent de leur acheter un cimetière, et de leur envoyer un prêtre et des catéchistes qui résideraient au milieu d’eux, et pourraient les défendre au besoin, s’ils consentaient à ne plus avoir de relations avec notre confrère. Le bon Dieu n’a pas permis qu’ils succombassent à cette tentation, et quelques nouvelles con-versions sont même venues ensuite dédommager le cher P. Villion de l’inquiétude qu’il avait ressentie.
20 Le district d’Osaka, au sud du précédent, est confié àla sollicitude du P. Cousin, provicaire.
Parmi les difficultés matérielles qu’ont rencontrées les Missionnaires, il faut citer en premier lieu le changement survenu, sans qu’on ait pu le prévoir, dans la valeur du papier-monnaie. Les ressources de nos confrères, déjà si modiques, ont été par le fait même assez notablement dimi-nuées, et les œuvres commencées ont dû par conséquent être restreintes.
Le district d’Osaka, en particulier, s’est vu réduit à cette dure nécessité, et les protestants ont essayé aussitôt d’ex-ploiter cette situation à leur profit, mais sans succès. Les faits suivants suffiront pour montrer la vivacité de la foi, en même temps que l’énergie dont ces nouveaux chrétiens sont capables.
Dans la petite chrétienté de Kichiwada, un vénérable vieillard des premières familles du pays avait eu la dou-leur de voir son fils donner du scandale, et rester ensuite sourd à ses exhortations et insensible à ses larmes. Ne sachant que faire pour réparer lui-même ce mauvais exemple, il prit le parti de quitter son foyer, et vint deman-der l’hospitalité à la Mission, afin de pouvoir passer ses journées devant le tabernacle, aux pieds de Notre-Seigneur. Le divin Maître n’a pas tardé à bénir cet acte de foi, et le fils coupable revint bientôt à des sentiments meilleurs.
A quelques lieues plus loin, du côté de Kichou, dans un village appelé Yochimi, une famille a été baptisée et a dû prouver de suite la sincérité de sa foi. A la nouvelle du baptême, toute la population se souleva contre elle ; les bonzes, le maire, tout le monde s’en mêla. Le chef de cette famille était à la tête d’une petite filature de coton et occu-pait une quinzaine d’ouvrières. Par suite des vexations qui venaient de tous les côtés à la fois, les ouvrières le quittèrent les unes après les autres, et le travail cessa. Ce digne ser-viteur de notre divin Maître et Modèle n’opposa que la patience et la prière à ses persécuteurs, et le bon Dieu le récompensa en permettant que ces armes spirituelles triom-phassent assez vite des préventions et du mauvais vouloir, en effet, les ouvrières ne tardèrent pas à rentrer, et depuis lors ce brave chrétien a pu pratiquer librement sa reli-gion.
Nous citerons encore un fait arrivé dans ce district, pour montrer combien le néophytes japonais sont attachés à leurs Missionnaires. Un catéchumène, ayant entendu dire dans une réunion de chrétiens que Mgr Petitjean était tombé malade et que l’on craignait pour ses jours, prit la résolution de se condamner à un jeûne rigoureux, tant que durerait le danger ; et, de fait, il he se permit qu’un repas par jour, le soir, jusqu’à ce qu’il apprît que son premier Pasteur était hors de danger.
30 A partir de ces deux districts, en se dirigeant vers l’est, toujours dans la grande île Nippon, on arrive à celui d’Okayama, à la tête duquel se trouve le P. Vasselon.
La propagande faite de ce côté par les Russes et les pro-testants a été très active ; malgré cela notre confrère a pu enregistrer près d’une trentaine de baptêmes d’adultes.
Un progrès sensible est à noter dans l’opinion et la tolé-rance publique on cette région. Jusqu’ici, les cérémonies des funérailles chrétiennes n’avaient pu se produire au grand jour. Or, un chrétien étant mort à Okayama, tous les néo-phytes ont accompagné le convoi, croix en tête, de la mai-son mortuaire à la chapelle, et de la chapelle au cimetière, en récitant le chapelet. Ni les autorités ni les bonzes n’y firent opposition ; sur tout le parcour, il y eut un très grand nombre de curieux, mais on n’eut à déplorer aucun incident fâcheux.
Le P. Vasselon a visité cette année les quelques familles de Bingo, que l’on dit descendre des anciens chrétiens, et a baptisé la vieille mère et le fils aîné de celui qui en avait révélé le premier l’existence. Malheureusement, celui -ci se trouve être un yéta (1), ce qui a suffi pour tenir éloignés jusqu’ici ceux qui avaient témoigné une certaine velléité de se convertir.
