Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1894
Pays: Japon
Mission: Hakodaté
Rédacteur:Mgr ALEXANDRE

VI. ─ Hakodaté.

Population catholique 4.199
Baptêmes d’adultes 260
Baptêmes d’enfants de païens 352
Conversion d’hérétique 1
___


LETTRE DE MGR BERLIOZ, ÉVÊQUE DE HAKODATÉ,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.

Hakodaté, le 1er octobre 1894.

Messieurs et vénérés Directeurs,

L’agitation anti-étrangère que je vous ai signalée dans le compte-rendu de l’année dernière n’a fait que s’accentuer depuis ; elle a même pris des proportions telles qu’elle a amené coup sur coup la dissolution de la Chambre des Députés. Cette mesure aurait-elle suffi à arrêter le torrent du chauvinisme japonais ? Les appréciations de la presse ne permettent guère de le croire. Quoi qu’il en soit, la guerre avec la Chine, survenue au moment critique, a absorbé l’attention de tous. Peu après, la conclusion des traités avec l’Angleterre, dans des conditions honorables pour le Japon, a imposé silence aux agitateurs.
Cette Opposition aux étrangers est due en partie à l’action du bouddhisme : les bonzes influents et les politiciens qu’ils ont élevés au pouvoir ou achetés, ont résolu de corriger les effets du décret par lequel a été déclarée la séparation du Bouddhisme et de l’Etat, et ils ont compris que le moyen le plus efficace pour arriver à leur fin, était de mener une campagne sur le terrain du patriotisme. Les résultats obtenus prouvent que leur plan était bien combiné. Ils ont d’ailleurs tiré un parti merveilleux des articles anti-japonais publiés par quelques journaux anglais. Traduits et commentés, ces articles étaient plus que suffisants pour propager l’agitation chez ce peuple si chatouilleux sur le point d’honneur, et, de toutes parts, on pressait le gouvernement de rappeler les étrangers au respect des convenances, en les soumettant à la lettre stricte des anciens traités.
Mais voici qu’on en annonce de nouveaux ; puissent-ils être le signal du rapprochement des cœurs et un acheminement vers la vraie civilisation.
Si le bouddhisme ose montrer ses cornes en politique, il n’en est pas moins vrai qu’il continue à s’affaisser sous le rapport religieux. Actuellement, sa grande occupation consiste à ensevelir les morts. Son action sur les vivants n’est guère perceptible, non pas que les beaux discours manquent, mais la conduite des bonzes en général n’est pas d’accord avec la doctrine qu’ils prêchent ; elle l’est si peu qu’ils s’attirent des reproches qui viennent de haut et de loin. En voici un échantillon recueilli dans un journal bouddhiste ; je le cite de préférence parce qu’il : émane d’un Japonais résidant en France, et aussi parce qu’il rend hommage à la dignité du clergé d’Occident : « De tous les clergés de l’univers, le moins croyant et le plus immoral « est sans contredit celui du bouddhisme. Les hommes d’Eglise en Europe jouissent d’une « grande considération ; ils occupent de hautes places dans le gouvernement ; ils sont l’objet « d’un respect supérieur à celui qu’on accorde aux riches, aux savants et aux hommes d’Etat. « Au Japon, au contraire, le bouddhisme n’est considéré que comme système philosophique ; « ses prêtres ne se distinguent ni par là foi ni par les mœurs ; le peuple les regarde avec « froideur. Les prêtres européens sont patients, pieux, bienveillants ; les églises sont saintes, « on est sous l’empire du respect dès qu’on pénètre dans leur enceinte. Revenez donc, ô « bouddhistes, à votre foi et à votre conscience ! » (Dogaku, 9 mars 1894).
Quant aux Protestants, je lis dans un document publié à la date du 29 septembre 1894, que les sectes réunies comptent actuellement un personnel de 650 missionnaires étrangers, et ont à leur disposition un budget de plus de deux millions de dollars pour leur entretien et leurs œuvres de propagande. A eux seuls, ces chiffres indiquent suffisamment quelle est la force matérielle de l’hérésie au Japon. A côté de la force matérielle et en raison directe du succès de son action, s’affirme aussi l’esprit d’indépendance et de division qui résulte du principe du libre examen. On avait tant annoncé, il y a quelques années, que le Japon fournirait le premier au monde le spectacle dc l’union des sectes ; les congrès pour la paix donnaient les plus belles espérances ; mais au dernier moment survenait une anicroche qui retardait encore la paix. Dixerunt pax, pax! Et non erat pax.
