| Année: |
1884 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Japon septenrional |
| Rédacteur: | Mgr Midon |
Japon septentrional. 1884
Les missionnaires du Japon septentrional, profitant des bonnes dispositions du gouvernement japonais, travaillent avec le plus grand zèle sur tous les points de leur vaste mis-sion . Malgré l’insuffisance de leurs ressources, la rage des bonzes et les calomnies que le schisme et l’hérésie sèment partout sur leurs pas, le nombre des baptêmes d’adultes va tous les ans en augmentant : l’année dernière il était de 676, cette année il s’élève à 760.
Nous regrettons de ne pouvoir reproduire in extenso le remarquable compte rendu que M. Midon, en l’absence de Mgr Osouf, nous a adressé. Les limites de notre travail ne nous le permettant pas, nous sommes contraints de n’en donner qu’une courte analyse.
La mission est divisée en seize districts, distribués eux-mêmes en cinq groupes : celui de la capitale, ceux de l’est, du nord, de l’ouest et du sud.
Tokiô est le centre de la mission ; c’est là qu’autour de la résidence épiscopale se trouvent réunies toutes les institu-tions principales du vicariat. Le séminaire n’a que dix-sept élèves : «Ce chiffre, écrit M. Midon, est assurément fort modeste ; mais l’expérience nous a amplement démontre que, dans les circonstances actuelles, le choix des sujets doit être soumis a des règles sévères. Quand nos successeurs auront vu quelques générations chrétiennes, les vocations seront plus nombreuses et plus sûres. » L’école des caté-chistes est confiée à M. Brotelande. Sous sa direction, les élèves catéchistes se forment pendant plusieurs années à la pratique de la vertu, et travaillent à acquérir la science nécessaire pour exercer avec fruit leur ministère, gagner l’estime et la confiance, en même temps que combattre les erreurs qui, sous toutes les formes, se disputent au Japon l’empire des âmes.
Tokiô comprend plusieurs postes. A Tsekidji, les chré-tiens sont fervents et animés d’un excellent esprit . Ceux de Akabané, plus nouveaux dans la foi, ne laissent pas d’être bien fidèles à en remplir les obligations.
La chrétienté d’Ogawamatchi est perdue au milieu de plusieurs centaines de pagodes habitées par des milliers de bonzes. Disséminés sur une étendue relativement considé-rable, les néophytes se connaissent encore peu les uns les autres, et « chacun d’eux est obligé de résister seul aux tra-casseries de la famille, de lutter contre les bonzes et d’écouter, sans se laisser entraîner, toutes les calomnies des hérétiques et les objections des Russes. » Malgré cela, ils se montrent persévérants, et leur nombre s’est grossi cette année de 91 nouveaux convertis.
Asacousa « est assurément le centre le plus chrétien, dans toute l’acception du terme. » L’église, quoique bâtie depuis quelques années seulement, est insuffisante. Les néophytes, qui déjà entretiennent leurs écoles et contribuent généreu-sement aux frais du culte, se montrent encore disposés à faire de nouveaux sacrifices pour l’agrandir et la rendre plus digne de la Majesté divine qui daigne l’habiter. Mais rien n’est plus admirable que leur zèle pour la conversion des païens ; aussi Asacousa compte-t-il cette année 97 baptêmes.
Parmi ces apôtres improvisés, Louis Asacoura mérite une mention toute spéciale. « Par sa situation de fortune, par ses titres d’ancien conseiller général et d’inspecteur des écoles, mais surtout par sa conduite irréprochable et son amour pour la religion, il jouit dans la chrétienté d’une influence prépondérante. En face du missionnaire, c’est le plus humble et le plus soumis des chrétiens : on le dirait presque timide. Mais qu’il se trouve mêlé à une discussion religieuse avec des païens, des schismatiques russes ou des protestants, c’est un autre homme : il faut qu’il combatte jusqu’à ce qu’il ait remporté une victoire incontestée, et cela, non pas pour le plaisir de vaincre, mais par amour pour la vérité. Ses contradicteurs se sont plaints quelquefois de l’énergie de ses réponses : « Ou se faire chrétien ou rester « barbare, » c’est un dilemme humiliant .
