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Rapport annuel des évêques

Année: 1895
Pays: Japon
Mission: Hakodaté
Rédacteur:Mgr BERLIOZ

VI. – Hakodaté

Population catholique 4.199
Baptêmes d’adultes 285
Conversions d’hérétiques ou de
schismatiques 4
Baptêmes d’enfants de païens 293
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LETTRE DE MGR BERLIOZ , ÉVÊQUE DE HAKODATÉ ,
A MM. LES DIRECTEURS DU SÉMINAIRE DE PARIS.


« Hakodaté, le 22 octobre 1895.

« Messieurs et vénérés Directeurs,

« Aux obstacles multiples qui entravaient déjà nos œuvres de propagande, est venu s’en ajouter un autre bien grave, l’intervention de la France dans l’affaire de la rétrocession du Leao-tong. Il ne nous appartient pas d’en qualifier la portée politique ; mais nous constatons qu’au point de vue religieux, elle nous est tout simplement désastreuse.
« Les ennemis nés du catholicisme n’ont pas manqué de rendre les missionnaires solidaires de cette attitude hostile, parce qu’ils sont Français. Dieu merci, leur induction, aussi fausse que déloyale, est restée sans effet sur les catholiques. Attaqués sur le point si sensible du patriotisme, nos chers chrétiens nous connaissent assez pour mépriser cette calomnie qu’on oppose à leur foi. Malheureusement il n’en a pas été de même de tous nos catéchumènes et des païens.
« Essaie-t-on d’établir devant ces derniers une distinction entre la politique et la religion, ils écouteront avec une politesse exquise et s’avoueront même convaincus, mais simplement par manière de transition et pour se donner le droit d’amener la grosse question que précisément on voulait éviter. Alors s’ouvre une série de pourquoi et de comment bien désagréables à l’oreille française.
« Dans le camp hérétique, l’agitation ne diminue pas. Les Protestants de tous les degrés, depuis les Episcopaliens qui s’appellent Sainte Église catholique, jusqu’aux Unitériens qui donnent la main au bouddhisme, continuent de se démener avec leurs universités, leurs revues, leurs assemblées et leurs dollars. Il ne manquait plus pour travailler à leur tour de Babel qu’une escouade de la fameuse « Armée du Salut ». Le Japon en a été doté récemment et déjà les journaux racontent ses exploits.
« Le titre de Sainte Église catholique que les Episcopaliens prennent pour nom japonais ( Sei-ko-kwai ), n’est en réalité qu’un compliment qu’ils s’adressent à eux-mêmes ; et il suffit de le traduire en langue européenne pour en faire ressortir la prétention ridicule. Du reste, ce nom arbitraire exprime précisément des qualités qui manquent à la secte épiscopalienne, non moins radicalement qu’à l’unitérienne, qui tout en s’arrogeant, elle aussi, une note de la véritable Église, ne rougit pas de faire cause commune avec le bouddhisme. A ce propos, on lira avec curiosité le passage suivant d’une profession de foi adressée à un publiciste bouddhiste, par M. Mac-Cauley, un des oracles unitériens : « Nous devons nous « reconnaître le droit mutuel de nous attacher à nos convictions respectives ( chrétienne ou « bouddhique ) sans atteinte à la sympathie. Nos croyances personnelles n’entraînent aucun « antagonisme. Je crois que Jésus et Shaka n’auraient trouvé aucune raison de se séparer, s’ils « s’étaient rencontrés. Ils auraient marché ensemble la main dans la main, pour nourrir « l’affamé, consoler l’affligé et faire abonder dans l’humanité l’amour et la paix. C’est donc « une folie, un crime, dis-je, pour les disciples de Jésus et de Shaka de vivre séparés à titre « d’ennemis ou même d’étrangers. » ( Japon Daily Nail, 22 mars 1895. )
« Le Christ avec Bélial ! Oui, c’est jusque-là que pousse déjà la logique du libéralisme protestant.
« Après cette digression sur le milieu dans lequel nous travaillons, vous serez mieux à même, Messieurs, d’apprécier le zèle que mes chers confrères ont déployé pendant l’exercice qui vient de s’écouler. Je relèverai ci-après ce qu’il y a eu de plus saillant dans chaque district.
« Hakodaté. – 24 baptêmes d’adultes et 148 à l’article de la mort dont 120 d’enfants de païens.