Cette année, la scission s’est déclarée entre les pasteurs étrangers et les pasteurs indigènes. Ceux-ci sont las de porter le joug de la tutelle, et n’était la question des dollars, le dernier lien serait de suite rompu.
La question des relations avec les pasteurs étrangers à été mise officiellement sur le tapis dans maintes réunions tenues par des notables japonais ; on a constaté les inconvénients de l’état de choses actuel ; les moyens propres à assurer l’indépendance des églises japonaises ont été discutés, et une commission a été nommée à cet effet.
D’ailleurs la presse protestante s’est mêlée à cette, affaire. Voici l’analyse d’un article qui donne une idée assez exacte de l’opinion des indigènes.
« Si nous réclamons l’indépendance des églises japonaises, ce n’est pas, comme nous en « accusent les pasteurs étrangers, afin d’avoir le monopole de la gestion des fonds venus du « dehors ; nous voulons seulement établir l’égalité entre les pasteurs, quelle que soit leur race. « Jusqu’ici les étrangers se sont arrogé vis-à-vis de nous le rôle de gardiens. Qu’ils travaillent « parmi nous à titre d’auxiliaires ou d’associés, rien ne s’y oppose, mais nous ne pouvons « souffrir qu’ils se donnent un air de maîtres. Il est regrettable que notre pauvreté ne nous « permette pas de nous passer des subsides étrangers. Si encore ces subsides étaient sagement « dépensés au salut de notre pays ! Pourquoi nous traite-t-on en entants ? Si l’argent étranger « devait être un obstacle à notre indépendance, mieux vaudrait s’en passer et consommer la « rupture. » (Kirisuto-kyo shimbun, mars 1894).
Dans notre camp, Dieu merci, l’union entre missionnaires et chrétiens s’affirme plus intime à mesure que l’instruction se perfectionne et que la sève surnaturelle pénètre les âmes. Nos néophytes sentent que leur baptême les a établis dans un monde supérieur, et on dirait qu’il se forme entre eux et les infidèles une ligne de démarcation peut-être un peu trop prononcée ; car nous constatons de plus en plus que l’esprit de prosélytisme reste trop à l’état latent. On ne peut pas dire absolument que ce soit le fait de l’insouciance et encore moins de l’égoïsme ; ne faut-il pas plutôt attribuer cette réserve excessive de nos néophytes au peu de confiance que leur inspire l’état des esprits ?
Dans les hautes classes, la mode veut qu’on se livre aux études philosophiques ; les théories de Darwin, de Spencer et de Schopenhauer sont à l’ordre du jour. En parcourant la liste des publications nouvelles, on s’aperçoit que c’est la philosophie qui a le plus occupé les littérateurs en 1893. Malheureusement, ce n’a été que pour s’engager de mauvaise foi dans le labyrinthe des cercles vicieux qu’on exploite pour se dispenser de reconnaître Dieu, et surtout de réformer ses mœurs. La catégorie des savants et des sages n’est donc guère abordable.
Quant au grand public, en fait d’études, il se borne en général à la lecture des journaux et des romans, et, disons-le en gémissant, les romans les plus goûtés, c’est-à-dire les plus licencieux, ne sont trop souvent que des traductions ou reproductions de nos romanciers français, ce qui fournit à nos ennemis un argument concluant, quoique spécieux, contre la moralité des nations chrétiennes. En aiguisant les appétits de la vie animale et mondaine, les journaux et les romans rendent par le fait même les esprits incapables de voir les choses de Dieu.
Ce qui enfin est de nature à décourager le prosélytisme chez nos chrétiens, c’est le discrédit que les protestants ont jeté sur la religion, par leurs importunités maladroites, leur genre pharisaïque, leurs démonstrations ridicules et leurs prescriptions excessives au sujet de la boisson et de l’usage du tabac. Et nous en subissons les conséquences ; car le public ne veut pas distinguer entre chrétiens et chrétiens, et, lorsqu’il fait une distinction, c’est pour nous demander s’il est vrai que nous cachons la Bible, que les papes de Rome sont les plus grands despotes qui aient déshonoré l’humanité, etc., etc. A voir l’odieux résultat de l’agitation protestante, on sent qu’elle procède du démon.