« Louis Asacoura aura bientôt trente ans ; son vieux père, chrétien fervent, vit encore ; les membres de sa famille par-tagent sincèrement les sentiments de leur chef . Sa fille unique vient d’entrer chez les Sœurs de Saint-Paul de Chartres de Tokiô, à titre de postulante.
« Voilà notre orateur de tous les soirs : il se présente avec son cahier de notes, qu’il enrichit tous les jours de quelque nouvelle comparaison, il parle sur le catéchisme pendant une bonne demi-heure, et cela avec toute la gravité et la conviction d’un Père de l’Église.
« C’est lui aussi qui a eu l’initiative des conférences publiques, inaugurées en mai dernier, en faveur des savants et des fonctionnaires du gouvernement . Ceux-ci croiraient s’abaisser en venant étudier la religion à la mission, mais ils se rendent volontiers à une réunion où l’on parle science et où l’on paye. Le progrès par la religion, tel est notre programme. Cinq ou six orateurs se succèdent à la tribune. Pendant la séance, qui dure trois heures, ils développent leurs thèses et sont applaudis ou hués, absolument comme à la Chambre des députés. Les mots « bien » et « non, » un peu défigurés, ont même passé dans la langue japonaise.
« Lors de notre première séance, la salle contenait près de cinq cents personnes. En cette circonstance, . Louis Asacoura a paru au premier rang, et les jaloux, qui n’ont pas voulu reconnaître son succès, ont du moins fait l’éloge de son talent.
« Le P. Mugabure était ce jour-là, lui aussi, au nombre des orateurs. Il a parlé sur l’unité de l’espèce humaine : tout l’auditoire l’a applaudi . Ces bons Japonais avaient l’air d’être étonnés qu’on pût parler leur langue avec un entrain, une élégance et une pureté d’accent, difficiles à rencontrer même chez eux . »
Hondjô est à Tokiô le quartier des déshérités de ce monde, mais Dieu y compte de fidèles adorateurs. «Chers chrétièns, qu’il fait bon les entendre, récitant leurs prières pendant la sainte Messe! Ils y mettent tant d’ardeur et de dévotion ! Dieu les bénira pour leur foi, leur humilité et leur zèle ; ils connaissent la vérité, eux, pauvres publicains, avant les. rationalistes, les savants et les riches de la rive droite du fleuve : Abscondisti hœc a sapientibus et pruden-tibus et revelasti ea parvulis.
Chacun de ces postes a ses écoles, ses orphelinats, où missionnaires, religieuses de Saint-Maur et de Saint-Paul de Chartres, catéchistes et chrétiens rivalisent de zèle, de dévouement et de générosité. Les malades reçoivent avec reconnaissance et grand profit aussi pour leurs âmes, les soins et les secours qui leur sont nécessaires. Hondjô lui-même trouve dans sa pauvreté les ressources nécessaires pour l’entretien de quatre écoles, et une Sœur de Saint-Paul fait tous les jours trois quarts d’heure de chemin pour aller d’Ogawamatchi à Hondjô, où elle obtient un précieux dédommagement à ses fatigues, dans le bien qu’elle réalise, l’estime et la reconnaissance de ses élèves.
Mais nous ne pouvons nous attarder plus longtemps, il nous reste à parcourir rapidement, trop rapidement au gré de nos vœux , les districts de l’intérieur.
10 Districts de l’Est. — « Dans les provinces de Chimosa et de Kadzesa, les trois chrétientés de Chiba, Môbara et de Tseroumaï se sont montrées admirables de ferveur et de zèle: elles ont donné près de deux cents baptêmes. » Nous ne pouvons nous défendre de citer le récit de trois de ces conversions, opérées dans des circonstances vraiment providentielles :
« A Chiba il y avait un prisonnier condamné à mort.
Le P Vigroux eut recours à l’autorité pour faire parvenir à ce malheureux des livres de religion. Le préfet bienveil-lant y consentit ; mais le prisonnier ne savait pas lire. La Providence disposa les choses de telle sorte qu’on donna au condamné pour compagnon d’infortune, un détenu un peu plus lettré, à qui l’on proposa de lire et d’expliquer les livres susdits. Les deux prisonniers y trouvèrent la foi .