(1) Les yétas sont les ouvriers qui travaillent le cuir ; ils sont, au Japon, comme les parias dans l’Inde, l’objet du mépris et de la répul-sion publique.
40 Encore plus l’est, dans la même direction, on ren-contre le district d’Irochima, dirigé par le P. Aurientis.
Nous sommes heureux d’avoir à constater cette année le premier germe de la résurrection de cette Eglise, jadis si florissante ; il semanifeste par treize baptêmes d’adultes et deux abjurations de schismatiques russes.
Le dernier Missionnaire qui ait auparavant évangélisé Iro-chima, est probablement le P. Porro, en 1625. Pendant les 257 ans qui se sont écoulés depuis, lés chrétiens n’ont pas été totalement oubliés. Jusqu’à ces derniers temps, on faisait chaque année fouler aux pieds par les habitants une croix et un chapelet ; ces objets existent encore. On peut donc présu-mer qu’il y a dans la population un nombre assez considé-rable de descéndants d’anciens chrétietis. Les bonzes on paraissent même éprouver une certaine inquiétude, et ils ne cessent d’employer toute leur habileté pour prévenir le re-tour du Christianisme on cette région.
Au moyen de vieilles calomnies soigneusement entrete-nues et renouvelées, ils ont réussi à faire pénétrér dans les masses une haine profonde contre le Christianisme et les Européens, et ils font tous leurs efforts pour ne pas la lais-ser amoindrir.
Ils ont organisé dans cette province, il y a peu de temps, l’anti-propagation de la foi, et, pour cela, ils ont pris mo-dèle sur la Propagation de la Foi elle-même. Les maisons, sont distribuées par dizaines, et chaque chef de maison doit verser au collecteur une sapèque par jour, pour chaque membre de sa famille. Avec cet argent, les bonzes ont élevé, dans le courant de cette année, un temple magnifique, flanqué de deux grands corps de bâtiments, dans lesquels ils ont la prétention de former des successeurs savants et zélés, qui empêcheront notre religion de pénétrer dans ce pays.
Malgré ces efforts, il est permis de concevoir de sérieuses espérances, car beaucoup de personnes sont déjà venues en-tendre prêcher la doctrine, et, si elles n’osent pas encore rompre les liens qui les retiennent dans l’organisation contre le Christianisme, elles doivent commencer du moins à savoir que penser des calomnies débitées par les bonzes.
50 Vient ensuite le district de Tosa, qui comprend sur-tout la partie méridionale de l’île Chicocou, où réside le P. Plessis.
Notre confrère a eu d’abord à lutter contre les préjugés les plus absurdes.
Dans les premiers mois de son installation, les mar-chands mettaient de côté le papier-monnaie qu’il était obli-gé de donner en paiement_car depuis longtemps il n’y a plus que du papier en circulation dans le Japon ; _ cha-cun avait entendu dire que le papier-monnaie des chrétiens n’était que des pierres changées en papier, en vertu d’un pouvoir qu’ils possédaient, et l’on était persuadé qu’au bout d’un certain temps ce papier n’allait pas manquer de rede-venir pierres. Peu à peu cependant ces préjugés ont fini par disparaître.
En attendant, notre confrère a dû user de la plus grande réserve. Il y a quelques années, les protestants, ayant voulu aller trop vite, ont exaspéré la population, qui les méprise encore souverainement aujourd’hui. On rit surtout de la manière dont ils entendaient prêcher la religion. Au lieu de s’occuper de la conduite morale des âmes, ils ne s’occu-paient que de politique, et faisaient de longs discours sur les rapports sociaux des hommes entre eux, sans oublier surtout de décrier le Catholicisme. Or, les Japonais, peu préparés à une telle philosophie, et comprenant probable-ment encore plus que les ministres ne voulaient dire, s’i-maginèrent que la religion protestante donnait aux femmes le premier rang, ce qui expliquait à leurs yeux pourquoi c’est une femme qui gouverne l’Angleterre. Ces idées, al-lant à l’encontre de leur manière de voir, ont révolté les habitants de Tosa, et quelques-uns en ont même conclu
qu’après tout, si les protestants décriaient le Catholicisme, c’était loin d’être un déshonneur pour les catholiques, mais bien plutôt un éloge pour cette religion.
D’un autre côté, ces pauvres Japonais, trompés par les apparences, se sont imaginé que c’est la Révolution qui a fait atteindre à l’Europe et à l’Amérique leur degré de civi-lisation. Ces idées ont pénétré partout, mais à Tosa plus qu’ailleurs, car les populations de cette contrée s’exaltent facilement et se portent rapidement aux extrêmes. Que ne firent-elles pas, en effet, en faveur du nouveau régime établi au Japon, et quelle ne fut pas leur insolence vis-à-vis des Européens, lors de l’ouverture des ports en 1868 ? Les onze Français qui furent alors massacrés à Sacaï, le furent par des Samouraï de Tosa.