Au milieu de ces difficultés, le zèle des chers confrères ne s’est pas ralenti, et grâces en soient rendues à Dieu, le bien s’est fait quand même, comme vous le prouvera un rapide coup d’œil sur le compte-rendu de nos travaux.
Hakodaté. ─ 148 baptêmes (25 d’adultes dont 5 in articulo mortis, 11 d’enfants de chrétiens et 102 d’enfants de païens à l’article de la mort).
M. Lecomte, qui est chargé de cette chrétienté, écrit que si son troupeau n’augmente pas suivant ses désirs, les fidèles font du moins sa consolation par leur fidélité à venir à la messe et leur empressement à la sainte Table.
L’exercice de l’Heure-Sainte, inauguré cette année en faveur des hommes, a visiblement attiré les bénédictions du Sacré-Cœur sur la chrétienté.
L’Association du Rosaire-Vivant, établie pour la persévérance des chrétiennes, fonctionne régulièrement et paraît être un puissant moyen pour faciliter la fréquentation des sacrements.
A l’occasion de la guerre, les fidèles prient constamment tour leur pays. Ils ont promis d’assister tour à tour à la sainte messe chaque matin pendant la durée des hostilités. En outre, ils font brûler une lampe devant l’autel de la sainte Vierge pour le succès des armes japonaises.
L’établissement des Sœurs de Saint-Paul de Chartres continue à se développer ; de nouvelles constructions ont été jugées nécessaires ; le nombre des postulantes indigènes s’élève à dix, et une d’entre elles a obtenu le brevet d’institutrice. Les orphelines se font remarquer par leur piété ; l’œuvre de la pharmacie a enregistré 103 baptêmes de moribonds.
Sapporo. ─ 17 baptêmes (5 d’adultes, 11 d’enfants de chrétiens et 1 de païen in articulo mortis).
« Depuis seize mois que je suis ici, écrit M. Lafon, je constate chaque jour davantage que « ce pays a un magnifique avenir devant lui ; pêche, agriculture, mines, sont dans un état « prospère, et la population augmente en conséquence. A chaque voyage, on aperçoit quantité « de terres nouvellement défrichées, et çà et là des villages ou même des villes en formation. « Les gens arrivent très pauvres en général des quatre coins du Japon ; mais ceux qui veulent « bien travailler sont dans l’aisance au bout de quatre ou cinq ans. En quittant leur pays, les « émigrants du Ezo y ont laissé le temple, le cimetière et la parenté, c’est-à-dire ce qui les « attachait le plus au bouddhisme ; ils ont acquis beaucoup d’indépendance. Si on pouvait « entrer en relations suivies avec eux, les exhorter, les instruire durant les longues nuits « d’hiver, on obtiendrait de bons résultats, j’en suis convaincu ; mais pour cela, il faut des « hommes et des ressourees. Nos ennemis, qui ne manquent de rien, ont compris l’importance « de l’heure actuelle, et, dans les nombreux endroits où il n’y a pas encore d’école, ils « enseignent aux enfants les premiers éléments. Par eux, ils arrivent aux parents qu’ils « s’attachent probablement pour toujours. Il est triste de voir des enfants catholiques « enseignés par un maître d’école protestant, faute de mieux. Actuellement, l’état de notre « personnel et de nos ressources nous met dans l’impossibilité d’entreprendre quoi que ce soit « pour parer à ces inconvénients. Le missionnaire fait-il un voyage, aussitôt deux ou trois « catéchistes protestants le suivent pour récolter ce qu’il a pu semer. On trouve presque « partout, quoiqu’en petit nombre, des catholiques venus de diverses parties du Japon ; mais « en quel état ! ignorance, abandon presque total des pratiques religieuses, mariages « irréguliers et éducation des enfants absolument nulle. »
Espérons que la bonne Providence remédiera à cette situation lamentable, en nous fournissant des ouvriers et et des ressources, qui nous permettront de créer de nouveaux centres, et par ce moyen de faire face aux pressants besoins signalés par le cher M. Lafon.