« En cette année où le Japon s’est couvert de gloire, écrit M. Lecomte, je voudrais « présenter de nombreux et brillants trophées remportés sur l’Enfer. Mais c’est à peine si nous « avons enlevé à l’ennemi quelques boutsudan et kami-dana ( chapelles domestiques ), et si « les conversions atteignent le chiffre de l’an passé. La guerre, le manque de travail, la cherté « des vivres, l’épidémie, les sacrifices de tout genre qui ont été imposés au peuple, ont « paralysé nos efforts et nui à nos travaux.
« Les chrétiens ont beaucoup prié pour leur patrie, et ils ont fêté la victoire avec « enthousiasme. Mais la France a soumis leur foi à une rude épreuve. Il nous est difficile « aujourd’hui de réunir les païens et de les appeler à nos instructions. A leurs yeux, tous les « autres pays pouvaient se lever contre le Japon, la France ne le pouvait pas.
« Nos chrétiens ont subi par contre-coup une véritable persécution. Malgré cela, nul n’a « failli à son devoir. Ils viennent à la sainte messe et à la sainte Table comme à l’ordinaire. « Aucun d’eux n’est mort sans sacrements. Trois qui se négligeaient sont revenus à la « pratique. Les exercices du Rosaire et de l’Heure Sainte se font régulièrement, mais nous « avons peu de catéchumènes.
« A la communauté des Sœurs de Saint-Paul, le Seigneur a ménagé les consolations et les « épreuves. Les Religieuses ont eu le bonheur d’établir trois orphelines ; l’infirmière a ondoyé « plus de malades ; une religieuse japonaise, Sœur Agnès, a reçu son brevet de maîtresse, et « de toutes les jeunes filles qui se présentaient aux examens, elle seule a réussi ; cinq « postulantes ont pris le saint habit et travaillent avec succès dans les différents postes.
« D’autre part, l’influenza a sévi plusieurs mois à l’établissement. La Révérende Mère « elle-même en a souffert longtemps. Et, malgré les soins les plus délicats et les plus « empressés, une postulante et quatre orphelines sont mortes. »
« Sapporo et Mororan. – 20 baptêmes d’adultes, dont 2 à l’article de la mort.
« A peine installé à Sapporo pour y remplacer M. Lafon, nommé à l’orphelinat, M. Rousseau est tombé malade, et a dû cesser presque tout ministère, pendant trois mois.
« Grâce au zèle d’un fervent chrétien, il s’est formé, à cinq lieues de la ville, une charmante chrétienté comptant déjà plus de 30 membres. Dans une visite que j’y ai faite en juin dernier, j’ai eu le bonheur d’administrer 9 baptêmes et 10 confirmations. Nous avons été profondément édifiés de la piété de ces braves cultivateurs, chez qui, du reste, l’instruction religieuse ne laisse rien à désirer. Que ne pouvons-nous multiplier ces oasis dans toutes les provinces du Yezo ! Déjà, nous savons par expérience que la chose offrirait beaucoup moins de difficultés qu’ailleurs.
« M. Lafon espérait relever, dès cette année, la chrétienté d’Otaru, mais le catéchiste qu’il y avait installé a dû partir pour la guerre. Ceci, joint à la maladie de M. Rousseau, fait que le troupeau reste un peu dispersé.
« Yezo et Kouriles. – 11 baptêmes d’adultes, dont 3 in articulo mortis.
« En l’absence de M. Faurie, j’ai entrepris avec M. Ribaud l’administration de cet immense district qui s’étend du 41e au 46e degré de latitude ; mais c’est à peine si nous avons pu en visiter un tiers. Nous n’avons parcouru que le côté est jusqu’à Etrop, la seconde des îles Kouriles.
« Par terre, les communications sont fort difficiles. Là où il y a un chemin, il n’est qu’ébauché ; la plupart du temps, c’est le sable mou de la grève ou une marge de gros galets ; ailleurs il faut faire de la gymnastique pour passer sur les blocs de pierre entassés à la base des falaises ; de place en place, on s’engage dans la forêt vierge, mais le plus gros ennui vient des torrents à traverser ; on n’en compte pas moins de soixante de Tomakomai à Akkeshi, dont un grand nombre infranchissables après une forte pluie.