Actuellement, le principal chef du parti révolutionnaire au Japon est originaire de Tosa : il se nomme Itagaki. Grâce à sa seule capacité, il était arrivé à se faire nommer premier ministre par l’ancien prince de Tosa, sous le ré-gime féodal des dernières années. Depuis la chute du gou-vernement du taïcoun, il s’est livré à l’étude, ce qu’il n’a-vait pas fait jusque-là, et son intelligence extraordinaire lui a fait faire des progrès prodigieux. Comme il a une pré-férence marquée pour la France, ses auteurs favoris ont été Jean-Jacques Rousseau, Montesquieu et Guizot, traduitsen japonais.
Cédant ensuite aux conseils de ses amis, Itagaki consentit à faire un voyage en Europe, qui fut pour lui une vraie ré-vélation. Jusqu’alors il avait visé à faire pénétrer les idées libérales dans le Japon ; mais, depuis son retour, il s’est ef-forcé, par tous les moyens, de détourner le peuple de s’en-gager dans la voie révolutionnaire. Il a déclaré à qui a voulu l’entendre qu’il ne savait pas auparavant ce qu’était l’Eu-rope, et qu’il se trompait en poussant ses compatriotes à des excès préjudiciables à leurs véritables intérêts. Il a ajouté qu’en France_le pays qui lui plaît le plus_on s’occupe peu de politique, et que la population est bonne et laborieuse. Il a été stupéfait d’y voir tout le monde travailler, et il voudrait maintenant en arriver là au Japon. Il a ajouté en outre que la religion est bonne et même nécessaire pour le peuple, etc…
Ces déclarations, quoique bien imparfaites, ont déjà pro-duit de bons effets, car Itagaki est considéré comme le sau-veur de la patrie, et adoré presque comme un Dieu.
Au lieu de ne s’occuper que de politique, comme tous le faisaient jusqu’à ces derniers temps, beaucoup vont mener désormais une vie paisible, et s’appliquer à des idées plus sérieuses. Le mouvement des conversions vers notre sainte religion ne peut qu’en être facilité dans le district de Tosa.
60 Le district de l’île Kiou-Chiou, situé sur la côte orien-tale, au nord, est celui de Boungo il est administré par le P. Fraineau.
Pour montrer contre quelles difficultés diaboliques a à lutter notre confrère, pour implanter de nouveau la foi dans ce pays, jadis tout chrétien, et le plus beau fleuron de l’Église du Japon, il nous suffira de raconter brièvement les péri-péties de la conversion des premiers chrétiens d’Itchi-manda.
Un pauvre laboureur de cette localité avait reçu le baptême ; de retour chez lui, il s’était mis à prêcher la reli-gion, et avait décidé une douzaine de personnes à se con-vertir. Le P. Fraineau se rend alors dans leur village pour les instruire. A peine y avait-il mis le pied, à dix heures du soir, par une nuit des plus noires et une pluie torrentielle ; que le couvent des bonzes, situé à plus d’une lieue de là, en avait connaissance, et préparait une lettre pastorale pour prévenir le peuple contre le danger qui le menaçait. Dès le lendemain matin, la lettre fut portée de maison en maison, lue à tous les membres de la famille réunis, et enrichie chaque fois de force commentaires par le porteur. Non seu-lement c’était un tissu de calomnies, mais encore des prophéties menaçantes, où l’on vouait à la colère des dieux pro-tecteurs du Japon, tous ceux qui oseraient entrer en relations avec le Missionnaire.
Malgré ces menaces, les catéchumènes se hâtèrent de témoigner à celui-ci leur vif désir de s’instruire et de recevoir le baptême. Après les travaux de la journée, ils venaient étudier le catéchisme, récitaient ensuite la prière du soir en commun, et ne se retiraient qu’après minuit.
Les tracasseries de toutes sortes auxquelles ils furent en butte pendant ce temps ne les découragèrent pas, et ils finirent même par se débarrasser entièrement de tous les préjugés qu’ils avaient sucés avec le lait contre la sainteté de la religion de Jésus.