Mororan. ─ M. Rousseau s’est condamné à bien des ennuis en entreprenant l’installation d’une résidence à Mororan avec des ressources trop limitées, mais les circonstances ne permettaient pas de rester les bras croisés en face d’une occasion si favorable. L’achat d’une ancienne écurie fut donc décidé, et grâce au savoir faire de notre cher confrère, il est sorti de cette construction un petit oratoire, un pied-à-terre pour le missionnaire, et un local affecté au catéchuménat aïno. Que Notre-Seigneur daigne accorder à l’écurie transfigurée, toutes les bénédictions de l’étable de Bethléem ! Déjà la bonne nouvelle a fait la joie de quelques âmes privilégiées, et il est permis d’espérer que tout un peuple y aura part.
L’œuvre de l’évangélisation des Aïno a fait un nouveau pas, cette année ; des catéchumènes ont été instruits et un petit abrégé de la religion a été publié dans leur langue en caractères latins. Mais que de tracasseries a rencontrées M. Rousseau de la part d’un ministre anglican qui s’est fait une spécialité des Aïno et qui croyait avoir droit au monopole ! Pour se l’assurer, il a fondé un hôpital, il a engagé une légion de catéchistes qui ont pour mission principale de nous diffamer. Un d’entre eux n’a-t-il pas eu l’effronterie de se présenter à M. Faurie comme officier du gouvernement pour discuter les termes dans lesquels son passeport était libellé et pour lui interdire l’accès des centres aïno ! C’était par trop montrer le bout de l’oreille, et non seulement il n’a pas réussi à intimider les confrères, mais aujourd’hui nombre de Japonais et d’Aïno sont indignés de la manière de faire des protestants. La lutte est engagée, et là aussi nous aurons une prompte victoire si des cœurs généreux veulent bien nous assister de leurs prières et de leurs aumônes.
Ezu et Aomori. ─ M. Faurie, occupé pendant une grande partie de cet exercice à installer MM. Lafon et Rousseau dans le Ezo, n’a pu entreprendre la visite du nord de cette île et des Kouriles que le mois dernier. Dans l’Aomori, où il n’a fait que passer, il a administré huit baptêmes dont quatre d’adultes.
Morioka et Iwaté. ─ M. Rispal qui reste toujours seul pour administrer ces deux districts importants, enregistre dans son compte-rendu 160 baptêmes ainsi répartis : 44 d’adultes, dont 23 à l’article de la mort, 25 d’enfants de chrétiens et 91 d’enfants’ de païens ondoyés par les religieuses de Saint-Paul de Chartres et une sâge-femme indigène. L’école de filles, tenue par les chères Sœurs, se maintient sur un excellent pied, grâce à la fidélité qu’on met à se conformer en tous points au programme d’étude fixé par le ministre de l’Instruction publique. L’opposition à cette œuvre de la part du clan protestant de Morioka prouve qu’on en reconnaît l’importance. Vraiment que de bassesse, que de mauvaise foi chez nos persécuteurs ! Pour circonvenir la bonne foi de quelques paysans, ils n’ont pas rougi de dire que nos établissements étaient leurs, et pour nous aliéner le concours d’un protecteur influent de Morioka, ils ont fait échouer sa candidature au Parlement, en répandant le bruit que ses frais d’élection étaient couverts par l’es étrangers dont il patronait l’école. Le malheur c’est que ces racontars ont cours chez les naïfs, et ils sont nombreux les naïfs !
Sendai et Miyagi. ─ 145 baptêmes (1 d’hérétique, 58 d’adultes dont 38 in articulo mortis, 16 d’enfants de chrétiens, et 70 d’enfants de païens in articulo mortis). « L’évangélisation des « villes populeuses, écrit M. Jacquet, est devenue bien difficile ; les obstacles ont augmenté et « même semblent devoir s’accentuer à cause des événements politiques qui absorbent « l’attention du public. Quant aux chrétiens, ils pratiquent généralement mieux la religion ; « plusieurs qui s’étaient montrés négligents depuis longtemps se sont approchés des « sacrements ; les offices du dimanche sont assez bien fréquentés, ainsi que les exercices du « carême, du mois de mai et du mois d’octobre. »
L’œuvre de la pharmacie des Sœurs de Saint-Paul de Chartres qui enregistre tant de baptêmes (105 cette année), a été vivement attaquée par la corporation des médecins de Sendai, ennuyés de voir diminuer leur clientèle. Par le moyen des journaux, ils ont distillé leur venin, et ils ont réussi à intimider le médecin sous le nom duquel la pharmacie était ouverte. Malgré ces tracasseries, la sœur infirmière continue à donner ses soins aux nombreux malades qui se présentent ; mais la situation n’est pas encore très nette.