« Partout les chrétiens nous ont accueillis avec le plus cordial empressement, et se sont disposés de leur mieux à la réception des sacrements. Que ne sommes-nous à même de les visiter plus souvent, comme ils nous en ont manifesté le désir, et quelquefois sur le ton de la plainte ! Toujours leur demande était appuyée sur l’espoir bien fondé de convertir des païens ; car dans le Yezo on n’est pas retenu par les préjugés ou la tyrannie du conseil de famille. Le pays est neuf encore, libre de servitudes, et il appartient au premier occupant.
« Hélas ! pourquoi les premiers occupants sont-ils les hérétiques ? Nous avons eu la douleur de les voir établis dans tous les petits centres avec chapelles, pasteurs ou catéchistes. Ils ont même réussi à se faire accepter à titre officiel dans les cinq grandes pénitenceries nationales pour enseigner la morale et la religion aux 8.000 prisonniers qui y sont internés. Ces fonctions importantes étaient confiées, lors de notre passage, à cinq gradués de l’université protestante de Kyôto.
« A cette douleur, s’est ajouté le crève-cœur non seulement de n’avoir rien à opposer à l’envahissement des hérétiques, mais de savoir leurs gens à notre piste pour attirer dans leurs filets les Japonais que nous-mêmes avions décidés à étudier la doctrine chrétienne. Il est bien à craindre que plus d’un ne soit pris au piège, vu qu’il est tendu par la secte hypocrite qui se nomme Sainte Eglise catholique.
« Déjà elle se croit maîtresse du Yezo, car elle a décidé de l’ériger en diocèse à part, à cause de l’avenir réservé à la grande île du Nord. Il y a dix ans, elle n’avait que 300.000 habitants, aujourd’hui elle en a 600.000, ce qui fait prévoir qu’elle atteindra sous peu le chiffre d’un million, à cause du flot croissant et régulier de l’émigration. L’année dernière, les émigrants sont venus au nombre de plus de 60.000, et on dit que le Yezo peut nourrir des millions d’habitants. Ce qui en fait la vogue maintenant, c’est que les ressources y sont plus considérables que dans le Nippon. On prétend aussi que les régions exploitées ici sont les plus civilisées de l’Empire, parce qu’aux petits moyens transmis par la routine, on a substitué les procédés en usage en Europe et en Amérique. Ce changement dans les habitudes s’est déjà fait sentir dans le monde des idées qui passent pour être plus larges ici que de l’autre côté du détroit. Ceux-là même qui n’en veulent pas convenir, avouent cependant que le Yezo a devant lui un brillant avenir.
« Puissions-nous en dire autant sous le rapport religieux ! Mais, pour cela, il est indispensable d’occuper le pays, et nous n’en avons pas les moyens.
« Aomori. – Ce département est actuellement sans titulaire. A mon retour du Synode de Tokio, j’ai pu faire la visite de quelques chrétientés ; mais, pris par le temps, j’ai dû, à mon grand regret, laisser les localités d’un accès plus difficile.
« Iwaté. – 6 baptêmes d’adultes, 1 d’enfants de païens à l’article de la mort.
« M. Rispal a été chargé jusqu’au printemps dernier des deux districts de Morioka et de Iwaté ; mais à cause des établissements des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, il a dû résider la plupart du temps au chef-lieu du département. Dans ces conditions, il lui a été impossible de s’occuper d’une manière suivie du district d’Iwaté. Maintenant que M. Deffrennes l’a déchargé de Morioka, il sera à même de donner tous ses soins aux intéressantes chrétientés disséminées sur le territoire confié à son zèle.
« Morioka. – 4 baptêmes d’adultes, 85 in articulo mortis dont 42 d’enfants de païens.
« M. Deffrennes m’écrit que les établissements des Sœurs vont toujours en progressant. Le chiffre des élèves de leur externat a dépassé la centaine, et déjà le local affecté aux cours devient trop étroit. La facilité avec laquelle on a pu trouver des Japonais influents pour accepter la responsabilité de l’école, dit assez quel grand cas on en fait. L’infirmerie des religieuses a été agrandie, et ses succès ont déjà excité des jalousies. De ce côté, l’horizon paraît un peu chargé de nuages ; mais les nombreux baptêmes que confèrent nos chères Sœurs, nous donnent le droit d’espérer que le bon Dieu prendra en main la défense de leur œuvre admirable.
« Sendai et Miyagi. – 1 conversion de dissident, 29 baptêmes d’adultes, 133 baptêmes à l’article de la mort dont 64 d’enfants de païens.