Le jour du baptême étant proche, il fut décidé qu’ils dé-truiraient tous les objets de superstition qu’ils avaient encore, et il s’y soumirent volontiers. A cette nouvelle, les tracasseries se changent en véritable persécution. Le maire convoque tous les chefs de famille du village et cite les catéchumènes à son tribunal : il les somme alors d’apostasier, sous peine de voir tous leurs biens confisqués et d’être condamnés à l’excom-munication civile. Tous répondent sans hésiter que, « bien qu’ils n’aient pas encore reçu le baptême, ils sont déjà chré-tiens de cœur, et qu’ils ne changeront pas, lors même que l’on devrait les en punir de mort ».
Ces citations se renouvelèrent plusieurs jours de suite, amenant chaque fois de nouvellles vexations et de nouveaux désordres. Pendant ce temps, les catéchumènes s’exhortaient mutuellement à la fidélité, et leur ferveur ne faisait que s’ac-croître.
Un jour, le plus ancien d’entre eux, vieillard de 62 ans, adresse à la petite communauté le discours suivant : « Puis-que nos parents et nos amis nous rejettent, formons une nouvelle famille. Persécutés pour la même cause, réunissons nos efforts pour nous soutenir les uns les autres. Soyons unis désormais ; et, dans les peines comme dans les joies, n’ayons tous qu’un cœur et qu’une âme. Confiant dans le secours de la grâce et l’assistance de notre divin Maître, gardons-nous bien de nous décourager et de reculer devant des misères qui n’auront qu’un temps. J’ignore quels sont les sentiments de votre âme ; mais, pour mon compte, je vous déclare que, loin de m’intimider, toutes ces persécu-tions ne font qu’enflammer mes désirs et m’exciter davan tage. Si votre cœur, à vous non plus, n’a pas changé et si, malgré la guerre qui nous est déclarée, vous êtes disposés à persévérer jusqu’à la fin dans vos bonnes dispositions, affer-missons notre courage par un engagement solennel ; et, puisqu’on veut nous forcer à renier Jésus-Christ, jurons tous ici de lui rester fidèles, et d’être prêts à tous les sacrifices plutôt que de l’abandonner. »
La formule du serment fut à l’instant rédigée, sur la pro-position de ce vénérable et généreux athlète : les hommes y apposèrent leur sceau ; quant aux femmes, elles se piquèrent le doigt avec une aiguille et signèrent de leur sang.
C’est ainsi que l’enfer fut vaincu : quelques jours après, l’eau du baptême coulait sur le front de ces confesseurs de la foi, et la chrétienté d’Itchimanda était fondée.
70 Le district du P. Raguet comprend l’île de Hirado, où abondent les descendants d’anciens chrétiens. 143 baptêmes d’adultes, et trois nouvelles stations fondées, tel est le ré-sultat magnifique de l’administration de cette année.
Le zèle des catéchistes a contribué puissamment à provo-quer la plupart de ces conversions, et à en préparer d’autres.
Les catéchumènes, comme toujours, ont été l’objet de vexa-tions locales, dans le but avoué d’arrêter le mouvement de conversions qui semblait se préparer.
Les chrétiens se sont montrés partout empressés à seconder ce mouvement. A Hirado, ils viennent de décider unanime-ment l’érection d’une grande et belle église, en réparation du foulement aux pieds des saintes images, au lieu même où il fut fait, et à proximité des villages de descendants d’anciens chré-tiens non encore revenus, afin de faciliter leur conversion.
80 A l’entrée du port de Nagasaki, se trouve un groupe de petites îles qui forme un district assez considérable. C’est le P. Bœhrer qui en a la charge.
Malgré les nombreuses occupations créées par l’adminis-tration de plus de deux mille chrétiens, ce jeune confrère n’a rien négligé pour faire pénétrer la lumière chez les païens, qui sont en grand nombre des descendants d’anciens chré-tiens. Le bon Dieu a béni ses premiers efforts, et il a eu le bonheur d’obtenir 97 baptêmes d’adultes, dont 80 dans le petit village de Jentchodani, auparavant tout païen, malgré quelques restes presque insignifiants de christianisme, et qui maintenant est tout entier converti à la foi, sauf une famille qui ne tardera pas à suivre le mouvement.
Outre cette nouvelle station chrétienne, qu’il a eu ainsi la consolation de fonder, le P. Bœhrer a pu glaner encore une à une, en divers lieux, 17 autres âmes, au nombre des-quelles nous en avons remarqué une, dont la conversion peut servir à faire admirer les voies merveilleuses dont se sert la Providence dans l’économie du salut.