« A peine le condamné à mort avait-il appris les princi-pales vérités de la religion, que son compagnon tomba malade ; une séparation s’ensuivit. Désormais seul, le premier n’entendit qu’à de rares intervalles la parole de Dieu. Cependant quelques geôliers chrétiens redoublaient de zèle à mesure que le moment de sa mort approchait. Quand l’ordre de l’exécution arriva de Tokiô, les chrétiens multiplièrent les chapelets, les chemins de croix, les com-munions pour obtenir au malheureux prisonnier la grâce du saint baptême.
« Cependant le préfet faisait demander aux bonzes le se-cours de leur religion en faveur du condamné. Les bonzes jugèrent à propos de refuser! Sur ces entrefaites le P. Vi-groux sollicite la.permission de pénétrer dans sa prison pour le consoler. Tout en regrettant de ne pouvoir accorder cette autorisation, le préfet promit de la demander au gouvernement central. De retour de la préfecture, le Père apprend avec bonheur le baptême de son cher pri-sonnier, qu’un gardien avait pu voir seul et baptiser . Le soir les chrétiens se réunirent pour réciter le chapelet en actions de grâces.
« Le nouveau néophyte fut complètement transformé par le baptême. Jusque-là, livré à ses réflexions de condamné à mort, il redoutait son dernier moment . Maintenant, il bénit presque le châtiment d’un crime qu’il déteste, il est calme et prie en attendant le jour fixé .
« Le lendemain le P. Vigroux est tout surpris de voir l’autre prisonnier, qui avait instruit le condamné, entrer à la chapelle, et remercier Dieu et Marie de ce qu’il appelle une grâce inattendue. Il a été déclaré absous et renvoyé « avec éloges » de la prison . Il demandait à être baptisé sur-le-champ son désir fut exaucé peu après à Tokiô. Depuis son retour dans son pays dont il est le premier chrétien, il montre beaucoup de zèle pour amener ses com-patriotes à la religion .
« A Môbara, un jeune païen, employé à la sous-préfecture, fut guéri d’une maladie, pendant laquelle il dit avoir vu un beau jeune homme qui lui annonça sa guérison prochaine. Après sa guérison, il a reconnu, dit-il, l’apparition dans un tableau de saint Michel placé sur l’autel. Ce néophyte, avant sa maladie et sa conversion, avait écrit en très beaux caractères sur la porte de l’église: « Les chrétiens sont des voleurs ; il ne faut pas qu’il en reste un seul en vie. Mort à tous !! » Aujourd’hui il emploie les moments de loisir que lui laisse son travail, à enseigner la lettre du catéchisme aux enfants chrétiens, et cela avec un désintéressement et une piété dignes d’éloges.
« A Tseroumaï , jusqu’ici le lieu des réunions pour les néophytes a été la maison de l’un d’eux, qui veut bien par charité assumer la charge de catéchiste.
« C’est dans la demeure de ce fervent chrétien, que, le 10 août, un beau vieillard de 77 ans, du nom d’Iwazaki, a reçu le baptême. Ce vieillard, savant Japonais, tout en louant les ouvrages des philosophes japonais et chinois, trouvait leur doctrine incomplète. « Enseigner le «chemin de la vertu, détourner du vice, c’est beau, disait-il, mais cela ne suffit pas ; il faudrait «aussi enseigner à obtenir le pardon des péchés que l’on a commis, et moi, j’ai commis des «fautes et je ne sais que faire. » Convaincu de la vanité de toutes ces doctrines, il avait cessé tout culte à l’égard des faux dieux, mais il ne trouvait point la paix dans son âme et cherchait toujours la vérité.
« Un jour, son fils lui rapporta de Yokohama des ou-vrages, parmi lesquels des livres protestants, entre autres le Nouveau Testament . Il le lit, le dévore, découvre la vérité, et s’étonne de ce que la doctrine contenue dans ce livre n’est pas prêchée au Japon, attendu qu’elle est la seule vraie. Bientôt il apprend qu’une église existe à Môbara, mais il ne peut y croire, quand enfin un de ses amis de Tserumai, un vieillard aussi, lui fait savoir qu’il a embrassé le christianisme. Dès lors, Iwazaki redouble de zèle pour s’instruire, et, sur la nouvelle du passage des PP. Vigroux et Cadilhac à Tserumai, il accourt à pied, à travers d’affreuses montagnes (en esprit de pénitence, il avait refusé de monter à cheval), pour venir chercher le baptême.
« Les chrétiens enchantés furent pleins d’attention pour lui . Le vieillard surpris leur disait: « Mais c’est bien ici « une réunion d’amis. » Les chrétiens répondaient en sou-riant : « Mieux que cela, c’est une réunion de frères ; ne « disons-nous pas . « Notre Père, qui êtes aux cieux… » Les chrétiens se disputèrent l’honneur de préparer ce vieillard au baptême. Il l’a reçu avec un recueillement qui fit l’admiration de tous. A peine baptisé, il faisait déjà des projets d’apôtre, qu’il commence à réaliser. »
Dans la plupart des autres provinces que renferme le grand district de l’est, les missionnaires rencontrent d’ex-cellentes dispositions et, n’était le manque de ressources et de catéchistes, notre sainte foi y ferait de précieuses conquêtes. Dans celle de Chimotské , où le schisme russe avait obtenu de grands succès, le catholicisme s’implante et compte entre plusieurs néophytes con-vertis du paganisme, un assez bon nombre d’anciens adhérents au schisme. Il y a dans cette province une chrétienté, celle d’Achikaya, qui mérite une mention toute spéciale.
« Les chrétiens d’Achikaya sont en grande partie de très pauvres gens. Cependant ils trouvent, dans leur indigence même, le moyen de faire l’aumône, et cela de façon à donner l’exemple à bien des riches. L’un d’eux, sur le produit du travail de sa journée, avait pu faire une économie de neuf yen (40 francs). Voyant une famille chrétienne dans une indigence extrême, il donne ses neuf yen, afin quelle puisse, à l’aide de cet argent, faire un petit commerce et gagner ainsi sa pauvre vie. »
Citons aussi la chrétienté de Wakamatse ; elle compte une soixantaine de chrétiens seulement, mais tous sont pleins de ferveur et se montrent les dignes successeurs des nombreux martyrs qui, jadis, illustrèrent leur ville, et confessèrent glorieusement leur foi en Jésus-Christ .
20 Districts du Nord . — Le premier poste que nous ren-controns en montant vers le nord est celui de Sendaï . Si , cette année, « la chrétienté n’a guère augmenté comme nombre, elle a, du moins, progressé comme ferveur et piété : les chrétiens se sont affermis dans la foi, dans la connaissance et l’estime de la religion . »
Moriôka compte un petit troupeau de 110 néophytes ; le chiffre en devrait être plus considérable, mais plusieurs poussés par la misère, sont allés chercher ailleurs du travail et du riz . En revanche, les chrétiens sont réguliers et assi-dus à remplir leurs devoirs religieux .
A Coubota, nos confrères ont eu des relations avec quel-ques descendants d’anciens chrétiens et même d’anciens martyrs, et tout fait espérer que bientôt la parole de Ter-tullien y aura son accomplissement Sanguis martyrum semen christianorum .
A Odaté, ce sont les schismatiques mêmes qui donnent l’exemple et manifestent le désir d’embrasser la véritable foi .
Si nous passons le détroit du Tsegarou, nous abordons dans l’île du Yéso (Hokkaïdo). Outre Hacoclaté qui oppose toujours les mêmes difficultés au zèle des missionnaires et des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, trois postes ont été récemment fondés dans le Yéso. A Némouro, le préfet et le président du tribunal (ce dernier est catéchumène) se montrent très favorables à notre sainte religion et font le meilleur accueil au missionnaire.
30 District de l’Ouest . — Niégata, qui est le centre de ce district, continue de donner peu de consolations aux mis-sionnaires. Espérons que la charité des Sœurs de Saint--Paul de Chartres, qui se disposent à s’installer dans cette ville, fécondera ce sol que stérilise l’amour du lucre et du plaisir. En revanche, la chrétienté de Marouyama se montre plus docile à la grâce, et la chapelle dont elle vient d’être dotée, favorisera, nous en avons la confiance, ces bonnes dispositions.
40 District du Centre. — A Yamachiro, près de la ville de Kôfou, la piété des fidèles a été grandement encouragée par la guérison miraculeuse d’une chrétienne, à la suite d’une neuvaine à Notre-Dame de Lourdes, et par la construction d’une chapelle dédiée à saint Joseph .
« Le 29 juin, écrit encore M. Midon, quatre mission-naires, parmi lesquels le cher P. Langlais, donateur du terrain, ont assisté à la bénédiction de ce nouveau sanc-tuaire. Pour la première fois assurément depuis le commen-cement du monde, on y a chanté la messe avec ministres. Il y a eu sermons, illuminations, etc... Le soir venu, nous ne pouvions nous empêcher d’être émus en entendant prier avec tant d’ensemble et de ferveur, dans un pays où Notre-Seigneur était encore inconnu il y a quelques années. Ce recueillement des chrétiens a vivement édifié les nom-hreux païens, venus pour voir la cérémonie et écouter l’instruction .
« Depuis lors, presque chaque soir, il y a prière publique à la chapelle, et les auditeurs païens des catéchismes aug-mentent. Pour mon compte, j’ai rapporté le meilleur sou-venir de notre visite à Yamashiro, et je ne doute point que le bien n’y progresse. »
La chrétienté de Matsemoto est de fondation récente, mais les néophytes se montrent zélés pour faire partager leur bonheur à leurs concitoyens ; les païens viennent volontiers entendre les instructions, et tout fait espérer pour un avenir prochain une abondante moisson .
50 District du Sud-Ouest . _ Ce district comprend cinq pro-vinces ; le bouddhisme y est tout-puissant, et ce n’est pas sans un profond dépit que les bonzes ont vu venir le missionnaire, chargé de leur disputer l’empire des âmes. Malgré leurs efforts, « les conférences faites par le P. Evrard et son caté-chiste étaient assez bien suivies. Bien des préjugés défavo-rables à la religion sont tombés, et la campagne religieuse de la presse a contribué à déprécier le bouddhisme. Les bonzes furieux ont essayé de la violence pour faire cesser les instructions chrétiennes. La police prévenue à temps et les auditeurs sympathiques ont mis à la porte les tapa-geurs munis de cailloux . Les journaux en flétrissant ces agissements, ont arrêté et confondu les bonzes. Son titre d’ancien interprète, sa décoration, sa science peu commune de la langue ont été loin de nuire à notre confrère en maintes occasions. Son catéchiste, ancien séminariste, s’est montré toujours d’un parfait dévouement .
« Depuis le retour du P. Evrard à la légation, un second catéchiste travaille avec le premier, et le Père va faire quel-ques visites dans son district, autant que le lui permettent ses fonctions diplomatiques. Somme toute, après la pre-mière année, nous avons deux postes établis, et les caté-chistes rayonnent dans les localités environnantes.
« Bien que ces provinces surnommées « la cuisine du bouddhisme » offrent des difficultés spéciales (Nagoya , par exemple, se distingue par sa soif de l’or et sa corruption ; là, les filles sont, presque toutes, vendues aux maisons mal famées, qui abondent aux environs des temples), on peut espérer obtenir des résultats consolants d’ici à deux ou trois ans. Dieu aura pitié de cette terre jadis sienne. Il y a eu à Nagoya plus de mille martyrs, et l’on connaît le lieu de leur supplice.
« Du reste, les chrétiens persécutés de Nagasaki ont été déportés en grand nombre (1870) à Nagoya et à Kanazassa . Leur exemple n’a pas peu contribué à faire connaître le nom chrétien, et les habitants n’ont oublié ni les privations ni le courage de ces généreux descendants des héroïques chrétiens japonais. »
60 District du Sud . — Comme le précédent, ce district comprend cinq provinces et compte 1,173 chrétiens. M. Tes-tevuide, qui l’administre, rencontre partout sur son passage le protestantisme et le schisme moscovite qui entravent son action . Mais si à Hamamatse ils ont entraîné quelques chré-tiens tièdes , ils n’ont réussi qu’à séparer l’ivraie du bon grain, et de nouvelles conversions ont comblé les vides faits par la défection . En revanche, notre confrère jette par-tout la bonne semence : aujourd’hui c’est encore le grain de sénevé, mais qui germe, grandit et deviendra un jour un grand arbre .
C’est ainsi que dans la province de Serouga , la petite chrétienté de Foudji-yéda croît en importance et en piété. A Chidz’ôka , la mission vient de s’établir en face des Russes et des protestants. Les cinq ou six petites chrétientés situées sur le Tokaïdô vont avoir leur chapelle commune. A Nou-madze , les néophytes les plus fervents ont été conquis sur le schisme.
La province de Idze vient d’être explorée pour la première fois : partout le missionnaire a rencontré des gens bien disposés, ce qui lui fait augurer favorablement de l’avenir.
A Odawara , dans la province de Sagami, les Russes heureusement ne sont plus seuls : plusieurs familles ont déjà embrassé la foi . Tokaï-Ichiba promet pour l’avenir, grâce à l’influence de deux personnages de la localité qui se montrent favorables. Yokotseka est stationnaire ; mais la générosité des anciens directeurs français de l’arsenal mari-time va permettre d’y construire une chapelle, et de tenter avec plus de succès l’évangélisation du pays.
Si nous passons dans la province de Mousachi , arrêtons--nous un instant à Sunagawa . L’école qui vient d’y être éta-blie, entretient les chrétiens dans leurs bonnes dispositions et procure aux enfants païens et à leurs parents la facilité de connaître et d’embrasser notre sainte religion . Les pauvres yétas (parias) d’Itchibougata et de Haidjima « sont tou-jours fidèles à leurs devoirs religieux et se montrent souvent plus délicats dans leurs procédés que les gens appartenant à une classe supérieure, qui les méprisent ». Une maison a été louée dans la grande ville de Hatchôdji , et le mission-naire va pouvoir bientôt, là comme ailleurs, disputer le ter-rain au schisme et à l’hérésie. Enfin, Kanagawa est dotée d’une belle chapelle, dont la solennelle inauguration avait attiré, au mois de février, outre les chrétiens de la localité, la plupart de ceux de Yokohama .
« Malgré les difficultés spéciales que rencontre à Yoko-hama la propagation de l’Évangile : indifférence de la population, venue des quatre points cardinaux pour des motifs tout autres que celui de pourvoir à ses besoins spirituels ; mauvais exemples des étrangers, propagande active des ministres protestants ; malgré tout, la chrétienté progresse et se fortifie. La piété s’y développe d’une manière marquée. Les jours de dimanches et de fêtes, la sainte Table n’est jamais déserte ; les mois de Marie et du Sacré-Coeur sont bien suivis. Le premier vendredi du mois, les membres de la confrérie du Sacré-Cœur sont fidèles à la messe et à la sainte communion. (14 nouveaux membres y sont entrés en 1883 et 1884.)
« Grâce au zèle d’une ancienne élève des Sœurs , un groupe de chrétiens ont demandé l’érection d’une confrérie du Rosaire. Les associés du Rosaire et du Scapulaire ont fait les frais de deux tableaux, où le détail des indulgences et les noms des confrères servent de prédication et stimulent leur ardeur.
« La dévotion à Notre-Dame de Lourdes se manifeste, ici comme ailleurs, d’une façon consolante. Bien des ma-lades ont foi en l’eau miraculeuse, et leur confiance est récompensée. Une bonne chrétienne, qu’on appelle la vieille de l’Eucharistie, à cause de ses fréquentes communions, rêve de voir avant sa mort bâtir à la campagne une chapelle à l’Immaculée-Conception ; dans sa pensée, ce serait un lieu de pèlerinage. Cette idée fera son chemin, très pro-bablement, parmi les Japonais.
« Quoique leurs ressources soient modestes, les chrétiens ont établi deux troncs, pour subvenir soit aux frais de ma-ladie et d’inhumation des pauvres, soit à la location d’une maison pour conférences religieuses en ville. C’est un com-mencement, et une preuve de bon vouloir qui fait plaisir à constater. »
En terminant ce rapide aperçu de la situation religieuse dans les districts, nous devons rendre hommage au dévoue-ment des religieuses de Saint-Maur et des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, dont le précieux concours est si utile aux missionnaires et si fécond en fruits de salut. Leurs établis-sements (écoles, orphelinats) sont prospères et leur ont mérité l’estime et la sympathie des païens eux-mêmes.
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