« Voici un extrait du compte-rendu de M. Jacquet :
« L’année qui vient de s’écouler n’a guère été favorable à la prédication de l’Evangile. Les « gens de Sendai, chauvins comme ils sont, n’avaient guère le temp, prétendaient-ils, de « s’occuper de religion. Il n’était question que de batailles, que de victoires remportées sur les « Chinois et de fêtes patriotiques pour célébrer les exploits des troupes de Sendai. Et même « par deux fois, les missionnaires ont été invités à y prendre part. A ce moment, le vent « soufflait à la France.
« Mais du jour où les conditions de la paix ont été connues du peuple, tout cet « enthousiasme est tombé, et le public a manifesté son mécontentement par le refus de « pavoiser lors du retour de l’Empereur à la capitale.
« A la suite de l’intervention de la Russie, de l’Allemagne et de la France, les journaux, « sans doute subventionnés par les bonzes, ont mené une campagne contre les catholiques « et les schismatiques russes. Ils sont allés jusqu’à dire que nous n’étions que des espions des « trois Puissances, et que tout chrétien, en bon patriote, devait abandonner la religion. Cette « campagne qui, grâces à Dieu, n’a duré que quelques jours, n’a aucunement nui à nos « chrétiens ; mais il n’en a pas été de même pour les schismatiques.
« Plusieurs soldats qui négligeaient leurs devoirs de chrétien, se sont approchés des « Sacrements avant de partir pour la Chine. Beaucoup m’ont donné de leurs nouvelles pendant « la guerre, me recommandant de prier pour eux.
« Voici un trait que je crois devoir rapporter. Il montre que si la foi de nos néophytes ne « s’affirme pas toujours par la pratique, elle n’en existe pas moins dans leur cœur et sait se « réveiller au moment du danger.
« Il s’agit d’un jeune soldat qui a fait la campagne de Chine. La veille de la prise de « Port-Arthur, il écrivait à sa famille qu’il avait déjà assisté à deux grandes batailles, et que, « grâce à la protection de Dieu, il n’avait reçu aucune blessure. Cependant, comme sa place « était marquée aux premiers rangs dans l’assaut qui devait être livré le lendemain, il « éprouvait le besoin de se recommander tout spécialement à Dieu et à la sainte Vierge. Il « n’avait qu’un regret, celui de ne pouvoir se confesser. Dans le cas où il trouverait la mort, il « avait demandé à un ami de faire parvenir à ses parents son scapulaire, son chapelet et une « médaille de la sainte Vierge qui ne le quittaient jamais, depuis qu’il était à la guerre : par là « on verrait qu’il n’avait pas oublié Dieu. Enfin il priait ses parents de me communiquer sa « lettre.
« Depuis que j’ai été chargé de Sendai, il y a une chose qui me tenait à cœur, c’était « d’établir des relations avec les étudiants qui sont très nombreux à Sendai, à cause des deux « grandes écoles d’enseignement secondaire qui s’y trouvent. Pour les attirer, j’ai essayé cette « année d’ouvrir des cours de français. Il n’y avait pas un mois qu’ils étaient commencés que « déjà ils étaient suivis par plus de 80 jeunes gens, et lorsque l’époque des vacances est venue, « ils m’ont prié de recommencer la classe au mois de septembre. Ces étudiants, qui autrefois « ne se gênaient pas pour nous lancer un gros mot dans la rue, se font un plaisir maintenant de « nous saluer aimablement et autant que possible en français. Déjà deux d’entre eux parlent de « devenir chrétiens.
« Pour assurer l’avenir de la religion, il me paraît bien important de nous attirer la « jeunesse. Malheureusement nous n’avons guère le temps de nous occuper directement « d’enseignement régulier. Le ministère des âmes et surtout les voyages à la campagne y « mettent obstacle. Il nous faudrait un personnel spécialement destiné à cette fonction. »
« Fukushima. – 12 baptêmes d’adultes, 5 à l’article de la mort dont 2 d’enfants de païens.
« M. Favier écrit : « L’une des raisons qui ont empêché le grain de la parole de lever dans « ce vaste district, c’est la guerre du Japon avec la Chine. Depuis l’année dernière, c’est là que « se sont tournés tous les regards, et tout ce qui ne parlait pas de combat terrestre ou naval, de « canons ou de vaisseaux, n’avait aucun intérêt pour les Japonais.
« Puis l’intervention de la France dans le traité de paix nous a enlevé bien des sympathies. « J’ai marqué 19 catéchumènes dans ma feuille d’administration, j’en aurais eu 12 ou 13 de « plus sans la complication politique. Plusieurs se sont retirés ; quelques-uns ont renvoyé leur « conversion à plus tard.
« Cette année-ci, contrairement à la précédente, les visites des païens ont été plus rares. « Ceux qui sont venus à nos instructions paraissaient écouter d’un air distrait, blasé, comme « pour dire : Connu ce que vous racontez. N’avez-vous rien de plus intéressant ?
« Si les baptêmes n’ont pas été nombreux, la ferveur des chrétiens est bien faite pour me « consoler. Les communions hebdomadaires sont fréquentes à Wakamatsu, et partout, excepté « à Shirakawa, j’ai eu à me louer du bon esprit des fidèles. »
« Yamagata et Akita. – 3 conversions de dissidents, 11 baptêmes d’adultes, 5 in articulo mortis dont 4 d’enfants de païens.
« Un terrible tremblement de terre s’est fait sentir, l’année dernière, dans la partie occidentale de département de Yamagata. A Sakata, des maisons se sont affaissées si soudainement que les habitants n’ont pas trouvé le temps de s’enfuir. La terre s’est entr’ouverte en maints endroits. Des jets d’eau boueuse sont sortis des fissures en telle quantité que les rues en ont été inondées. Pour comble de malheur, le feu s’est déclaré à treize endroits presque simultanément. Dans l’espace de trois heures, 2.500 maisons ont été réduites en cendres. On compte 150 victimes à Sakata même, et une centaine dans les localités voisines.
« Nos chrétiens habitant la région visitée par le fléau ont été épargnés : la bonne Providence a veillé sur leurs personnes ; les maisons seules ont été endommagées. La résidence de la mission de Tsurugaska a beaucoup souffert et est restée terriblement inclinée à la suite des secousses.
« Notre cher confrère, M. Dalibert, s’est fait remarquer par le zèle qu’il a mis à soulager les victimes du tremblement de terre.
« Niigata. – 30 baptêmes d’adultes, 57 à l’article de la mort, dont 52 d’enfants de païens.
« Grâce à un cours de langues vivantes, ouvert avec l’aide d’un professeur du lycée, M. Christmann a pu entrer en relation avec quelques Japonais influents. Déjà il compte parmi eux des amis et même des catéchumènes.
« Le petit hôpital tenu par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, continue à justifier les espérances qu’il a fait concevoir lors de sa fondation. Plusieurs malades y ont été baptisés, et un chrétien qui avait abandonné la religion, depuis quatre ou cinq ans, y a trouvé la grâce d’une mort très édifiante.
« M. Christmann désirerait vivement fonder un nouveau district au sud de son département, dans un centre très populeux et dont on n’a pu s’occuper jusqu’ici. Que le Maître de la moisson daigne nous en fournir les moyens !
« Sado. – M. de Noailles a été bien éprouvé, depuis le dernier exercice. Il y a un an, une violente tempête endommageait sa chapelle et sa résidence.Un peu plus tard, c’était la fièvre typhoïde qui sévissait à Ebisu : dans la seule famille du catéchiste, quatre personnes ont été aux prises avec la maladie. Puis, le 26 décembre, le cher Père m’écrivait qu’il était resté quatre jours avec huit pouces d’eau dans sa maison sans pouvoir en sortir. Enfin, au printemps, il a eu la douleur de recevoir la nouvelle de la mort de son père, le comte Alfred de Noailles.
« Au sujet de son district, notre confrère m’a écrit ce qui suit :
« A Aikawa, je commence à avoir meilleur espoir, et si j’avais un bon catéchiste, je « pourrais y faire quelque chose. Beaucoup de monde vient me voir.
« A Ebisu, l’on vient volontiers à la mission, même le maire et les conseillers municipaux.
« Quant aux chrétiens, les bons restent bons ; quelques mauvais sont revenus et j’espère « la conversion d’autres encore. »
« J’ai mis sous vos yeux, Messieurs, un petit aperçu de notre situation. Laissez-nous espérer que vous nous continuerez votre bienveillance pour nous aider à nous maintenir là où nous sommes, à nous réinstaller dans les postes abandonnés et à prendre possession des immenses régions qui n’ont pu encore être occupées. Actuellement nos moyens d’action sont par trop disproportionnés avec la tâche que nous avons à remplir.
« Veuillez agréer…

« † ALEXANDRE,
« Evêque de Hakodaté. »



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