C’était une femme de mauvaise vie, dont la fille, élevée par la Sainte-Enfance, avait été adoptée par une famille chré-tienne. Passant un jour près du village où se trouvait son enfant, qu’elle n’avait pas vue depuis plus de dix ans, elle se souvient qu’elle était mère et s’arrête pour la voir. A peine arrivée, elle tombe malade ; le lendemain, son état s’aggrave, et les chrétiens lui font connaître à la hâte les principales vérités de la religion. La pauvre femme, ayant conscience de son passé, et voyant le terrible avenir qui lui était réservé, fut aussitôt saisie de frayeur et demanda le baptême à grands cris. Le Missionnaire accourt, et lui dit, pour éprouver son désir, qu’elle n’était pas suffisamment préparée. Alors elle répond qu’il allait la précipiter dans l’enfer, qu’elle voyait déjà ouvert sous ses pieds, et, les larmes aux yeux, le sup-plie de la baptiser. La grâce avait changé ce cœur jusque-là si perverti ; aussi le Missionnaire jugea-t-il à propos de ne pas différer davantage. Lorsque l’eau sainte eut coulé, la joie de cette femme éclata en transports, et elle s’écria: « Grand merci ! Adieu ! Je m’en vais en paradis. » Un instant après, elle rendait le dernier soupir.
90 Le district d’Amacousa, administré par le P. Ferrié, est tout proche du précédent, et compte trois chrétientés principales.
La première, Sakiti, a été affligée cette année-ci par la misère. Tous les habitants sont pêcheurs, et ne possèdent pas le plus petit coin de terre à cultiver : or, le poisson ayant fait défaut, ils ont été plongés dans la plus grande détresse. Leur foi néanmoins n’en a pas subi d’altération et leur rési-gnation a été admirable. Le bon Dieu les en a récompensés, en leur faisant éprouver les effets de sa paternelle miséri-corde, comme on le verra par le fait suivant.
Un chrétien, propriétaire d’un grand bateau de pêche, revenait de Hirado par un gros temps. Après avoir résisté longtemps à la violence du vent et des vagues, le bateau finit par chavirer, et ceux qui le montaient, c’est-à-dire trois hommes et une petite fille de sept ans, furent précipités dans flots.
A peine revenue à la surface de l’eau, l’enfant, qui avait été saisie par son père, lui demande tout effrayée : « Où est le bateau ? _Je n’en sais rien, répond le père. _ Oh ! alors, il faut nous confier au bon Dieu et à la bonne Vierge, » reprit-elle.
En ce moment même, le propriétaire du bateau, se voyant de son côté en danger de mort, se met à implorer tout haut le secours de Marie et la supplie de lui sauver au moins la vie. Au même instant, il aperçoit le bateau au milieu des flots, et les naufragés s’y trouvent bientôt réunis tout autour. Mais ils n’étaient pas encore sauvés : il s’agissait de retourner le bateau qui flottait sens dessus dessous, ce que trois hommes ne peuvent humainement pas faire, surtout lorsque les vagues sont furieuses. Cependant, pleins de confiance en leur bonne Mère, ils se mettent à l’œuvre, et dans un instant le bateau est retourné. Ce n’était pas fini, car il ne restait plus qu’une rame ; les autres et le gouvernail étaient à la mer, et il leur fallait faire encore plus de dix lieues avant d’arriver au rivage. Mais la sainte Vierge vint de nouveau à leur aide, et récom-pensa leur confiance en elle, en les faisant arriver sains et saufs au port.
100 Nous terminerons ce compte-rendu en disant un mot des œuvres générales de la Mission.
Il y avait l’an dernier deux séminaires ; celui d’Osaka a été supprimé, parce que le P. Combaz, qui en était chargé, a dû venir prendre la place du regretté P. Puthod.
Les élèves du séminaire de Nagasaki, au nombre de 70, sont ainsi répartis : 6 sont en théologie, et ont reçu déjà les Ordres mineurs ; 7 ont commencé l’étude de la philosophie ; les 57 autres sont partagés, suivant leur force, en six cours différents, dans lesquels on leur enseigne le latin. Le P. Bonne est supérieur du séminaire, et a pour collaborateurs les P.P. Combaz, Tissier et Takaki, jeune prêtre japonais. Le P. Corre, tout en restant chargé du soin de la paroisse avec l’aide du P. Arias, prêtre indigène, continue à faire au séminaire le cours de théologie.
Aux œuvres déjà établies à Nagasaki, on en a ajouté deux nouvelles à la Mission et au couvent, qui ont l’une et l’autre un double but, à savoir de préparer des jeunes gens et des jeunes filles aux fonctions de catéchistes, et aux brevets d’instituteurs et d’institutrices.
Signalons enfin la prise de l’habit religieux par deux jeunes Japonaises à Osaka. Ce sont les premières novices indigène des Religieuses de l’Enfant-Jésus au Japon Méridional.
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