« Pour ce qui regarde les chrétientés du Miyagi, ajoute M. Jacquet, je dirai avec douleur à « Votre Grandeur que nous sommes loin d’avancer. J’ai visité une ou deux fois les localités « où se trouvaient des chrétiens en certain nombre ; mais que d’autres endroits où je n’ai pu « me rendre ! Je compte actuellement près de 200 chrétiens dispersés, qui n’ont pu être visités « depuis plusieurs années. Hélas ! c’est toujours pour la même raison ; le manque d’ouvriers « et de ressources. »
Fukushima. ─ 48 baptêmes (39 d’adultes dont 2 in articulo mortis et 9 d’enfants de chrétiens).
La maladie est venue visiter M. Favier, chargé de ce district, et j’ai dû détacher M. Deffrennes du poste de Niigata pour soigner notre cher malade et l’aider dans l’administration de ses chrétientés. A la résidence de Wakamatsu, les réunions du dimanche et du vendredi soir sont bien suivies ; il y a en moyenne une vingtaine de communions chaque dimanche ; aux exercices, du mois de Marie, la chapelle est toujours pleine, et les fleurs et les cierges qu’offrent les fidèles témoignent de leur dévotion envers la bonne Mère. L’hiver dernier, un certain nombre de païens sont venus visiter le missionnaire pour lui demander des explications sur la religion. Quoique toutes ces visites n’aient pas abouti au baptême, notre confrère se félicite d’avoir eu l’occasion de détruire bien des préjugés. Il n’a qu’à se louer aussi des bonnes dispositions des chrétiens de Kôriyama. Laissés plus ou moins à eux-mêmes, ils ont’compris qu’ils ne se maintiendraient qu’en s’appliquant à l’étude de la religion. Ils sont relativement très instruits, et ne craignent pas d’avoir à défendre leur foi en face des contradicteurs. Dieu a daigné récompenser leur attachement à la religion, en accordant à l’un d’entre eux une protection presque miraculeuse. En octobre 1893, Barthélemy Nitta, employé à la police de Kôriyama, reçut l’ordre d’aller arrêter un malfaiteur caché dans un village distant de trois lieues. Chemin faisant, le policeman se mit à réciter son chapelet, et avant d’entrer dans la maison qui recélait le coupable, il se munit du signe de la croix. Quel ne fut pas son étonnement lorsque, au lieu d’un seul bandit, il en trouva six, l’un armé d’un sabre et les autres de bâtons. Tous de se précipiter aussitôt sur lui, mais il fut assez heureux pour renverser et ensuite ligoter deux de ces forcenés. Pendant ce temps, les quatre autres l’assaillaient à coups de bâton, puis (on ne s’explique trop pourquoi), ils prirent la fuite, malgré leur supériorité numérique.
Sortant de la mêlée sans la moindre égratignure, remportant une victoire si inattendue et ramenant deux prisonniers, Barthélemy n’hésita pas un seul instant à attribuer cette issue inespérée à une protection spéciale de la très sainte Vierge. Aussi quelles actions de grâces de sa part et quel redoublement de confiance parmi tous les fidèles témoins de cette faveur extraordinaire !
Yamagata et Akita. ─ 23 baptêmes (21 d’adultes, 2 d’enfants de chrétiens et 2 d’enfants de païens in articulo mortis). Dans le département de Yamagata, M. Dalibert continue à se féliciter du bon esprit qui anime les chrétientés de Tsurugaoka et de Yamagata. Si l’on en juge par l’estime que les païens eux-mêmes témoignent à notre confrère, il faut croire que les anciens préjugés tombent peu à peu. Plusieurs même auraient des velléités de se rendre à ses exhortations, si la pratique de la religion n’entraînait pas pour eux des devoirs qui leur paraissent au-dessus de leurs forces.
