| Année: |
1885 |
| Pays: |
Japon |
| Mission: |
Japon septentrional |
| Rédacteur: | Mgr Osouf |
Japon septentrional. 1885
Population catholique 6193
Baptêmes de païens 860
Baptêmes d’enfants de païens 369
Nous avons déjà dit quel avait été le plein succès de la mission confiée à Mgr Osouf par le Souverain-Pontife. Il nous reste à dire quelle a été la joie de la famille chrétienne de Yokohama et de Tokio, au retour de son Pasteur bien-aimé. Monseigneur arrivait le 19 août à Yokohama par la malle américaine. Le P. Midon, provicaire, et plusieurs missionnaires s’etaient rendus à bord pour recevoir Sa Grandeur ; les chrétiens de Yokohama l’attendaient à l’entrée du port et l’ont triomphalement accompagnée à la résidence des missionnaires.
Même réception à Tokio où Mgr d’Arsinoë arriva le 21.400 chrétiens se trouvaient à la gare. M. le ministre de France avait eu l’amabilité d’envoyer sa voiture, qui recon-duisit le Prélat à sa résidence de Tsukigi. Là se dressait un magnifique arc de triomphe, et ce qui estencore plus beau, la cour et les abords de la résidence épiscopale étaient remplis de chrétiens. Rien n’a manqué à la fête : présents, discours, pièces de vers. Enfin, cette journée, aussi heureuse sans doute pour le père que pour les enfants, a été terminée par la bénédiction solennelle du Très-Saint-Sacrement. L’église était comble, et les païens paraissaient étonnés de voir un si grand nombre de chré-tiens réunis à Tokio.
Le territoire du Japon Septentrional, érigé en 1879 en Vicariat distinct, comptait à cette époque à peine 1,200 chrétiens. Il y en a aujourd’hui 6,193, dont 860 ont été baptisés dans le courant de cette année.
Autour de Tokio, centre de la mission, se trouvent groupées les principales œuvres : le séminaire, l’école des catéchistes, l’orphelinat de garçons, les établissements des Sœurs du Saint-Enfant Jésus et de Saint-Paul de Chartres.
Au séminaire, outre la formation des élèves, le P. Li-gneul s’occupe, avec l’aide de deux ou trois lettrés, de la composition des livres de religion et de la rédaction du Journal de la mission ou Moniteur universel catholique. Le cadre de ce journal s’est peu à peu notablement élargi, et aujourd’hui su publication peut être considérée comme une véritable prédication écrite. Les nouvelles y sont reje-tées au second plan, et la première place y est réservée aux articles de fond, à la polémique, et aux Vies des Saints, précieux matériaux destinés à être réunis plus tard en volumes.
L’École des Catéchistes continue de bien marcher sous la direction du Père Brotelande, et doit être considérée comme une des œuvres essentielles de la mission. Partout, dans les districts, se fait impérieusement sentir le besoin de bons catéchistes, et si on en possédait un plus grand nombre, on multiplierait de beaucoup les conversions. Il est donc bien à regretter que le manque de ressources n’ait pas permis de remplacer dans cette école les élèves ayant accompli le temps de leur formation et sortis en février dernier pour se mettre au service de la mission.
Les religieuses françaises , outre le service qu’elles rendent dans l’intérieur de leurs établissements par la formation des enfants et des jeunes filles, visitent encore les malades à domicile, et peuvent disposer ainsi au saint baptême plusieurs adultes moribonds. Dix ont été baptisés de la sorte dans les districts de Tsukigi par les soins des Sœurs du Saint-Enfant Jésus. Une vingtaine de baptêmes ont été obtenus de la même manière à Ogawamachi par les pieuses industries des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, lesquelles ont en outre donné, à la pharmacie de leur com-munauté, des soins et des remèdes à plus de deux mille personnes.
Nous avons lu avec le plus grand intérêt les détails que nous donne M. Midon des travaux accomplis dans chacun des postes dépendant de Tokio. Nous ne pouvons à notre grand regret les reproduire ici. Mais, et nous l’avons observé avec bonheur, en même temps que le troupeau fidèle augmente par la conversion des païens, la vie chrétienne prend une expansion de plus en plus sensible chez les anciens fidèles par l’assistance à la sainte Messe, la fré-quentation des Sacrements et les autres pratiques de piété. C’est ainsi qu’à Ogawamachi (et des institutions analogues ont été établies en plusieurs autres postes) le P. Lecomte a pu établir en Mars dernier l’association du Rosaire vivant. Le troisième dimanche du mois, il y a communion géné-rale le matin, et dans l’après-midi, réunion, chapelet, ins-truction et distribution des mystères. Quand une associée tombe malade, ses compagnes vont la visiter, l’assistent, et, si elle meurt, l’accompagnent au cimetière.
Missionnaires ambulants. _ DISTRICT DE L’EST. _ Il com-prend neuf provinces, que cultivent huit catéchistes sous la sage direction du P. Vigroux, secondé parle P. Cadilhac. Il compte actuellement 900 chrétiens, divisés en quinze petites chrétientés. Nos confrères ont eu le bonheur de régénérer cette année 251 païens dans les eaux du saint baptême, de fonder trois postes nouveaux, de bâtir une chapelle et d’ouvrir trois nouveaux oratoires. La chapelle est élevée à Watra-matsu, dans une position magnifique, en face de la citadelle, aujourd’hui ruinée, d’où sortirent, il y a trois siècles, tant de décrets de mort contre les chrétiens de cette époque. Les trois localités qui ont obtenu un oratoire sont Tsuro-mai, Tshikaga et Chôski. Cette faveur leur a été accordée à raison du nombre de leurs néophytes. En outre, à Tshikaga, il était indispensable de lutter contre le schisme russe qui nous avait devancés. Aujourd’hui les catholiques ont une installation supérieure à celle des schismatiques, et, Dieu aidant, il y aura progrès.
Avant de quitter ce district, signalons un fait de la pro-tection de la très sainte Vierge envers les chrétiens de Shi-maki : « Ces braves néophytes, écrit M. Midon, ont à la très sainte Vierge une dévotion toute spéciale. Sur le con-seil du plus ancien chrétien, ils ont récité dans l’espace de quelques mois 1.200 chapelets pour obtenir de nombreuses conversions autour d’eux. En attendant ces bénédictions spirituelles, la sainte Vierge s’est plu à récompenser la confiance de ses serviteurs par plusieurs marques évidentes de sa protection. Je ne rapporterai que le fait suivant pour abréger.
Parmi les familles récemment baptisées, on compte, dit le P. Vigroux, la famille Sakayeno, dont le chef exerce la profession de quasi-mécanicien dans une fabrique de soie. Un jour, à l’époque de son catéchuménat, il partit de grand matin sans avoir fait sa prière. Après quelques heures de travail, il se sentit saisi par les crochets d’une grande roue qui bientôt lui percèrent l’avant-bras. Le reste du corps, soulevé et obligé de suivre le mouvement de la roue, qui s’engageait dans une seconde, allait arriver au point de rencontre et y être broyé, quand Sakayeno poussa ce cri : « Marie, sauvez-moi ! » Soudain, la machine s’arrête d’elle-même, et l’on peut dégager à temps notre catéchumène. Sakayeno remercie la sainte Vierge et, se souvenant d’avoir omis, le matin, sa prière, il croit reconnaître là une punition du ciel. De retour chez lui pour se soigner, il s’empresse de réciter le chapelet, et, à mesure qu’il prie, il sent la dou-leur de son bras disparaître, si bien que le docteur, arrivé quelques instants après, ne fit guère que constater la gué-rison. Ce médecin païen demeura stupéfait de cette cure extraordinaire. Huit jours après, le missionnaire, arrivant à Shimmachi, constatait, à son tour, la guérison de Sa-kayeno : on eût dit la cicatrice d’une blessure déjà an-cienne. Sakayeno ne fut point ingrat, et reçut le baptême dans les meilleures dispositions, qui ne se sont point démenties. »
DISTRICTS DU NORD. _ Sendai. _ Sur le territoire de ce district, se trouvent dispersés dans cinq ou six localités dif-érentes, 226 néophytes dont 36 ont été baptisés cette année. Parmi les anciens postes, celui de Resennomo a donné les résultats les plus encourageants. Une nouvelle chrétienté a été fondée au sud de Sendai à Ogowara, et donne de bonnes espérances.
A Sendai même, bien que l’opinion publique soit favo-rable à la religion chrétienne, les esprits n’en sont pas encore arrivés à désirer l’embrasser en grand nombre. Ce qui semble arrêter plusieurs des auditeurs réguliers des conférences religieuses, est l’observation du dimanche. Mais le noyau de néophytes déjà existant est incontestablement bon et solidement animé de l’esprit chrétien.
Morioka. _ Le P. Tulpin, avec l’assistance du P. Lafon, a recueilli dans ce district 132 baptêmes d’adultes.
Le préfet, homme intelligent et énergique, témoigne à nos confrères une bienveillance marquée, les invite parfois à sa table, et semble voir avec plaisir le progrès de la reli-gion dans son département.
Dans la province de Nambon, plusieurs adeptes du schisme russe sont passés à l’Église catholique, et, par leur bon esprit, leur soumission et leur charité fraternelle, don-nent à nos missionnaires les meilleures consolations.
Nous ne nous arrêtons au district de Yeso que pour signaler le zèle infatigable du P. Faurie qui en est chargé, et qui y fait chaque année quelques nouvelles conquêtes. A Hacodaté, malgré les difficultés spéciales et multiples de la situation, le P. Benlioz a obtenu 52 baptêmes.
DISTRICT DE L’OUEST. _ A Niegata, qui en est le centre et qui, jusqu’ici, avait donné si peu de consolation au mis-sionnaire, notre sainte religion commence à être mieux connue. Les préjugés anciens tombent et font peu à peu place à des sentiments de respect et d’estime. Dieu semble vouloir ainsi récompenser la longue constance du P. Drouart, et prouver une fois de plus que les travaux de l’homme apostolique ne sont jamais stériles, alors même que pendant plusieurs années ils n’obtiennent aucun résultat immédiat. Un changement également heureux se produit dans l’île de Sado, et le P. de Noailles, énvoyé là pendant l’été, a pu y baptiser plusieurs adultes qui n’ont pas craint de braver pour se faire chrétiens et les menaces du maire et les calomnies des bonzes.
DISTRICT DU CENTRE. _ A Yamnashiro, les néophytes font la consolation du P. Clément par leur assiduité à fréquenter les sacrements, par leur zèle pour la conversion des païens, et aussi par leur générosité. Ils ont grandement aidé le missionnaire pour l’achèvement et l’ornementation de la chapelle bénite en juin 1884.
DISTRICT DU CENTRE. _ Le P. Evrard, qui en est chargé, se trouvant retenu par d’autres fonctions, ne peut y consacrer un temps proportionné à son zèle, et a dû être aidé cette année par deux autres confrères pour la visite des points principaux. Il y a une amélioration considérable d’ans les dispositions des populations de ce district vis-à-vis de nos missionnaires, et il est permis d’espérer de très consolants résultats le jour où, selon son désir, Mgr Osouf pourra placer dans ce rayon un missionnaire à poste fixe.
A Gifou, où jusqu’ici le missionnaire n’avait pu trouver un gîte pour la nuit, la mission possède aujourd’hui une résidence, et les conférences religieuses, données six fois par mois, réunissent une assistance nombreuse et sympathique. Même concours aux conférences de Ogaki, Toki-muro et Takosou.
DISTRICT DU SUD._ Le P. Testevuide, chargé de ce dis-trict, écrit du poste d’Hamatsou : « Malgré la défection de quelques néophytes, qui, sans passer au schisme ou à l’hé-résie, comme quelques-uns l’avaient cru par erreur, ont cessé de pratiquer leurs devoirs de chrétiens, Hamatsou est sans contredit le poste qui donne le plus dc consolation au missionnaire. J’ai déjà eu occasion de parler de la récep-tion, aussi solennelle que sympathique, qui m’y a été faite à deux reprises différentes, et qui a produit le meilleur effet sur l’esprit des populations. Mais des consolations bien autrement chères au cœur du missionnaire m’attendaient dans ce poste : 34 baptêmes en octobre dernier et 25 en mai, m’ont fait oublier tous les ennuis précédents. Deux confréries, l’une du Sacré-Cœur et l’autre du Saint-Ro-saire, maintiennent la ferveur dans la communauté, tandis que deux sociétés de secours dont la première se propose la diffusion de la foi, et l’autre l’extension de la bienfaisance, sont un premier pas vers le but si désiré, de voir les chré-tientés se suflire à elles-mêmes. » Nous ne saurions assez louer l’institution de ces confréries et de ces sociétés.
A Shizuoka, ville si riche en souvenirs chrétiens, le P. Testevuide a pu en une année former un groupe de trente chrétiens, chiffre modeste en soi, mais éloquent si l’on songe que les Russes, avec un prêtre japonais et deux catéchistes, ont mis sept à huit ans à réunir le même nom-bre d’adeptes, et que les protestants, avec six catéchistes, n’ont pu, depuis dix ans, réunir plus d’une cinquantaine d’auditeurs.
A Atsugi et dans cinq ou six villages environnants, le P. Testevuide a dernièrement pris position d’une manière assez extraordinaire. M. Garrat, ministre protestant, avait réuni là une quarantaine d’adeptes. Rentré en Europe, M. Garrat abjure l’hérésie et devient catholique avec un catéchiste japonais qui l’avait suivi en Angleterre : c’est ce jeune homme, rentré au Japon, qui a introduit le missionnaine à Atsugi, et qui montra la meilleure volonté pour éclairer ses anciens coreligionnaires.
Province du Musashi. _ « Comme nous en exprimions l’espérance l’an dernier, écrit M. Midon, Sunayawa possède enfin sa chapelle, dédiée à saint Thomas apôtre : c’est une installation convenable et qui, sans être monumentale, n’en occupe pas moins le premier rang dans la localité. L’inau-guration s’est faite en février avec toute la pompe possible, grâce au concours de quatre confrères de Tokio. Pour la première fois, il y a eu une messe solennelle, avec minis-tres, harmonium, discours, etc. Désormais, Dieu aidant, nous sommes maîtres de la position. Si seulement les bien-faiteurs dont la générosité a fourni le moyen d’élever cette chapelle, pouvaient voir comme leur aumône est bien placée ! Daigne Notre-Seigneur, qui voit mieux et n’oublie rien, les récompenser en ce monde et en l’autre !
Un seul missionnaire ne pouvant faire face à tous les besoins du district, le P. Testevuide est secondé par le P. Guénin pour le service de Yokohama et des chrétientés environnantes. Ils ont obtenu pendant l’année 235 baptêmes d’adultes, et la population chrétienne du district s’élève aujourd’hui à 1745, chiffre qui donne au catholicisme le pas sur les sectes dissidentes.
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