Le poste d’Akita, n’ayant pu être visité que rarement depuis la mort de M. Cussonneau, qui date de quatre ans, a grandement souffert de ce long veuvage. Enfin j’espère donner prochainement à M. Dalibert le secours d’un confrère, ce qui lui permettra de travailler à la résurrection de la chrétienté d’Akita qui a compté tant de martyrs autrefois.
Niigata. ─ 126 baptêmes (24 d’adultes, 13 d’adultes in articulo mortis, 18 d’idiots, 8 d’enfants de chrétiens et 63 d’enfants de païens in articulo mortis).
Afin d’attirer les bénédictions de Notre-Seigneur sur Niigata, M. Christmann a organisé pour la première fois une procession solennelle du Saint-Sacrement, le jour de la Fête-Dieu. Grâce à l’assistance de quelques confrères des districts voisins et au concours de la communauté des Sœurs, la cérémonie s’est passée avec un éclat qui a grandement réjoui et édifié ceux qui y ont pris part.
Des Japonais instruits ayant demandé à M. Christmann d’ouvrir une école de français, d’allemand et d’anglais, où eux-mêmes s’engageaient à enseigner dans leur partie, notre confrère s’est rendu à leurs désirs. C’est une nouvelle charge qu’il assume sur lui ; mais il y a lieu de croire que les résultats le dédommageront. L’expérience prouve en effet que les établissements de ce genre offrent un moyen de propagande tout à fait en rapport avec les aspirations actuelles des Japonais.
Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres ont ouvert à Niigata un petit hôpital dont la fondation avait été préparée de longue main par M. Lecomte. Les débuts sont vraiment bien encourageants, et tout fait espérer que cette œuvre deviendra la porte du ciel pour un grand nombre d’âmes.
A cause des établissements des religieuses, M. Christmann est pour ainsi dire immobilisé dans la ville de Niigata. Je souffre beaucoup de n’avoir personne à lui adjoindre pour l’évangélisation des 1.700.000 âmes qui forment la population de ce département, et aussi pour l’administration des chrétiens qui s’y comptent par centaines. Là aussi, comme partout ailleurs, le besoin d’ouvriers se fait sentir.
Sado. ─ C’est M. de Noailles qui de nous tous a eu le plus à souffrir de l’agitation anti-étrangère dont je vous ai entretenus au commencement de cette lettre.
La padifique population de Sado compte aussi des partisans de la « juridiction nationale » (Kokken-ha), et ils ont tenu à faire preuve de zèle patriotique en face de tout le pays. Pour sévir contre l’unique Européen installé très légalement dans le port ouvert de Ebisu, ils ont imaginé toute espèce de plans. Il est stipulé dans notre contrat de location de terrain qu’on peut nous obliger à l’évacuer pour cause d’utilité publique. Or l’an dernier, les Kokken nous ont fait signifier l’ordre de nous retirer, attendu que la municipalité avait affecté notre emplacement aux maisons publiques (drôle d’utilité publique !).
M. Lecomte, qui était chargé de Sado à l’époque, trouva, en temporisant, le moyen de mettre les gens raisonnables de son côté. Cette année, on invoque le prétexte d’une école communale. Au fond, ce n’était qu’une chicane anti-européenne, et on l’a bien vu par le ton des journaux qui se sont répétés par tout le Japon. M. de Noailles fit valoir ses droits comme de juste, et la cause, portée à la préfecture, fut décidée complètement en notre faveur. Nous restons donc au poste plus fermes que jamais, et aujourd’hui nos amis, pour nous consoler de toutes ces tracasseries, nous citent le proverbe japonais : « Quand il pleut dru, le terrain s’affermit. »
En m’envoyant ses feuilles d’administration, M. de Noailles écrit que s’il trouvait un catéchiste pour travailler à Aikawa, le centre le plus populeux de l’île, il espérerait y faire quelques baptêmes.
Veuillez agréer, etc.
† ALEXANDRE,
Évêque de Hakodaté.
~~~~~~~~


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam